La Bar.Bat Mitsva, de 13 à 133ans!

Vous n’avez pas eu l’occasion de faire votre BM (Bar Mitsva pour les hommes, Bat Mitsva pour les femmes) étant enfant? Vous souhaiteriez revivre cette expérience en tant qu’adulte? Bonne idée!

Pourquoi? S’approprier les merveilleux textes des offices et savoir les sculpter pour faire de ces moments des moments inoubliables est un art délicieux.

Les qualités humaines et les connaissances juives qu’on en retire sont inestimables.

Quoi? Venez préparer votre Bar ou votre Bat Mitsva l’année prochaine à JEM-surmelin !

Qui? Ce cours s’adresse aux personnes qui savent déjà déchiffrer en hébreu et qui prévoient d’effectuer un travail personnel régulier. Il vous permettra d’être accompagnés et d’apprendre « en live » ce qu’on ne peut apprendre seul. Nous étudierons le sens des prières et la façon de les mener en public, en tant qu’officiant (chaliaH tsibour).

Si votre hébreu ne vous permet pas encore d’y participer pleinement, vous pouvez y assister en tant qu’auditeur ou auditrice libre, vous inscrire dans l’un de nos nombreux cours d’hébreu, utiliser les outils disponibles sur internet, entre autre au choix: à travers « la méthode facile« , « les chants du chabbat« , « les dix mots à connaître pour l’office facile« 

Comment? Vous commencez par réserver les dates dans votre agenda ;-), puis vous répondez à cet article pour m’informer de votre inscription. Fin aout, vous prenez rendez-vous si vous voulez pour que nous en parlions. Nous définirons ainsi les parties de l’office que vous souhaitez diriger, nous parlerons également des aspects « lecture de la Torah » et « dracha ».

Il est demandé de participer à des unités entières. Il est possible de ne prendre que certaines unités. Suivre toutes les unités est préférable.

Voilà comment cela se passe: vous apprenez ou vous révisez avec les vidéos, on met en place le sens et la réalisation de la prière le samedi matin de 9h50 à 10h20, vous appliquez pendant l’office qui suit. Le projet de BM à long terme et le projet du cours à moyen terme vous motivent à travailler sur le plan personnel, la participation à l’office vous permet d’appliquer concrètement immédiatement, la possibilité de poser vos questions et de donner du sens vous nourrit. La playlist correspondante est disponible ici: playlist youtube des prières du samedi matin

Programmes complémentaires:

Pour préparer une dracha (le discours à la synagogue): voir les vidéos « sur un pied », étudiez au café des Psaumes ou Talmud BéraHot pour approfondir votre réflexion, prenez rendez-vous avec le Rabbin.

Pour préparer la lecture de la Torah: participez aux ateliers « lecture de la torah » le samedi matin, en alternance avec ce cours-ci.

Inscription: mettez un commentaire en dessous de cet article avec votre nom et vos coordonnées, il ne sera pas publié.

Programme des cours:

Unité 1: Nov 9, 23, 7: birkot hachaHar, PROCEDURE GABBAÏ Gabai honneurs Préparation: pp.106/108, 110/112, document du gabbai

Unité 2: Janv/fev  11, 1, 8: psouke dezimra, montée à la torah, hagbaa 1 et 2 Préparation: 124/142/144/146/148

Unité 3: Fev/mars/avril 29, 14, 4 bénédictions chema, procession, reprise Préparation: 150/152/154/156a/156b

Unité 4: Avril/mai 11, 2, 9 amida, gabai 1-diriger Préparation: 162/164/166/168/170 (uniquement la bénédiction) 172, 182

Unité 5: Juin 6, 13,  fin de l’office: Préparation: 184/ 192/198/200/ 202/204

Dans un an, vous serez plus que prêts à diriger un office! Au plaisir d’entreprendre ensemble cette belle aventure.

SimHat Torah ce soir et demain

Hag Saméah à toutes et tous.

Pour la fête de ce soir, le plus important, c’est de venir dans des vêtements confortables! Soyez fin-prêts pour danser avec la Torah, et participer à son ouverture intégrale.

Vous pouvez également:

  • Vous pré-inscrire (comme ça je sais sur qui je peux compter) sur le doodle des fêtes 5780 (prenez date jusqu’à la fin de l’année!)

chants-courts-pour-soukot-et-simhat-torah-avec-kidouch (document en translittération)

  • Apprendre les chants suivants grâce aux vidéos (apprendre à lire en hébreu, à comprendre, et à chanter, les premiers sont les plus simples, aucun n’est vraiment difficile) :

hévénou chalom, david meleH israel, am israel Hai, chéma israel, mitsva guédola, Torah tsiva lanou, od yavo chalom, Ossé chalom, hiné ma tov, hava naguila, Sissou et yérouchalaim, kol dodi

 

Paracha de Soukot – L’Union fait la Joie

Fête du rassemblement et de l’ouverture, Soukot nous réjouit par ses merveilleux textes (Zacharie, Ecclésiaste, Paracha de chabbat Soukot) ainsi que les nombreux symboles du Loulav, de la Souka, des Ouchpizin et Ouchpizot. Nous évoquerons en prime un poème du poète persan Rummi, qui est particulièrement approprié à la fête. Moadim LéssimHa et chabbat chalom…

Texte lié à ces questions disponible en fin d’article.

2016 : Sur un pied! Paracha SimHat Torah: Où est le paradis?

Texte écrit pour la Newsletter de l’ULIF :

L’Union fait la Joie, quelques mots du Rabbin Floriane Chinsky pour ce Chabbat de Soukot

Ce chabbat, nous associerons la douceur du chabbat à la plénitude de Soukot. De tous temps, la joie qui caractérise la fête résulte de notre rassemblement. Aujourd’hui, cette joie est démultipliée pour nous par l’union de nos synagogues au sein d’une association ombrelle, d’une Souka symbolique, le JEM.

Petites cabanes construites dans la rue en Israël, dans nos cours, voire dans nos salons pour les parisiens dépourvus de jardins, nos soukot chamboulent notre expérience de vie. Pendant 7 jours, notre maison devient secondaire, notre cabane devient principale. Nos murs deviennent secondaires, nos fenêtres deviennent principales, pour reprendre le titre du livre de Marshall Rosenberg, fondateur de la Communication Non Violente : « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) ».

Nos mots sont-ils des fenêtres ou bien sont-ils des murs ? Les murs de nos maisons, de nos synagogues, de JEM, ont-ils pour but d’accueillir et de rassembler ou d’isoler de la réalité du monde extérieur ?

Soukot est la fête de l’ouverture et de l’équilibre.

Le bouquet des quatre espèces, le loulav, met en acte notre volonté d’unité intérieure en symbolisant les organes du corps (colonne vertébrale pour le palmier, yeux pour la myrte, bouche pour le saule, cœur pour le cédrat), mais aussi notre volonté d’unité sociale en rappelant différents caractères humains ( aimant l’étude pour le palmier, préférant l’action pour la myrte, indifférent pour le saule ou cumulant étude et action pour le cédrat). Cette unité est conjuguée avec le désir d’ouverture puisque nous agitons ce loulav dans les six directions du monde.

Les murs fins de la souka-cabane proposent la juste mesure de rassemblement entre ceux qui sont dedans sans pour autant exclure ceux qui sont dehors. Son toit végétal et détendu protège légèrement du soleil pendant la journée tout en laissant admirer les étoiles la nuit venue.

Enfin, chacun des jours de soukot est l’occasion d’accueillir de nouveaux hôtes, les sept « ouchpizin » traditionnels et les sept prophétesses mentionnées par le Talmud Babylonien Méguila. Après Abraham, Sarah, Myriam, Isaac, Jacob, Déborah, Hanna, Moïse, Aaron et Abigaïl, nous accueillons ce chabbat Joseph « le Juste » et Houlda « la Prophétesse ».

Quelles qualités de Joseph sont-elles prépondérantes à vos yeux ? Son ambition, lorsqu’il partage ses rêves ? Son courage, lorsqu’il va retrouver ses frères malgré leur animosité ? Sa ténacité, lorsqu’il se relève de sa vente comme esclave puis de sa séquestration en prison ? Son ingéniosité, lorsqu’il guide le changement d’attitude de ses frères et leur réconciliation ? Sa sensibilité, lorsqu’il pleure au moment des retrouvailles ?

Qu’admirons-nous chez Houlda ? Sa capacité de vision Prophétique lorsqu’elle identifie l’importance du « Livre de l’Alliance » retrouvé dans le Temple ? Son éloquence lorsqu’elle défend sa valeur ? Son influence historique, elle qui remet en avant un livre qui portera une influence décisive sur le monde pour les 2400 années suivantes ? Sa compassion, comme le souligne Rabbi Chila ?

Toutes ces qualités, nous les possédons et nous les associons, et nous les mettons en avant à l’occasion de ce Chabat de demi-fête, comme nous allierons nos qualités pour l’année à venir.

L’office du vendredi soir exprime notre désir de plénitude : « étends sur nous ton « pavillon de paix », ta  » Soukat Chalom » ». Ce chabbat, nous serons rassemblés sous le pavillon de paix spirituelle du chabbat autant que sous la souka concrète de soukot. Que nous puissions toutes et tous, avec nos différentes qualités, goûter la douceur de cette ouverture qui nous enrichit.

 

Akadem: Greta Thunberg

L’émission d’Akadem sur Greta Thunberg est en ligne… C’était un moment intéressant autour d’une jeune fille engagée, très critiquée, et d’une question qui nous engage tous et toutes: le climat.

Vous pouvez la voir sur Akadem sur ce lien, ici, il suffit de cliquer 😉

C’est complémentaire du commentaire que j’avais fait sur la paracha Nitsavim, à voir ici, sur ce lien.

Je serai très heureuse de lire vos commentaires. Moadim LéssimHa!

P.S. SimHat Torah sera dimanche soir en Israël et dans les communautés libérales du monde entier, rejoignez ce moment de joie et de danse si le coeur vous en dit…

L’appel: Nos filles sont des Rois

Parmi mes dernières publications dans l’appel, cet article, qui développe le thème de ma vidéo « Sur un pied », sur la paracha Choftim.

Voici le texte de l’article publié dans l’Appel:

Nos filles sont des rois !

Cette expression utilisée en titre est-elle provocatrice ? Si oui, pourquoi ? Est-ce une provocation « grammaticale » ou une provocation de « valeurs » ? Est-ce une provocation parce que « nos filles devraient être féminines » alors que les personnes au pouvoir devraient ne pas l’être ? Quelle est la part des préjugés ? Et que signifie « être féminine » ?

Si Eve est notre inspiratrice, cela signifie observer, juger, prendre des décisions et exercer son pouvoir de conviction. Mais si Eve devient un contre-exemple, la féminité consiste à s’obliger à ne pas observer, ne pas juger, ne pas prendre de décision, ne pas convaincre ! Les violences de couple se nourrissent de ce type d’idéologies. L’interprétation que nous faisons de l’histoire d’Eve, de toutes les héroïnes bibliques, de tous les textes sacrés, engage notre responsabilité. L’interprétation tue ou fait vivre. « La mort et la vie dépendent du langage. »  (Prov. 18 :21)

A l’heure du « Grenelle des violences conjugales » en France, il est essentiel de mettre en lumière les influences cachées de notre système de pensée, « sous-entendus » de nos paroles et de nos actes. Le La paracha « Des juges », dans le Deutéronome que nous lisons en ce moment, fait écho à ces questions en évoquant le pouvoir, l’exercice de la justice, la guerre. Plus la hiérarchisation intervient dans la société globale, plus elle se répand dans les foyers. L’homme dominant ou envieux de son chef transpose ce modèle vis-à-vis de sa compagne. Au contraire, l’homme libre veut une partenaire libre. La Torah est très moderne dans son appel à la méfiance contre l’autoritarisme.

Oui, la pression sociale peut convaincre le peuple d’adopter un roi (deut.17 :14s). Mais non, ce roi ne sera pas omnipotent, il devra « faire partie de ses frères », il ne creusera pas les écarts sociaux et « il n’accaparera pas trop d’argent et d’or », il ne devra pas essayer d’imposer sa force guerrière et « multiplier les chevaux », il ne devra pas agir de façon arbitraire mais il devra « écrire une copie de cet enseignement, qui sera avec lui et dans laquelle il lira tout au long de sa vie ». Un leader, oui, un oppresseur, non. La monarchie constitutionnelle de la Torah est favorable à une société relativement égalitaire entre les hommes. Entre les hommes, oui, mais avec les femmes ? pas encore.

Le langage même de cette loi d’égalité trahit la violence sexiste de l’époque. En effet, le roi ne doit pas non plus « avoir de trop nombreuses femmes ». L’intention est bonne, la formulation est offensante. A l’époque « posséder » des femmes est un moyen d’exhiber son pouvoir et d’entériner des alliances politiques. Le roi ne pense pas à « s’allier à une femme » et à « apprendre d’une relation ». Le roi doit dés cette époque être exemplaire dans sa relation à la loi, mais pas encore dans sa relation à une partenaire.

La lecture de la Torah à la synagogue se fait en présence d’un Minian, d’un quorum de dix personnes, qui prend la responsabilité de la réinterprétation de ces textes. Nous lisons, par désir de comprendre les forces progressistes de ce lointain passé ; nous réinterprétons, pour encourager les forces progressistes d’aujourd’hui. Telle est du moins ma tradition familiale, et l’approche d’étude juive dominante dans le monde.

Ce travail de compréhension et de réinterprétation est notre responsabilité à toutes et à tous. « L’inégalité des sexes unifie les religions par-delà leurs différences : les principes généreux n’ont pas fait le poids par rapport aux structures sociales déjà existantes », nous dit l’historien Ivan Jablonka.

Il est temps de dégager nos traditions de pensée de l’influence de ces « structures sociales déjà existantes » et de les rendre à leurs « principes généreux ». Le « roi hébreu » devait respecter « ses frères », les figures d’aujourd’hui doivent respecter « leurs sœurs » en égales. Les reines n’étaient que les épouses des rois. Pour que nos filles règnent directement sur leurs propres vies, c’est donc en français le mot « roi » qui est approprié. Dans la Torah, Saraï, « la petite princesse d’Abraham » a besoin du soutien de Dieu pour être rétablie dans son nom réel, « Sarah », la Ministre. A nous tous de soutenir de tout notre cœur et de tout notre pouvoir notre souveraineté personnelle, et celle de nos sœurs. Hauts les cœurs !

Soukot – SimHat Torah – cours demain 11h et fêtes

Bonjour à toutes et à tous!

Nous poursuivons le marathon des fêtes, avec soukot, simHat Torah, et toutes les réflexions et les joies de ces grands moments. Demandez le programme!

Demain soir, Soukot:

  • 17h45 – rencontre interreligieuse avec des chrétiens du quartier, explications sur l’aspect universel de la fête.
  • 18h45 – office de fête, très court, avec kidouch sous la souka

Lundi matin, Soukot:

  • 10h – office, hallel, cérémonie du Loulav, belle lecture du Prophète Zacharie en haftara, début de la lecture de l’Ecclésiaste, venez nombreux et prévenez-moi de votre présence si possible avec le doodle (cliquez ici)

Chabbat Hol hamoed à ne pas manquer, puis mêmes horaires la semaine prochaine pour SimHat Torah, avec un office plus long et plein de danses le dimanche soir, et la lecture de la fin et du début de la Torah le lundi matin.

Pour le cours de demain 11h à Ganénou: « Soukot, SimHat Torah, construire sa maison », nous parlerons entre autre des invité.e.s de Soukot, et l’une des feuilles de sources est disponible sur le lien suivant: meguila 14a les 7 prophetesses partiel

Retrouvez les chants de SimHat Torah sur la playlist suivante ainsi que le hallel ici et les hakafot ici.

Chavoua Tov… et Hag SaméaH!

 

puzzle soukot simhat torah

Yom Kipour : Abolissons nos privilèges (Discours 5780)

Voici mon discours de Yom Kipour.

Merci encore à tous les participants et à tous les bénévoles, qui ont non seulement travaillé de tout leur coeur et sans relâche pour préparer ces merveilleux offices, mais qui ont su garder calme et bienveillance dans des moments très intenses.

Compte tenu du succès, je vous propose que nous faisions à nouveau Kipour l’année prochaine 😉 ( Dimanche 27 septembre au soir et lundi 28)

Dracha de yom kipour – plaidoyer contre la tourniquette ou abolissons nos privilèges —– 

« Autrefois pour faire la cour, on parlait d’amour ! Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur ! … Aujourd’hui c’est plus pareil, ça change ça change, pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille « ah gudule, viens m’embrasser, et je te donnerai…. Une tourniquette pour faire la vinaigrette, Un bel aérateur pour bouffer les odeurs, Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, Un avion pour deux et nous serons heureux!… » (Boris Vian)

Les tourniquettes à vinaigrettes sont plus faciles à acquérir qu’un cœur. On peut être tenté de s’en satisfaire. On peut croire que cela remplace. Mais la seule façon de retrouver un cœur qui sent les sentiments, consiste à renoncer aux gadgets, à séparer l’essentiel des accessoires.

Comme le dit le prophète Ezechiel : Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai la tourniquette pour faire la vinaigrette de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

C’est presque ce que dit Ezechiel, mais soyons plus précis : Ézéchiel 36:26 : 26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.

En ce jour de Kipour, nous délaissons les accessoires, nous nous concentrons sur l’essentiel : retrouver le cœur de chair derrière le cœur de pierre.

En ce jour de Kipour, nous abolissons tous nos privilèges. Mieux, même, nous abolissons nos besoins primaires. La Torah nous dit de nous affliger, la Torah orale détaille les cinq interdictions concernées :

Aujourd’hui, pour 25 heures, nous abolissons nos besoins physiques élémentaires.

Nous renonçons à boire, nous renonçons à manger. Nous ressentirons la faiblesse physique, le découragement, la douleur, que provoque la faim et la soif. (1)

Nous renonçons aux apparences, pas de bains,(2) pas de baumes, pas de parfum, pas de déodorant (3), pas de chaussures en cuir (4). Nous ressentirons notre vulnérabilité face aux autres.

Nous renonçons à l’intimité physique (5). Nous ressentirons la solitude face à notre faiblesse.

Que ces renoncements nous ouvrent à une meilleure compréhension de ce que vivent au quotidien tous ceux qui n’ont rien à boire, rien à manger, aucune possibilité de se laver, aucun lieu d’intimité.

Pourquoi agir ainsi ?

Par solidarité bien sûr. Parce que quand on arrive au niveau du cœur, tous les préjugés fondent, et nous comprenons enfin comme le dit le Talmud que « ton sang n’est pas plus rouge que le sien », toutes les vies ont la même valeur.

Et nous faisons cela pour une autre raison encore : pour aller au plus profond de nous-même, pour laisser tomber les voiles que nous érigeons autour de nos vulnérabilités, pour aller au centre de nous-mêmes, pour nous remettre dans notre centre de gravité, pour renouer avec l’essentiel, pour que nos objectifs de l’année soient les meilleurs, pour que notre façon de les accomplir soit optimale.

« les meilleurs » ? « optimale » ? oui. Pas « les bons objectifs », non, mais au contraire : « les objectifs les meilleurs possibles ». Pas « des actions parfaites », non, « des actions au mieux ». Car nous n’avons pas accès à la Vérité. Nous avons simplement accès à des chemins de vérité.

Célébrer kipour, c’est suivre la voie de la recherche de la vérité. Et c’est reconnaitre que nous n’y accéderons pas totalement.

Aujourd’hui, nous n’espérons pas devenir immortels. Nous savons que nous mourrons un jour. Ountané tokef nous met face à cette réalité : « qui vivra, qui mourra, qui en son temps, qui prématurément, qui par le feu, qui par l’eau, qui par la faim, qui par la soif, qui par le glaive ». Est-ce inéluctable ? Oui et non. Oui nous mourrons un jour. Mais il est possible de nous dégager du mal de cette mort.

La remise en question, l’introspection, l’entre-aide écartent le mal de la sentence. Téchouva, téfila, tsédaka

A la fin de ce jour de kipour, quel que soit le travail émotionnel et social que nous ferons, nous ne deviendrons pas immortels. Mais nous pouvons espérer être moins vulnérables à notre mortalité.

Ceci est important à notre époque, car, comme le dit François Sureau, « Nous nous sommes fait une idée de la perfection de l’homme, tout ce qui blesse la perfection de l’homme doit être réprimé, la perfection de chaque homme… et donc nous vivons dans le rêve d’une société de la perfection individuelle, ce rêve provoque une société de la peur, ou chacun a peur pour la perfection de sa propre vie que les journaux, tout le monde lui présente sans cesse comme qq chose de désirable cette peur génère à son tour une organisation sociale et collective de la peur »

Sur ce sujet, Woody Allen résume bien l’ecclésiaste que nous lirons lundi matin pour Soukot : La vie est une maladie lente sexuellement transmissible.

La mort entre elle-même dans la définition de la vie, la vulnérabilité est l’essence même d’un cœur, la transgression est indissociable de la loi.

Il nous faut aimer la vie malgré la mort, aimer les sentiments malgré notre fragilité, aimer la loi malgré la transgression, sans crispation, nous devons lâcher prise. La perfection de nos vies n’est pas un droit, elle n’est pas un privilège légitime. Yom Kipour est un élément fondamental de ce dispositif.

La vie et la liberté sont fragiles, et aucune tourniquette à vinaigrette n’y pourra rien changer.

Tel est donc le choix qui s’offre à nous aujourd’hui, aujourd’hui en ce jour de kipour, aujourd’hui en ce jour de kipour 5780/2019, aujourd’hui, pour l’année à venir, et pour le reste de nos vies :

Allons-nous nous accrocher à l’accessoire, ou allons-nous plonger au cœur de notre vulnérabilité qui est aussi notre pouvoir ?

Il faut choisir. On ne peut pas être Monothéiste et polythéiste à la fois. On ne peut pas idolâtrer l’accessoire et se revendiquer de la vie. Telle est la raison donnée par nos sages pour nous demander de nous priver de l’essentiel à Yom Kipour, de sorte que nous sachions nos détacher de l’accessoire et des accessoires tous les autres jours de l’année.

L’important, c’est de l’entendre :

  • Si la tourniquette pour faire la vinaigrette est un privilège, il est temps de l’abolir. (jusque là, ca va)
  • Si avoir un cœur de pierre est un privilège, il est temps d’y renoncer. (là ça demande du travail)
  • Si tirer avantage d’être un homme blanc hétérosexuel riche de 50 ans est un privilège, il faut nous en défaire. (je ne suis pas certaine d’y réussir)
  • Si tirer avantage de l’usage du plastique qui nous empoisonne est un privilège il faut nous en dessaisir. (c’est en cours)
  • Si un Ordre établi à notre avantage, au détriment des autres est un privilège, il nous faut le dénoncer. (là j’ai beaucoup de chemin à faire)

Ivan Jablonka, citant Olympe de Gouges qui nous accueille aujourd’hui, fait dans son dernier livre un plaidoyer pour le renoncement des hommes à leurs privilèges de genre. Nous pouvons également appliquer ce renoncement à tous les autres privilèges indus.

Nous ne vivons pas mieux avec ces soi-disant privilèges, qu’avons-nous besoin de tourniquettes, de cœurs de pierre, de privilèges de genre, de plastique, un ordre qui nous favorise et pénalise d’autres ?

En ce jour où nous n’avons pas besoin de manger, de boire, de nous parfumer, de nous faire « beaux », réfléchissons : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Nous finirons, dans 23h avec la déclamation solennelle du chéma israel et le son du chofar.

A ce moment, il faudra avoir décidé, cristalliser nos décisions, et utiliser les 509 760 minutes de l’année à venir pour les mettre en œuvre.

שמע ישראל יהוה אלהנו יהוה אחד

Ecoute Israël, l’Eternel infini, qui est notre force, l’Eternel infini, est un, il est le même pour tous et toutes.

Tsom Kal, jeune facile pour nous toutes et nous tous.