Esther, l’humble reine qui défie les puissants

Le livre d’Esther : approche pédagogique de la relation à l’autorité – Bible et Pédagogie 4, c’est déjà dimanche prochain, à Nation/Ganénou. Pour les parents et tous ceux qui aiment la pédagogie.

Comment réagir au pouvoir et à l’autorité ? Faut-il se soumettre ? Faut-il se révolter ? Comment rester soi-même malgré la pression extérieure ? Vachti, Mardochée, Aman, Esther, ont-ils raisons de se soumettre et de se révolter ? Outre le modèle d’oppression directe du roi, quels autres modèles existent-ils dans la Méguila d’Esther ? La manipulation ? La collaboration ?

A quels types de transactions relationnelles adhérons-nous dans les différents domaines de nos vies ? Dans notre rapport pédagogique avec nos enfants ? Quel modèle parental leur offrons-nous ? Comment réagissent-ils à cette histoire de danger, de violence, de solidarité et de transmission ?

La méguila d’Esther, au-delà de l’aspect ludique des déguisements, des chants, du bruit au nom d’Aman, est l’occasion de réexaminer notre rapport à l’autorité et de partager cela de façon très profonde avec nos enfants.

(Attention, le texte suivant est repris de la traduction en français par le rabbinat. Le texte biblique ne doit pas être statique et les traductions ont tendance à appauvrir. Nous vous invitons à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître.  Merci.)

Pour étudier avec nous à Ganénou-Nation ce dimanche de 10h (accueil à 9h30) à 11h15, contactez Raffaella ou répondez à cet article en commentaire.

I 10 Le septième jour, comme le cœur du roi était mis en liesse par le vin, il ordonna à Mehouman, Bizzeta, Harbona, Bigta, Abagta, Zêtar et Carcas (les sept eunuques qui étaient de service auprès du roi Assuérus), 11 d’amener devant le roi la reine Vasthi, ceinte de la couronne royale, dans le but de faire voir sa beauté au peuple et aux grands; car elle était remarquablement belle. 12 Mais la reine Vasthi refusa de se présenter, suivant l’ordre du roi transmis par les eunuques. Le roi en fut très irrité, et sa colère s’enflamma. 13 Puis le roi, s’adressant aux sages, initiés à la connaissance des temps car c’est ainsi que les affaires du roi étaient portées devant ceux qui connaissent la loi et le droit; 14 et ceux qui l’approchaient de plus près, c’étaient Carchena, Chêtar, Admata, Tarchich, Mérés, Marsena, Memoukhan, les sept seigneurs qui avaient accès auprès de la personne du roi et tenaient le premier rang dans le royaume 15 le roi demanda quel traitement méritait, d’après la loi, la reine Vasthi, pour avoir désobéi à l’ordre du roi Assuérus, communiqué par les eunuques. 16 Alors Memoukhan s’exprima ainsi devant le roi et les seigneurs: « Ce n’est pas seulement envers le roi que la reine Vasthi s’est rendue coupable, mais encore contre tous les grands et contre toutes les nations qui peuplent les provinces du roi Assuérus; 17 car l’incident de la reine, venant à la connaissance de toutes les femmes, aura pour effet de déconsidérer leurs maris à leurs yeux, puisqu’on dira: « Le roi Assuérus avait donné ordre d’amener la reine Vasthi en sa présence, et elle n’est pas venue! » 18 Et aujourd’hui même, les grandes dames de Perse et de Médie, qui ont appris l’incident de la reine, en parleront à tous les dignitaires du roi, et de là naîtront force avanies et querelles irritantes. 19 Si donc tel est le bon plaisir du roi, qu’un rescrit royal, émané de lui et consigné dans les lois de Perse et de Médie, de façon à ne pouvoir être rapporté, dispose que Vasthi ne paraîtra plus devant le roi Assuérus, et que sa dignité royale sera conférée par le roi à une autre femme valant mieux qu’elle. 20 L’ordonnance que rendra le roi sera connue dans tout son royaume, qui est si vaste, et alors toutes les femmes témoigneront du respect à leurs maris, du plus grand au plus petit. » 21 Cet avis parut excellent aux yeux du roi et des seigneurs, et le roi agit conformément aux paroles de Memoukhan. 22 Il expédia des lettres dans toutes les provinces royales, dans chaque province selon son système d’écriture et dans chaque peuplade selon son idiome, [pour ordonner] que tout homme serait maître dans sa maison et s’exprimerait dans la langue de sa nation.

II 5 Or, à Suse, la capitale, vivait un homme originaire de Judée, portant le nom de Mardochée, fils de Yair, fils de Séméi, fils de Kich, de la tribu de Benjamin. 6 II avait été déporté de Jérusalem avec les captifs emmenés de Jérusalem en même temps que Ieconia, roi de Juda, par Nabuchodonosor, roi de Babylone. 7 Il était le tuteur de Hadassa, c’est-à-dire d’Esther, fille de son oncle, qui n’avait plus ni père ni mère; cette jeune fille était belle de taille et belle de visage. A la mort de son père et de sa mère, Mardochée l’avait adoptée comme sa fille. 8 Lors donc que furent publiés l’ordre du roi et son édit et qu’on réunit nombre de jeunes filles à Suse, la capitale, sous la direction de Hêgaï, Esther fut, elle aussi, emmenée au palais du roi et confiée à la direction de Hêgaï, gardien des femmes. 9 La jeune fille lui plut beaucoup et gagna ses bonnes grâces; aussi s’empressa-t-il de lui procurer les objets nécessaires à sa toilette et à son entretien, ainsi que les sept suivantes que devait lui fournir la maison du roi, et il lui témoigna, à elle et à ses suivantes, une faveur exceptionnelle dans le harem. 10 Esther n’avait fait connaître ni son peuple, ni son origine, Mardochée lui ayant recommandé de n’en rien faire. 11 Et chaque jour Mardochée arpentait les abords de la cour du harem, pour s’informer du bien-être d’Esther et de ce qui advenait d’elle…22 Mardochée eut connaissance du complot et en informa la reine Esther, qui en fit part au roi au nom de Mardochée. 23 Une enquête fut ouverte, qui confirma la chose; les deux [coupables] furent pendus à une potence, et le fait fut consigné dans le livre des annales, en présence du roi.

III 1 A la suite de ces événements, le roi Assuérus éleva Aman, fils de Hamedata, l’Agaghite, en l’appelant à la plus haute dignité, et lui attribua un siège au-dessus de tous les seigneurs attachés à sa personne. 2 Tous les serviteurs du roi, admis à la cour royale, s’agenouillaient et se prosternaient devant Aman, car tel était l’ordre donné par le roi en son honneur; mais Mardochée ne s’agenouillait ni ne se prosternait. 3 Les serviteurs du roi, admis à la cour royale, dirent à Mardochée: « Pourquoi transgresses-tu l’ordre du roi? » 4 Comme ils lui faisaient cette observation jour par jour sans qu’il en tînt compte, ils dénoncèrent le fait à Aman, pour voir si les propos de Mardochée auraient quelque valeur; car il leur avait raconté qu’il était juif. 5 Aman, s’apercevant que Mardochée ne s’agenouillait ni se prosternait devant lui, fut rempli d’une grande colère. 6 Mais il jugea indigne de lui de s’en prendre au seul Mardochée, car on lui avait fait savoir de quelle nation il était. Aman résolut donc d’anéantir tous les juifs établis dans le royaume d’Assuérus, la nation entière de Mardochée. 7 Le premier mois, qui est le mois de Nissan, dans la douzième année du règne d’Assuérus, on consulta le POUR, c’est-à-dire le sort, devant Aman, en passant d’un jour à l’autre et d’un mois à l’autre jusqu’au douzième mois, qui est le mois d’Adar. 8 Puis Aman dit au roi Assuérus: « Il est une nation répandue, disséminée parmi les autres nations dans toutes les provinces de ton royaume; ces gens ont des lois qui diffèrent de celles de toute autre nation; quant aux lois du roi, ils ne les observent point: il n’est donc pas de l’intérêt du roi de les conserver. 9 Si tel est le bon plaisir du roi, qu’il soit rendu un ordre écrit de les faire périr, et moi, je mettrai dix mille kikkars d’argent à la disposition des agents [royaux] pour être versés dans les trésors du roi. » 10 Le roi ôta son anneau du doigt et le remit à Aman, fils de Hamedata, l’Agaghite, le persécuteur des juifs. 11 Et le roi dit à Aman: « Je t’abandonne à la fois l’argent et cette nation, dont tu feras ce que bon te semblera. »

IV 12 Les paroles d’Esther ayant été communiquées à Mardochée, 13 celui-ci dit de porter cette réponse à Esther: « Ne te berce pas de l’illusion que, seule d’entre les juifs, tu échapperas au danger, grâce au palais du roi; 14 car si tu persistes à garder le silence à l’heure où nous sommes, la délivrance et le salut surgiront pour les juifs d’autre part, tandis que toi et la maison de ton père vous périrez. Et qui sait si ce n’est pas pour une conjoncture pareille que tu es parvenue à la royauté? » 15 Alors Esther fit porter cette réponse à Mardochée: 16 « Va rassembler tous les juifs présents à Suse, et jeûnez à mon intention; ne mangez ni ne buvez pendant trois jours ni jour ni nuit moi aussi avec mes suivantes, je jeûnerai de la même façon. Et puis je me présenterai au roi, et si je dois périr, je périrai! » 17 Mardochée se retira et exécuta strictement ce que lui avait ordonné Esther.

V 7 Esther répliqua et dit: « Ma demande et ma requête, les voici: 8 si j’ai trouvé grâce aux yeux du roi et s’il plaît au roi d’agréer ma demande et d’accéder à ma requête, que le roi veuille se rendre avec Aman au festin que je veux leur préparer, et demain je me conformerai à la volonté du roi. »

VI 7 Aman répondit donc au roi: « S’il est un homme que le roi ait à cœur d’honorer, 8 qu’on fasse venir un vêtement royal qu’a porté le roi et un cheval que le roi a monté et sur la tête duquel figure une couronne royale; 9 que l’on confie le vêtement et le cheval à l’un des seigneurs du roi, des hauts dignitaires, pour qu’on mette le vêtement à l’homme que le roi veut honorer, qu’on le promène sur le cheval par la grande place de la ville, en le faisant précéder de cette proclamation: « Voilà ce qui se fait pour l’homme que le roi veut honorer! » 10 Va vite, dit le roi à Aman, prendre le vêtement et le cheval dont tu as parlé, et fais comme tu as dit à l’égard du juif Mardochée, qui est assis à la porte du roi; n’omets aucun détail de tout ce que tu as proposé. »

VII 1 Le roi et Aman vinrent donc s’asseoir au festin avec la reine Esther. 2 Et le second jour encore, le roi dit à Esther pendant le festin, à l’heure du vin: « Fais connaître ta demande; reine Esther, et elle te sera accordée; dis ce que tu souhaites: quand ce serait la moitié du royaume, tu l’obtiendrais. » 3 La reine Esther répondit en ces termes: « Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et si tel est le bon plaisir du roi, puisse-t-on, à ma demande, me faire don de la vie et, à ma requête, sauver mon peuple! 4 Car nous avons été vendus moi-même et mon peuple, pour être détruits, exterminés, anéantis. Si du moins nous avions été vendus pour être esclaves ou servantes, j’aurais gardé le silence; asurément le persécuteur n’a pas le souci du domage causé au roi. 5 Le roi Assuérus se récria et dit à la reine Esther: « Qui est-il, où est-il, celui qui a eu l’audace d’agir de la sorte? 6 Cet homme, répliqua Esther, cruel et acharné; c’est ce méchant Aman que voilà! »

IX 20 Mardochée mit par écrit ces événements et expédia des lettres à tous les juifs, proches ou éloignés, dans toutes les provinces du roi Assuérus, 21 leur enjoignant de s’engager à observer, année par année, le quatorzième jour du mois d’Adar et le quinzième jour, 22 c’est-à-dire les jours où les juifs avaient obtenu rémission de leurs ennemis, et le mois où leur tristesse s’était changée en joie et leur deuil en fête à en faire des jours de festin et de réjouissances et une occasion d’envoyer des présents l’un à l’autre et des dons aux pauvres. 23 Les juifs érigèrent en coutume ce qu’ils avaient commencé de faire et ce que Mardochée leur avait recommandé par écrit; 24 car Aman, fils de Hamedata, l’Agaghite, persécuteur de tous les juifs, avait formé le dessein d’anéantir les juifs et consulté le Pour, c’est-à-dire le sort, à l’effet de les perdre et de les détruire; 25 et quand la chose parvint à la connaissance du roi, il donna l’ordre écrit que le mauvais dessein qu’Aman avait conçu contre les juifs retombât sur sa tête et qu’on le pendît, lui et ses fils, au gibet. 26 C’est pourquoi on appela ces jours-là POURIM, du nom de Pour; et c’est pourquoi aussi, en vertu de toutes les instructions de cette missive, de tout ce qu’ils avaient vu eux-mêmes et de ce qui leur était advenu, 27 les juifs reconnurent et acceptèrent pour eux, pour leurs descendants et pour tous ceux qui se rallieraient à eux l’obligation immuable de fêter ces deux jours-là, suivant la teneur des écrits et à la date fixée, année par année, 28 de commémorer et de célébrer ces jours de génération en génération, dans chaque famille, dans chaque province et dans chaque ville, et de ne pas laisser disparaitre ces jours de Pourim du milieu des juifs ni s’en effacer le souvenir du milieu de leurs descendants.

(texte tiré de http://sefarim.fr/)

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: pedagogie 5777 -4 Esther

Paracha Téroumah : où Dieu habite-t-il ?

« Téroumah » (תְּרוּמָה) signifie « contribution » ou « offrande » en hébreu. Nous rencontrons ce terme dans le deuxième verset de notre paracha.

Chémot 25:1 à 25:2. L’éternel parla à Moïse en ces termes:…« Invite les enfants d’Israël à me préparer une offrande de la part de toute personne incitée par son cœur »…

Il s’agit-là, de demander aux membres du peuple d’Israël de contribuer à la construction de la toute première « maison de Dieu », le Tabernacle.

En remontant le temps, les « maisons de Dieu » ont pris différentes formes dans le Judaïsme : les Synagogues, les deux Temples de Jérusalem, les lieux consacrés à Dieu, et au commencement ce fut le Tabernacle dont Moïse, à la demande de l’Éternel, supervisa la fabrication. Le Tabernacle était un sanctuaire transportable. Il abritait l’Arche d’Alliance dans laquelle étaient enfermés les premiers écrits de la Torah, les Tables de la Loi.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Téroumah du sefer Chémot (Éxode) 25:1 à 27:19 et la « maison de Dieu »

Les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte et se trouvent sur la péninsule du Sinaï. Ils ont reçu la Torah et commencent à construire la « maison de Rendez-vous » qui lui servira d’abri et que l’Éternel habitera. Ils commencent également à organiser le rituel religieux juif.

Pourquoi construire une maison pour Dieu, quand on sait ce que représente le divin pour le peuple Juif ? Question étrange mais pleine d’intérêt.

Concentrons-nous sur deux versets de la paracha :

Chémot 25:8 à 25:9. « Et ils me construiront un Sanctuaire, car je résiderai au milieu d’eux,..semblable en tout point à ce que je t’indiquerai, c’est-à-dire au plan du Tabernacle et de toutes ses pièces; c’est ainsi que vous devrez le faire. »

L’Éternel veut dire ceci : ils me feront un Tabernacle (michkan – מִּשְׁכָּן) et c’est en eux que j’habiterai. Ce qui signifie que les enfants d’Israël mèneront à bien, tous ensemble, une réalisation concrète qui établira pour toujours la présence de Dieu dans leur conscience. Cette réalisation matérielle deviendra – et c’est là, le plus important – une réalisation intérieure au sein de chaque être.

Insistons sur le fait que la construction du Sanctuaire est collective. Elle unit tout le peuple d’Israël. Chacun, par sa contribution matérielle et sa part de travail, participe à la cohésion du peuple et renforce sa cohésion spirituelle personnelle.

Parlons maintenant de l’Arche d’Alliance et arrêtons-nous sur les versets suivants :

Chémot 25:17 à 25:21. « Tu feras aussi un couvercle d’or pur…Puis tu feras deux Chérubins d’or, tu les fabriqueras tout d’une pièce, ressortant aux deux bouts du couvercle…Ces Chérubins déploieront leurs ailes vers l’avant, abritant de leurs ailes le couvercle, leurs faces l’une vers l’autre…dirigées vers le couvercle…Tu placeras ce couvercle sur l’Arche, après avoir déposé dans l’Arche le témoignage que je te donnerai. »

La présence des deux Chérubins (kérouvim – כְּרֻבִים) à visages humains, sur le couvercle de l’Arche, est surprenante. Les lieux de culte juifs sont dépourvus de toute image humaine et de toute décoration matérialisant le divin. Nous nous rappelons que les Dix Paroles interdisent toute représentation de Dieu. Et pourtant deux Chérubins se trouvent, à la demande de l’Éternel, sur le couvercle du réceptacle des Tables de la Loi.

Les deux Chérubins, légèrement penchés, se font face. Selon la tradition, ils se font face quand tout va pour le mieux entre Dieu et son peuple et à l’intérieur de son peuple. Dans le cas contraire, ils se détournent l’un de l’autre. Ils sont en relation intime avec Dieu et c’est d’entre eux que Dieu désire se manifester.

Chémot 25:22. « C’est là que je me présenterai à toi; c’est d’au-dessus de cette couverture, d’entre les deux Chérubins placés sur l’Arche du témoignage, que je te communiquerai tous mes ordres pour les enfants d’Israël. »

L’élaboration du Sanctuaire et l’instauration d’un rituel religieux nous montrent que l’être humain, sans avoir une perception précise de ce que Dieu est, a le sens du sacré et du divin au fond de lui-même; il éprouve souvent le besoin de répandre ses croyances, d’extérioriser et de communiquer à ceux qui l’entourent.

Un récit illustre, d’un humour tragique, l’étrangeté fréquente des rites religieux :

– Cela s’est passé il y a longtemps, dans une Synagogue de Safed en Israël (Tsfat en hébreu). L’anecdote a pour base l’ancienne tradition d’apport de pains spéciaux au Temple de Jérusalem. Depuis la destruction du Temple, cette tradition n’a plus cours et on n’apporte pas d’offrande à Dieu dans les Synagogues.

Un jour, un ex-Juif d’origine portugaise, un « converso », arriva à Safed et décida de fréquenter une des Synagogues de la ville pour renouer avec le Judaïsme. Il souhaitait fortement se sentir à nouveau appartenir au peuple juif. Il eu l’occasion d’écouter le Rabbin parler de la tradition révolue d’apport de pains au Temple de Jérusalem.Pensant bien faire, il demanda à sa femme de fabriquer les pains qu’il voulait apporter à la Synagogue et déposer tout près des rouleaux de la Torah. C’est ce qu’il fit. Peu après, le bedeau de la Synagogue (le « chamach ») découvrit ces pains et crut qu’un miracle avait eu lieu à son intention. Le bedeau ramena ces pains chez lui, à la grande joie de sa femme et de ses enfants. La semaine suivante, le « converso », de retour à la Synagogue, s’aperçut que les pains avaient disparu. L’Éternel les avait donc acceptés et consommés.

Satisfait, le « converso » apporta chaque semaine des pains à la Synagogue et le bedeau continua à s’en saisir, les supposant toujours destinés à lui et à sa famille. Le « converso » et le bedeau ressentaient tous les deux, chaque semaine, un grand moment de bonheur. Il en fut ainsi jusqu’au jour où le Rabbin de la Synagogue découvrit l’affaire. Le Rabbin invita le « converso » à l’écouter. Il lui expliqua la réalité des faits. Le « converso » très triste arrêta d’apporter des pains à la Synagogue, et le bedeau se retrouva démuni.

Informé de l’événement, le Rabbin Isaac Louria écrivit au Rabbin de la Synagogue de Safed pour lui indiquer qu’il avait très mal agi, qu’il fallait qu’il comprenne que Dieu, lui-même, était content, chaque semaine, de constater la grande joie de deux êtres humains. Il l’informa qu’il cesserait de vivre au-delà du Chabbat. Et c’est ce qui se passa. À la fin du Chabbat, le Rabbin de Safed, accablé par le remord, mourut d’avoir anéanti deux joies et d’avoir brisé des illusions de bonheur.

Ce récit aborde deux sujets : d’une part, l’étrangeté de certains rites religieux, et d’autre part, le besoin que nous éprouvons toujours de nous sentir appartenir « à quelque chose ».

Une personne non juive, qui désire intégrer le peuple des enfants d’Israël, peut attacher plus d’importance qu’il n’en faut à certains rites, comme ce fut le cas pour le « converso ». Il est nécessaire, pour elle, de prendre du recul, d’échanger et de bien réfléchir à la signification profonde des actes religieux avant de « foncer tête baissée » dans la pratique. Pratiquer est, en un certain sens,  facile, mais comprendre l’esprit dans lequel se déroule la pratique juive, est plus compliqué.

Se sentir appartenir, et en ressentir du bonheur, est souvent beaucoup plus simple qu’il n’y paraît. Sans s’en être rendu compte, l’ex-Juif portugais y était parvenu en fournissant discrètement du pain au bedeau. Sans le savoir, il avait accompli un acte sacré. Dans une vision idéale, le « converso » aurait peut-être pu s’arranger avec le rabbin pour poursuivre sa pratique d’une façon plus éclairée, mais tout aussi signifiante.

Alors, où Dieu habite-t-il ? Aussi-bien entre les Chérubins de l’Arche d’Alliance qu’en nous-mêmes. Nous-mêmes, par notre comportement et par nos relations avec les autres, avons le pouvoir de créer le sacré et d’approcher le divin.

S’aider soi-même, aider autrui, solidarité et bénévolat dans le judaïsme ce mardi à 20h

cjbenevolatNous voudrions que le monde soit meilleur. Nous sommes souvent sollicités et nous nous sentons souvent impuissants. Quels sont les outils que notre tradition propose ?
Quand je donne, qu’est-ce que je reçois ? Le don est-il gratuit ? Préférons-nous donner ou recevoir ? Quelles sont nos motivations pour aider les autres ? Qu’est-ce qui nous en empêche? Savons-nous recevoir ? Comment aider son prochain ? Comment structurer l’entraide ? Comment contribuer aux idées qui nous tiennent à cœur ? Que dit la tradition juive des organisations ? Que sont la Tsédaka et la Guémilout Hassadim ?
De Rébecca à la prière du matin, l’aide du prochain est mise en valeur par la tradition.
De Jethro aux organisations modernes, l’organisation de l’entraide est centrale dans notre histoire.
Nous consacrerons trois séances à nous plonger dans ce que le judaïsme enseigne du don et de l’entraide, et à réfléchir à ce que cela signifie pour nous en tant que personnes et en tant que membres de groupements familiaux et associatifs.

Préparer les chants de Pourim et la lecture de la Méguila

Bonjour à toutes et à tous.
La fête de Pourim approche à grands pas.
Pour vous préparer à Pourim, voici du matériel pour débutants, avancés et experts! A voir en famille, ou à étudier assiduement!

Télécharger les chants de Pourim en hébreu, français et translittération (Hag Pourim, ani Pourim, oumordoHaï yatsa): chants-de-pourim1-2

Pour apprendre à lire et à chanter les chansons de Pourim en hébreu:
Hag Pourim, Ani Pourim, leitsan katan, chirat hamasséHot, chochanat yaakov, layéhoudim hayta ora véssimHa, tslil tslil tslil, ken ken ken,

Pour les chanter en Karaoké:
Hag Pourim, Ani Pourim, Chochanat yaakov, chir hamasséHot, leitsan katan

Pour apprendre à lire en hébreu les versets de la méguila lus par toute l’assemblée:

Pour apprendre les taamim de la méguila:

Et les télécharger: partition-meguila

Pour apprendre l’un ou l’autre des personnages de la méguila de Pourim:
personnages dans la méguila

Pour apprendre la liturgie de Pourim et une lecture intégrale de la méguila:
site virtualcantore

Le Jardin des Roos à Surmelin ce vendredi

Jardin des RoosCe chabbat, à l’occasion de notre office « erev shel yéladim », nous accueillerons les responsables du Jardin des Roos, une « maison verte » façon coopération féminine.

L’office aura une composante « ludique » et sera suivi par un oneg du livre pour les adultes.

Bons préparatifs pour ce chabbat très spécial!

Paracha Michpatim : faut-il obéir aveuglément ?

Parlons de l’obéissance. Obéir, c’est accepter de se soumettre à une autorité qui peut revêtir des formes diverses : une loi, un accord, une nécessité sociale, une personne, un groupe humain, une entité irrationnelle.

Quand il ne s’agit pas de se plier à un phénomène naturel ou de céder à des pulsions incontrôlables, l’obéissance est consentie.

Si l’individu obéit, c’est qu’il reconnaît l’autorité à laquelle il se soumet. L’obéissance implique donc la légitimité de cette autorité.

Cependant, l’obéissance n’est pas acceptable en certaines circonstances. C’est le cas de l’obéissance aveugle. Celui qui obéit aveuglément abandonne toute résistance et esprit critique et franchit les limites de la raison; au point d’accepter, parfois, de commettre des actes en contradiction avec ses convictions.

La paracha Michpatim nous montre les enfants d’Israël écoutant les décisions de justice de l’Éternel auxquelles ils devront se plier. Quelle sera leur réaction ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Michpatim du sefer Chémot (Éxode) 21:1 à 24:18 et la façon d’obéir des enfants d’Israël

« Michpatim » (מִּשְׁפָּטִים) signifie « sentences » ou « décisions de justice ».

Chémot 21:1. « Et voici les décisions de justice que tu devras leur exposer. »

Dieu dicte à Moïse les lois élémentaires auxquelles les enfants d’Israël devront se conformer. Il charge Moïse de les leur faire connaître. Se posera alors, la question de l’obéissance à ces lois.

Voyons les choses simplement. Quand Dieu édicte une loi, cette loi est à respecter par principe. Une loi prescrite par l’Éternel, créateur du monde et de l’humanité, devrait être parfaite par définition. Venant du Maître de l’univers, elle est forcément contraignante. C’est ce que l’on devrait croire, mais cela ne se passe pas tout à fait ainsi avec les enfants d’Israël.

Dans le verset 24:7 de la paracha Michpatim, apparaît une expression importante prononcée par les enfants d’Israël.

Chémot 24:7. Et il prit le livre de l’Alliance, dont il fit la lecture au peuple. Alors, ils dirent: « Tout ce qu’a prononcé l’Éternel, nous le ferons et nous le comprendrons. »

« Naasséh vénichma » (נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמָע), « nous ferons et nous comprendrons », est l’expression importante à relever. Les hébreux accepteraient-ils d’obéir immédiatement à Dieu et après, seulement, de chercher à comprendre ensemble le sens de ses paroles ?

C’est souvent ainsi que cette expression est interprétée. Son importance relève du fait que si nous obéissons à Dieu, sans nous interroger collectivement avant d’agir, chacun de nous a une version personnelle du sens des paroles de Dieu. Certains d’entre nous sont tentés d’imposer leur version à tous les autres. Le risque est le glissement progressif vers le totalitarisme et ses débordements.

Que signifie exactement l’expression « naasséh vénichma » ?

Remarquons qu’elle apparaît dans la paracha Michpatim et non dans la parachat Yitro, celle qui cite un événement primordial : la transmission des Dix Paroles par l’Éternel aux enfants d’Israël. Nous trouvons dans la paracha Yitro une expression très proche, mais différente.

Chémot 19:8. Après cela, tout le peuple répondit d’une voix unanime: « Tout ce qu’a dit l’Éternel, nous le ferons ! »…

En hébreu, dans ce verset, il est écrit seulement « naasséh » (נַעֲשֶׂה), « nous ferons », et non « naasséh vénichma » (נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמָע), « nous ferons et nous comprendrons ». Nous ne percevons, dans ce verset, que l’acceptation de l’obéissance. Mais réfléchissons un peu. Très souvent le peuple juif répond à une volonté de Dieu par « naasséh ». La volonté de comprendre, « vénichma », est en général sous entendue dans la tradition juive. « Nous comprendrons » est inclus dans l’Alliance.

Le Rabbin PinHas Péli (1930-1989) a fait, à ce sujet, un commentaire très intéressant dans un ouvrage intitulé « La Torah aujourd’hui ». Cet auteur part du principe que les enfants d’Israël sont en échange constant avec Dieu. Dieu demande, en permanence, aux enfants d’Israël de chercher à comprendre puis de faire ce qu’il préconise; et les enfants d’Israël rétorquent en permanence à Dieu, qu’il n’a pas à s’inquiéter, que tout sera fait comme il le désire; leur volonté de comprendre étant tacite.

Selon le Rabbin PinHas Péli, la réponse « naasséh » (nous ferons) est récurrente dans le langage biblique. Dans la Torah, seule la paracha Michpatim contient une formule de compromis : « naasséh vénichma » (nous ferons et nous comprendrons). Il se peut que l’Éternel eut préféré une formule du type : « nous comprendrons et nous ferons ».

Cette caractéristique de la croyance juive est capitale. Nous devons certainement croire en quelque chose, mais nous devons aussi chercher à comprendre ce à quoi nous croyons. L’étude, la réflexion, l’interprétation, le jugement, la prise en compte de l’avis d’autrui sont inhérents à la croyance juive et à la façon d’agir qui en découle. L’existence du Talmud en est la preuve.

Quand la Torah a dit « naasséh vénichma », le Talmud a ajouté : 600 000 anges sont venus récompenser les enfants d’Israël, à la fois de leur enthousiasme à la réalisation, et à la fois de leur volonté d’analyse, de compréhension et d’actualisation de l’interprétation de la Torah.

Il en sera toujours ainsi dans le Judaïsme, dont un des fondements est l’Alliance, donc l’accord entre Dieu et son peuple: Il est bon de croire, mais il n’est pas question de croire et d’obéir aveuglément !

Comment réparer le lachon hara?

Talmud Babylonien AraHin 15b – « Comment contrer le lachon hara  »

Lors de notre dernière rencontre, nous avons défini le lachon hara et appris à reconnaitre sa gravité. Ce mercredi, nous verrons ce qu’enseignent les sages du talmud sur la façon d’éviter ces comportements. Nous nous baserons sur la suite du texte tiré du Talmud Babylonnien « araHin ».

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

Pour étudier avec nous au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h, contactez Paule sur facebook (ou répondez à cet article en commentaire).

Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva tout raconteur de lachon hara mérite d’être lapidé avec des pierres il est écrit ici  je l’anéantirai[1] et il est écrit là Ils ont confiné ma vie dans la fosse et jeté des pierres sur moi Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva tout raconteur de lachon hara HKBH a dit lui et moi ne pouvons pas résider ensemble dans le monde comme il est dit Quiconque, dans l’ombre, calomnie son prochain, je l’anéantirai des yeux hautains et un cœur enflé d’orgueil, je ne puis les supporter ne lit pas je ne pourrai pas le supporter mais avec lui je  ne pourrai pas et certains relient cela sur les grossiers d’esprit Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva tout raconteur de lachon hara HKBH dit au prince de l’enfer je suis sur lui par en haut et tu es sur lui par en bas et nous allons le juger comme il est dit [pareille] aux flèches des guerriers aiguisées aux charbons ardents des genêts[2] il n’y a pas de flèche hors le lachaon hara comme il est dit Leur langue est une flèche acérée ; on ne profère que fausseté [3] et il n’y a pas de héros si ce n’est HKBH comme il est dit L’Eternel s’avance comme un héros les charbons ardents c’est l’enfer Rabbi Hama a dit au nom de Rabbi Hanina quelle est la réparation du raconteur de lachon hara s’il est un étudiant des sages qu’il s’occupe de Torah comme il est dit le guérisseur de la langue c’est l’arbre de vie et il n’y a pas d’autre langue que la mauvaise langue comme il est dit Leur langue est une flèche acérée et il n’y a pas d’arbre autre que la Torah comme il est dit elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent et s’il est un peuple de la terre il abaissera sa connaissance comme il est dit mais perfide, elle brise le cœur[4] Rabbi AHa au nom de Rabbi Hanina dit s’il a raconté il n’a pas de réparation car David l’a déjà exclu dans une inspiration divine comme il est dit Que l’Eternel supprime toutes les langues mielleuses, les lèvres qui s’expriment avec arrogance mais quelle est sa réparation qu’il ne vienne pas aux mains du lachon hara s’il est un étudiant des sages qu’il s’occupe de Torah et s’il est un peuple de la terre il abaissera sa connaissance comme il est dit mais perfide, elle brise le cœur

 

אמר רב חסדא אמר מר עוקבא כל המספר לשון הרע ראוי לסוקלו באבן כתיב הכא אותו אצמית וכתיב התם (איכה ג, נג) צמתו בבור חיי וידו אבן בי ואמר רב חסדא אמר מר עוקבא כל המספר לשון הרע אמר הקב »ה אין אני והוא יכולין לדור בעולם שנאמר (תהלים קא, ה) מלשני בסתר רעהו אותו אצמית גבה עינים ורחב לבב אותו לא אוכל אל תיקרי אותו לא אוכל אלא אתו לא אוכל ואיכא דמתני לה על גסי הרוח אמר רב חסדא אמר מר עוקבא כל המספר לשון הרע אומר הקב »ה [לשר של] גיהנם אני עליו מלמעלה ואתה עליו מלמטה נדוננו שנאמר (תהלים קכ, ד) חצי גבור שנונים עם גחלי רתמים אין חץ אלא לשון שנאמר (ירמיהו ט, ז) חץ שחוט לשונם מרמה דבר ואין גבור אלא הקב »ה שנאמר (ישעיהו מב, יג) ה’ כגבור יצא גחלי רתמים היינו גיהנם אמר רבי חמא בר’ חנינא מה תקנתו של מספרי לשון הרע אם תלמיד חכם הוא יעסוק בתורה שנא’ (משלי טו, ד) מרפא לשון עץ חיים ואין לשון אלא לשון הרע שנאמר חץ שחוט לשונם ואין עץ אלא תורה שנאמר (משלי ג, יח) עץ חיים היא למחזיקים בה ואם עם הארץ הוא ישפיל דעתו שנאמר (משלי טו, ד) וסלף בה שבר רוח רבי אחא ברבי חנינא אומר סיפר אין לו תקנה שכבר כרתו דוד ברוח הקדש שנאמר (תהלים יב, ד) יכרת ה’ כל שפתי חלקות לשון מדברת גדולות אלא מה תקנתו שלא יבא לידי לשון הרע אם תלמיד חכם הוא יעסוק בתורה ואם ע »ה הוא ישפיל דעתו שנאמר וסלף בה שבר רוח

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 -5 AraHin 15b – Hisda Hanina

[1] Ps 101 :1 מלושני (מְלָשְׁנִי) בַסֵּתֶר, רֵעֵהוּ– אוֹתוֹ אַצְמִית:גְּבַהּ-עֵינַיִם, וּרְחַב לֵבָב– אֹתוֹ, לֹא אוּכָל.

[2] עִם, גַּחֲלֵי רְתָמִים חִצֵּי גִבּוֹר שְׁנוּנִים 1 Cantique des degrés. Vers l’Eternel j’ai crié dans ma détresse, et il m’a exaucé. 2 Seigneur, délivre-moi des lèvres mensongères, de la langue perfide. 3 Quel profit te donnera-t-elle, quel avantage, cette langue perfide, 4 [pareille] aux flèches des guerriers, aiguisées aux charbons ardents des genêts? 5 Quel malheur pour moi d’avoir séjourné à Méchec, demeuré près des tentes de Kêdar! 6 Trop longtemps mon âme a vécu dans le voisinage de ceux qui haïssent la paix. 7 Je suis, moi, tout à la paix, et quand je la proclame, eux ne méditent que guerre.

[3] חֵץ שוחט (שָׁחוּט) לְשׁוֹנָם, מִרְמָה

[4] Une langue bienveillante est comme un arbre de vie; mais perfide, elle brise le cœur. מַרְפֵּא לָשׁוֹן, עֵץ חַיִּים; וְסֶלֶף בָּהּ, שֶׁבֶר בְּרוּחַ

Saint Valentin? Soirée des enfants! (Erev shel yeladim)

En fait, rien à voir avec la Saint-Valentin, si ce n’est que nous nous réjouissons de tout nouveau petit et de toute nouvelle petite qui vient rejoindre les moments communautaires!

Mais le vendredi 24 février aura lieu notre 4e session « Erev Shel Yéladim – activités intergénérationnelles de l’accueil du chabbat ».

Depuis la rentrée 2016, nous avons mis en place les soirées « Erev Shel Yeladim », et nous commençons à avoir une certaine expérience. La participation est impressionnante, et pour cette raison, nous avons besoin que chacun trouve sa place idéale au sein de cette activité. L’esprit de collaboration de notre synagogue est mobilisé, et voici quelques petits rappels pour y participer au mieux.

Merci à chacune et à chacun pour votre investissement dans le projet, chacun à sa place et à son niveau.

 

Qu’est-ce que le programme Erev Shel Yeladim

Les activités « erev shel yéladim » ont lieu le vendredi soir, 7 fois par an, à Surmelin. Il s’agit d’un office du vendredi soir « classique », doublé d’activités parents-enfants ou grands-parents-enfants parallèle. Le programme a été préparé et discuté depuis le printemps 2016, et mis en place par le Rabbin Floriane Chinsky et Sylvie Tenenbaum. Il a commencé à l’automne 2016.

En quoi ce programme est-il différent ?

Les activités pour enfants sont nombreuses dans nos mouvements. Parfois, les parents et les enfants ont besoin de temps séparés et spécifiques. Mais il est également fondamental que les enfants et les jeunes aient leur place au sein même de l’office. Nos tout petits sont nos Bar et Bat Mitsva puis nos jeunes adultes de demain. Le programme Erev shel Yéladim a un objectif bien spécifique : la relation parent-enfant ou grands-parents-enfants qui permet une approche intergénérationnelle dans ce moment de rassemblement qu’est le chabbat.

Quel type de défi représentent ces soirées ?

Ces soirées posent un défi important : trois publics différents doivent y trouver leur bonheur. Les membres de la communauté veulent avoir leur office; les parents et grands-parents veulent avoir une partie d’office et aussi renforcer la relation avec leurs petits; les enfants veulent avoir des activités ludiques. Cela implique que les adultes prennent la responsabilité de leur souhaits, que les parents s’impliquent dans l’office, que les membres « habituels » se concentrent et soutiennent la « normalité » de l’office, pour que l’ambiance entraine les enfants. Chacun trouve sa façon d’y participer, et peut partager ses souhaits et ses ressentis avec le rabbin et avec Sylvie Tenenbaum. C’est cela le vrai « vivre ensemble » et nous avons tous beaucoup à apprendre de cette expérience.

Quels sont les éléments nécessaires au succès de ces soirées ?

– l’accueil chaleureux des familles par les membres de la communauté
– la distribution du matériel pédagogique tout au long de l’office par les bénévoles
– la prise en charge par chacun de sa concentration spirituelle
– l’implication des adultes accompagnants dans les activités

De quelle façon pouvez-vous y contribuer ?

– prenez soin de vous : voyez ce qui vous fait du bien dans l’ambiance particulière qui est créée, voyez comment en tirer profit dans votre configuration personnelle, identifiez ce qui peut vous poser problème et cherchez des solutions émotionnelles, spirituelles, techniques ou collectives, vous pouvez vous tourner vers Sylvie ou vers le rabbin pour cela. Choisissez par exemple votre place en fonction de vos objectifs dans l’office : si vous souhaitez être plus « tranquilles », asseyez-vous plutôt sur les sièges près du mur, si vous souhaitez être entrainés dans la dynamique, choisissez de préférence les sièges proches de l’entrée.

– prenez soin des autres : vous pouvez accueillir les parents et les enfants, les inviter à s’assoir au bon endroit, donner des explications à ceux qui viendraient à la synagogue pour la première fois, etc… Vous pouvez « adopter » l’un des enfants si le nombre d’enfant est supérieur au nombre d’adultes. D’une façon générale, ouvrez-les yeux et voyez où vous pourriez aider (uniquement si le cœur vous en dit !)

– amenez de la nourriture saine pour les enfants qui leur permette de manger quelque chose de sain et d’aller directement se coucher lorsqu’ils rentrent à la maison. Fruits épluchés, légumes coupés, bananes, clémentines, « pachtida » (gâteaux/omelettes de légumes), le tout cacher et sans viande.

– prenez soin des responsables : Les responsables et les aides-animateurs présents donnent leur temps et leur énergie pour créer ce projet, ils pensent et affinent la formule. Le programme a besoin de leur présence. Vous pouvez anticiper leurs besoins pour leur permettre de continuer à consacrer le meilleur de leur attention à l’activité en cours (par exemple si un enfant renverse quelque chose, et que vous amenez de quoi éponger, les aide-animateurs peuvent garder les enfants à distance des dégâts en attendant). Vous pouvez les remercier de leur engagement. Vous pouvez également leur donner un feed-back bienveillant et partager vos idées de façon respectueuse. Si vous souhaitez vous impliquer dans les activités pédagogiques de la synagogue, partagez votre enthousiasme avec le rabbin et vous trouverez votre place, dans l’une des nombreuses activités de notre synagogue.

Responsables : Rabbin Floriane Chinsky, Sylvie Tenenbaum

Aides-animateurs : Choham, Samuel

– prenez grand soin des enfants que vous amenez : préparez-les au maximum à cette expérience, restez près d’eux, parlez-leur. Voyez avec eux les vidéos qui leur permettent de participer et de créer la complicité entre vous. Montrez-leur les mots « adonaï » dans chacun des psaumes. Faites-vous-même les gestes des chants et relisez le paragraphe concernant le déroulement de l’office à la fin de ce document. Chantez les chants avec eux en dehors des offices. Soyez créatifs ! Utilisez ce moment pour renforcer la relation avec vos enfants ou petits-enfants et avancer dans vos objectifs pédagogiques !

Quelles sont les valeurs que nous défendons lors de ces activités ?

– L’accueil de toutes et de tous : les très jeunes sont accueillis. Les familles, et en particulier les familles monoparentales trouvent leur place.
– La transmission : La synagogue est un lieu de transmission. Nous accomplissons cet objectif en accueillant les petits . La synagogue est un « incubateur de transmission ». En accueillant les familles nous leur donnons des outils pour continuer à la maison.
– La pédagogie : nous tenons à ce que les enfants acquièrent les valeurs juives et les valeurs humaniste de la façon la plus naturelle. Ces offices permettent d’apprendre en s’amusant, et d’associer le judaïsme à l’ambiance chaleureuse de nos communautés.
– L’égalité et le respect : en donnant une place entière aux filles comme aux garçons, et les responsabilisant, nous les encourageons à défendre l’égalité et le respect qui nous tiennent à cœur en tant que juifs et en tant que citoyens.

Enfin, à travers ces offices, nous construisons la communauté de demain !

Alors merci d’avoir contribué à ce succès en prenant connaissance de ces quelques recommandations, et au plaisir de vous retrouver bientôt.

Déroulement de la soirée :

18h15 : accueil des parents, c’est le moment de discuter dans la convivialité
18h20 : on prend place sur les lieux réservés, parents et enfants ensemble
18h30 : activité avec le rabbin
18h45 : début de l’office « normal », les activités parents-enfants prennent place en parallèle dans le calme
19h40 : Kidouch avec nourriture appropriée pour les enfants, temps de jeu pour ceux qui le souhaitent

Spécificités de l’office :

  • p. 38 : les enfants et les parents font la bénédiction des bougies, on chante « ani saméaH »
  • p. 60 : les enfants disent les mots « kol adonaï» encouragé par leurs parents
  • p. 63 : les enfants écoutent les parents lire les trois paragraphes de léHa dodi en français
  • p. 62 : les enfants se lèvent et tapent dans les mains au moment du refrain de LéHa Dodi
  • p. 68 : les parents prennent la main des enfants au moment de baréHou
  • p. 70 : les enfants montent à la téva pour le chéma israël
  • p. 74 : les enfants retournent s’asseoir à côté des parents et chantent « mi HamoHa »
  • p. 76 : les enfants se rassemblent sur le côté pendant la amida, le discours du rabbin et les annonces communautaires : ils miment « ani saméaH », repèrent les mots appris dans le livret, collent les gommettes…
  • On chante « Ossé Chalom« 
  • p. 86 : les enfants montent à la téva pour la bénédiction de la communauté puis prennent place aux côtés de leurs parents
  • p. 96 : les enfants montent à la téva pour chalom aléHem
  • Conclusion: les parents et les enfants forment une ronde autour de la téva et on chante ensemble le chant final « erev shel yeladim »
  • Au moment du Kidouch, les enfants mettent leurs mains au dessus de la Hala (le pain tressé) et chantent les bénédictions sur le lavage des mains et sur le pain.

Voyez les vidéos correspondantes sur la playliste « erev shel yeladim » sur le compte youtube du Rabbin Floriane Chinsky, vous y trouverez en particulier le chant « ani saméaH » et le chant « erev shel yéladim ».

Procurez-vous le livret « Erev Shel Yeladim » auprès du rabbin si vous le souhaitez.

Paracha Yitro : les Dix Commandements sont-ils universels ?

Globalement, l’ensemble des lois est à scinder en deux sous-ensembles :

– tout d’abord, les lois relevant de la nature, de la physique de l’univers, du fonctionnement d’outils matériels, et plus généralement de la causalité. Nous pouvons nous accommoder de ces lois, tenter de les maîtriser, nous en servir dans notre vie courante, mais nous ne pouvons pas les modifier.

– ensuite, les lois créées par l’être humain. Ce sont, par exemple, les règles de moralité, les conventions établies au sein des collectivités, les prescriptions de la vie en société et en nation, ou le droit international.

Dans le second sous-ensemble, sont à différencier deux types de lois: d’abord les lois s’appliquant à la totalité de l’humanité, que nous pourrions qualifier de naturelles ou d’universelles, en ensuite des lois particulières à un groupe humain, un peuple ou une nation.

A quel type de loi, doit-on rattacher les Dix Commandements de l’Éternel, énoncés dans la paracha Yitro ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Yitro du sefer Chémot (Éxode) 18:1 à 20:23 et les lois

La Torah est un recueil d’histoires mais aussi de préceptes. Certaines lois de la Torah, sont considérées comme universelles, c’est à dire applicables à l’ensemble de l’humanité. La première d’entre elles a été donnée par Dieu à Adam harichon dans le jardin d’Éden. Viennent ensuite les sept lois de Noé, dont l’une commande, justement, aux êtres humains de concevoir un système juridique de vie collective.

Rappelons les sept lois de Noé (les lois NoaHides) : obligation d’établir des institutions judiciaires – interdiction de blasphémer – interdiction de pratiquer l’idolâtrie – interdiction d’assassiner – interdiction des unions illicites – interdiction de voler – interdiction de consommer la viande prise sur un animal vivant.

La paracha Yitro décrit le don des Dix Commandements de l’Éternel aux enfants d’Israël, trois mois après leur sortie d’Égypte. Les hébreux sont désormais libres et sont sur le chemin de la constitution d’une nation. Leur liberté, durement acquise, doit s’accompagner de justice. Les Dix Commandements sont la racine de cette justice indispensable.

Les Dix Commandements se sont progressivement répandus au delà des enfants d’Israël. Le monde chrétien les a adoptés. Ils ont étés repris symboliquement par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen en France, en 1789; qui elle-même à été reprise sur le plan international. Les Dix Commandements sont devenus une référence universelle.

Le nom, Yitro, de notre paracha est révélateur de la tendance à l’universalité. Yitro, prêtre Midianite, est le beau-père de Moïse. Il n’appartient pas aux enfants d’Israël mais rejoint quand-même les hébreux après leur sortie d’Égypte.

Chémot 18:9 à 18:12. Yitro se réjouit de tout le bien que l’Éternel avait fait à Israël, en le sauvant de la main des égyptiens… et il dit: « Loué soit l’Éternel, qui vous a sauvés de la main des égyptiens et de celle de Pharaon… À présent, je sais que l’Éternel est plus grand que tous les autres dieux »…Alors, Yitro, beau-père de Moïse, offrit un holocauste et d’autres sacrifices à Dieu, et Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent partager le repas du beau-père de Moïse, devant Dieu.

Yitro s’incline face à l’Éternel et lui rend hommage en présence des Sages d’Israël. Se serait-il converti au Judaïsme ? Les commentateurs n’en sont pas certains. Toutefois, le comportement de Yitro va dans le sens de l’universalité des valeurs du Judaïsme que l’on penserait plutôt particulières. Par ailleurs, Yitro donne des conseils d’organisation du travail et de délégation à Moïse, des conseils de logique et de bon sens sans frontière. N’est-ce pas une façon de commencer à associer l’universel et le particulier ?

Le Judaïsme nomme les Dix Commandements d’une façon qui lui est propre. La traduction exacte de l’hébreu « aséret hadiberot » (עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת) est « Les Dix Paroles », et non pas Les Dix Commandements. Le terme « commandement » implique la contrainte et l’obligation hiérarchique, alors que le terme « parole » fait penser au dialogue, à la négociation, à l’échange.

La confusion vient aussi de ce que la Torah écrite présente la révélation des Dix Commandements sous forme d’une séance « son et lumière » organisée par Dieu. Cette représentation n’a rien d’une négociation bilatérale et apparaît comme une injonction à sens unique.

Chémot 19:16 à 19:18. Au troisième jour, le matin venu, il y eut des tonnerres, des éclairs, une nuée épaisse sur la montagne et un son de cor très fort. Tout le peuple se mit à trembler dans le camp…Moïse fit sortir le peuple du camp et le conduisit à la rencontre de Dieu. Le peuple s’arrêta au pied de la montagne…Le mont Sinaï était tout fumant, parce que l’Éternel était descendu dans le feu. Sa fumée montait comme la fumée d’une fournaise et toute la montagne vibrait violemment.

Ce texte présente un aspect spécifique du don de la Torah: Il se peut qu’à certains moments nous ayons besoin de démonstrations de force, comme pour les enfants d’Israël sortant d’Egypte après des siècles d’oppression. Il ne faut pas généraliser car la tradition juive est surtout favorable à une approche personnalisée et douce des commandements, qui donnent un cadre de vie et ne bloquent surtout pas l’exercice du libre jugement. C’est ici, l’occasion de faire le point sur le sens et la valeur de la Torah écrite dans le Judaïsme :

D’un côté, nous avons l’ensemble des commandements (613 au total), et les récits traditionnels de la Torah écrite, à reconnaître comme la base de notre culture juive. D’un autre côté, nous devons prendre en considération le très grand nombres de prescriptions et commentaires issus du Talmud, de la Torah écrite ou orale et d’autres sources de réflexion postérieures. Ces prescriptions, qui résultent de l’étude, de la recherche, de l’évaluation des différentes interprétations de la Torah, ont abouti à l’élaboration de la Loi Juive, la Halakha (הלכה).

La Loi Juive est évolutive, donc la Torah écrite est un texte vivant. Les écrits de la Torah ne sont pas à interpréter de façon étroite et rigide. « Torah » signifie « enseignement » et non pas « loi ».

Revenons maintenant à la distinction entre lois universelles et lois particulières. Ils est certain qu’un nombre réduit de lois peut s’appliquer à l’ensemble de l’humanité. Le bon sens nous fait penser que ce noyau dur de lois est très proche des lois NoaHides et des Dix Commandements; ceux-ci pourraient donc être jugés comme universels. Dans ce cas, qu’elles seraient les lois particulières au peuple Juif ? Ne seraient-elles pas inscrites dans les traités du Talmud  et regroupées dans la Halakha ?

La Loi Mosaïque, la Loi Juive et les Dix Paroles

La Loi Mosaïque est l’ensemble des prescriptions données par Moïse aux enfants d’Israël et consignées dans la Torah. Les Dix Paroles y sont incluses. La Loi Mosaïque semble être le résultat d’une fusion entre les lois universelles et les premières lois particulières au peuple juif. L’expression « Loi Mosaïque » fait bien sûr référence à la loi de Moïse, mais nous fait également penser au sens courant du terme « mosaïque », un dessin composite fait de petits carreaux de faïence. Cette image est assez juste. La Loi Juive (la Halakha), dont le point départ est la Loi Mosaïque, n’est-elle pas une mosaïque de lois, l’association d’une multitude de petits éléments de sagesse de différentes époques ? Il nous appartient de la mettre en oeuvre, de la façon la plus juste, et de la faire évoluer au fil du temps.

Partenariat avec ATD quart-monde

Dans le cadre de l’association ATD Quart monde, monsieur Grégory Deschamps a initié un groupe de dialogue interconvictionnel qui a pour but de mettre en présence des personnes de toutes cultures et de toutes origines sociales. Le dialogue se fera autour de thèmes spirituels proposés par les participants.
Paule Ouanhnon, membre du MJLF Est, participe à ce projet et invite toute personne intéressée à se joindre aux discussions.
Ci dessous le lien de l,association ATD Quart Monde
https://www.atd-quartmonde.fr/