Talmud et Lévinas: « Envers Autrui » ce mercredi midi!

Nos études talmudiques autour du texte de Lévinas se poursuivent demain, de 12h30 (accueil à 12H) à 14h, au Café des Psaumes.

Nous travaillerons à partir des pages 44 à 49 dans l’ancienne édition des Lectures Talmudiques, nous les étudierons sur le mode de la Hévrouta, comme des pages de talmud.
 
Pour reprendre la feuille de Hévrouta « talmudique »: https://rabbinchinsky.fr/2018/12/07/talmud-levinas-pardon/
 
Nous nous poserons les questions suivantes:

Questions :

  1. Qu’est-ce qui compte le plus, les principes ou l’interpersonnel ?
  2. Pourquoi comparer les efforts de pacification du prochain offensé à une réparation financière ?
  3. Qu’est-ce que la méthode pragmatique selon Lévinas ?
  4. Vaut-il mieux être terre à terre ou conceptuel ?
  5. L’exemple de Joseph est-il emblématique de l’offense ? Que nous apprend cet exemple ?
  6. En quoi les abus de pouvoir des prêtres sont-ils particulièrement problématiques ?

Au plaisir de vous retrouver!

Texte  : Emmanuel Levinas, Quatre lectures talmudiques, Editions de minuit, Paris, 1968

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Proverbes 6 :1-3

א  בְּנִי, אִם-עָרַבְתָּ לְרֵעֶךָ;    תָּקַעְתָּ לַזָּר כַּפֶּיךָ.
ב  נוֹקַשְׁתָּ בְאִמְרֵי-פִיךָ;    נִלְכַּדְתָּ, בְּאִמְרֵי-פִיךָ.
ג  עֲשֵׂה זֹאת אֵפוֹא בְּנִי, וְהִנָּצֵל–    כִּי בָאתָ בְכַף-רֵעֶךָ;
לֵךְ הִתְרַפֵּס,    וּרְהַב רֵעֶיךָ.
ד  אַל-תִּתֵּן שֵׁנָה לְעֵינֶיךָ;    וּתְנוּמָה, לְעַפְעַפֶּיךָ.
ה  הִנָּצֵל, כִּצְבִי מִיָּד;    וּכְצִפּוֹר, מִיַּד יָקוּשׁ.

Genèse 50 :16s

 טז וַיְצַוּוּ, אֶל-יוֹסֵף לֵאמֹר:  אָבִיךָ צִוָּה, לִפְנֵי מוֹתוֹ לֵאמֹר.  יז כֹּה-תֹאמְרוּ לְיוֹסֵף, אָנָּא שָׂא נָא פֶּשַׁע אַחֶיךָ וְחַטָּאתָם כִּי-רָעָה גְמָלוּךָ, וְעַתָּה שָׂא נָא, לְפֶשַׁע עַבְדֵי אֱלֹהֵי אָבִיךָ; וַיֵּבְךְּ יוֹסֵף, בְּדַבְּרָם אֵלָיו.  יח וַיֵּלְכוּ, גַּם-אֶחָיו, וַיִּפְּלוּ, לְפָנָיו; וַיֹּאמְרוּ, הִנֶּנּוּ לְךָ לַעֲבָדִים.  יט וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יוֹסֵף, אַל-תִּירָאוּ:  כִּי הֲתַחַת אֱלֹהִים, אָנִי. 

Samuel I, 2 :22s

כב וְעֵלִי, זָקֵן מְאֹד; וְשָׁמַע, אֵת כָּל-אֲשֶׁר יַעֲשׂוּן בָּנָיו לְכָל-יִשְׂרָאֵל, וְאֵת אֲשֶׁר-יִשְׁכְּבוּן אֶת-הַנָּשִׁים, הַצֹּבְאוֹת פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד.  כג וַיֹּאמֶר לָהֶם, לָמָּה תַעֲשׂוּן כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה, אֲשֶׁר אָנֹכִי שֹׁמֵעַ אֶת-דִּבְרֵיכֶם רָעִים, מֵאֵת כָּל-הָעָם אֵלֶּה.  כד אַל, בָּנָי:  כִּי לוֹא-טוֹבָה הַשְּׁמֻעָה אֲשֶׁר אָנֹכִי שֹׁמֵעַ, מַעֲבִרִים עַם-יְהוָה.  כה אִם-יֶחֱטָא אִישׁ לְאִישׁ, וּפִלְלוֹ אֱלֹהִים, וְאִם לַיהוָה יֶחֱטָא-אִישׁ, מִי יִתְפַּלֶּל-לוֹ; וְלֹא יִשְׁמְעוּ לְקוֹל אֲבִיהֶם, כִּי-חָפֵץ יְהוָה לַהֲמִיתָם.  כו וְהַנַּעַר שְׁמוּאֵל, הֹלֵךְ וְגָדֵל וָטוֹב:  גַּם, עִם-יְהוָה, וְגַם, עִם-אֲנָשִׁים.  {פ}

 

 

 

Talmud et Lévinas: « Envers Autrui » ce mercredi midi!

Nos études talmudiques autour du texte de Lévinas se poursuivent, de 12h30 (accueil à 12H) à 14h, au Café des Psaumes.

Nous travaillerons à partir des pages 35 à 40 dans l’ancienne édition des Lectures Talmudiques, nous les étudierons sur le mode de la Hévrouta, comme des pages de talmud.
Nous nous poserons les questions suivantes:
  1. Faut-il une date déterminée pour le pardon? Pourquoi oui? Pourquoi non?
  2. Nos fautes sont-elles des questions personnelles? Ont-elles un aspect collectif? sont-elles intimes ou collectives?
  3. En quoi Yom Kipour efface-t-il les fautes de l’homme envers « dieu »?
  4. Dieu peut-il refuser le pardon? Le prochain le peut-il?
  5. Que veut dire Lévinas quand il parle de « Maladie de l’âme »?
  6. Qu’est-ce que l’ « intériorisation de la notion de Dieu »?
  7. Quel est le rapport entre le rite et la conscience?

Au plaisir de vous retrouver!

Texte  : Emmanuel Levinas, Quatre lectures talmudiques, Editions de minuit, Paris, 1968

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Sexualité et spiritualité sur France Culture

La sexualité est l’une des questions les plus essentielles. Alors que l’âge moyen d’exposition aux images pornographiques est actuellement de seulement 13 ans, quel est notre discours sur cette important sujet? L’amorce d’une discussion à ce sujet sera diffusée demain sur sur France Culture, les intervenants seront moi-même ainsi que Daniel Sibony, dans l’émission de René Frydman, « Matière à penser », de 22h15 à 23h00.

https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser

Vous pourrez la ré-écouter en illimité via le site internet ou la podcaster pendant un an.

Bonne écoute, vous êtes invités à partager vos commentaires sous cet article.

Les femmes, la liberté, Hanouka! Cours adulte ce dimanche à Surmelin

Les femmes « étaient partie prenante de ce miracle ». (article approfondi en hébreu ici)

De quelle façon les femmes étaient-elles partie prenante de Hanouka? De quoi encore les femmes sont-elles partie prenante dans la vie juive? Certains principes pourraient-ils les exclure? Lesquels, et pourquoi?

Notre communauté défend l’égalité, la possibilité d’action de chacun et chacune.

Reprenons ensemble ces textes passionnants, avant l’allumage communautaire des bougies, de 16h à 18h ce dimanche.

Si vous souhaitez vous préparer au cours, prenez connaissance des questions suivantes, qui posent les grands problèmes relatifs à la place des femmes:

40 questions sur le statut des femmes dans la tradition juive

Les femmes sont-elles des hommes comme les autres, en 20 questions

Pour alimenter votre réflexion:

Le Kadich et les femmes

Vidéo référence prb https://www.youtube.com/watch?v=v7haoVIlFF8

Paracha NoaH : Cessons d’être des voleurs!

Sommes-nous honnêtes? Nous profitons du monde, mais est-ce toujours dans la responsabilité?

Alors que Noé protège la biodiversité animale, que Rabbi Léazar s’intéresse à la multiplicité des espèces végétales, le Talmud de Jérusalem nous incite à profiter des plaisir de la vie et le Talmud Babylonien à répercuter les bénédictions dont nous bénéficions sur l’ensemble du monde. Devrons-nous essayer que quelques rescapés protègent les espèces en danger, comme dans l’histoire de Noé, ou  saurons-nous prendre les devants pour éviter la catastrophe, comme les habitants de Ninive reprenant leurs vies en main après l’alerte lancée par le prophète Jonas?

Dans notre Paracha de la semaine, la Torah nous invite à nous poser ces questions. La lecture juive de la bible nous invite à nous interroger.

A propos de la préservation de la diversité des océans : bloomassociation est ici.

Sur un pied 2015: faut-il détruire l’humanité pour sauver le monde ? ( Hillel, Chamaï, et l’opportunité de créer l’humanité; Rabbi Yochouah ben KorHa et l’erreur de « dieu »; Seth comme deuxième fondement de l’humanité; l’alliance universelle de l’arc-en-ciel)

Sur un pied 2016: De qui Dieu est-il l’allié? ( Collaboration et non concurrence; l’alliance juive, l’obligation et de désir; les sept commandements universels de Noé; nos alliances particulières avec nos proches)

Résumé en espéranto: ĉu ni estas honestaj? Ni utiligas la mondon, kaj ĉu ni estas respektemaj de la mondo? En nian paraŝon, Noaĥ protektas la bestojn kiel Rabeno Leazar protektas la plantojn en la Talmudo. Ili ambaŭ protektas diversecon. Kio pri ni? Kion ni faros por la planedo?

Sources:

Babli BraHot 35b

א »ר חנינא בר פפא כל הנהנה מן העוה »ז בלא ברכה כאילו גוזל להקב »ה וכנסת ישראל שנא’ (משלי כח, כד) גוזל אביו ואמו ואומר אין פשע חבר הוא לאיש משחית ואין אביו אלא הקב »ה שנא’ (דברים לב, ו) הלא הוא אביך קנך ואין אמו אלא כנסת ישראל שנא'(משלי א, ח) שמע בני מוסר אביך ואל תטוש תורת אמך מאי חבר הוא לאיש

משחית א »ר חנינא בר פפא חבר הוא לירבעם בן נבט שהשחית את ישראל לאביהם שבשמים:

yérouchalmi kidouchin 48b chap 4 halaha 12

רבי חזקיה ר’ כהן בשם רב עתיד אדם ליתן דין וחשבון על כל שראת עינו ולא אכל. ר’ לעזר חשש להדא שמועתא ומצמיח ליה פריטין ואכיל בהון מכל מילה חדא בשתא.

Talmud, Lévinas et nous – A-t-on besoin de Dieu ?

Nos prochaines rencontres « talmudez-moi » seront consacrées aux passages du Talmud utilisés par Emmanuel Lévinas dans ses « Quatre lectures talmudiques ». Ce premier rendez-vous nous permettra d’évoquer la michna Yoma, le « retour- téchouva », les conditions nécessaires au fait de modifier notre comportement. Nos sources seront donc la michna Yoma ainsi que les pages 29 à 40 des Lectures Talmudiques.

cours-talmud-5779-1 à télécharger

RV le 17 octobre à 12h20 au café des Psaumes, http://cafedespsaumes.org/informations-pratiques.

Michna Yoma 8 :9

Celui qui dit je fauterai et je reviendrai je fauterai et je reviendrai on ne donne pas dans sa main de revenir je fauterai et le jour de Kipour recouvrira le jour de kipour ne recouvre pas les fautes qui sont entre l’Adam et le lieu le jour de kipour recouvre et entre l’Adam et son ami le jour de kipour ne recouvre pas jusqu’à ce qu’il satisfasse son prochain c’est ce qu’a demandé Rabbi Eléazar fils d’Azaria de toutes vos fautes devant dieu vous serez purifiés les fautes qui sont entre l’Adam et le lieu le jour de kipour recouvre les fautes qui sont entre l’Adam et son ami le jour de kipour ne recouvre pas jusqu’à ce qu’il satisfasse son prochain Rabbi Akiva a dit tu es heureux Israël devant qui vous vous purifiez et qui vous purifie votre père qui est dans les cieux comme il est dit je jetterai sur vous des eaux pures et il est dit l’Eternel est le mikvé d’Israël quoi le mikvé purifie les fautes aussi le saint béni soit-il purifie Israël

משנה ט הָאוֹמֵר: « אֶחֱטֵא וְאָשׁוּב, אֶחֱטֵא וְאָשׁוּב », אֵין מַסְפִּיקִים בְּיָדוֹ לַעֲשׁוֹת תְּשׁוּבָה. « אֶחֱטֵא, וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר », אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם, יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, וְשֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵרוֹ. אֶת זוֹ דָרַשׁ רְבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: « מִכּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי יי תִּטְהָרוּ », (וַיִּקְרָא טז,ל) עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם, יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר; עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵרוֹ. אָמַר רְבִּי עֲקִיבָא: אַשְׁרֵיכֶם יִשְׂרָאֵל! לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִטַּהֲרִין, וּמִי מְטַהֵר אֶתְכֶם? אֲבִיכֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: (יחזקאל לו,כה) « וְזָרַקְתִּי עֲלֵיכֶם מַיִם טְהוֹרִים וּטְהַרְתֶּם »; וְאוֹמֵר: (ירמיה יז,יג) « מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל יי », מָה מִקְוֶה מְטַהֵר אֶת הַטְּמֵאִים, אַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְטַהֵר אֶת יִשְׂרָאֵל.

Nous ne sommes rien! Dracha de Yom Kipour

Qui êtes-vous ? Qui voulez-vous devenir ?
En ce rendez-vous solennel de Yom Kipour, il est temps de nous reposer cette question traditionnelle.
En vous la posant, je me la pose également à moi-même.
Qui suis-je ? Vers quelle version de moi-même suis-je en chemin ?

Le temple de Delphes portait l’inscription « connais-toi, toi-même ».
La difficulté de cette formulation, c’est qu’elle prétend que nous « sommes » quelque chose, que nous aurions une « essence », une « nature ».

Or, nous ne sommes rien. Nous ne sommes rien de figé.
Nous voudrions savoir, et parfois nous le demandons aux autres, à nos amis, à nos psy, à nos rabbins, à nos gourous, à notre horoscope, nous voulons entendre : « tu es gentil », « tu es forte », « tu es beau » « tu es intelligente ». Nous voudrions « être ».

Dans cette recherche de réponse, nous nous tournons vers des dieux de toute sorte, vers le religieux, l’économie ou la biologie, comme s’ils avaient des réponses.  Les hommes de pouvoir et les industries technologiques l’ont compris. Les publicités fleurissent pour des tests ADN qui nous permettraient de savoir « qui nous sommes ». Nous aimons les films dans lesquels le héros change d’identité par magie, comme superman, Gigi ou les Winx. Nous passons parfois par les produits miracles ou la chirurgie esthétique.

Et nous démasquons cette tendance par l’humour. J’avais acheté il y a quelques années, un « spray » de conversion, il suffisait de l’aspirer pour devenir juif.
Nous savons que ce n’est pas aussi simple, alors nous luttons pour ne pas nous laisser tenter.

Comment définir l’identité alors qu’elle est sans cesse en mouvement ?
Sommes-nous juifs parce que nos parents étaient juifs ? Ou parce que nos enfants reçoivent un enseignement juif ? Ou parce que nous en renouvelons ce choix aujourd’hui ?

Héraclite disait que nous ne pouvons pas nous baigner deux fois dans le même fleuve. Lorsque nous nous baignons dans l’eau, elle ne doit justement pas être statique, pour que cette eau soit un mikvé, מקווה et nous aide à évoluer, elle doit être en mouvement.

Comme le disait Hillel : « N’aie pas confiance en toi jusqu’au jour de ta mort » ( ואל תאמן בעצמך עד יום מותך )ou plutôt : « ne crois pas que tu es ce que tu es, jusqu’au jour de ta mort, car tu ne sais pas ce que tu peux devenir ». (avot 2 :4)

En ce jour de Kipour, comme Hillel, nous sommes ouverts aux possibles qui s’offrent à nous pour l’année à venir.

La rencontre de Rabbi Yohanan et Rech lakich évoque l’infini des possibles.
Ils se sont justement rencontrés au bord d’un fleuve, en ce lieu de traversée, de passage et d’ouverture.

Rabbi YoHanan, le grand sage de notre tradition, s’y baignait. Rabbi YoHanan était d’une grande beauté, qui émut Rech lakich, ce terrible bandit. Rech lakich se mit alors à sauter d’une rive à l’autre, pour l’impressionner. Il lui dit « ta beauté conviendrait mieux à une femme » et rabbi YoHanan lui répondit « ta force conviendrait mieux à… l’étude de la torah ».

Rech Lakich décida de suivre la recommandation de rabbi YoHanan, il devint un grand sage, tous deux devinrent des amis « à la vie, à la mort », des compagnons d’étude indispensables l’un à l’autre. Des années plus tard, un jour de colère, Rabbi YoHanan dira à Rech laKich avec cynisme : bien sûr que tu as raison, tu t’y connais en banditisme, toi qui était brigand. Blessés, les deux amis se séparèrent et moururent de chagrin. (baba metsia 84a)

Cette histoire est peut-être encore plus importante qu’il n’y parait.
Elle parle d’amitié, d’amour, et de leur caractère vital, sans eux, nous mourons.

Comment naît l’amour ?
L’amour, nait dans une recherche de soi-même, dans un projet de transformation.

Rech Lakich saute d’une rive à l’autre, il hésite, quel chemin prendra-t-il ?
Rabbi YoHanan se baigne dans le fleuve, il se ressource, il fait un mikvé, il « se baigne dans l’espoir », il prépare une renaissance.
Tous les deux sont dans un processus de transformation qui changera leur vie. Jamais plus Rabbi YoHanan ne se baignera à nouveau dans ce même fleuve, car tout aura changé, pour lui, pour son ami, et pour les juifs de tsipori du IIIe s, et le monde juif jusqu’à aujourd’hui.

L’amour naît dans le projet de transformation, et meurt dans le retour vers le passé.
Dans un moment de colère Rabbi YoHanan a transgressé un interdit fondamental : on ne doit pas rappeler à quelqu’un ses transgressions ou ses erreurs passées ; on ne peut pas le forcer à regarder en arrière. Sinon, comme la femme de Loth, on se change en statue de sel, éternelle, mais morte.

En ce jour de kipour, comme Rech Lakich et Rabbi YoHanan, nous prenons conscience des chemins qui s’offrent à nous, des rives du fleuve que nous devons choisir, des eaux dans lesquels nous pourrions nous immerger.

Apollinaire dit cela merveilleusement avec beaucoup de nostalgie : « Passent les jours et passent les semaines, Ni temps passé, Ni les amours reviennent, Sous le pont Mirabeau coule la Seine, Vienne la nuit sonne l’heure, Les jours s’en vont je demeure »

Ce qui est écoulé, ne reviendra plus, il faut le laisser partir, il faut faire le « tachliH », תשליך le « renvoi », la cérémonie au cours de laquelle on laisse les erreurs et les regrets du passé s’écouler dans l’eau des fleuves.

En ce jour de Kipour nous prenons le temps de faire le deuil de ce qui ne reviendra pas, dans nos vies, dans le judaïsme, et dans le monde pour renoncer à attendre vainement le retour du passé.

Mais Yom Kipour ne s’arrête pas là. Il nous incite à la mobilisation : la téchouva תשובה, la téfila תפילה, la tsédaka צדקה lèvent la malédiction du passé, et nous ouvrent les portes de l’avenir.
Apollinaire continuait « l’espérance est violente » !  Et Ernst Bloch nous guide : Il faut faire un pas vers l’espoir, transformer l’espoir passif en espérance active. « L’affect de l’espoir sort de lui-même, agrandit les hommes au lieu de les diminuer. »

Comme le disent Francis Blanche et Pierre Dac, nous avons l’avenir devant nous, et il sera derrière nous chaque fois que nous ferons demi-tour. A nous de choisir dans quelle direction regarder.

Si « je demeure », je meurs. Mais si je dévie, je vis.
C’est paradoxal, mais cela fonctionne. L’intelligence, c’est la souplesse de savoir s’adapter de façon créative.

En ce jour de Kipour, nous envisageons ce qui nous aide à nous tourner vers l’avenir, à changer de chemin, à exercer notre intelligence, à « choisir la vie ».

Ainsi le hasard perd son pouvoir. Nous pouvons cesser de souhaiter une année pleine de bonheur et commencer à souhaiter une année pleine de force et de détermination.

Edgar Morin, avec d’autres, est un penseur du « réechantement du monde », son nom de naissance n’est pas Morin mais NaHoum, qui signifie consolation. Pour lui, la pensée doit quitter l’espoir d’obtenir des réponses définitives et s’ouvrir à la complexité du monde.

En ce jour de Kipour, comme Edgar Morin, nous pensons aux changements de pensée qui sont nécessaires pour que notre monde se réenchante pour nous-mêmes, pour la sagesse juive, pour le monde dans lequel nous vivons.

La philosophe féministe et anarchiste Emma Goldman avait rencontré Durruti au moment de la guerre d’Espagne. Il disait de ses soldats qu’il ne leur donnait pas d’ordres : « Ils sont venus à moi de leur plein gré, ils sont disposés à donner leur vie pour notre lutte antifasciste. Je crois, comme j’ai toujours cru, en la liberté. Une liberté qui repose sur le sens de la responsabilité. »

Le chef militaire lui-même ne considère pas qu’il a les réponses pour les autres, mais que chacun doit faire son chemin et chercher.

Publié après la mort de Durruti, L’article d’Emma Goldman, s’appelle : « Durruti n’est pas mort ». De la même façon, des siècles après la mort de Jacob, rabbi YoHanan disait « le patriarche Jacob n’est pas mort ». (taanit 5a) Car les idées que nous continuons à porter restent en vie, en changement, et en devenir.

En ce jour de Kipour, comme Emma Goldman et rabbi YoHanan, nous pensons à tous ceux « qui ne sont pas mort » et dont la pensée continue à nous mettre en mouvement.

Nous pouvons renoncer à chercher « qui nous sommes » et nous engager à décider « de quoi nous sommes capables ».
Nous pouvons renoncer à nous appuyer sur « la réponse scientifique » et rechercher « ce que disent les sciences de la complexité du monde ».

La réalité n’est pas une terre solide sur lequel nous pouvons marcher. Elle est une eau fluide dans laquelle nous pouvons nager. Elle s’écoule, tout en nous maintenant hors de l’eau.

Le travail de téchouva et de aHrayout de notre tradition, le réexamen et la responsabilité, correspondent au travail d’espérance d’Ernst Bloch, au travail de réechantement d’Edgar Morin, au travail d’action directe d’Emma Goldman.

Marc Twain disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait »

Au cours de nos vies, nous avons appris que certaines choses étaient impossibles. Il est temps de l’oublier.

Kipour est ce moment où on oublie ce qu’on croit impossible, de façon à pouvoir le réaliser.
Ce moment où l’on cesse de se connaitre, pour commencer à se découvrir,
ce moment où l’on quitte l’illusion des réponses pour le développement des questions.

Nous sommes plus que ce que nous sommes, nous sommes ce que nous pouvons devenir.

Gmar Hatima tova.