Quel Adam choisirez-vous ?

 

L’histoire semble bien connue. Et comme tous les clichés, elle ne nous satisfait pas.

Histoire 0 : Dieu a créé Adam, puis a pris l’une de ses côtes et en a formé Eve, qui a désobéi à l’ordre du Créateur, a cédé à la tentation présentée par le serpent, mordu dans la pomme interdite, le fruit de la connaissance ou le fruit de la sensualité, avant de la proposer à Adam, qui en a mangé à son tour. Dieu a bientôt eu connaissance du « péché d’Eve » et a puni le premier couple, condamné Adam à travailler dur et Eve à souffrir lors de l’accouchement, puis il les a chassés du paradisiaque Jardin d’Eden.

Est-ce ainsi que l’histoire d’Eve et de Adam vous a été racontée ?

Selon cette histoire, la création de l’homme aurait précédé celle de la femme, et la femme serait inférieure car créée à partir d’une petite partie du corps de l’homme. Dieu serait une personnalité punitive, voir sadique, puisqu’il a placé le fruit défendu au centre du Jardin, comme pour entretenir la frustration des humains de ne pouvoir en consommer les fruits. Dieu serait également une personnalité autoritaire et castratrice, interdisant le savoir et l’autonomie, désireuse de protéger ses privilèges. Le serpent incarnerait le mal. La femme symboliserait l’incapacité à résister à la tentation (proposée par le serpent) ainsi que le vecteur de la tentation (vis-à-vis de l’homme). L’être humain n’aurait pas été créé pour accéder à la connaissance, mais pour être soumis. La sexualité serait une chose mauvaise. Le travail de la terre comme le travail de l’accouchement seraient des malédictions intangibles voulues par Dieu. Le programme aurait été de rester tranquillement dans un paradis parfait mais la faiblesse de la femme, selon cette histoire, aurait plongé l’humanité dans les ténèbres.

Ce tableau est sinistre. Mais la bible en est-elle réellement responsable ? D’où viennent les conceptions présentes dans ce récit ? Ont-elles précédé le récit, et contribué à le forger ? Sont-elles au contraire nées du texte biblique ? Dans ce cas, la Bible, le Livre des Livres, la « pensée Judéo-Chrétienne », serait l’instigatrice de cette vision profondément anti-humaniste et anti-féministe du mythe de la Création. Soutenir cela, c’est associer l’approche biblique à des approches réactionnaires. La question est posée : La bible est-elle effectivement misogyne et rétrograde ?  

La pensée des lumières considère l’être humain comme souverain et non pas soumis à un dieu extérieur. L’objectif de l’humanité est de comprendre le monde et non pas de rester des marionnettes manipulées ou des prisonniers de luxe dans une cage dorée. Nous essayons de promouvoir un rapport d’égalité entre les hommes et les femmes. La sexualité cherche à s’affranchir d’anciens tabous.

Ainsi, l’histoire telle que je l’ai racontée en quelques lignes, est insupportable pour la pensée moderne, et nous adhérons aux propos de Jean Ferrat lorsque qu’il chante : « Le poète a toujours raison, Qui détruit l’ancienne oraison, L’image d’Eve et de la pomme, Face aux vieilles malédictions, Je déclare avec Aragon, La femme est l’avenir de l’homme. »

La bible, la « religion », est-elle effectivement l’ennemie du « poète » ? Est-il envisageable que le sage, aux côtés du poète, puisse trouver dans la bible un appui à une vision différente ?

Quel est le récit de nos origines, et quelles réflexions ce récit peut-il susciter ? Ecrit en hébreu, dépourvu de voyelles, de ponctuation, il est un objet posant des énigmes aux multiples réponses, notre choix reflète qui nous sommes. Les irrégularités graphiques, lexicales ou grammaticales nous disent « Darchéni ! », « Commente-moi ! ».

Menons donc l’enquête, essayons de reprendre le récit tel qu’il est écrit, et confrontons-le à la vision simpliste que nous avons présentée.

Ouvrons la bible, directement dans le texte hébraïque. Elle commence par ces mots « au commencement / il a créé / Forces (dieu) / les cieux / et la terre »[1]. Des mots en hébreu, difficilement traduisibles, non vocalisés, non ponctués. Quand bien même la bible dirait La Vérité, elle serait bien difficile à décrypter. Nous sommes pourtant certains d’une chose : La Bible ne commence pas par « Tout ceci est la vérité, reflétant une réalité historique unique que vous avez le devoir de croire, dans son sens littéral. »

Nous allons constater que, loin d’appuyer les idées reçues, le récit de la Genèse nous redistribue les cartes conceptuelles du sens de notre existence.

Elle entame directement son récit par une parole symbolique : Berechit. Au commencement. Il était une fois, la première de toutes les fois.

Comment concevoir ce commencement, qui est au cœur de notre relation à la vie même, à ce que nous sommes, à notre humanité ?

A travers son récit allusif, contradictoire, elliptique, elle nous demande : Qui êtes-vous ? Que voulez-vous être ?

Nous parlons donc d’un « livre dont vous êtes le héros », dont le récit de la création du monde, et surtout celui de l’Adam, le premier être humain, est emblématique.

Premier récit[2], L’Adam[3] est parfait

L’idée d’Adam est introduite dans la bible sur le mode du dialogue. Le Créateur se parle à lui-même : « faisons l’Adam à notre image »[4]. Cette phrase répond à une question restée silencieuse : « Comment ferons-nous l’Adam ? ».

Dieu ne le savait-il pas ?  N’était-il pas certain de la meilleure façon de procéder ? Cette image est différente de celle d’un Dieu autoritaire représenté à d’autres occasions.

Dans la même perspective, le texte souligne la similarité entre Dieu et l’Adam, « créé à son image ». Adam est donc « comme Dieu » dés sa création, et pourvu de la capacité de s’interroger, de se concerter, et de créer.

La pluralité de Dieu répond au pluriel intérieur de l’Adam, le « Créons l’Adam à notre image » renvoie au « Forces[5] créa l’Adam à son image, à l’image des Forces il le créa, masculin et féminin il les créa. »[6]

La personnalité complexe du Créateur fait écho à la nature mixte de sa créature.

Le projet confié à l’Adam lui-même est complexe, Dieu lui demande : « Produisez des fruits et multipliez-vous, remplissez la terre, partez à sa conquête, soyez les guides des poissons de la mer et de l’oiseau du ciel… »[7] Le rapport de l’Adam avec le monde, sa nature propre, et les animaux, est donc une relation d’aventure et de conquête.

Pourquoi dans ce cas, l’Adam devrait-il s’abstenir de la connaissance, s’écarter du fruit « défendu » ? Justement, dans ce récit, le fruit n’est pas interdit, l’autorisation de consommation est générale, « De tous les fruits du Jardin, tu mangeras. »[8]

La suite de l’histoire clôt le récit de la création par la « cessation » de Dieu, son « repos », son retrait de la scène. En rentrant dans son « chabbat », il intronise l’Adam dans sa responsabilité créatrice : « et furent totalement créés les cieux et la terre et tous leurs accessoires, et il finit les Forces, les travaux qu’Il avait faits, et il s’empêcha, dans la septième période, de tous les travaux qu’il avait faits, et il bénit la septième période et il le déclara « distinct », car en ce temps il s’était arrêté de tous les travaux qu’il avait créés, pour faire. »[9] Dieu s’étant écarté à partir de la septième période de tout acte de création, le « pour faire » se rapporte à l’action future du Adam. L’humanité entre à ce moment dans une phase de réalisation, dont Dieu vient de se retirer.

Cette confiance est également une interpellation : « Serez-vous à la hauteur de la tâche ? » « Saurez-vous faire bon usage de cette liberté ? ». Cette question se trouve cachée dans une toute petite lettre hébraïque, le , ה, qui se faufile dans le texte. Chaque étape de la création se termine par « première période (ou jour) », « deuxième période », etc… Mais lorsque vient la sixième étape, les termes attendus « yom shishi » se transforment « yom hashishi »[10], l’expression « sixième période » en « y aura-t-il un sixième jour ? ». Grammaticalement, ce introduit une notion de question ou de condition. Le jour de la réelle création de l’Adam aura-t-il réellement lieu ? Comme le disait Edmond Fleg, « Je suis juif parce que pour Israël, l’Homme n’est pas créé, les hommes le créent »[11], le travail de création reste à faire, nous avons encore un long chemin à parcourir pour que l’Humanité soit réellement empreinte d’humanité[12].

Le premier chapitre de la Génèse nous raconte donc une histoire bien différente du pseudo récit trop répandu. Remanions donc le récit de la façon suivante :

Histoire 1 : Dieu a créé le monde, puis il a décidé de créer un Adam à son image qui pourrait exprimer son potentiel dans ce monde, il créa alors cet Adam avec une identité masculine et féminine à la fois, leur transmit la puissance en leur souhaitant de partir à la conquête de la nature, leur donna tous les végétaux du jardin pour leur consommation, ainsi que la liberté de se développer. Dieu constata que c’était très bien ainsi et se retira. L’humanité réussira-t-elle à s’approprier cette délégation de pouvoir ?

Dans ce récit, le Adam est une réplique de Dieu, ses composantes féminines et masculines sont égales, le monde entier lui est confié.

Le premier chapitre de la genèse tel qu’il a été défini par la tradition chrétienne s’arrête là, et avec elle la première lecture de la première paracha de la génèse selon la tradition juive.

Deuxième récit[13] : L’Adam est seul

On pourrait croire que le récit de la création est terminé, alors qu’en réalité, il recommence, à travers une deuxième version, très différente de la première. La présence même d’une variante rend impossible une lecture simplifiée de la Bible, elle nous oblige à réfléchir et à choisir, à rejeter une vision totalitaire. Nous ne pouvons échapper à notre responsabilité de lecteur, et la question se pose : Quel récit choisirons-nous ? Quels éléments de chaque récit retiendrons-nous ?

Ainsi commence l’histoire : « Voici les causalités des cieux et de la terre dans leur création-(abrahamisation). »[14]

Cette introduction nous projette dans une perspective où les actes entraînent d’autres actes, des causalités-engendrements, une chaîne de conséquences qu’il nous appartient d’entretenir ou de briser.

Le mot « Béhibaram », « dans leur création », est écrit d’une façon particulière, la lettre y est calligraphiée en petit dans les rouleaux de la Torah. Les lettres du mot Béhibaram, recomposées, forment le nom d’Abraham, le premier des patriarches. Que peut signifier cette référence à la suite de l’histoire biblique au moment de la création du premier humain ? Abraham, fondateur de l’idée d’un Dieu unique et père commun aux trois grandes religions monothéistes, est l’homme qui poursuit le chemin de son père[15] mais également l’homme de la rupture et de l’ouverture à l’inconnu[16]. Il change de nom, de Avram il devient Avraham[17], et restitue à Sarah son nom entier en abandonnant le diminutif Saraï[18]. Là encore, c’est la lettre qui fait la différence, comme une lettre de la conscience, de la conscience de la complexité du monde, du bien, du mal, et de leur étroite intrication dans nos vies. Poétiquement, je me dis que le pourrait presque être le fruit de l’arbre interdit… Le réduit du mot béhibaram dans un contexte d’engendrement et de succession des générations, nous ouvre à la parenté symbolique entre Adam et Abraham-Sarah. Dès le premier récit, Adam a pour mission de grandir en nombre, en sagesse, et partir à la conquête du monde. Abraham et Sarah seront les continuateurs de ce projet, et renforcent encore l’idée qu’Adam en est déjà pleinement investi.

Si les deux récits coïncident à ce sujet, ils nous décrivent pourtant des réalités bien différentes. L’Adam est cette fois créé « poussière de la terre », dans laquelle Dieu insuffle « le souffle de la vie ». La dualité de cet Adam ne se joue plus sur le mode féminin-masculin. La polarité matière inerte-vie, la double origine terrien-divin[19] est cette fois au cœur de sa nature. La polarité est différente, mais l’Adam est dans les deux cas un être composite.

L’Adam est cette fois créé avant le monde, à partir de rien, alors que le jardin qui doit l’accueillir n’existe pas encore, aucun autre être vivant n’est présent. Où est-il à ce moment ? Que fait-il exactement ? Prend-il une part aux côtés de Dieu dans la création de ce qui sera son environnement ? En tout cas, son action est présentée comme une condition de la fertilité de la terre, au même titre que celle de Dieu[20].

Comme dans le premier récit, le créateur se parle à lui-même, ici presque sur le ton de la critique. Dieu se rend compte que « Il n’est pas bon que l’Adam soit seul »[21], et prend une décision « Je vais lui faire une aide qui lui fera face ». L’importance du partenariat pour l’Adam apparaît à ce moment. Avec elle également une collaboration effective entre Adam et Dieu : le Créateur lui présente les animaux un à un, peut-être au fur et à mesure qu’il les créée. A chaque fois, l’Eternel lui donne l’occasion de les nommer, de les observer, de juger de leur validité pour briser sa solitude, et à chaque fois l’Adam les rejette en tant que compagnons.

Dans ce deuxième récit, Dieu, qui « bénissait »[22] dans le premier récit, s’adresse à l’homme en ces termes : « de tous les arbres du jardin tu mangeras »[23], « et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas »[24]. Le conseil ou l’injonction impliquent la liberté d’y désobéir, l’Adam est libre.

Ici s’arrête la deuxième lecture de la Torah selon la tradition juive, alors que l’Ancien Testament chrétien poursuit son deuxième chapitre. Pour notre part, il est temps de résumer le deuxième récit de la création qui présente une autre identité du Adam initial :

Histoire 2 : Dieu a créé l’Adam, dans un monde stérile. Ensuite seulement il crée son habitat dans toute son ambivalence : les fruits sont bons MAIS il ne faut pas consommer l’un d’entre eux, Adam a été créé, MAIS il n’est pas bon que Adam soit seul. Pour y remédier, Dieu crée d’autres créatures et en les présente à Adam à qui il appartient de définir leur nom et leur rôle.

Dans ce récit, l’Adam est premier, il est nécessaire au monde, il lui donne un sens et un nom. Il est lui-même incomplet puisque seul, Dieu respecte son besoin de compagnie, et travaille avec lui en partenariat pour y remédier.

Le troisième chapitre reprend un autre type ou une autre étape de la création de l’Adam : sa prise d’autonomie.

Troisième récit[25] : L’Adam indépendant

Le troisième récit de la création s’ouvre avec la tentative divine de combler la solitude de l’Adam, son échec, et la mise en place d’une nouvelle stratégie. L’Adam n’accepte aucune de ces nouvelles créatures[26], créées à partir de la terre (Adama), et Dieu va créer cette fois-ci un être à partir du Adam lui-même. L’Eternel anesthésie l’Adam, prend l’un de ses côtés, en forme la femme et la lui présente[27].

On comprend comment l’idée de la subordination de la femme à l’homme est soutenue par cette version : la femme vient en deuxième, comme l’« aide » de l’homme, elle est tirée de lui, sa désignation à elle (icha, femme) dérive de lui (ich, homme)[28]. Par ailleurs, le mot Adam qui désignait l’être humain complet prend une signification ambigüe. « L’Eternel-dieu construisit la moitié qu’il avait prise de l’Adam en femme et il l’amena vers le Adam »[29]. L’équation produite est étrange : Adam = Adam + la femme. Le Adam désignerait alors à la fois l’être humain complet et l’être humain masculin, cette association est encore aujourd’hui un problème récurrent dans la façon dont les femmes sont considérées.

Lorsque l’homme et la femme, qui sont complexes sans en avoir conscience, rencontrent le serpent, le plus complexe parmi les animaux, le mythe de la simplicité s’écroule[30].

Le serpent interpelle la femme. « N’est-ce pas que vous ne devez pas manger des fruits du jardin ? »[31]. La discussion qui suit amène une prise de décision. « Et la femme vit que l’arbre est bon à manger, et qu’il est désirable aux yeux, et que l’arbre est agréable pour l’esprit, et elle prit de son fruit et elle en mangea et elle en donna à son homme avec elle et il mangea. »[32]

Il est important de citer le texte ici, car si la suggestion vient certes du serpent, le choix de la consommation apparait clairement comme un choix éclairé de la femme. Si la femme a pu être créée comme accessoire, elle devient motrice de l’accès de l’Adam à sa propre complexité.

Si l’on soutient que la première femme est positivement active et non pas coupable, comment expliquer la terrible punition qui accable le couple initial après la consommation du fruit ?

Cette terrible punition, correspond en même temps au plus merveilleux des cadeaux : la vie elle-même, qui nous attrape, nous tiraille, nous ravit, nous détruit, sollicite à chaque instant le meilleur de nous-même avec autant de vivacité que le texte complexe de la Bible.

L’importance de se projeter vers l’avenir apparait également dans le texte, à travers une sentence qui n’a plus rien de la narration : « Pour cette raison l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme et ils ne deviennent qu’une seule chair. »[33] Cette phrase peut être lue comme une explication, le commentaire d’une réalité, celle du passage de la dépendance de l’enfance à la prise de responsabilité de l’âge adulte, le détachement du modèle parental, la construction d’un cadre nouveau, avec un ou une partenaire qui vient avec ses propres valeurs et habitudes. On peut également considérer, avec certains sages de la tradition juive, que cette phrase est le premier fondement textuel de l’interdit de l’inceste. L’inceste est la confusion des générations, le fantasme de l’immortalité, le gel de la temporalité, l’unité dans ce qu’elle a de plus totalitaire et destructeur de la personnalité. En cela, l’inceste, le gel du temps, semble proche de la situation du jardin d’Eden, du paradis éternel. Lorsque l’Adam accédera à la connaissance du bien et du mal, il sortira de l’intemporalité et de la relation fusionnelle au monde, et il comprendra qu’il est mortel en même temps qu’il s’engagera dans la procréation. Alors seulement il saura comment nommer sa femme, il l’avait nommée « tirée de l’homme », Icha[34], il l’appellera « mère de tous les vivants », Hava[35], Eve en français. Ici encore, le nom et la relation qu’il suggère passe d’une idée de fusion à une idée de projection vers l’avenir. Cette petite phrase qui oblige à « quitter Papa » et le jardin où l’on est protégé pour se lancer dans un monde qui semble hostile est une préparation à l’histoire qui va suivre, celle où l’Adam, devenu autonome, déploie ses ailes, dans un ciel pourtant tempétueux. La sortie du jardin d’Eden[36] est préfigurée dans cette annonce préalable du refus de l’inceste. Dans ce cas, l’expulsion du jardin n’est plus une punition, mais l’accomplissement nécessaire d’une vocation.

Histoire 3 :

L’Adam n’est pas achevé car il ne trouve pas de partenaire qui lui convienne. Dieu change de stratégie et crée un partenaire à partir de la chair d’Adam. Cela justifie leur réunification charnelle et la préséance des couples nouvellement formés sur les structures familiales précédentes. L’homme et la femme sont complexes et ils n’en ont pas conscience. Interpelé par le serpent, animal conscient de sa complexité, la femme constate l’intérêt du fruit de l’arbre de la connaissance et décide de s’en saisir, elle invite l’homme à en faire autant.

Le dieu du début de la Génèse n’est pas dogmatique, le récit qui nous est présenté dans la Bible n’est pas monolithique, l’ensemble se présente à nous d’une façon respectueuse qui interpelle notre intelligence, qui, pour revenir à Fleg, ne demande de notre esprit, « aucune abdication »[37].

Le premier être humain était complexe, fait de matière et d’aspirations, de féminité de de masculinité. Le texte de la Bible nous présente différentes histoires qui nous incitent à prendre nos responsabilités à propos d’un mythe originel de la création de l’humanité. La lecture très oppressante qui a été propagée n’est pas fidèle au texte et servait des intérêts théologico-politiques partisans. Il nous appartient de la reléguer au second plan.

Parmi les différentes approches possibles, les multiples commentaires talmudiques et rabbiniques, et les interprétations modernes, il m’importait de défendre ici cette approche féministe et humaniste qui m’a été transmise.


[1] Gen. I :1. Mon choix de traduction est très littéral compte tenu de l’objectif de cet article. Pour plus de détail, voir mon site : https://rabbinchinsky.fr/2018/04/23/adam-eve-complements/.

La traduction « du Rabbinat », du Grand Rabbin Zadoc Kahn en 1899 peut être trouvée sur le site www.sefarim.fr accompagnée du texte hébreu et du commentaire de Rachi. Différentes traductions de l’Ancien Testament sont accessibles sur la page : https://lire.la-bible.net/les-traductions.

[2] Gen. I :1-II :3

[3] Dans ces passages, « Adam » est utilisé comme un nom commun en hébreu, et donc accompagné d’un article. Il peut donc signifier « l’humanité ».

[4] Gen I :26

[5] « Elohim » qui est souvent traduit par « dieu » est mieux rendu par le mot « Forces ».

[6] Gen. I :27

[7] Gen. I :28

[8] Gen. I :29

[9] Gen. II: 1s.

[10] Gen. I :31

[11] “Pourquoi je suis juif ? », Edmond Fleg, Belles Lettres, Paris, 1995

[12] Précisions qu’il n’est pas question de transhumanisme ici, mais d’une réelle réalisation humaniste encore à réaliser.

[13] Gen. II :4-19

[14] Gen. II :3

[15] Gen. XI :31

[16] Gen. XII :1

[17] Gen XVII :5

[18] Gen. XVII :15

[19] Gen. II :7

[20] Gen. II : 5

[21] Gen. II :18

[22] Gen. I :28

[23] Gen. II : 16

[24] Gen. II :17

[25]Gen. II :20 – III :21

[26] Gen. II :20

[27] Gen. II :21, 22

[28] Gen. II :23

[29] Gen. II :22

[30] Gen. II :25 et Gen III :1. Le premier couple, comme le serpent, sont qualifiés de « Aroum » mot qui peut signifier « rusé », « nu » ou « complexe ». Voir mon site pour plus de précisions.

[31] Gen. III :1

[32] Gen. III :6

[33] Gen. II:24

[34] Gen. II :22

[35] Gen. III:20

[36] Gen. III :23

[37] Ibid.