Qui devons-nous devenir ?

Un article écrit à la rentrée pour le journal « L’Appel »…

Liberté juive

Je profite des vacances pour partager l’article que j’ai écrit pour le magazine l’appel à la rentrée. Bonne lecture.

Comment redéfinir notre identité et notre rapport au monde ?

La responsabilité collective de l’humanité est jugée en ce début d’année

Qu’est-ce que le judaïsme ? La question du « vrai israël » a agité les débuts de la chrétienté comme la naissance de l’Islam. Elle soulève d’ailleurs des remous au sein même du peuple juif. Mais il est trop réducteur de limiter la question à une revendication d’héritage. Le judaïsme n’est pas un objet défini mais un sujet en lui-même qui émerge sans cesse de la confrontation du peuple juif à l’histoire. Il n’est pas exact de dire que « le Judaïsme est la plus ancienne des trois religions monothéistes ». S’il est apparu antérieurement, sa forme actuelle est moderne au même titre que les formes modernes des autres religions.

Edmond Fleg s’exprime ainsi : « Israël n’est…

Voir l’article original 558 mots de plus

Erev Shel Yeladim! Un office intergénérationnel ce vendredi.

Ce vendredi, nous accueillerons les grands et les petits à 18h30 pour leur donner tout ce dont ils auront besoin pour un office un peu particulier…

La chanson « Erev Shel Yeladim » nous accompagne depuis déjà deux ans.

Sur le très bel air du chant « Erev shel Shoshanim« , « soirée des fleurs », nous avons composé notre « Erev Shel Yéladim », « soirée des enfants », qui reprend le vocabulaire de base du chabbat.

Chant en français pour tous, jeux pour les enfants, éléments d’étude pour les adultes, notre office du vendredi soir sera spécialement accueillant pour les familles.

Pour noter dans votre agenda toutes les dates de l’année, c’est ici.

Et pour se préparer en chansons, voici le lien vers nos vidéos:

MéHina-EST, Un cours d’hébreu en 10 séances commence ce dimanche

Pour info, si vous souhaitez vous joindre à un programme d’hébreu accéléré… Kol Touv!

Devenir Juif, Devenir Juive

Chers amis, chères amies,

Comme promis voici les dates de la MéHina, le cours d’hébreu de préparation pour le cycle « re-devenir juif ».

Les cours auront lieu à la synagogue, au 24 rue du Surmelin, de 10h à 12h le dimanche (et de 20h à 22h pour les deux soirées complémentaires).

Nous commencerons de façon intensive pour ancrer rapidement les connaissances acquises avant de prendre un rythme hebdomadaire qui inscrira les acquis dans le moyen terme.

Dates des cours : dim 22 oct, mar 24 oct, jeu 26 oct, dim 5 nov, dim 19 nov, dim 26 nov, dim 3 dec, dim 10 dec, dim 17 dec, dim 7 janv

Nous travaillerons avec la méthode « Tiyoul béisrael », qui nous fera entrer rapidement dans l’hébreu moderne d’une façon ludique et efficace, pour nous ouvrir progressivement également l’hébreu biblique et l’hébreu des prières.

PAF: 180€ (+achat du livre 19 €) pour 10 séances…

Voir l’article original 2 mots de plus

Eve, le savoir, et la dignité des femmes

En cette période où le harcèlement sexuel est au coeur des débats, il est urgent de réhabiliter Eve et de relire attentivement l’épisode de la soit-disant « faute » dont elle serait entachée.

Liberté juive

Voici l’article que je viens d’écrire pour le magazine  » L’appel »… Lié à l’actualité de la lecture de la Torah autant qu’à la question de la dignité des femmes…

AIMEZ LES FEMMES COMME VOUS-MÊME

De la terre aride du déni au jardin fleuri de la collaboration

(article pour le magazine « L’Appel »)

Exilés de la légitimité-responsabilité

 

Accuser l’autre pour se disculper, c’est jeter des buches dans l’incendie en espérant qu’il s’éteigne.

Après qu’Adam et Eve aient goûté du fruit de l’arbre de la connaissance, Dieu les interpelle : « Où es-tu ? ». La réponse d’Adam se projette comme un réflexe défensif : « C’est Elle, la femme que TU m’as donnée, c’est ELLE qui m’en a donné et j’en ai mangé ». Qui serait coupable ? Dieu qui a donné la femme, la femme qui a donné le fruit, mais pas réellement Adam qui l’a consommé.  La femme répond pour sa part : « Le serpent m’a incitée, et…

Voir l’article original 525 mots de plus

« Quand l’homme s’oppose à Dieu » ce mercredi au café des Psaumes

Ce mercredi, au café des Psaumes, nous retrouvons notre cours « talmud et humanisme ».
Le thème de cette séance: « Quand l’homme résiste à Dieu ».
Comme apéritif, voici l’un des textes que nous étudierons, ainsi que les dates de nos rencontres sur l’année:

 

Chaque chose a son temps et toute chose sous le soleil a son moment Noé a eu le temps de rentrer dans l’arche comme il est dit Tu viendras dans l’arche, toi et toute ta famille. c’est comme ce dirigeant qui a quitté son pays et a installé quelqu’un d’autre à sa place quand il revint il lui dit  quitte ta place c’est comme cet écrivain qui a quitté son pays et a installé quelqu’un d’autre à sa place de la même façon Noé sors de l’arche et il n’a pas voulu sortir il a dit je vais sortir et que vais fructifier pour le mal jusqu’à ce que le Lieu lui fasse la promesse qu’il ne ferai plus de déluge comme il est dit car car ce sont pour moi les eaux de Noé pour moi comme j’ai promis à propos des eaux de Noé. « לכל זמן ועת לכל חפץ תחת השמים » (קהלת ג א), זמן היה לנח ליכנס לתיבה, שנאמר: « בֹא אתה וכל ביתך אל התיבה » (בראשית ז א), וזמן היה לו שיצא ממנה, שנאמר: « צא מן התיבה » (בראשית ח טז), משל לפרנס שיצא מן המקום והושיב אחר תחתיו. כיון שבא, אמר לו: צא ממקומך. משל לסופר שיצא למקום אחר והושיב אחר תחתיו. כיון שבא, אמר לו: צא ממקומך. כך נח: « צא מן התיבה » (בראשית ח טז), ולא קיבל עליו לצאת, אמר: אצא ואהיה פרה ורבה למארה, עד שנשבע לו המקום שאינו מביא מבול לעולם עוד, שנאמר: « כי מי נח זאת לי אשר נשבעתי מעבור מי נח » (ישעיה נד ט).

בראשית רבה פרשה לד, פסקה ו

 

Erev shel Yéladim ce vendredi / toutes les dates 5778

Rabbin Floriane Chinsky – avec l’aide d’Emmanuelle

L’office du vendredi soir regorge de possibilités pédagogiques, de poésie et de jeu. Le programme « erev shel yeladim » vous permet de créer une dynamique intergénérationnelle avec vos petits.

 

La règle du jeu : un adulte, un enfant, de l’accueil et du partage.

 

Pour vous accompagner : un livret, des vidéos, et toute une communauté qui chante avec vous.

Les dates 

1 septembre, 20 octobre,  24 novembre, 22 décembre, 19 janvier, 16 février, 9 mars, 4 avril, 13 avril et 1 juin

Vidéos:

Pour en savoir plus

https://poursurmelin.wordpress.com/category/1-cycle-de-la-vie/familles/erev-shel-yeladim

Pour vous inscrire (non obligatoire, mais souhaité)

https://framaforms.org/erev-shel-yeladim-2017-1500980112

MJLF Est – 24 rue du Surmelin – Paris 20ème   – Blog : https://poursurmelin.wordpress.com

 

Talmud et humanisme le programme 5778 commence mercredi!

 La religion implique-t-elle la soumission ? Est-il impertinent ou pertinent de prétendre résister à Dieu ?

Le talmud, ce pilier central de notre tradition, prétend le contraire, et promeut les valeurs de responsabilité humaine, dans la plus pure tradition humaniste.

« Talmud et liberté humaniste » sera notre thème pour cette année, au Café des Psaumes. A partir du talmud dans le texte, avec des traductions en français, des Hévroutot (études en binôme), et avec l’objectif d’en tirer des enseignements de sagesse, nous trouverons chacun notre place dans l’étude de ce texte merveilleux.

 

18/10 Béréchit rabba paracha 34 : Quand l’homme résiste à Dieu (Noé)
15/11 Psikta dérav kahana paracha 12 : Quand Dieu s’adapte à l’individu (Manne)
13/12 Devarim rabba paracha 5 : Quand Dieu obéit à Moïse
17/1 Devarim Rabba paracha 4 et 5 : La justice divine dépend de la justice humaine
14/2 Talmud Babylonnien Nazir 23a : Y a-t-il une mauvaise façon d’obéir à Dieu ?
14/3 Talmud de Jérusalem Sanhédrin 22a et Talmud de Babylonne Baba Kama 59b : Pourquoi la loi juive ne nous dit pas quoi faire ?
11/4 Mishna edouyot 1 : Pourquoi promouvoir l’opinion des vaincus ?
9/5 Talmud Babylonien érouvin 13b et yébamot 14a : Comment rester unis ? Comment accepter nos différences ?
13/6 Talmud Babylonien chabat 130a : En fait, Dieu n’est pas intégriste !

Café des Psaumes – 16ter rue des Rosiers -Paris 4ème

Kavana pour un mikvé de conversion

Chers amis, chères amies,
En cette belle période de renouvellement, nous nous préparons à accueillir de nouveaux membres, qui ont achevé leur processus de retour ou leur entrée dans le judaïsme.

Nous les accueillerons à l’occasion de SimHat Torah, ce grand moment de renouement avec l’étude.

A cette occasion, je partage avec vous une « kavana », dont la traduction littérale est « intention ». « Kavana » en hébreu vient de la racine « kivoun », qui veut dire la direction. L’idée est de se préparer mentalement avant une action importante, pour en profiter pleinement. Cette Kavana est destinée à être lue par ceux qui le souhaitent avant leur immersion dans le mikvé, elle est simplement une proposition et chacun.e peut l’adapter en fonction de sa propre expérience et de son propre désir. Je l’ai écrite à l’aide de ma compréhension de ce qu’est le mikvé et de ma propre expérience de ce moment particulier, qui concerne aussi bien les convertis que les fiancées ou toute personne qui souhaite donner un nouveau tournant à sa vie.

Pour avoir les détails de la procédure du mikvé, vous pouvez télécharger le document suivant procedure mikve

Encore Shana Tova oumétouka à toutes et à tous, ce vœu peut encore nous accompagner jusqu’à la fin de Soukot, alors profitons-en! Et Hag SaméaH, bonnes fêtes de soukot.

Kavana pour un mikvé de conversion

En ce jour de réjouissance, je me prépare à prendre un moment pour moi-même.

Je prends le temps de faire le point sur ce que signifie ce moment pour moi.

 

Femmes :

Je suis une épouse, je suis une mère, je suis une fille, je suis une amie, et avant tout je suis moi, et je suis fidèle à moi-même en ce moment sacré.

Hommes :

C’est un moment de continuité, je suis toujours la même, et un moment de changement, quelque chose se renouvelle dans ma vie.

 

C’est un moment de continuité, le temps du mikvé est l’aboutissement d’une longue réflexion, de nombreuses préparations, de nombreux choix de vie.

C’est un moment de continuité, le temps du mikvé ouvre la suite de ma vie, qui sera remplie de tout ce que j’y ai déjà mis. Le mikvé est un moment de continuité mais aussi un moment de changement.

 

Nous disons « tu es une bénédiction Eternel qui renouvelle tous les jours par ta bonté l’acte de la création du monde ». On peut considérer que chaque jour, c’est un nouveau monde qui s’offre à nous.

Ce jour est un jour particulier pour moi, un jour de renouveau, un jour de recommencement. C’est la bonté du créateur qui renouvelle le monde chaque jour.

C’est l’amour et la bonté qui renouvellent nos forces pour agir chaque jour.

Mon amour pour la tradition juive m’a mené.e à ce moment de consécration.

 

En ce moment de mikvé, je pense à ce sentiment qui fait partie de moi, qui est moi, qui est aussi mon amour pour moi, qui me permet de me donner à moi-même ce moment intime avec moi-même, ce moment de paix, de moment rempli de sérénité.

Lorsque je rentrerai dans le mikvé, tout mon corps ressentira cette détente et le bonheur de cet aboutissement, dans ce bain d’eau, dans ce bain d’amour, dans ce bain de pause, dans ce bain de renouveau.

Je sentirai l’eau sur mon corps, je la laisserai m’entourer, je serai comme hors du monde, hors du temps.

Je garderai ce sentiment bien au chaud dans mon cœur, pour que cette paix continue à faire partie de moi et à apaiser et à rendre heureux ceux qui m’entourent.

Je garderai ce sentiment de paix lors de toute la suite de mon parcours, à chaque étape, cette paix sera là, très présente ou plus intérieure et je pourrai toujours y revenir.

Ces moments sont des moments de rencontre, de rencontre avec moi-même d’abord, et de rencontre et de renouement avec mon identité juive.

Cette eau est l’eau du ventre de ma mère, cette eau est l’eau des océans, cette eau est l’eau de la naissance de la vie, cette eau est la première eau des débuts du monde, cette eau est la première matière de la vie, cette eau est l’élément où planait le souffle de ‘Dieu’ avant la création du monde.

 

Le mikvé est un bain d’eau, je rentre maintenant dans un bain d’eau.

L’eau symbolise la Torah, je rentre maintenant dans un bain de Torah.

La Torah, c’est la sagesse, je rentre maintenant dans un bain de sagesse.

C’est l’étude, la curiosité, le désir d’apprendre, je rentre maintenant dans un bain de savoir.

C’est l’entre-aide, la solidarité, l’amour des autres, je rentre maintenant dans un bain d’amour.

Mikvé signifie l’espoir, je rentre maintenant dans un bain d’espoir.

 

Tu es une bénédiction Eternel notre ‘Dieu’, roi du monde, qui nous a rendus spéciaux par tes commandements et qui nous a commandé de nous immerger.

Tu es une source de bénédiction Eternel notre dieu, roi du monde, qui m’a permis de vivre, et qui m’a fait exister, et qui m’a permis d’atteindre ce moment sacré et privilégié.

 

 

On rentre dans le mikvé et on prononce la bénédiction suivante :

ברוך אתה ה’ אלוהינו מלך העולם אשר קדשנו במצוותיו וציוונו על הטבילה

BarouH ata adonaï élohénou mélèH haolam acher kidéchanou bémitsvotav vétsivanou al hatévila.

Elle s’immerge une fois entièrement et prononce la bénédiction suivante :

ברוך אתה ה’ אלוקינו מלך העולם שהחיינו וקיימנו והגיענו לזמן הזה

BarouH ata adonaï élohénou mélèH haolam chéhéHéyanou vékiyémanou véhiguianou lazéman hazé.

On s’immerge deux nouvelles fois, ou plus si on le souhaite, puis on sort lentement du mikvé.

Soukot, pour toute la famille!

Au programme pour le plaisir des grands et des petites:

Mercredi soir 18h45, un office très court (45mn kidouch inclu!) sous la souka, avec présentation du loulav, un office court, intime et nature, en total contraste avec l’intensité de Kipour, mais également plein de charme. Inscription facultative sur doodle (cela me permet de savoir que nous avons minian ce qui est bien agréable!) L’office court convient particulièrement aux enfants. Vous pouvez amener quelques gâteaux et fruits à partager sous la souka.

Jeudi matin de 10h à 12h, nous chanterons le Hallel en agitant le loulav, nous lirons les six premiers chapitres de l’Ecclésiaste, kohélet, ce livre de sagesse et de poésie.

Vendredi soir à 18h45, un office de chabbat raccourci en raison de la fête, avec quelques réflexions sur le sens de la souka.

Samedi matin à 10h30, un office de chabbat-soukot avec encore une fois le hallel, et la lecture de la fin de l’Ecclésiaste.

Soukot, « zman simHaténou », est le temps de la confiance, de la joie, de l’intimité, poursuivons ensemble le doux chemin commencé à Yom Kipour!

Pour chanter en famille et à la synagogue: un chant très facile et un chant pas très dur!

Nous ne ferons pas « Téchouva » ! Dracha de Yom Kipour

Là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir (braHot 34b).

« Les justes parfaits » ? Mais de quoi s’agit-il ? Pour m’aider à comprendre, je propose une petite expérience, j’aimerais que les justes parfaits de l’auditoire se lèvent : oh, il n’y en a pas ! Alors à quoi sert cette phrase ?

Nous voyons que la perfection n’existe pas. Et que même si elle existait, ce n’est pas elle qui aurait les honneurs. C’est au contraire le désir de nous améliorer qui est mis en valeur. L’essentiel, comme le dit Rabbi NaHman de bratslav, c’est la question, la chééla, et non pas la réponse, la téchouva.

« Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend? »

Voici les questions que le philosophe Ernst Bloch pose à l’ouverture même de son livre, « le principe espérance » en 1954.

La chanteuse-compositrice Barbara, qui nous a quittée cette année en dit autant dans l’une de ses chansons, choisie pour l’hommage national aux victimes de l’attentat du Bataclan : « pour qui, comment quand et pourquoi, contre qui comment contre quoi, c’en est assez de vos violences ! ».

Le vidouï de la prière de Néila, que nous dirons demain soir pose les mêmes questions :

Que sommes-nous, qu’est-ce que notre vie, qu’est-ce que notre bonté, notre force ?

Nous parlions à Roch Hachana de l’équilibre entre l’individu et le groupe, nous avons parlé de la tsédaka qui implique la société, nous nous tournons aujourd’hui vers l’individu.

Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ?

Yom Kipour nous met face à cette douloureuse question. Il peut-être tentant de la fuir.

Ernst Bloch poursuit :

Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? Qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend ?

« Beaucoup en restent perplexes. Le sol vacille, ils ne savent ni pourquoi ni comment. Leur état est angoisse ; s’il se précise il devient crainte… »

Comment faire face à cette crainte ? Les antidépresseurs, les drogues, les addictions, y compris aux écrans, à l’ordinateur ou au travail prennent leur essor. De la même façon, les sectes et les extrémismes se tiennent en embuscade comme le meurtre et la jalousie étaient tapis à la porte de Caïn.

Le judaïsme de superstition  risque alors de s’emparer du judaïsme de courage.

Nous serions tentés de « faire téchouva », d’adopter des réponses toutes prêtes, au lieu de faire vraiment téchouva, de faire retour, de réfléchir, pour accéder à de nouvelles compréhensions.

Nous risquons nous tourner vers une pratique obsessionnelle au lieu nous ouvrir à des pratiques et à des sens renouvelés, en toute conscience.

« Il a fait téchouva » signifie souvent de nos jours « la table de ses parents n’est plus assez cacher, il ne fait plus la bise à sa sœur ».

Faire téchouva n’est pas se rattacher frénétiquement à un cadre solide, extérieur, dicté.

Le cadre de la sagesse juive ne doit pas nous enfermer mais nous porter.

Et dans ce chemin-là également, Ernst Bloch nous accompagne :

« Mais maintenant, sans plus tenir compte des artisans de la peur, c’est un sentiment plus digne de nous qu’il est temps d’apprendre. Il s’agit d’apprendre à espérer. »

Espérer, c’est prendre un risque, et c’est se mettre en danger, nos espoirs peuvent se réaliser, mais ils peuvent échouer, et comment affronterons-nous la déception ?

Deux histoires illustrent deux façons d’affronter le danger.

Une histoire zen, et une histoire juive.

C’est l’histoire d’un moine boudhiste qui se promène sereinement, immergé dans ses méditations, lorsqu’il entend un rugissement, il se retourne, c’est un tigre, il court vers lui ! il le poursuit ! le moine se met à courir pour échapper au tigre, qui pourtant gagner du terrain, se rapproche, l’attrape presque mais là… Le moine sent la terre se dérober sous ses pieds, il tombe au fond d’un gouffre, essaie de se raccrocher, saisit une branche qui dépasse, c’est une vigne, elle est en train de se déraciner, elle va bientôt lâcher sous le poids du moine, il regarde, il y a du raisin, le raisin est mûr, il tend la main, admire le raisin, le porte à sa bouche, et s’écrie : « quel délicieux grain de raisin ! »

Dans l’histoire juive, c’est juste un juif lambda qui tombe dans le puits, il se raccroche à la branche et crie « à l’aide ! à l’aide » et, miracle, une voix lui répond ! « C’est moi, l’Eternel ton dieu, j’ai entendu ta voix mon fils, je suis là. Lâche la branche, je vais te rattraper ! » Alors le juif regarde vers le haut du puits et s’écrie : « y a pas quelqu’un d’autre ? »

Ces deux histoires sont des histoires juives. La première parce qu’elle met en avant la gratitude. Nous devons profiter de ce monde et de ses bénédictions. La deuxième parce qu’elle est décalée, humoristique, qu’elle cherche la survie à tout prix, et qu’elle ne croit pas aux miracles abstraits mais à l’action concrète.

Face aux questions existentielles, le puits du vide pourrait nous engloutir. Si nous sommes jetés sans préparation dans l’arène des interrogations et des craintes, nous courrons le risque qu’elles nous dévorent.

Mais jeté dans la fournaise de Nemrod, Abraham ne s’est pas consumé, balancé dans la fosse aux lions, Daniel n’a pas été dévoré, et nous de même, nous ne serons pas consumés ni dévorés par ces questions, nous leur ferons face, et nous en sortirons vainqueurs à la fin de cette journée.  Cet espace nous soutiendra, la présence bienveillante de la communauté nous portera, nos chants nous embrasseront.

Tel est le sens de toutes ces prières, de toutes ces cérémonies qui nous accompagnent dans le voyage de 25 heures que l’on nomme Yom Kipour.

Le texte des prières évoque les qualités de dieu. Pas pour le flatter ou pour nous rabaisser, mais pour appeler en nous-mêmes ces qualités ! Pour nous en saisir et nous appuyer sur elles pour remonter du puits, comme le dit rabbi yéhouda halévi.

Le texte des prières évoque nos fautes. Pas pour nous humilier, mais pour affirmer l’humanité de nos sentiments, et pour permettre l’expression émotionnelle nécessaire au changement, comme le dit le rav Soloveitchik.

La téchouva n’est pas une invitation à rentrer dans le rang, mais un encouragement à oser être nous-mêmes, briser les entraves et les limitations, comme le dit le rav Kook.

Le vidoui, l’aveu des fautes ne prouve pas que nous sommes coupables, mais que nous sommes courageux et déterminés à nous rendre meilleurs comme le dit Rech Lakich : la téchouva nous permet de transformer nos erreurs en mérites.

Ce courage nous délivre de la chape des apparences qui nous oblige à toujours faire semblant, à toujours nous justifier, à ne jamais être aimés pour ce que nous sommes réellement. Ce courage contribue à délivrer le monde du dictat de la perfection, cette illusion qui nous rend passifs et fait de nous des robots.

Cette année, nous avons été courageux. Nous sommes montés sur la téva pour célébrer notre Bar ou Bat Mitsva, et pris des risques. Nous sommes montés sur la téva pour dire le Kadish à la mémoire de nos proches disparus. Nous nous sommes engagés dans des démarches de conversion et de régularisation d’identité et pris le risque d’être rejetés. Nous avons décidé de nous marier, ou de mettre un enfant au monde. Nous avons changé de carrière, ou mobilisé le courage de rester dans notre métier. Nous avons pris toutes sortes de risques qui nous ont obligés à murir, à évoluer, à faire téchouva, à répondre à l’appel de la vie. Prenons un petit instant pour y penser, puis un petit instant pour partager l’un de ces défis dont nous sommes fier.e.s avec notre voisin ou notre voisine.

Selon Rabbi Abahou, Dieu a créé la téchouva avant d’avoir créé le monde, il a créé le principe espérance, le potentiel de la liberté et c’est cela qui donne un sens à nos existences.

Cette liberté n’a pas de limites, et lorsque nous aurons fait téchouva, nous aurons gagné l’occasion… de faire téchouva à nouveau. Lorsque nous aurons de nouveaux outils de liberté, nous comprendrons quels autres outils nous pourrons mettre en œuvre, et nous irons, à nouveau, les chercher, ajoutant indéfiniment des qualités et des courages futurs à nos qualités et à nos courages présents, la téchouva est un processus permanent, comme le dit rabbi naHman de Bratslav, et nous pouvons être fiers de partir cette année encore à la recherche du meilleur de nous-mêmes.

 

La relation entre nous et le transcendant devrait être une relation d’amour et de passion. L’amour a besoin de surprise. Faisons téchouva.

La téchouva n’est pas la réponse, mais la question.

La téchouva n’est pas la soumission, mais la responsabilité.

La téchouva n’est pas le retour au rituel, mais l’accès, à travers le rituel, à des dimensions imprévues.

Faire téchouva, c’est surprendre Dieu et plus important encore peut-être, c’est me surprendre moi-même.

Alors que tous ceux et toutes celles qui ont fait téchouva cette année, qui ont fait face aux défis de leur vie, de leur mieux, se lèvent en cet instant.

Et répétons-le : là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir.

Nous avons fait de nombreuses téchouvot. Soyons-en fiers aujourd’hui. Et puissions-nous avoir la chance de nous tenir ici, l’année prochaine, grandis encore davantage par les défis que nous aurons relevés cette année.

Gmar Hatima tova à chacun et à chacune.