Chabat Yéladim 2 ce vendredi! Venez donner de la voix!

kol-adonai Nous étions nombreux pour notre premier rendez-vous, et tout est prêt pour accueillir les petits et les grands ce vendredi.
Notre office du vendredi soir sera spécialement accueillant pour les familles, avec des jeux pédagogiques pour les enfants pendant l’office, avec les adultes.
Ainsi, nos prières sont des moments de rassemblement pour tous les âges, associant la ferveur et le ludique!
Que vous soyez parents, grands-parents, cousins, que vous soyez ou non accompagnés de petits, venez partager avec nous l’ambiance de fête de ce « erev shel yéladim », qui sera consacré en particulier aux mots קול et יהוה et au psaume 60, dont vous découvrirez les secrets sur la vidéo suivante:

Paracha Toledot : fratritude ou fraternité ?

Le terme « fraternité » nous est familier, le terme « fratritude » nous l’est beaucoup moins. La « fratritude » est un concept élaboré depuis peu par le Docteur Philippe Caillé, spécialiste en thérapie systémique.

La « fratritude » est simplement le fait d’appartenir biologiquement à une fratrie, de façon naturelle, non voulue et indépendante du comportement. Le terme « fratritude » est du même type que le terme « négritude » d’Aimé Césaire.

Le terme « fraternité » a un sens très différent. C’est le fait de développer volontairement, dans un groupe humain, un comportement de bienveillance, de solidarité, de cohésion dans le respect de l’individualité, en attachant peu d’importance aux liens de parenté.

À nous, maintenant, de faire la jonction avec la paracha Toledot dont le cœur du sujet repose sur les relations fraternelles complexes entre Ésaü et Jacob, fils jumeaux d’Isaac et de Rébecca.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Toledot du sefer Béréchit (Genèse) 25:19 à 28:9 et les tourments de Rébecca

« Toledot » (תּוֹלְדֹת) qui signifie « l’histoire » a la même racine que « naissance » et « enfant » (ילד).

Comment naissons-nous en tant qu’individu, en tant que groupe humain et en tant que peuple ? La paracha Toledot aborde le principe de naissance. C’est la naissance de la troisième génération : Jacob et Ésaü, les deux enfants d’Isaac et Rébecca qui ont succédé à Abraham et Sarah. Toledot est la tentative de naissance d’un peuple à travers cette troisième génération.

Jacob et Ésaü vont-ils être les bâtisseurs d’un peuple uni, ou bien la division l’emportera-t-elle, comme cela s’est passé au cours des générations précédentes? Entre Jacob et Ésaü, la fratritude cédera-t-elle la place à la fraternité ?

Béréchit 25:21 à 25:23. Isaac implora l’Éternel au sujet de sa femme parce qu’elle était stérile. L’Éternel accueillit sa prière et Rébecca, sa femme, devint enceinte…Comme les enfants commençaient à lutter entre eux dans son ventre, elle dit « s’il en est ainsi, à quoi suis-je destinée! » La-dessus elle alla interroger l’Éternel…L’Éternel lui dit: « deux nations sont dans ton ventre et deux peuples sortiront de tes entrailles; un peuple sera plus puissant que l’autre et l’aîné servira le cadet. » 

Interprétons les versets précédents. Rébecca est enceinte de deux jumeaux, mais elle ne le sait pas encore. La vie s’agite fortement dans son ventre et elle cherche à en connaître la raison. En prenant le contresens de l’allégorie, nous pouvons dire que différentes identités, différentes personnalités se heurtent en son sein. Rébecca se sent perdue et demande à l’Éternel de l’éclairer. En se référant à la naissance de deux peuples, Dieu lui annonce la naissance de jumeaux.

En effet, deux enfants naissent.

Béréchit 25:24 à 25:26. L’époque de sa délivrance arrivée, il se trouva qu’elle portait des jumeaux…Le premier qui sortit était entièrement roux et tout son corps était pareil à une pelisse; on lui donna donc le nom d’Ésaü…Ensuite naquit son frère tenant de la main le talon d’Ésaü et on le nomma donc Jacob. Et Isaac avait soixante ans lors de leur naissance.

Les jumeaux sont et resteront très différents, à l’image de deux polarités de signe opposé. À la naissance, Ésaü est roux et très velu, alors que Jacob est glabre. Le temps passe. Ésaü devient un homme des champs aventureux, aimant la chasse. Jacob, lui, devient un homme simple, raisonnable, prenant plaisir à rester sous la tente. Ainsi, les personnalités d’Ésaü et de Jacob évoluent pour un temps dans la divergence. Il se fait qu’Isaac préfère Ésaü, alors que Rébecca préfère Jacob, pour des raisons à développer dans un autre commentaire de paracha.

Les mystères de la personnalité humaine

Dans la paracha Toledot, le thème de deux personnalités distinctes qui se heurtent tout en étant susceptibles de se compléter, est omniprésent. Ne serait-ce pas une représentation des divers aspects de la personnalité d’un seul individu ? Les deux jumeaux se confrontent dans le ventre de Rébecca et se retrouvent plus tard, comme les composantes d’une seule personnalité qui s’opposent dans un premier temps, puis se rejoignent.

L’ouvrage « Psychanalyse des contes de fées » (1976), du psychologue américain Bruno Bettelheim, apporte son concours à la compréhension de notre paracha. Il évoque dans le « thème des deux frères », une fratrie composée de deux frères que tout oppose mais qui sont obligés de s’adapter l’un à l’autre. L’un d’eux représente la tendance à rester fidèle à la famille, à être casanier, comme l’était Jacob, alors que l’autre représente la tendance à revendiquer rapidement l’indépendance pour partir à l’aventure, tout comme Ésaü. Bettelheim invite à considérer ces deux frères, qui doivent vivre ensemble, comme les deux aspects différents d’une même personnalité. Ces deux aspects opposés, besoin de rester attaché à un passé rassurant et désir d’aller vers un avenir incertain, résident en chacun d’entre nous en proportion variable. Il nous est impossible de trouver notre équilibre mental si l’un d’eux vient à manquer totalement.

Revenons à la paracha. Les choses ont évolué. Jacob cherche à acquérir les éléments nécessaires à l’entièreté de sa personnalité, mais aussi à sauver sa vie. Après que son frère ait envisagé de le tuer, il quitte les tentes, à la demande de Rébecca, et part pour longtemps en direction de la ville de Haran. Ésaü, quant à lui, se sent mal aimé et s’unit à une épouse supplémentaire, davantage en rapport avec les vœux de ses parents. Jacob et Esaü vont ainsi, sans en être vraiment conscients, à la rencontre de leur équilibre psychologique. Jacob, en quittant la tente, Esaü en se mariant, en fondant un nouveau foyer plus proche de la pensée de la famille dont il est issu.

De ce qui précède nous déduisons que pour nous sentir intérieurement bien, nous devons demeurer entier, au sens de l’acceptation des différentes parts de notre personnalité.

Cela jouera sur nos relations avec autrui. Celles-ci seront plus transparentes, plus justes, plus fraternelles. De la sorte, nous accéderons à une meilleure compréhension des problèmes qui ne sont pas les nôtres. Alors, oublions la fratritude et prenons le chemin de la fraternité. Nous n’en tirerons que satisfaction et profit sur le plan moral.

La meilleure façon de mourir…

La tradition juive n’a pas peur de la mort. Le Talmud affirme même dans le traité chabbat que « la générosité nous sauve de la mort ».

Notre relation à la mort est un révélateur de notre relation à la vie.

Notre cycle de 4 sessions a commencé la semaine dernière, nous aurons notre deuxième cours ce soir

Voici la feuille de source sur laquelle nous travaillerons.

Visite aux malades, souffrance et dignité.

Pour la télécharger, vous pouvez cliquer sur le lien suivant.

visite aux malades, souffrance et dignite

 

Gen. 18

1 Éternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, tandis qu’il était assis à l’entrée de sa tente, pendant la chaleur du jour.

וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה, בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא; וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל, כְּחֹם הַיּוֹם.
Hachem lui apparut Pour rendre visite au malade (Sota 14a). Rabi ‘Hama bar ‘Hanina a enseigné : On était au troisième jour après la circoncision, et le Saint béni soit-Il lui est venu prendre de ses nouvelles (Baba Metsi‘a 86b).

 

וַיֵּרָא אֵלָיו. לְבַקֵּר אֶת הַחוֹלֶה אָמַר רַבִּי חָמָא בֶּן רַבִּי חֲנִינָא יוֹם שְׁלִישִׁי לְמִילָתוֹ הָיָה וּבָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְשָׁאַל בִּשְׁלוֹמוֹ:
2 Comme il levait les yeux et regardait, il vit trois personnages debout près de lui. En les voyant, il courut à eux du seuil de la tente et se prosterna contre terre. וַיִּשָּׂא עֵינָיו, וַיַּרְא, וְהִנֵּה שְׁלֹשָׁה אֲנָשִׁים, נִצָּבִים עָלָיו; וַיַּרְא, וַיָּרָץ לִקְרָאתָם מִפֶּתַח הָאֹהֶל, וַיִּשְׁתַּחוּ, אָרְצָה.
Et voici trois hommes L’un pour annoncer la bonne nouvelle à Sara, un autre pour détruire Sedom, et un troisième pour guérir Avraham. Car le même messager n’est jamais chargé de deux missions différentes (Beréchith raba 50, 2). La preuve en est que, dans tout le présent chapitre, on parle d’eux au pluriel : « “ils” mangèrent » (verset 8), « “ils” lui dirent » (verset 9). Il est écrit, en revanche, à propos de la bonne nouvelle : « “je” reviendrai vers toi » (verset 10), et au sujet de la destruction de Sedom : « car “je” ne pourrai rien faire avant que tu n’y sois arrivé » (infra 19, 22). Quant à Rafael qui a guéri Avraham, il s’en est allé pour sauver Lot, ainsi qu’il est écrit : « lorsqu’ils les eurent conduits dehors, il lui dit : sauve ta vie ». D’où il résulte que c’est le même ange qui les a sauvés, [la mission de guérir et celle de sauver étant de même nature] (Beréchith raba 50).

 

וְהִנֵּה שְׁלֹשָׁה אֲנָשִׁים. אֶחָד לְבַשֵּׂר אֶת שָׂרָה וְאֶחָד לַהֲפוֹךְ אֶת סְדוֹם וְאֶחָד לְרַפְּאוֹת אֶת אַבְרָהָם שֶׁאֵין מַלְאָךְ אֶחָד עוֹשֶׂה שְׁתֵּי שְׁלִיחוּת תֵּדַע לְךָ שֶׁכֵּן כָּל הַפָּרָשָׁה הוּא מַזְכִּירָן בְּלָשׁוֹן רַבִּים וַיֹּאכְלוּ וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו. וּבַבְּשׂוֹרָה נֶאֱמַר וַיֹּאמֶר שׁוֹב אָשׁוּב אֵלֶיךָ וּבַהֲפִיכַת סְדוֹם הוּא אוֹמֵר כִּי לֹא אוּכַל לַעֲשׂוֹת דָּבָר לְבִלְתִּי הָפְכִּי. וּרְפָאֵל שֶׁרִפֵּא אֶת אַבְרָהָם הָלַךְ מִשָּׁם לְהַצִּיל אֶת לוֹט הוּא שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי כְהוֹצִיאָם אוֹתָם הַחוּצָה וַיֹּאמֶר הִמָּלֵט עַל נַפְשְׁךָ לָמַדְתָּ שֶׁהָאֶחָד הָיָה מַצִּיל:
Midrach rabba 49 :4

Car je le connais du fait qu’il ordonnera… Rabbi Youdan au nom de Rabbi Aleksandria : c’est le soin. Et les sages disent : c’est la visite aux malades.

 

כִּי יְדַעְתִּיו לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה (בראשית יח, יט), רַבִּי יוּדָן בְּשֵׁם רַבִּי אֲלֶכְּסַנְדְּרִי זוֹ הוֹבְרָיָא. וְרַבָּנָן אָמְרֵי זוֹ בִּקּוּר חוֹלִים.
Gen. 48 :1

1 II arriva, après ces faits, qu’on dit à Joseph: « Ton père est malade. » Et il partit emmenant ses deux fils, Manassé et Éphraïm.

ויהי אחרי הדברים האלה ויאמר ליוסף הנה אביך חלה ויקח את-שני בניו עמו את-מנשה ואת-אפרים, ויגד ליעקב ויאמר הנה בנך יוסף בא אליך ויתחזק ישראל וישב על-המטה
Exode 18

20 notifie-leur également les lois et les doctrines, instruis-les de la voie qu’ils ont à suivre et de la conduite qu’ils doivent tenir.

כ וְהִזְהַרְתָּה אֶתְהֶם, אֶת-הַחֻקִּים וְאֶת-הַתּוֹרֹת; וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם, אֶת-הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָהּ, וְאֶת-הַמַּעֲשֶׂה, אֲשֶׁר יַעֲשׂוּן
Baba Métsia 30b

Qu’ils doivent tenir : c’est la visite aux malades

 

ילכו – זה ביקור חולים
Vayikra rabba 34 :1

Ainsi que l’a dit Rav houna : Chaque personne qui rend visite au malade on lui enlève un soixantième de sa maladie.

 

דאמר רב הונא כל מי שמבקר את החולה פוחתים לו אחד מששים בחוליו
Taanit 21a

On a dit à propos de NaHoum ich gam zo qu’il était aveugle de ses deux yeux, infirme de ses deux mains et de ses deux pieds et tout son corps était envahi de plaies et il était allongé dans une maison chancelante et son lit était posé sur des récipients d’eau pour que les fourmis ne montent pas sur lui.

Il arriva que se élèves voulurent déplacer son lit puis les ustensiles il leur a dit : « mes enfants, évacuez d’abord les ustensiles et après cela mon lit, car vous êtes assurés que tant que je me tiens dans la maison, elle ne s’écroule pas. Ils ont déplacé les ustensiles et ensuite ils ont dégagé son lit et la maison s’est écroulée. Ses élèves lui ont dit : Mais comment se fait-il que tu es un juste parfait et que es dans cet état ?

Il leur dit : « Mes enfants, je me le suis causé à moi-même. Car il m’arriva d’être en chemin vers la maison de mon beau-frère et j’avais une cargaison de trois ânes l’un de nourriture et l’un de boisson et l’un de douceurs. Un pauvre est venu et il s’est tenu sur mon chemin et m’a dit : « rabbi, nourris-moi ». Je lui ai dit : attends, je descends de l’âne. Je n’ai pas eu le temps de descendre de l’âne et son âme est sortie. Je suis allés et je suis tombé sur mon visage et j’ai dit, « Que mes yeux qui n’ont pas eu pitié de tes yeux deviennent aveugles, que mes mais qui n’ont pas eu pitié de tes mains soient arrachées, que mes pieds qui n’ont pas eu pitié de tes pieds se coupent » et ma conscience ne s’est pas refroidie jusqu’à ce que je dise « que tout mon corps soit plein de plaies ».

Ils lui ont dit : « Oï pour nous qui te voyons ainsi » Il leur dit : « Oï pour moi si vous ne me voyiez pas ainsi »

 אמרו עליו על נחום איש גם זו שהיה סומא משתי עיניו, גידם משתי ידיו, קיטע משתי רגליו וכל גופו מלא שחין, והיה מוטל בבית רעוע ורגלי מטתו מונחין בספלין של מים כדי שלא יעלו עליו נמלים.

פעם אחת [הייתה מטתו מונחת בבית רעוע] בקשו תלמידיו לפנות מטתו ואחר-כך לפנות את הכלים. אמר להם: ‘בניי, פנו את הכלים ואחר-כך פנו את מטתי, שמובטח לכם שכל זמן שאני בבית אין הבית נופל’. פינו את הכלים ואחר כך פינו את מטתו ונפל הבית. אמרו לו תלמידיו: ‘רבי, וכי מאחר שצדיק גמור אתה למה עלתה לך כך’?

אמר להם: ‘בניי, אני גרמתי לעצמי. שפעם אחת הייתי מהלך בדרך לבית חמי והיה עמי משוי שלושה חמורים, אחד של מאכל ואחד של משתה ואחד של מיני מגדים. בא עני אחד ועמד לי בדרך ואמר לי: ‘רבי פרנסני’. אמרתי לו: ‘המתן עד שאפרוק מן החמור’. לא הספקתי לפרוק מן החמור עד שיצתה נשמתו. הלכתי ונפלתי על פניו ואמרתי ‘עיני שלא חסו על עיניך יסומו, ידיי שלא חסו על ידיך יתגדמו, רגליי שלא חסו על רגליך יתקטעו’, ולא נתקררה דעתי עד שאמרתי ‘כל גופי יהא מלא שחין’ ‘. אמרו לו: ‘אוי לנו שראינוך בכך!’. אמר להם: ‘אוי לי אם לא ראיתוני בכך’.

Babli BeraHot 5b

Rabbi Elazar tomba malade et Rabbi YoHanan vient lui rendre visite. Il vit qu’il habitait dans une maison sombre. Il lui a découvert son bras et il y eu de la lumière. Il vit que Rabbi Elazar pleurait. Il lui dit : Pourquoi pleures-tu ? Si c’est parce que tu n’as pas suffisemment étudié la torah, on a enseigné : celui qui étudie beaucoup comme celui qui étudie peu du moment qu’il élève son cœur vers le ciel ! Si c’est parce que tu n’as pas assez à manger, tout homme n’a pas accès à deux tables ! et si c’est parce que tu n’as pas d’enfants, c’est la destinée de mon dixième fils dont tous les enfants sont morts. Il lui dit : c’est sur cette beauté qui qui disparaitra dans la poussière que je pleure. Il lui dit : à ce sujet il y a lieu de pleurer. Et ils pleurèrent tous les deux. Plus tard, Rabbi YoHanan lui dit : tes souffrances te sont-elles chères ? Il lui dit : ni elles ni leur récompense. Il lui dit : donne-moi ta main. Il lui donna la main et le releva.

רבי אלעזר חלש, על לגביה רבי יוחנן. חזא דהוה קא גני בבית אפל, גלייה לדרעיה ונפל נהורא. חזייה דהוה קא בכי רבי אלעזר. אמר ליה: אמאי קא בכית? אי משום תורה דלא אפשת – שנינו: אחד המרבה ואחד הממעיט ובלבד שיכוין לבו לשמים! ואי משום מזוני – לא כל אדם זוכה לשתי שלחנות! ואי משום בני – דין גרמא דעשיראה ביר. אמר ליה: להאי שופרא דבלי בעפרא קא בכינא. אמר ליה: על דא ודאי קא בכית, ובכו תרוייהו. אדהכי והכי, אמר ליה: חביבין עליך יסורין? אמר ליה: לא הן ולא שכרן. אמר ליה: הב לי ידך, יהב ליה ידיה ואוקמיה.

 

Paracha Hayé Sarah : combien de temps allons-nous sacrifier nos enfants ?

Pendant encore combien de temps allons-nous sacrifier nos enfants ? Tout au long de l’histoire, de jeunes personnes, au plus fort de leurs capacités physiques et morales, sont parties combattre et se sacrifier pour leurs aînés, leurs clans ou leurs nations.

Le sacrifice d’Isaac est d’un tout autre type, mais il nous conduit quand même à nous poser cette question sur un plan général.

Isaac n’est pas mort, mais sa mère Sarah est littéralement morte d’angoisse à l’idée de le perdre. Pourquoi « Dieu » aurait-il permis une telle chose?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Hayé Sarah du sefer Béréchit (Genèse) 23:1 à 25:18 et les vies de Sarah

Béréchit 23:1 à 23:2. Et la vie de Sarah fut de cent vingt-sept années; telle fut la durée des années de la vie de Sarah…Sarah mourut à Kiriath-Arba, c’est à dire à Hébron, dans le pays de Canaan. Abraham y vint pour se lamenter sur Sarah et la pleurer.

Le midrach raconte que Sarah est morte suite au départ d’Abraham et d’Isaac. Sarah mourut avant Abraham. Elle fut admirable et irréprochable pendant toute une vie au parcours éprouvant : le départ de Haran pour une terre inconnue, l’enlèvement par Pharaon puis par AbiméleH, et pire encore, le départ d’Isaac.

Le départ d’Isaac avec son père, sur ordre de « Dieu » est un épisode délicat et très discuté. Il s’agit d’un très beau passage (encore plus en hébreu) qui souligne la proximité entre le père et le fils, et leurs questionnements concernant la nature de leur voyage. Selon la tradition juive, ce voyage fut une épreuve, sans aucune intention de réellement sacrifier Isaac. La nature de cette épreuve est discutée: « Dieu » voulait-il vérifier qu’Abraham était bien prêt à tout lui sacrifier? Ou au contraire, « Dieu » voulait-il vérifier qu’Abraham était justement prêt à renoncer aux sacrifices humains fréquents à cette époque? Toujours est-il que cette épreuve subie conjointement par Abraham et Isaac a été vécue par Sarah dans la solitude. Son inquiétude fut telle que Sarah ne pût résister à l’angoisse qui la submergeât et qu’elle mourût.

Revenons à la destinée de Sarah. « Hayé Sarah » (חַיֵּי שָׂרָה), « la vie de Sarah », ou plutôt « les vies de Sarah », comme si Sarah avait eu plusieurs vies. Le mot « chana » (שָׁנָה), « année », est repris plusieurs fois, car dans la tradition juive le caractère sacré de la vie correspond au sacré de chacun de nos instants de vie, de chacune de nos années de vie.

La vie de Sarah fut parfaite. Sarah vécut 127 ans. « Les 3 vies » de Sarah furent de 100 ans, 20 ans et 7 ans. Cette façon de voir les choses signifie que Sarah fut admirable et irréprochable à 7 ans, à 20 ans, comme à 100 ans malgré ce qu’elle endurât. Sarah fut très belle aussi; ce qui provoqua quelques déboires lors de ses voyages avec Abraham, aussi belle à 100 ans qu’à 20 ans et à 7 ans.

Toujours d’après Rachi, l’expression « chné Hayé Sarah » (שְׁנֵי חַיֵּי שָׂרָה), « les années de la vie de Sarah » est à souligner, car absolument toutes les années de la vie de Sarah sont à prendre en considération. Chacune de ces années fut imprégnée de sa bonté, de sa sagesse, de son aura.

Sarah fut la première des matriarches et patriarches à être inhumée à Hébron anciennement appelée Kiriath-Arba,  » la colline des quatre ». Effectivement, 4 couples fondateurs y sont enterrés : Adam et Ève (d’après la tradition), Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca, Jacob et Léa.

L’année dernière, tout près d’Hébron, le Rabbin Arik Ascherman de l’association « Les Rabbins pour les droits de l’homme » a été attaqué au couteau alors qu’il défendait le droit des arabes palestiniens à la culture des oliviers. Hébron est actuellement un foyer de haine (comparable à la mésaventure de Caïn et Abel) où la coexistence est devenue extrêmement difficile.

La ville d’Hébron est âgée d’environ 4000 ans (période du bronze ancien). Hébron a été détruite une première fois il y a 3500 ans lors d’une invasion égyptienne, puis a été reconstruite, puis redétruite, puis reconstruite. Les Juifs en ont été chassés ou ont été tués. Des pogroms ont eu lieu en 1517, 1834, 1929…contre les Juifs qui sont quand même revenus. Malheureusement, en 1994 c’est un Juif, Baruch Goldstein, qui a tué 29 arabes palestiniens dans le Tombeau des Patriarches.

Aujourd’hui, Hébron est très loin d’être le lieu de paix dédié à Sarah. Cependant, il est important de mentionner qu’un Sage chrétien du 5° siècle disait qu’Hébron était, à cette époque, un lieu de fêtes estivales annuelles où se retrouvaient dans la joie, chrétiens, juifs et païens (l’Islam n’existait pas encore). Hébron garde son potentiel d’union, et le retrouvera peut-être un jour.

Rappelons-nous un passage de la Genèse qui cite l’Éternel [parlant à Abraham, le mari de Sarah] : « …et par toi seront bénies toutes les familles de la Terre ». Rappelons-nous aussi, que selon le Midrach, Sarah a allaité tous les petits enfants présents au banquet donné en l’honneur d’Isaac, en signe de partage. À travers ces faits, mettons en avant les initiatives de paix de la population de l’état d’Israël. Des associations s’activent en ce sens : « Les Rabbins pour les droits de l’homme », « Les enfants pour la paix », etc… Mettre en avant les initiatives pacifistes, c’est leur donner plus de poids.

Évoquer Sarah nous fait songer à un monde sans violence

Le nom de l’association « Les enfants pour la paix » est très significatif. La meilleure façon d’épargner, de soutenir les enfants, de les inciter à rester en paix, qu’ils soient israéliens, palestiniens, de n’importe qu’elle religion ou nationalité, est de les faire se rencontrer et de leur confier la responsabilité de leur avenir. Ainsi, par eux-mêmes, ils deviendront tolérants, s’apprécieront, et seront heureux de construire ensemble un monde sans violence.

L’expression Hayé Sarah, « les vies de Sarah » au pluriel, symbolise notre capacité d’évolution vers un monde de paix en nous investissant, comme elle, dans cette direction, chaque minute, chaque journée, chaque année de notre vie.

Le Tombeau des Patriarches, où se trouve Sarah, peut encore être visité. Il matérialise le devoir de mémoire nécessaire à une projection vers un futur de paix. Un futur de paix où le sacrifice de nos enfants n’aura plus aucun sens.

A-t-on le droit d’exister même quand on est « immoral » ?

Berechit Rabba paracha 5  et 8

A-t-on le droit d’exister même quand on est « immoral » ?

Les religions peuvent parfois nous culpabiliser, mais ce n’est pas obligatoire. Avons-nous besoin d’être parfaits pour être acceptables et pour être libres ? Devons-nous être « grands » pour être entendus ? La réponse doit être négative, car si nous attendons d’être parfaits pour nous exprimer, nous resterons silencieux. Pour autant, devons-nous rester enfermés dans nos limitations ?

Le talmud nous invite à accepter où nous en sommes, tout en nous projetant vers une meilleure version de nous-mêmes.

Nous verrons donc dans notre sougia de mercredi prochain comment le midrach présente les conditions de l’existence de l’Homme et l’importance de sa mise en mouvement.

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci. )

Pour nous rejoindre au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h , contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.

Rabbi Simon a dit quand HKBH est venu pour créer adam harichon les anges du service se sont constitués en partis et en groupes certains disent qu’il ne soit pas créé d’autres disent qu’il soit créé c’est ce qui est écrit la grâce et la vérité se sont rencontrés la justice et la paix se sont embrassés la grâce a dit qu’il soit créé car il pratique le gmilout hassadim= le don gracieux la vérité a dit qu’il ne soit pas créé car il n’est que mensonges la justice a dit qu’il soit créé car il fait des dons la paix a dit qu’il ne soit pas créé car il n’est que bataille que fit HKBH il a pris la vérité et l’a envoyée à terre c’est ce qui est écrit il envoya la vérité à terre les anges du service ont dit à HKBH maître des mondes comment tu méprises ton sceau que monte la vérité de la terre comme il est dit la vérité fleurira de la terre.

 

Rabbi Chmouel fils de NaHman au nom de Rabbi Yonatan a dit au moment où Moïse a écrit la torah il écrivait la création de chaque jour quand il arriva à ce verset où il est dit et l’Eternel dit faisons adam à notre image et à notre ressemblance il a dit devant lui maitre du monde comment tu donnes une occasion de critique aux sectes il lui dit écris et que celui qui veut se tromper se trompe il lui a dit HKBH Moïse cet humain que j’ai créé je n’en fait pas des grands et des petits que si vient un grand pour demander l’accord d’un plus petit que lui et il dit pourquoi je devrais prendre l’accord d’un plus petit que moi et ils lui répondent apprends de ton créateur qui a créé les élevés et ceux du bas quand il est venu créer l’humain il a été élu par les anges du service.

אמר רבי סימון: בשעה שבא הקב »ה לבראת את אדם הראשון, נעשו מלאכי השרת כיתים כיתים, וחבורות חבורות, מהם אומרים: אל יברא, ומהם אומרים: יברא, הדא הוא דכתיב (תהלים פה): חסד ואמת נפגשו צדק ושלום נשקו.   חסד אומר: יברא, שהוא גומל חסדים.
ואמת אומר: אל יברא, שכולו שקרים.   צדק אומר: יברא, שהוא עושה צדקות.   שלום אומר: אל יברא, דכוליה קטטה.
מה עשה הקדוש ברוך הוא?    נטל אמת והשליכו לארץ, הדא הוא דכתיב (דניאל ח): ותשלך אמת ארצה.
אמרו מלאכי השרת לפני הקב »ה: רבון העולמים!  מה אתה מבזה תכסיס אלטיכסייה שלך?
תעלה אמת מן הארץ, הדא הוא דכתיב (תהלים פה): אמת מארץ תצמח.

רבי שמואל בר נחמן בשם רבי יונתן אמר: בשעה שהיה משה כותב את התורה היה כותב מעשה כל יום ויום, כיון שהגיע לפסוק הזה שנאמר: ויאמר אלהים נעשה אדם בצלמנו כדמותנו.

אמר לפניו: רבון העולם מה אתה נותן פתחון פה  מינים אתמהא?!   אמר לו: כתוב והרוצה לטעות יטעה.
אמר לו הקב »ה: משה! האדם הזה שבראתי לא גדולים וקטנים אני מעמיד ממנו?! שאם יבא הגדול ליטול רשות מן הקטן ממנו, והוא אומר מה אני צריך ליטול רשות מן הקטן ממני?!     והן אומרים לו: למוד מבוראך, שהוא ברא את עליונים ואת התחתונים, כיון שבא לבראת את האדם נמלך במלאכי השרת.

Quel est le prix à payer pour créer l’Humain ? Qu’en pensent les ‘anges’ ? Que symbolisent-ils ici ? Quel exemple donnent-ils à l’être humain ?

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 -2 berechit rabba 8

Paracha Vayéra : es-tu le gardien de ta femme ?

Les personnes vivant en couple sont liées par une communauté de destin; ce qui implique un engagement consenti d’entraide et de solidarité entre elles.

Cet engagement ne doit pas se faire au détriment de la liberté individuelle compatible avec la vie de couple. D’autre part, il ne doit pas se pratiquer dans l’hypocrisie. L’entraide est une forme de générosité désintéressée qui respecte l’épanouissement des membres du couple.

La paracha Vayéra aborde le principe d’entraide et de solidarité dans le couple en nous dévoilant certains points des relations qu’entretiennent Abraham et Sarah. Les époux, comme les frères et sœurs, sont un peu responsables les uns des autres. Nous disons « tout Israël est garant l’un de l’autre ». Caïn a nié cette solidarité en tuant son frère, et en interpelant « Dieu »: « Suis-je la gardien de mon frère? ». Qu’en est-il dans notre paracha?  Abraham a-t-il été le gardien de sa femme, Sarah ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Vayéra du sefer Béréchit (Genèse) 18:1 à 22:24 et le couple Abraham-Sarah

Le couple Abraham-Sarah (qui, en début de paracha précédente, se nommait Abram-Saraï) doit retenir toute notre attention. Ce couple, par ses relations insolites, est un sujet de réflexion important sur la vie à deux.

Deux éléments de la vie de couple d’Abraham et de Sarah sont à relever.

~Premier élément : Abraham demande à Sarah de le protéger dans les situations périlleuses, pour cela, il faut qu’elle se présente comme sa sœur et non comme son épouse (ce qui est en partie vrai : Abraham et Sarah sont de même père, mais de mères différentes. Béréchit chap 20, verset 12).

Ce fut une première fois en Égypte (Paracha LèH LéHa), quand Abram prit conscience que Saraï était belle et attirante, et qu’il risquait d’être tué lors d’un éventuel rapt de Saraï.

Béréchit 12:11 à 12:13. Quand il fut sur le point d’arriver en Égypte, il dit à Saraï son épouse: « Certes, je sais que tu es une femme belle d’apparence…Il arrivera que lorsque les Égyptiens te verront, ils diront ‘c’est sa femme’, et ils me tueront, et ils te conserveront en vie…Dis, je te prie, que tu es ma sœur; et cela ira bien pour moi à cause de toi, car j’aurai grâce à toi la vie sauve. »

Ceci ce reproduit dans la paracha Vayéra avec AbiméleH, roi philistin de Guérar où Abraham souhaite résider.

Béréchit 20:1 à 20:2. Abraham quitta ce lieu pour le pays du Néguev; il s’établit entre Cadès et Chour et séjourna comme étranger à Guérar…Abraham disait de Sarah, sa femme, « Elle est ma sœur ». Là-dessus AbiméleH, roi de Guérar, envoya prendre Sarah.

Ici la solidarité s’exerce de façon surprenante, contraire à la logique et à la bienveillance. L’épouse se charge de protéger un mari qui ne se consacre pas vraiment à sa protection. En conséquence, Dieu intervient pour protéger lui-même Sarah. Et en acceptant de protéger Abraham, Sarah obtient la bénédiction divine sans l’avoir recherchée.

~Deuxième élément : Sarah se comporte de façon très discrète et effacée. Elle ne veut absolument pas se mettre en avant. Dans les versets suivants « Dieu » interpelle Abraham puis Sarah, par l’intermédiaire de 3 anges d’apparence humaine, pour annoncer qu’un fils naîtra prochainement de leur couple.

Béréchit 18:9 à 18:15. Ils lui dirent: « Où est Sarah, ta femme? » Il répondit: « Elle est ici, dans la tente »…L’un d’eux reprit: « Je reviendrai à toi l’année prochaine, à pareille époque et voici, un fils sera né à Sarah, ton épouse ». Or, Sarah écoutait à l’entrée de la tente qui se trouvait derrière lui…Mais, Abraham et Sarah étaient vieux, avancés en âge et les règles avaient cessé pour Sarah…Aussi, Sarah se mit-elle à rire en elle-même en disant: « Flétrie par l’âge, ce bonheur me serait-il réellement possible? D’ailleurs, mon époux est un vieillard. »..Alors, l’Éternel dit à Abraham: « Pourquoi Sarah a-t-elle ri en disant: est-ce-que vraiment j’enfanterai, âgée que je suis?..Est-il rien d’impossible à Dieu? Au temps fixé, à pareille époque, je te visiterai et Sarah aura un fils »…Mais Sarah se mit à nier en disant: « Je n’ai pas ri ». Elle avait peur. L’Éternel répondit à Sarah: « Mais si ! tu as bel et bien ri. »

Tout au long de ces versets, Sarah reste en arrière. Il lui semble naturel qu’Abraham, son époux, soit l’interlocuteur direct des anges envoyés par Dieu. Sarah fait preuve d’abnégation et d’humilité. Son rire discret n’est pas ironique, il traduit simplement sa surprise. De cette façon, Sarah manifeste aussi la négation de ses sentiments. Elle rit car elle a du mal à réaliser que l’Éternel puisse s’intéresser autant à elle. Cela lui semble inconcevable. Afin de dissiper le doute dans son esprit et l’encourager à s’affirmer, l’Éternel décide de s’adresser directement à elle. Sarah devient alors une personnalité du peuple hébreu à part entière.

En relatant ces faits, la Torah nous montre que l’entraide et la solidarité dans le couple ne sont pas univoques. Dans certains cas, il est tout à fait normal que la femme aide l’homme. Ce qui est conforme à la définition du terme « solidarité; » la solidarité impliquant l’interdépendance. Par ailleurs, la Torah aborde la libre expression des sentiments féminins en nous révélant une relation directe entre Dieu et Sarah en rapport avec ses pensées et ses sentiments. L’échange direct entre Dieu et Sarah sera mené à bonne fin, puisqu’un an plus tard, Isaac naîtra. Il aura donc également des répercussions positives sur la vie de couple et sur la vie familiale de nos ancêtres.

Béréchit 21:1 à 21:3. Et l’Éternel pensa à Sarah comme il l’avait dit et fit à Sarah ainsi qu’il l’avait annoncé…Sarah conçut et enfanta un fils à Abraham en sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé…Abraham nomma Isaac le fils qui venait de naître, que Sarah lui avait donné.

Interprétons bien le verset qui va suivre. Ce verset est l’expression directe des sentiments d’une femme, Sarah. Ce qui est rare dans la Torah.

Béréchit 21:6. Alors Sarah dit: « Dieu m’a préparé du rire et quiconque l’apprendra rira de moi. »

La maternité de Sarah, à un âge tardif, est un entremêlement de bonheur et de complexité. Sarah doit se montrer capable de prendre en charge son nouveau-né, en particulier de l’allaiter.

Béréchit 21:7. Elle dit encore « Qui aurait dit à Abraham que Sarah allaiterait véritablement des enfants, vu que je lui ai donné un fils en sa vieillesse? »

Sarah prend sa revanche sur la rumeur publique à double titre. Le Talmud Baba Metsia attire notre attention sur le mot « banim/enfants » (בָנִים) qui est un mot pluriel. L’explication de ce pluriel est la suivante : au cours du banquet donné en l’honneur d’Isaac, l’Éternel a produit l’irrationnel en faveur de Sarah. Toutes les mères présentes se sont soudainement trouvées incapables d’allaiter. Sarah, après sa longue incapacité en ce sens, a eu la grande joie de devoir se substituer à elles. Sarah a alors donné généreusement le sein à tous les bébés présents, des nourrissons aux enfants de 3 ans. Sarah a ainsi rayonné, aux yeux de tous, dans l’accomplissement de sa maternité.

Pour conclure : l’homme doit-il vraiment être le gardien de sa femme ?

En ce qui concerne le couple Abraham-Sarah, Abraham ne s’est pas comporté en gardien de sa femme. L’Éternel s’est substitué directement à lui en faisant de Sarah un personnage de premier plan, en élevant Sarah au statut de princesse et de matriarche du peuple hébreu.

Qu’en est-il aujourd’hui de nos relations de couple ? L’égalité et la solidarité homme/femme ont été instaurées dans notre société. L’homme et la femme, en fonction de leurs moyens, sont devenus réciproquement les gardiens l’un de l’autre, matériellement et moralement. Malheureusement, ce n’est pas le cas dans le monde entier. N’est-ce-pas une injustice à résoudre ?

Réformer la religion aujourd’hui, en judaïsme, en christianisme, en islam

Centre culturel des Terreaux
Centre culturel des Terreaux

En 1517, Luther appose les 95 thèses contre les indulgences sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg. C’était il y à 500 ans. A l’occasion de cet anniversaire, le monde protestant organise différentes manifestations et festivités. A Lausanne, la série de rencontre prévues a été inaugurée ce soir dans une perspective plus large, permettant d’intégrer les réflexions de l’Islam à travers l’intervention de Haoues Seniguer, de la sociologie avec Philippe Gonzalez, et du judaïsme que j’ai eu la chance de représenter.

Les rencontres extérieures sont une occasion de retravailler nos idées et notre vision, elles permettent de garder le lien entre notre communauté et le monde extérieur. Ainsi, les enseignements que nous développons ne tournent pas en vase clos, au contraire, ils se frottent et s’affutent, s’enrichissent et se développent dans la discussion. Une maHloquèt à grande échelle, qui nous permet de préserver l’articulation entre d’une part notre particularisme, notre identité propre et d’autre part notre sensibilité universelle.

Pierre Gisel, Théologien, chercheur et auteur était le modérateur des débats. Il a introduit le propos en distinguant les réformes internes, mises en oeuvre par l’un ou l’autre groupe, des réformes externes, celles qui peuvent lui être imposées de l’extérieur. Il nous a invité à relire notre propre histoire, à parler des réformes qui ont eu lieu au sein des différentes familles religieuses, et réfléchir à « l’articulation d’une tradition au présent historique » ainsi qu’à l’ « articulation au monde, au social et à la culture de tous ».

Dans ce cadre, j’ai eu l’occasion de prendre la parole pour une vingtaine de minutes et d’évoquer la signification du mot « réforme » et de souligner le caractère drastique de cette notion, par comparaison à d’autres concepts comme le changement ou l’évolution organique. J’ai souligné qu’une réforme entame généralement le début d’une religion nouvelle, comme le christianisme a pu se revendiquer d’une réforme du judaïsme, créant un « nouveau testament » initialement prévu pour remplacer l' »ancien ». De la même façon, la réforme protestante a été le commencement d’une nouvelle façon d’aborder le christianisme. Par opposition, on peut s’interroger sur les évolutions vécues par la tradition juive au cours de son histoire. Il est intéressant de rechercher factuellement quels ont été les grands points d’évolution, il est également important de noter ce que le judaïsme dit de ces changements, la façon dont il les raconte.

D’un point de vue de l’histoire antique d’Israël, qui se confond avec une histoire symbolique, nous parlons sans cesse de voyages et d’évolutions. TéraH quitte Ur, Abram et Saraï quittent Haran, ils changent eux-mêmes de nom pour devenir Abraham et Sarah. Les changements identitaires sont intégrés dans l’histoire mythologique du peuple juif.

Nous passons ainsi d’une tradition patriarcale-nomade à une identité d’esclave et d’oppression en Egypte, puis un voyage dans le désert, puis une rencontre avec une loi, puis une période de 40 ans de construction et de confrontation avec cette loi autour d’un temple portatif, puis une période sous la conduite des juges, puis des rois, puis seulement une époque de centralisation religieuse autour du temple, permettant les grands rassemblements des fêtes de pèlerinage. L’exil en Assyrie met fin à la centralité du culte du Temple, dont la destruction est un terrible choc. C’est la prière et l’étude qui prennent le relais avec l’époque des scribes. Ezra et Néhémie reconstruisent le second temple, qui sera à son tour détruit redonnant un rôle renouvelés à l’étude et à la prière comme points focaux de substitution.

Avec la diaspora et les déplacements des juifs au fil des remous de l’histoire, les influences extérieures seront diverses et créeront des branches légèrement différentes au sein du judaïsme, avec l’influence de l’islam en Afrique du nord pour les juifs séfarades et cette du christianisme en Europe pour les juifs achkénazes. A chaque fois, sans qu’il y ait toujours de « réforme » au sens brutal du terme, il y a des adaptations et des formations renouvelées et créatives des modalités de la pratique juive.

L’émancipation des juifs achkénazes suite aux développements de la révolution française et l’intégration des juifs à la société globale a un défi très difficile. Elle a entrainé des évolutions d’abord assez brutales des modalités de l’être juif au XIXe s. La première de ces modalités a été la disparition pure et simple avec l’assimilation et la perte identitaire, dans une société globale peu ouverte à la diversité. D’une façon très schématique, on pourrait dire également qu’un courant libéral a œuvré pour une adaptation express du judaïsme alors qu’un courant orthodoxe en a pris un contre-pied drastique. Ces courants se sont globalement rapprochés aujourd’hui, tout en gardant leurs différences. La re-création de l’État d’Israël et la Choa ont également été des tournants majeurs dans la façon dont les juifs définissent leur identité.

On voit ainsi que l’histoire du judaïsme, autant son histoire « historique » que son histoire « mythique », intègre des évolutions et des métamorphoses, toutes raccordées par le fil rouge d’une revendication de continuité et par la fidélité à des textes qui restent centraux même lorsque leur interprétation varie.

Il aurait été intéressant de détailler ensuite les outils que le judaïsme a pu utiliser pour intégrer ces changements, de parler de l’installation de YoHanan Ben Zakaï ou des Makabim, de mentionner la rédaction de la Torah orale et ses implications, de noter les outils hilHatiques qui permettent de prendre en considération les évolutions du temps. J’aurais aimé également faire le point sur le judaïsme actuel et sur ce qui faisait la vitalité mais aussi parfois la rigidité du judaïsme en France.

Il était temps d’entendre  le sociologue Philippe Gonzalez. Il a entre autre souligné que les fondamentalismes étaient des réformes « modernes et anti-modernes », fondées sur le rejet de la critique historique qu’ils considèrent comme la cause de la perdition de la famille et par conséquent l’affaiblissement général du groupe, qui doit retourner à sa grandeur en conformité avec un grand destin qu’il doit accomplir en tant que groupe « élu ». Pour lui, le désinvestissement de l’Etat dans le religieux entraîne une baisse des moyens et rend difficile la formation de personnes qui ont réellement le temps de penser, favorisant l’émergence de visions rentables à court termes, d’une simple continuation du passé sans projection vers l’avenir. C’est ainsi une « religion de marché » qui apparait, et qui doit être plus concurrentielle qu’inspirante, ceci étant vrai dans les différentes familles religieuses comme dans la recherche fondamentale et l’université. Pour finir, il a rappelé les différents moteurs de la réflexivité: 1 – la tradition fait face à ses réalités historiques et à sa diversité interne; 2 – elle accepte d’être confrontée à la critique historique; 3 – le débat interreligieux contribue à sa prise de recul; 4 – le contact avec l’Etat et 5 – avec la société civile l’invitent à se remettre en question. Selon lui, les religions ont un rôle fondamental à jouer du fait de leur préoccupation du bien commun qui est trop souvent délaissé au profit de visions purement individuelles.

Haoues Seniguer a ensuite pris la parole. Il a brièvement retracé l’histoire des réformateurs de l’islam. Il a noté que la réforme de l’islam était souvent présentée comme la solution ultime de tous les problèmes en France, ce qui est bien sur illusoire. La violence des attentats ne devrait pas pousser à une pression de réforme sur l’islam, qui ne peut évoluer que de l’intérieur. La radicalisation a pour sens premier le fait de « revenir à la racine », ce qui n’est pas intrinsèquement problématique. Pour lui, le Djihadisme est un problème en soi mais reflète surtout l’absence de réflexivité en islam. Se pose la question du statut du texte coranique. Depuis le 7e siècle existe la possibilité d’une prise de recul qui est réactivable, permettant une historicisation et donc une relativisation, une avancée éthique qui peut permettre à chacun une plus grande liberté. Différents courants de réforme coexistent dans l’islam, un courant qui intègre la critique historique, un courant qui distingue ce qui est évolutif de ce qui est immuable avec toute la difficulté de la définition de cet immuable, un courant qui reviendrait à remettre en cause la parole de Dieu, des courants qui veulent revenir aux débuts de l’islam, soit pour les reproduire à l’identique, soit pour les retraduire au présent.

La discussion a pu continuer, à la fois entre les intervenants et avec le public, permettant de donner diverses précisions et de poursuivre notre réflexion concernant notre capacité à prendre du recul vis-à-vis de nos croyances pour pouvoir les examiner non seulement avec notre propre regard, mais aussi pour comprendre ce qu’elles signifient pour autrui.