Paracha Mikets  – Soyons méchants comme Joseph!

Nous sommes tous d’accord pour valoriser la gentillesse. Mais parfois, d’autres idées se cachent derrière ce mot. Et dans notre paracha, il faut bien le dire, Joseph n’est vraiment pas « gentil ».

Pourquoi ment-il à ses frères? Pourquoi les accuse-t-il injustement? Pourquoi met-il Siméon en prison? Pourquoi reste-t-il absent auprès de son père? Non, ce ne sont pas là des actes « gentils »!

Au delà des étiquettes que l’on colle sur les personnes, « il est gentil », « elle est méchante », nous avons tous la capacité d’accéder à une vraie prise de responsabilité, de dépasser les jugements temporaires que certains pourraient porter sur nous, pour mettre en place un cadre qui recréée une vraie solidarité, comme Joseph.

Dans notre Paracha de la semaine, la Torah nous invite à nous poser ces questions. La lecture juive de la bible nous invite à nous interroger.

Ni ĉiuj konsentas taksi bonkorecon. Sed kelkfoje aliaj ideoj kaŝas malantaŭ ĉi tiu vorto. Kaj en nia parsha, oni devas diri, Joseph vere ne estas « bona ».Kial li kuŝas al siaj fratoj? Kial li akuzas ilin maljuste? Kial li metis Simeon en malliberejo? Ne, ĉi tiuj ne estas « belaj » agoj!

Épisodes des années précédentes: 

Sur un pied 2015: Paracha de la semaine Mikets: Comment façonner la réalité? ( Remédier au problème ou créer une réalité qui exclut le problème, les prophéties auto-réalisatrice et l’exemple de la pénurie, le conte des chaudoudoux, la connivence de Jacob et Joseph, accepter les moments d’impuissance et utiliser les moments de liberté. )

Sur un pied 2016: Paracha de la semaine Mikets: Osnat la convertie, au secours du Roi David?  ( Osnat convertie, et juste, reconnue par Jacob, sauveuse de Joseph, les 9 femmes qui défendent l’honneur des convertis, Niemoller, passer d’une position de faiblesse à une position de force, « en toi trouverons refuge tous les pauvres de mon peuple »)

Version écrite:

La gentillesse, c’est bien. Mais qu’est-ce exactement que la gentillesse et la méchanceté ? Ces deux mots ne sont-ils pas souvent utilisés pour stigmatiser des personnes, en leur attribuant des étiquettes ? « Il est méchant », « elle n’est pas gentille », sont des jugements portés sur la personne, qui font partie d’un langage de « propagande » et non pas d’un message rationnel. Ces expressions évitent à la personne qui les emploie de prendre ses responsabilités, de dire « je ». De dire « je n’aime pas quand untel fait telle chose », « je me sens pris de cours quand untelle agit de telle façon ». Ce langage est donc utile pour développer un rapport de force fondé sur le lavage de cerveau et le lashon hara.

Ceux qui préfèrent promouvoir la paix et la compréhension mutuelle, en revanche, s’engagent contre ce type de pratiques, et préfèrent un langage précis et responsable, qui permet d’accéder à des solutions concrètes. En communication non violente, celui qui parle prend la responsabilité de ses sentiments sans la faire porter sur les autres. Il dit « je », il dit « je me sens de telle et telle façon », parce que « j’ai besoin de telle ou telle chose », « tu » n’es pas méchant (ni gentil), mais tes actions, quand « je » les observe, suscitent en moi des réactions dont je souhaite parler. Chaque fois que nous ressentons le besoin de dire « il est – insensible, incontrôlable, infantile… » interrogeons-nous : d’où vient cette tendance en moi ? Comment puis-je la contrer ?

Dans notre paracha, Mikets, Joseph n’est pas du tout gentil. Il ment à ses frères, il les manipule, il met l’un d’eux injustement en prison.

Mais il ne se plaint pas, il ne les juge pas, il ne les stigmatise pas, il les « reconnait », le midrach rabba dit « il les reconnait comme étant ses frères », il est dans la fraternité.

Il reconnait leur fraternité, et également le fossé créé entre eux par leur acte de malveillance, des années auparavant, quand ils voulaient le tuer et l’ont vendu comme esclave. Sachant cela, comment être « gentil » ? Il faut d’abord combler le fossé, et Joseph s’y emploie. Avec de l’amour et de l’intelligence, pas avec de la bonne conscience. Dans notre paracha, Joseph reproduit une situation de conflit d’intérêt entre les frères pour voir si, cette fois, ils seront égoïstes vis-à-vis de Benjamin (comme avec lui quand il était enfant) ou s’ils seront solidaires et protecteurs.

Joseph monte le piège, et Jacob le soutient :

Selon béréchit rabba, il a une intuition que Joseph est vivant et lié à la famine de l’Egypte (42 :1),  et quand il envoie Benjamin il souhaite non seulement le retour de Benjamin mais aussi de « l’autre » frère, c’est-à-dire de Joseph selon le midrach rabba, il force ses enfants à prendre leur responsabilités en les envoyant en Egypte puis en prenant leurs responsabilités vis-à-vis de Benjamin.

Joseph monte le piège, les frères évoluent :

Ils s’entre-regardent les uns les autres (42 :1), ils disent « nous sommes tous fils d’un seul homme » et reconnaissent leur unité (et selon beréchit rabba cela inclut Joseph), ils disent « nous sommes 12 frères » et insinuent toujours selon le midrach qu’ils sont maintenant à la recherche de Joseph exactement comme Joseph était à la recherche de ses frères (Gen 37 :16), ils sont prêts à le délivrer à tout prix, à payer une rançon pour lui, ou même à se battre et risquer leurs vies pour le libérer. Ils affirment leur solidarité entre frères et avec la génération précédente (jacob) et suivante (leurs enfants (43 :8).

Pour conclure, reprenons la prière finale de Jacob : Que El Chadaï nous donne de la miséricorde, une infinie bienveillance. Cette infinie bienveillance puise sa force dans la puissance, une relation à la justice qui dépasse les « jugements moraux » « tu es gentil », « tu es méchant » que s’adressent les enfants dans la cour de l’école. Une relation à la justice qui nous permet de voir, de nous comprendre à distance comme Jacob et Joseph, pour « aplanir le chemin » devant ceux qui en ont besoin, comme les frères de Joseph. Isaïe 60 :10 solou solou hamessila : aplanissez aplanissez le chemin, enlevez-en les pierres.