Paracha de Soukot – L’Union fait la Joie

Fête du rassemblement et de l’ouverture, Soukot nous réjouit par ses merveilleux textes (Zacharie, Ecclésiaste, Paracha de chabbat Soukot) ainsi que les nombreux symboles du Loulav, de la Souka, des Ouchpizin et Ouchpizot. Nous évoquerons en prime un poème du poète persan Rummi, qui est particulièrement approprié à la fête. Moadim LéssimHa et chabbat chalom…

Texte lié à ces questions disponible en fin d’article.

2016 : Sur un pied! Paracha SimHat Torah: Où est le paradis?

Texte écrit pour la Newsletter de l’ULIF :

L’Union fait la Joie, quelques mots du Rabbin Floriane Chinsky pour ce Chabbat de Soukot

Ce chabbat, nous associerons la douceur du chabbat à la plénitude de Soukot. De tous temps, la joie qui caractérise la fête résulte de notre rassemblement. Aujourd’hui, cette joie est démultipliée pour nous par l’union de nos synagogues au sein d’une association ombrelle, d’une Souka symbolique, le JEM.

Petites cabanes construites dans la rue en Israël, dans nos cours, voire dans nos salons pour les parisiens dépourvus de jardins, nos soukot chamboulent notre expérience de vie. Pendant 7 jours, notre maison devient secondaire, notre cabane devient principale. Nos murs deviennent secondaires, nos fenêtres deviennent principales, pour reprendre le titre du livre de Marshall Rosenberg, fondateur de la Communication Non Violente : « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) ».

Nos mots sont-ils des fenêtres ou bien sont-ils des murs ? Les murs de nos maisons, de nos synagogues, de JEM, ont-ils pour but d’accueillir et de rassembler ou d’isoler de la réalité du monde extérieur ?

Soukot est la fête de l’ouverture et de l’équilibre.

Le bouquet des quatre espèces, le loulav, met en acte notre volonté d’unité intérieure en symbolisant les organes du corps (colonne vertébrale pour le palmier, yeux pour la myrte, bouche pour le saule, cœur pour le cédrat), mais aussi notre volonté d’unité sociale en rappelant différents caractères humains ( aimant l’étude pour le palmier, préférant l’action pour la myrte, indifférent pour le saule ou cumulant étude et action pour le cédrat). Cette unité est conjuguée avec le désir d’ouverture puisque nous agitons ce loulav dans les six directions du monde.

Les murs fins de la souka-cabane proposent la juste mesure de rassemblement entre ceux qui sont dedans sans pour autant exclure ceux qui sont dehors. Son toit végétal et détendu protège légèrement du soleil pendant la journée tout en laissant admirer les étoiles la nuit venue.

Enfin, chacun des jours de soukot est l’occasion d’accueillir de nouveaux hôtes, les sept « ouchpizin » traditionnels et les sept prophétesses mentionnées par le Talmud Babylonien Méguila. Après Abraham, Sarah, Myriam, Isaac, Jacob, Déborah, Hanna, Moïse, Aaron et Abigaïl, nous accueillons ce chabbat Joseph « le Juste » et Houlda « la Prophétesse ».

Quelles qualités de Joseph sont-elles prépondérantes à vos yeux ? Son ambition, lorsqu’il partage ses rêves ? Son courage, lorsqu’il va retrouver ses frères malgré leur animosité ? Sa ténacité, lorsqu’il se relève de sa vente comme esclave puis de sa séquestration en prison ? Son ingéniosité, lorsqu’il guide le changement d’attitude de ses frères et leur réconciliation ? Sa sensibilité, lorsqu’il pleure au moment des retrouvailles ?

Qu’admirons-nous chez Houlda ? Sa capacité de vision Prophétique lorsqu’elle identifie l’importance du « Livre de l’Alliance » retrouvé dans le Temple ? Son éloquence lorsqu’elle défend sa valeur ? Son influence historique, elle qui remet en avant un livre qui portera une influence décisive sur le monde pour les 2400 années suivantes ? Sa compassion, comme le souligne Rabbi Chila ?

Toutes ces qualités, nous les possédons et nous les associons, et nous les mettons en avant à l’occasion de ce Chabat de demi-fête, comme nous allierons nos qualités pour l’année à venir.

L’office du vendredi soir exprime notre désir de plénitude : « étends sur nous ton « pavillon de paix », ta  » Soukat Chalom » ». Ce chabbat, nous serons rassemblés sous le pavillon de paix spirituelle du chabbat autant que sous la souka concrète de soukot. Que nous puissions toutes et tous, avec nos différentes qualités, goûter la douceur de cette ouverture qui nous enrichit.

 

Akadem: Greta Thunberg

L’émission d’Akadem sur Greta Thunberg est en ligne… C’était un moment intéressant autour d’une jeune fille engagée, très critiquée, et d’une question qui nous engage tous et toutes: le climat.

Vous pouvez la voir sur Akadem sur ce lien, ici, il suffit de cliquer 😉

C’est complémentaire du commentaire que j’avais fait sur la paracha Nitsavim, à voir ici, sur ce lien.

Je serai très heureuse de lire vos commentaires. Moadim LéssimHa!

P.S. SimHat Torah sera dimanche soir en Israël et dans les communautés libérales du monde entier, rejoignez ce moment de joie et de danse si le coeur vous en dit…

L’appel: Nos filles sont des Rois

Parmi mes dernières publications dans l’appel, cet article, qui développe le thème de ma vidéo « Sur un pied », sur la paracha Choftim.

Voici le texte de l’article publié dans l’Appel:

Nos filles sont des rois !

Cette expression utilisée en titre est-elle provocatrice ? Si oui, pourquoi ? Est-ce une provocation « grammaticale » ou une provocation de « valeurs » ? Est-ce une provocation parce que « nos filles devraient être féminines » alors que les personnes au pouvoir devraient ne pas l’être ? Quelle est la part des préjugés ? Et que signifie « être féminine » ?

Si Eve est notre inspiratrice, cela signifie observer, juger, prendre des décisions et exercer son pouvoir de conviction. Mais si Eve devient un contre-exemple, la féminité consiste à s’obliger à ne pas observer, ne pas juger, ne pas prendre de décision, ne pas convaincre ! Les violences de couple se nourrissent de ce type d’idéologies. L’interprétation que nous faisons de l’histoire d’Eve, de toutes les héroïnes bibliques, de tous les textes sacrés, engage notre responsabilité. L’interprétation tue ou fait vivre. « La mort et la vie dépendent du langage. »  (Prov. 18 :21)

A l’heure du « Grenelle des violences conjugales » en France, il est essentiel de mettre en lumière les influences cachées de notre système de pensée, « sous-entendus » de nos paroles et de nos actes. Le La paracha « Des juges », dans le Deutéronome que nous lisons en ce moment, fait écho à ces questions en évoquant le pouvoir, l’exercice de la justice, la guerre. Plus la hiérarchisation intervient dans la société globale, plus elle se répand dans les foyers. L’homme dominant ou envieux de son chef transpose ce modèle vis-à-vis de sa compagne. Au contraire, l’homme libre veut une partenaire libre. La Torah est très moderne dans son appel à la méfiance contre l’autoritarisme.

Oui, la pression sociale peut convaincre le peuple d’adopter un roi (deut.17 :14s). Mais non, ce roi ne sera pas omnipotent, il devra « faire partie de ses frères », il ne creusera pas les écarts sociaux et « il n’accaparera pas trop d’argent et d’or », il ne devra pas essayer d’imposer sa force guerrière et « multiplier les chevaux », il ne devra pas agir de façon arbitraire mais il devra « écrire une copie de cet enseignement, qui sera avec lui et dans laquelle il lira tout au long de sa vie ». Un leader, oui, un oppresseur, non. La monarchie constitutionnelle de la Torah est favorable à une société relativement égalitaire entre les hommes. Entre les hommes, oui, mais avec les femmes ? pas encore.

Le langage même de cette loi d’égalité trahit la violence sexiste de l’époque. En effet, le roi ne doit pas non plus « avoir de trop nombreuses femmes ». L’intention est bonne, la formulation est offensante. A l’époque « posséder » des femmes est un moyen d’exhiber son pouvoir et d’entériner des alliances politiques. Le roi ne pense pas à « s’allier à une femme » et à « apprendre d’une relation ». Le roi doit dés cette époque être exemplaire dans sa relation à la loi, mais pas encore dans sa relation à une partenaire.

La lecture de la Torah à la synagogue se fait en présence d’un Minian, d’un quorum de dix personnes, qui prend la responsabilité de la réinterprétation de ces textes. Nous lisons, par désir de comprendre les forces progressistes de ce lointain passé ; nous réinterprétons, pour encourager les forces progressistes d’aujourd’hui. Telle est du moins ma tradition familiale, et l’approche d’étude juive dominante dans le monde.

Ce travail de compréhension et de réinterprétation est notre responsabilité à toutes et à tous. « L’inégalité des sexes unifie les religions par-delà leurs différences : les principes généreux n’ont pas fait le poids par rapport aux structures sociales déjà existantes », nous dit l’historien Ivan Jablonka.

Il est temps de dégager nos traditions de pensée de l’influence de ces « structures sociales déjà existantes » et de les rendre à leurs « principes généreux ». Le « roi hébreu » devait respecter « ses frères », les figures d’aujourd’hui doivent respecter « leurs sœurs » en égales. Les reines n’étaient que les épouses des rois. Pour que nos filles règnent directement sur leurs propres vies, c’est donc en français le mot « roi » qui est approprié. Dans la Torah, Saraï, « la petite princesse d’Abraham » a besoin du soutien de Dieu pour être rétablie dans son nom réel, « Sarah », la Ministre. A nous tous de soutenir de tout notre cœur et de tout notre pouvoir notre souveraineté personnelle, et celle de nos sœurs. Hauts les cœurs !

Soukot – SimHat Torah – cours demain 11h et fêtes

Bonjour à toutes et à tous!

Nous poursuivons le marathon des fêtes, avec soukot, simHat Torah, et toutes les réflexions et les joies de ces grands moments. Demandez le programme!

Demain soir, Soukot:

  • 17h45 – rencontre interreligieuse avec des chrétiens du quartier, explications sur l’aspect universel de la fête.
  • 18h45 – office de fête, très court, avec kidouch sous la souka

Lundi matin, Soukot:

  • 10h – office, hallel, cérémonie du Loulav, belle lecture du Prophète Zacharie en haftara, début de la lecture de l’Ecclésiaste, venez nombreux et prévenez-moi de votre présence si possible avec le doodle (cliquez ici)

Chabbat Hol hamoed à ne pas manquer, puis mêmes horaires la semaine prochaine pour SimHat Torah, avec un office plus long et plein de danses le dimanche soir, et la lecture de la fin et du début de la Torah le lundi matin.

Pour le cours de demain 11h à Ganénou: « Soukot, SimHat Torah, construire sa maison », nous parlerons entre autre des invité.e.s de Soukot, et l’une des feuilles de sources est disponible sur le lien suivant: meguila 14a les 7 prophetesses partiel

Retrouvez les chants de SimHat Torah sur la playlist suivante ainsi que le hallel ici et les hakafot ici.

Chavoua Tov… et Hag SaméaH!

 

puzzle soukot simhat torah

Yom Kipour : Abolissons nos privilèges (Discours 5780)

Voici mon discours de Yom Kipour.

Merci encore à tous les participants et à tous les bénévoles, qui ont non seulement travaillé de tout leur coeur et sans relâche pour préparer ces merveilleux offices, mais qui ont su garder calme et bienveillance dans des moments très intenses.

Compte tenu du succès, je vous propose que nous faisions à nouveau Kipour l’année prochaine 😉 ( Dimanche 27 septembre au soir et lundi 28)

Dracha de yom kipour – plaidoyer contre la tourniquette ou abolissons nos privilèges —– 

« Autrefois pour faire la cour, on parlait d’amour ! Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur ! … Aujourd’hui c’est plus pareil, ça change ça change, pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille « ah gudule, viens m’embrasser, et je te donnerai…. Une tourniquette pour faire la vinaigrette, Un bel aérateur pour bouffer les odeurs, Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, Un avion pour deux et nous serons heureux!… » (Boris Vian)

Les tourniquettes à vinaigrettes sont plus faciles à acquérir qu’un cœur. On peut être tenté de s’en satisfaire. On peut croire que cela remplace. Mais la seule façon de retrouver un cœur qui sent les sentiments, consiste à renoncer aux gadgets, à séparer l’essentiel des accessoires.

Comme le dit le prophète Ezechiel : Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai la tourniquette pour faire la vinaigrette de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

C’est presque ce que dit Ezechiel, mais soyons plus précis : Ézéchiel 36:26 : 26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.

En ce jour de Kipour, nous délaissons les accessoires, nous nous concentrons sur l’essentiel : retrouver le cœur de chair derrière le cœur de pierre.

En ce jour de Kipour, nous abolissons tous nos privilèges. Mieux, même, nous abolissons nos besoins primaires. La Torah nous dit de nous affliger, la Torah orale détaille les cinq interdictions concernées :

Aujourd’hui, pour 25 heures, nous abolissons nos besoins physiques élémentaires.

Nous renonçons à boire, nous renonçons à manger. Nous ressentirons la faiblesse physique, le découragement, la douleur, que provoque la faim et la soif. (1)

Nous renonçons aux apparences, pas de bains,(2) pas de baumes, pas de parfum, pas de déodorant (3), pas de chaussures en cuir (4). Nous ressentirons notre vulnérabilité face aux autres.

Nous renonçons à l’intimité physique (5). Nous ressentirons la solitude face à notre faiblesse.

Que ces renoncements nous ouvrent à une meilleure compréhension de ce que vivent au quotidien tous ceux qui n’ont rien à boire, rien à manger, aucune possibilité de se laver, aucun lieu d’intimité.

Pourquoi agir ainsi ?

Par solidarité bien sûr. Parce que quand on arrive au niveau du cœur, tous les préjugés fondent, et nous comprenons enfin comme le dit le Talmud que « ton sang n’est pas plus rouge que le sien », toutes les vies ont la même valeur.

Et nous faisons cela pour une autre raison encore : pour aller au plus profond de nous-même, pour laisser tomber les voiles que nous érigeons autour de nos vulnérabilités, pour aller au centre de nous-mêmes, pour nous remettre dans notre centre de gravité, pour renouer avec l’essentiel, pour que nos objectifs de l’année soient les meilleurs, pour que notre façon de les accomplir soit optimale.

« les meilleurs » ? « optimale » ? oui. Pas « les bons objectifs », non, mais au contraire : « les objectifs les meilleurs possibles ». Pas « des actions parfaites », non, « des actions au mieux ». Car nous n’avons pas accès à la Vérité. Nous avons simplement accès à des chemins de vérité.

Célébrer kipour, c’est suivre la voie de la recherche de la vérité. Et c’est reconnaitre que nous n’y accéderons pas totalement.

Aujourd’hui, nous n’espérons pas devenir immortels. Nous savons que nous mourrons un jour. Ountané tokef nous met face à cette réalité : « qui vivra, qui mourra, qui en son temps, qui prématurément, qui par le feu, qui par l’eau, qui par la faim, qui par la soif, qui par le glaive ». Est-ce inéluctable ? Oui et non. Oui nous mourrons un jour. Mais il est possible de nous dégager du mal de cette mort.

La remise en question, l’introspection, l’entre-aide écartent le mal de la sentence. Téchouva, téfila, tsédaka

A la fin de ce jour de kipour, quel que soit le travail émotionnel et social que nous ferons, nous ne deviendrons pas immortels. Mais nous pouvons espérer être moins vulnérables à notre mortalité.

Ceci est important à notre époque, car, comme le dit François Sureau, « Nous nous sommes fait une idée de la perfection de l’homme, tout ce qui blesse la perfection de l’homme doit être réprimé, la perfection de chaque homme… et donc nous vivons dans le rêve d’une société de la perfection individuelle, ce rêve provoque une société de la peur, ou chacun a peur pour la perfection de sa propre vie que les journaux, tout le monde lui présente sans cesse comme qq chose de désirable cette peur génère à son tour une organisation sociale et collective de la peur »

Sur ce sujet, Woody Allen résume bien l’ecclésiaste que nous lirons lundi matin pour Soukot : La vie est une maladie lente sexuellement transmissible.

La mort entre elle-même dans la définition de la vie, la vulnérabilité est l’essence même d’un cœur, la transgression est indissociable de la loi.

Il nous faut aimer la vie malgré la mort, aimer les sentiments malgré notre fragilité, aimer la loi malgré la transgression, sans crispation, nous devons lâcher prise. La perfection de nos vies n’est pas un droit, elle n’est pas un privilège légitime. Yom Kipour est un élément fondamental de ce dispositif.

La vie et la liberté sont fragiles, et aucune tourniquette à vinaigrette n’y pourra rien changer.

Tel est donc le choix qui s’offre à nous aujourd’hui, aujourd’hui en ce jour de kipour, aujourd’hui en ce jour de kipour 5780/2019, aujourd’hui, pour l’année à venir, et pour le reste de nos vies :

Allons-nous nous accrocher à l’accessoire, ou allons-nous plonger au cœur de notre vulnérabilité qui est aussi notre pouvoir ?

Il faut choisir. On ne peut pas être Monothéiste et polythéiste à la fois. On ne peut pas idolâtrer l’accessoire et se revendiquer de la vie. Telle est la raison donnée par nos sages pour nous demander de nous priver de l’essentiel à Yom Kipour, de sorte que nous sachions nos détacher de l’accessoire et des accessoires tous les autres jours de l’année.

L’important, c’est de l’entendre :

  • Si la tourniquette pour faire la vinaigrette est un privilège, il est temps de l’abolir. (jusque là, ca va)
  • Si avoir un cœur de pierre est un privilège, il est temps d’y renoncer. (là ça demande du travail)
  • Si tirer avantage d’être un homme blanc hétérosexuel riche de 50 ans est un privilège, il faut nous en défaire. (je ne suis pas certaine d’y réussir)
  • Si tirer avantage de l’usage du plastique qui nous empoisonne est un privilège il faut nous en dessaisir. (c’est en cours)
  • Si un Ordre établi à notre avantage, au détriment des autres est un privilège, il nous faut le dénoncer. (là j’ai beaucoup de chemin à faire)

Ivan Jablonka, citant Olympe de Gouges qui nous accueille aujourd’hui, fait dans son dernier livre un plaidoyer pour le renoncement des hommes à leurs privilèges de genre. Nous pouvons également appliquer ce renoncement à tous les autres privilèges indus.

Nous ne vivons pas mieux avec ces soi-disant privilèges, qu’avons-nous besoin de tourniquettes, de cœurs de pierre, de privilèges de genre, de plastique, un ordre qui nous favorise et pénalise d’autres ?

En ce jour où nous n’avons pas besoin de manger, de boire, de nous parfumer, de nous faire « beaux », réfléchissons : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Nous finirons, dans 23h avec la déclamation solennelle du chéma israel et le son du chofar.

A ce moment, il faudra avoir décidé, cristalliser nos décisions, et utiliser les 509 760 minutes de l’année à venir pour les mettre en œuvre.

שמע ישראל יהוה אלהנו יהוה אחד

Ecoute Israël, l’Eternel infini, qui est notre force, l’Eternel infini, est un, il est le même pour tous et toutes.

Tsom Kal, jeune facile pour nous toutes et nous tous.

 

 

Roch hachana : Le jour du non jugement ! (Discours 5780)

Voici mon discours de Roch hachana… Je vous souhaite une bonne lecture, de bons préparatifs pour Kipour qui approche.

Encore Chana Tova à toutes et à toutes, et excellente année 5780!

Nous lisons dans la paracha « vois ! » (Réé, Deut. 6:11)

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Nous sommes censés nous réjouir, et cela implique une certaine réussite en termes de construction sociale. Avons-nous réussi à appliquer ce verset ?

  • Nos employés se réjouissent-ils avec nous ?
  • Les Lévi et les Cohen, les enseignants et les soignants se réjouissent-ils avec nous ?
  • L’étranger, ceux qui ne parlent pas la langue du pays, ceux qui ne savent pas où dormir pour la nuit, se réjouissent-ils ?
  • La veuve, les femmes écartées de leur pouvoir social se réjouissent-elles ?
  • Les orphelins, ceux dont les parents sont incapables de les guider, ont-ils des appuis institutionnels stables ?

Cela implique également un certain degré de réussite personnelle. Avons-nous « réussi » cette année ?

  • Sommes-nous joyeux ?
  • Nos jeunes, lorsqu’ils contemplent leur avenir économique se réjouissent-ils ? Nos filles confiantes en leurs chances égales à leurs frères ? Nos enfants ont-ils confiance dans leur avenir sur leur planète ?

Difficile de répondre oui.

Dans ce cas, la présence de l’Éternel (en présence de l’Éternel) peut-elle nous accompagner ? Le Temple (dans l’enceinte), dont nous pleurons la destruction, peut-il être reconstruit ? Évidemment non.

Ces constats sont graves. Ils pourraient nous accabler. Nous pourrions nous retrouver collés à l’étiquette de « perdants » créée par cette effarante défaite, nous pourrions nous dévaloriser nous-mêmes, et renoncer.

Que faire alors ? Noyer nos angoisses dans l’alcool ? Herschel Ostropoler, ce héros de l’humour juif d’Europe Centrale, a essayé pour nous : j’ai voulu noyer mes soucis dans l’alcool mais depuis le temps, ils ont appris à nager ! Il va falloir trouver une autre approche. Une approche exempte de résignation.

Comment nous détacher de la fatalité de nos limites ? (רוע הגזרה, voir la prière ountané tokef)

J’ai une proposition à vous faire : acceptons nos limites, et déclarons fièrement : « nous sommes tous des perdants ». 1, 2 : « ….. » non c’est une plaisanterie.

Enfin, une plaisanterie, oui et non, nous n’avons pas besoin de dire cela maintenant, mais nous le répétons tout au long des fêtes de tichri, nous disons le « vidouï », nous déclamons nos erreurs.

Bien sûr, cela ne semble pas très commercial de dire cela… et après tout tant mieux. Car le commercial nous vend tous les objets de consommation qui nous devraient nous permettre de nous sentir « gagnants ».

En faisant cela, le commercial nous vend surtout une idéologie, celle qui dit que nous devrions être des « gagnants », et qui stigmatise les soi-disant « perdants ».

Woody Allen disait : I’d never join a club that would allow a person like me to become a member. Je n’accepterais jamais de rejoindre un club qui s’abaisserait à accepter des personnes comme moi en son sein.

C’est l’idée même de club qui est illusoire. Il n’y a rien à gagner à entrer dans le « club des gagnants ». Et l’autre club, celui de « ceux qui voudraient faire partie du club des gagnants », il est encore plus illusoire. Une étiquette stérile. Rejoignez-moi plutôt dans le club des « perdants et fiers de l’être », ou mieux encore, rejoignons le club de Ruth Bebermeyer, le « club de ceux qui refusent les clubs », les définitions, les étiquettes artificielles :

Paresseux ou stupide ? – Ruth Bebermeyer

Je n’ai jamais vu d’homme paresseux ; J’ai connu quelqu’un que je n’ai jamais vu courir, Quelqu’un qui dormait parfois l’après-midi, Et préférait rester chez lui lorsqu’il pleuvait. Mais ce n’était pas un paresseux.
Avant de me traiter d’originale, réfléchis : Était-il paresseux Ou faisait-il des choses Que nous associons à la paresse ?

Je n’ai jamais vu d’enfant stupide ; J’ai vu parfois un enfant faire Des choses que je ne comprenais pas Ou que je n’avais pas prévues. J’ai vu parfois un enfant qui n’avait pas vu Les lieux que j’avais visités, Mais ce n’était pas un enfant stupide.
Avant de le dire stupide, réfléchis : Était-il stupide Ou savait-il simplement d’autres choses que toi ?

Ce que certains nomment paresse, Est pour d’autres de la fatigue ou de la détente.
Ce que certains nomment bêtise, Est pour d’autres un savoir différent.
J’en conclus que, pour échapper à la confusion, Mieux vaut ne pas mélanger Ce que nous voyons et nos opinions.
Et cela, je le sais, N’est que mon opinion.

Au-delà des étiquettes, Je n’ai jamais vu un « gagnant », j’ai vu des personnes qui posaient des étiquettes négatives sur ceux qui étaient différents.

Je n’ai jamais vu de « perdants », j’ai vu des personnes qui avaient peu d’argent, des personnes qui subissaient des affronts, des personnes qui luttaient pour leur survie, des personnes qui étaient fustigées parce qu’elles vivaient selon leurs propres règles, j’ai vu des gens devenir des boucs émissaires parce qu’ils étaient heureux dans leur propre référentiel et refusaient de se « convertir ». Je n’ai jamais vu de « sales juifs » seulement des personnes qui « suivaient leur propre route » (et parfois les « braves gens » « n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » (Brassens)).

Nous avons vu ce type de résistance aux définitions tout au long de l’histoire. Pour aller plus loin encore, cette résistance, nous en sommes les champions, ou nous devrions en être les champions.

Car le peuple juif n’est-il pas exactement cela ? Nous « gagnons » parce que nous refusons les jeux concurrentiels, nous étudions la Torah, le reste est accessoire. Nous avançons « lichma », gratuitement, sans nous soumettre à un besoin de reconnaissance. Nous travaillons sans relâche à la définition libre de notre propre référentiel. Beaucoup de valeurs se prétendent « sacrées » et ne le sont pas. Nous ne devons pas les révérer.

Peu nous importe, d’être « des gagnants », d’être jeunes, d’être riches, d’avoir fait des études prestigieuses, d’avoir un grand appartement, d’avoir de beaux cheveux soyeux !

  • Le riche ? c’est celui qui est heureux de ce qu’il a. / Le fort ? c’est celui qui sait guider ses sentiments. (Pirké Avot 4:1)
  • La beauté ? peu importe, c’est l’instruction qui compte (, septante, prov. 31 : אישה משכלת היא תתהלל)
  • Le pauvre ? un juste peut manquer d’argent, pas de stigmatisation des « perdants » (Rabbi Yosselman de Rosheim)

S’il faut utiliser ce mot, « perdant », soyons tous des perdants, des juifs allemands, soyons tous charlie, soyons une des 343 salopes.

En adoptant cette qualification avec fierté, nous « déracinons » la culture de compétition et de stigmatisation qui nous divise pour que d’autres règnent mieux (divide et tempera, Philippe de Macédoine)

Nous enracinons au contraire notre liberté de nous définir et de nous redéfinir sans entraves.

  • Tous les jours, nous pleurons la destruction du Temple, ce lieu de rassemblement, où les étiquettes disparaissaient, où le « pêcheur » redevenait « une personne qui, comme nous tous, avait commis des erreurs dans le passé ».
  • Tous les cinquante ans, avec le Yovel, nous remettions en cause les cessions de propriété terrienne, le « perdant » devenait « une personne qui pour un temps avait dû céder sa terre ».
  • Tous les chabbat, nous nous relevons « de la vallée des larmes », nous revêtons « nos vêtements de splendeur », nous chantons « léHa dodi » ensemble, les soi-disant « perdants » et les soi-disant « gagnants » de la semaine, deviennent « des personnes qui veulent se ressourcer ensemble ».
  • Tous les Pourim, nous buvons jusqu’à une certaine confusion, les « gentils » et les « méchants » se confondent, les étiquettes lâchent leur emprise.

En ce jour de Roch Hachana, nous disons le vidoui au pluriel, « nous avons trahi », « nous avons volé », car c’est en tant qu’égaux, « sans étiquettes », que nous affirmons notre commune responsabilité à propos de l’Etat du monde.

En ce jour de Roch Hachana, en ce jour de jugement, en ce jour où nous rappelons tous nos actes de l’année, en ce jour où nous nous demandons si nous serons inscrits dans le livre de la vie, en ce jour de tremblement, j’aimerais conclure ainsi :

Aucun de nous n’est un perdant, une perdante, nous sommes des personnes libres de définir nos objectifs.

Nous ne sommes pas des perdants ou des perdantes, nous appartenons au monde juif dans lequel, réussir, c’est créer un monde de justice et de sororité.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure, et nous pleurons.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère, nous nous efforçons d’espérer.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas créé : les hommes le créent, nous essayons de le recréer.

(Les passages en violets sont tiré du poème d’Edmond Fled, « Pourquoi je suis juif ».)

Nous sommes au-delà des stigmatisations qui nous cloisonnent.

Certes, nous n’avons pas réussi à rendre possible la réjouissance dont parle le Deutéronome :

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Cela fait 3000 ans que nous y travaillons, et nous continuerons avec toute l’urgence qui s’impose.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-auto-flagellation mais celui du jugement éclairé.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-stigmatisation mais le jour du jugement constructif.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-conformité mais celui du jugement-remise en question.

Que ce Roch hachana soit pour nous un nouveau départ, pour de nouvelles avancées. Jusqu’à ce que nous puissions réellement nous réjouir.

Textes de téchouva avant Kipour

Encore 6 jours avant Kipour…

En dehors des textes traditionnels, voici quelques textes modernes qui éclairent notre période de téchouva, un par jour, si cela vous dit. A lire, et à partager…

  1. Le sens au prix de la souffrance, poème d’Edmond Fleg
  2. Sommes-nous des passagers clandestins? poème de Hava Halberstein
  3. Ne pas sacrifier les générations futures, Léonard Cohen
  4. Qui vivra? Léonard Cohen
  5. Partizanlied, Hirsch Glick
  6. Toute fin est un commencement, Léa Nahor