L’appel: Le capitalisme et les Dix Paroles

Le magazine l’Appel vient de sortir! Y voici mon dernier article. Bonne lecture!

Liberté, propriété, responsabilité. Telle est l’intéressante devise du libéralisme économique, dont la stabilité dépend de l’association de ces trois piliers.  La crise de 2008 a provoqué la rupture du troisième principe, avec une intervention étatique de type « état providence » normalement réservée aux approches socialistes, orientée en revanche non pas vers les plus pauvres, mais vers les institutions bancaires en détresse. Les écarts sociaux se creusent. Les grèves se poursuivent en France. Bref, la religion néo-libérale a subi une mutation, et fait face à une crise sérieuse, elle entre en collision avec l’exigence de la justice sociale et l’imminence du changement climatique. Qu’en pense le judaïsme ?

Le capitalisme n’est pas sacré

« Tu n’auras pas d’autre « dieu » face à moi ». Telle est la deuxième des dix paroles (Ex. 20 :2). Il faut choisir. Soit l’Eternel, soit autre chose. Pas de syncrétisme. Il est possible d’adhérer à des idées capitalistes ou socialistes ou néo-libérales, mais ces idées ne peuvent être sacralisées, elles ne sont pas « une nouvelle religion ». Ou si elles le deviennent, il faut le reconnaitre, et admettre que nous avons quitté la tradition juive. Face aux idéologies, nous gardons notre entière liberté de jugement. Tel est le message de la première des dix paroles :

« Je suis l’Eternel ton « dieu » qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage ». Trois idées dans cette phrase concise : 1 – l’esclavage existe, 2 – il faut en sortir, 3 – le divin se définit par sa capacité à nous faire changer de système, nous permettre de « sortir d’Egypte ». Nous sommes égalitairement libres, le peuple entier, et ce principe est premier. Est-il prédominant sur le principe de la propriété privée ?

Primauté de la liberté humaine

« Tu ne voleras pas » est la huitième des dix paroles. Elle semble établir l’importance de la propriété privée. Est-ce exact ? Rachi précise dans son commentaire qu’ « il s’agit du vol de personnes ». Le vol d’objet est également répréhensible (Lev. 19 :11), mais il n’est pas mentionné dans les dix paroles. L’essentiel, ici encore, est la liberté, l’interdiction de voler des êtres humains pour les revendre, l’interdiction de l’esclavage.

Qui, de la liberté individuelle ou de la propriété, a la prédominance ? Pour que les esclaves hébreux sortent d’Egypte selon le texte biblique, il a fallu infliger dix plaies à Pharaon et à la terre d’Egypte. L’esclavagiste a été puni, et au contraire, le peuple esclave-libéré est sorti avec de grandes richesses. Cela semble juste.

Au contraire, au moment de l’abolition de l’esclavage en 1848, c’est le manque a gagner subi par les propriétaires d’esclaves qui a été pris en compte ; ce sont eux, et non les êtres humains-objectifiés et exploités qui ont reçu compensation. Transposé dans le récit biblique, cela reviendrait à quelque chose comme :

« L’Eternel parla à Moïse et lui dit : « Va chez Pharaon et dis-lui : Laisse partir mon peuple, je te le rachète. Vois, je transforme pour toi aujourd’hui le Mont Sinaï en montagne d’or, raccompagne mon peuple vers le désert, et sers-toi allègrement, cela compensera ta perte économique. »

Sortir du système

Lorsque nous sommes immergés dans un système, il est difficile d’en voir l’injustice. Il n’y avait pas dix justes à Sodome et Gomorrhe, car l’idéologie dominante rend difficile l’émergence de l’esprit critique et de la contestation. Pour cette raison, il faut parfois des destructions douloureuses comme ce symbolique déluge de feu, des plaies meurtrières comme en Egypte, pour que le changement de paradigme se produise.

Pourtant, ce n’est pas inéluctable. Nous pouvons aussi rester engagés dans nos traditions philosophiques et religieuses multimillénaires, qui nous permettent de garder du recul par rapport aux idolâtries du moment. Vu de ces hauteurs, les évolutions et les révolutions en cours ne sont pas menaçantes, pas dramatiques, ce n’est pas que « dieu est mort » et que « tout fout le camp », c’est juste qu’aujourd’hui, comme par le passé, les systèmes évoluent, et nos valeurs restent.

La menace ne vient pas du changement, mais de la sacralisation du passé. Notre sacré à nous, abstrait est inspirant, est un appui pour une évolution juste. Le monde repose sur trois piliers, disent les Pirké Avot (1 :18) : la justice, la vérité, et la paix.

Saint Jacut: Religion et sexualité

Impossible de comprendre ces sources et la façon appropriée de les utiliser sans étude « vivante », sans explications directes d’un maître. Je les partage néanmoins avec vous, pour ceux qui voudraient les étudier en Hévrouta puis me poser leurs questions à la synagogue l’un de ces prochains chabbatot.
Chabbat chalom à toutes et tous, rendez-vous ce soir à Saint Jacut pour des offices marins, ou l’un de ces prochains chabbatot à surmelin.

Sources sexualité – Rabbin Floriane Chinsky, Judaïsme en Mouvement (MJLF+ULIF)

1 – Genèse – compagnonnage, reproduction, complexité, relation et responsabilité
Deuxième montée
Voici l’histoire des cieux et de la terre à leur création au jour ou l’Eternel-Forces fit la terre et les cieux…

  • Genèse 1 :26 – L’Eternel dit : faisons l’Adam à notre image et à notre ressemblance et ils dirigeront les poissons de la mer et les oiseaux du ciel et les animaux de toute la terre et tous les rampants qui rampent sur la terre. Et les Forces créa l’Adam à son image, à l’image des Forces il le créa, mâle et femelle il les créa. Et il les créa, les Forces, et il leur dit, les Forces : « faites des fruits et grandissez et remplissez la terre et conquérez-là et dirigez les poissons de la mer »… Et les Forces vit tout ce qu’il avait fait et voilà que c’était très bien et il y eut un soir et il y eut un matin, sixième jour.
  • Genèse 2 :18 – L’Eternel-Forces dit : il n’est pas bon que l’Adam soit seul, je lui ferai une aide face à lui, et l’Eternel-Forces créa à partir de la terre tous les êtres vivants des champs et tous les oiseaux des cieux et il les amena à l’Adam pour voir comment il les appellerait et tout ce que l’Adam appellerait les êtres vivants c’est son nom.
  • Troisième montée

  • Et l’Adam appela des noms à tous les animaux et à l’oiseau des cieux et à tous les êtres vivants des champs et à l’Adam il ne trouva pas d’aide face à lui. Et il fit tomber, l’Eternel-Forces, un sommeil sur l’Adam et il dormit et il prit l’un de ses côtes/cotés et il ferma une chair sous elle. Et l’Eternel-Forces construisit le coté qu’il avait pris de l’Adam en femme et il l’amena à l’Adam. Et l’Adam dit « ceci cette fois est l’essence de mon essence et la chair de ma chair, et celle-ci on l’appellera femme car elle a été prise de l’homme ».
  • Genèse 3 :1- Et le serpent était le plus Aroum de tous les êtres vivants des champes […] Et la femme vit que l’arbre était bon pour le manger et qu’il était désirable aux yeux et que l’arbre était agréable pour comprendre et elle prit de son fruit et mangea et elle en donna également à son homme avec elle et il mangea. Et leurs yeux à tous les deux s’ouvrirent et ils surent qu’ils étaient Aroumim et ils cousirent des feuilles de figuier et ils se firent des ceintures. Et ils entendirent la voix de l’Eternel-Forces qui allait dans le jardin au moment venteux de la journée et l’Adam et sa femme se cachèrent des faces de l’Eternel-Forces dans les arbres du jardin. Et l’Eternel-Dieu appela le Adam et lui dit : où es-tu ? Et il dit : j’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur car je suis Aroum et je me suis caché. Il dit : qui t’a dit que tu es Aroum ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais dit de ne pas manger ? Et l’Adam dit : la femme que tu m’as donné avec moi, elle m’a donné de l’arbre et j’en ai mangé. L’Eternel-Forces dit à la femme : qu’as-tu fait ? et la femme dit : le serpent m’a trompée et j’ai mangé. Et l’Eternel-Fores dit au serpent : « parce que tu as fait cela tu es maudit… tu mangeras de la poussière… de l’animosité je mettrai entre toi et la femme… » A la femme il dit : « j’agrandirai énormément ta souffrance et ta grossesse, tu mettras au monde des enfants avec souffrance et ton désir ira à ton mari et il te dominera » et à l’Adam il dit : « parce que tu as écouté la voix de ta femme et tu as mangé de l’arbre au sujet duquel je t’avais ordonné « tu n’en mangeras pas » la terre est maudite à ton sujet, dans la souffrance tu en mangeras tous les jours de ta vie… à la sueur de ton nez tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu as été pris car tu es poussière et tu retourneras à la poussière » et l’Adam nomma sa femme Eve car elle était la mère de tout ce qui vie. Et l’Eternel-Forces fit pour l’Adam et sa femme des tuniques de peau et les en habilla.
  • Fin de la troisième montée
    2 – Désir

    1. Ecclésiaste Rabba  – 12 :5 : Le désir amène la paix entre l’homme et sa femme.
    2. Kala Rabati 2 – Le languissement amène le désir et le désir amène l’amour.
    3. Nida 31b –
    4. Contexte : Lévitique 15 – Quand un homme sera zav dans sa chair il sera impur… Quand une femme sera zava, elle aura du sang de zava dans sa chair, elle sera impure…
      Rabbi Méir disait : pourquoi la torah a-t-elle dit une séparation de sept jours ? Parce que s’il est habitué à elle, elle devient repoussante à ses yeux. La Torah a dit : qu’elle soit impure pendant sept jours pour qu’elle soit chère à son mari comme au moment où elle est rentrée sous le dais nuptial.

    5. Nida 17a – Rav Hisda a dit : il est interdit à un homme d’utiliser son lit pendant le jour comme il est dit « tu aimeras ton prochain comme toi-même » (lévitique 19 :18)
    6. Qu’est-ce qui nous le fait comprendre ?
      Abayé a dit : peut-être qu’il verra en elle une chose repoussante et elle lui apparaitra comme repoussante.
      Rav Houna dit : Israël est « saint » et ils n’utilisent pas leur lit pendant le jour.
      Rava a dit : et si la maison est sombre c’est autorisé et un étudiant des sages l’assombrit avec son vêtement et utilise.
      On a enseigné dans la michna : ou à la lumière d’une lampe. Dis qu’elle examine à la lumière d’une lampe ! Viens et entends : ma maison du roi Mounbaz ils faisaient trois choses qui sont rappelées de façon favorable : ils utilisaient leurs lits le jour, ils examinaient leurs lits avec de la laine de parva, et ils pratiquaient les lois de pureté relatives à la neige. On enseigne donc qu’ils utilisaient leur lit le jour.
      On peut dire qu’ils vérifiaient leurs lits le jour ! Au cas où il te semblerait qu’ils l’utilisaient, on le rappellerait de façon favorable ?!?  Mais c’est parce que, à cause de la contrainte du sommeil, elle lui semblerait repoussante.

      3 – work in progress
      BeraHot 62a – Rav Kahana entra, se coucha sous le lit de Rav, l’entendit discuter et jouer et achever son désir. Il lui dit : la bouche de Abba semble comme si elle n’avait jamais mangé de plat chaud ! Il lui dit : Kahana, tu es là ! Sors car ce n’est pas une façon de faire ! il lui dit : c’est un enseignement (Torah), et j’ai besoin d’apprendre.

    L’appel: Hanouka – Hareng, Messie et liberté!

    Dernier article paru dans le magazine l’Appel, d’actualité en cette période de préparatifs pour la fête! Le cours sur Hanouka de ce dimanche 11h05 à Ganénou est maintenu, il sera suivi d’un allumage des bougies avec les enfants du Talmud Torah. Apportez vos Hanoukiot!

    HANOUKA, Rallumer la flamme perpétuelle, Hareng, messies et liberté !

    L’humble miracle de l’huile magique

    A Hanouka, nous allumons de jolies bougies pendant huit jours, en chantant des chansons, en mangeant des beignets, et nous racontons l’histoire merveilleuse d’une lampe à huile dont la lumière a brillé miraculeusement huit fois plus longtemps que prévu.

    La fête des lumières juives coïncide avec la période de Noël et partage avec elle la mise en place de sources lumineuses au plein cœur de l’hiver, ainsi que la thématique de l’espoir.

    Le miracle-miraculeux est au cœur des deux fêtes, de façons très différentes. Alors que le christianisme célèbre la naissance merveilleuse d’un Dieu Sauveur, la tradition juive s’émerveille de la survivance d’une petite flamme.

    Une blague juive mentionne que, voulant récompenser ses soldats les plus vaillants, Napoléon leur proposa de réaliser l’un de leurs vœux. Le russe demanda un fief, le français demanda de devenir Général, le juif demanda… un hareng ! « Pourquoi un hareng, tu laisses passer ta chance ! », s’écrièrent ses compagnons. « Moi, au moins, j’ai une petite chance que mon vœu se réalise », répondit le soldat juif.

    Quel scepticisme ! Le judaïsme est-il donc dépourvu d’ambition, se contentant d’« huile magique » de Hanouka – ou de harengs ?

    Un messie-résistant

    La petite flamme dont il est question a son importance, puisqu’il s’agit de celle de la Ménorah, symbole du fonctionnement d’un Temple à peine reconquis. Le premier miracle de Hanouka, c’est justement cette reconquête, un miracle humain, celui de la résistance à l’oppression, de la défense des Libertés. Le livre des Maccabées, qui appartient au corpus biblique chrétien, décrit les décrets d’Antiochus : la désacralisation du Temple et l’interdiction d’y porter des offrandes, l’obligation de transgresser le Chabat, les fêtes et les règles d’alimentation cacher, l’interdiction de la circoncision et de l’étude de la Torah.  La victoire de guérilla de Juda Maccabée en -164 a permis d’inaugurer le Deuxième Temple – telle est la raison du nom de la fête, Hanouka signifie « inauguration » – et de mettre fin à ces décrets.

    Juda est donc un héros-sauveur, une figure politique de liberté défendant son peuple, comme les rois oints de l’Israël antique. Le mot « messie » en français vient de l’hébreu « machiaH » qui signifie « onction », et renvoie à l’acte accompli par les Prophètes à l’égard des Rois pour les introniser.

    Le « messie juif » est en ce sens une figure plutôt concrète, matérielle, politique et militaire, l’image héroïque de Juda s’inscrit bien dans cette veine. Le « messie chrétien » est différent, peut-être plus transcendant, plus poétique ou plus spirituel, il inspirera certains renouveaux messianiques juifs au cours de l’Histoire, jusqu’au messianisme Loubavitch contemporain. Au premier siècle, le miracle de la fiole d’huile raconté par le MasseHet Taanit ajoute une touche symbolique, chaleureuse et pacifique au miracle dramatique de la victoire armée.

    De quoi serons-nous partisans ?

    La question qui se cache derrière cette « concurrence des miracles » est celle de nos valeurs. Que considérons-nous comme un miracle ? Une flamme qui ne vacille pas ou la résistance aux oppressions ? Les deux peut-être ? L’huile de la ménorah ne s’est pas tarie. Le buisson ardent de Moïse brûlait sans se consumer. Les bougies fixées dans nos Hanoukiot domestiques ne s’éteignent jamais vraiment, renaissant plus nombreuses chaque soir, ressuscitant d’année en année. Les générations s’écoulent, mais l’étude juive ne s’épuise jamais. « Si [un ami] tombe, un ami sort de l’ombre à [s]a place » (Chant des Partisans), « Ne dis pas que tu marches sur ton dernier chemin, même lorsque les nuages noirs cachent le soleil, car l’heure que nous attendons viendra, et le rythme de nos pas dit  » Nous sommes là ! » » (Chant des Partisans Juifs). L’allumage des bougies de Hanouka au cœur de l’hiver nous dit : « Allume toi-même la lumière que tu veux voir surgir » et le récit de l’histoire de la fête nous dit : « Lève-toi pour protéger ta liberté ! ». Le temps passé à déguster les beignets traditionnels (ou des harengs), éclairés par ces petites flammes, nous encourage à réfléchir au sens ce ces mots pour nous aujourd’hui, en pensée, et en actes.

    Floriane CHINSKY, Docteure en Sociologie du Droit, Rabbin du Judaïsme En Mouvement

     

    Akadem: Greta Thunberg

    L’émission d’Akadem sur Greta Thunberg est en ligne… C’était un moment intéressant autour d’une jeune fille engagée, très critiquée, et d’une question qui nous engage tous et toutes: le climat.

    Vous pouvez la voir sur Akadem sur ce lien, ici, il suffit de cliquer 😉

    C’est complémentaire du commentaire que j’avais fait sur la paracha Nitsavim, à voir ici, sur ce lien.

    Je serai très heureuse de lire vos commentaires. Moadim LéssimHa!

    P.S. SimHat Torah sera dimanche soir en Israël et dans les communautés libérales du monde entier, rejoignez ce moment de joie et de danse si le coeur vous en dit…

    Les religions sont-elles LGBT-phobes?

    In extremis avant Chabbat, parce que c’est important, je vous informe de ma participation à une conférence interreligieuse, qui sera une prise de position en faveur de la défense des libertés fondamentales de chacune et chacun, indépendamment de ses préférences ou identifications sexuelles.  Le texte suivant est celui des organisateurs.

    Nous vous invitons le Mardi 25 juin à la Mairie du IIIème arrondissement à la table ronde « Les religions sont-elles LGBT-phobes ? ».
    La condamnation religieuse de ce que nous appelons de nos jours « homosexualité » (masculine et féminine) est fondée sur des textes sacrés qui doivent être compris avec discernement au regard de leur contexte culturel d’écriture et de leur message actuel : une condamnation des rapports entre hommes dans le Lévitique (Ancien Testament), la mention des femmes et des hommes se livrant à « des rapports contre nature » parmi les comportements dénoncés par l’apôtre Paul dans deux épîtres (lettres) du Nouveau Testament, des interdictions proches du Lévitique dans certaines sourates du Coran.
    Le but de cette rencontre est d’engager ou de poursuivre un dialogue entre les instances religieuses et les associations qui luttent pour les droits humains.
    La frontière entre condamnation des LGBT et les LGBTphobies est tenue. Quelles actions concrètes mènent les religions pour éviter le glissement vers la haine de leurs fidèles ? Quels outils pédagogiques utilisent elles pour donner un éclairage nouveau de leurs textes ? Quel accueil réservent-elles aux jeunes mariés de même sexe, à leurs enfants et aux trans ? Comment concilient-elles droits civiques et droits religieux ? Quelles positions adoptent-elles sur la transidentité ?
    Cette conférence est organisée par les associations LGBT confessionnelles, David et Jonathan (LGBT Chrétien, le Beit-Haverim (Groupe juif LGBT), Shams France (Association LGBT pour les personnes du Maghreb et du Moyen-Orient) et également La Montagne Sans Sommet (Communauté bouddhiste)
    Pour assister, il faut réserver obligatoirement sur l’un des mails suivants :
    • contact@shams-France.org
    → RDV à 19h, Mairie du IIIème arrondissement de Paris.

    Missions accomplies!

    congrès de Troyes

     

     

    Bonjour à toutes et tous. Voici mon interview dans Grazia.

     

    Lire l’article en ligne ici: https://www.grazia.fr

    Missions accomplies!

     

    Bonjour à toutes et tous. Je partage mes quelques mots de conclusion du congrès « Les filles de Rachi » qui s’est déroulé depuis dimanche à la Maison Rachi, à Troyes (Maison Rachi Ici, article de presse ici, ici et ici). Les citations sont un peu « adaptées », « revisitées », comme une sorte de Hidouch, de renouveau de sens, cela ne vous échappera pas, je tenais à vous communiquer ce texte aussi rapidement que possible. Que le plaisir d’étudier ensemble de cette rencontre, comme le plaisir d’étudier dans toutes les autres rencontres, continue à nous inspirer et à nous porter vers l’avenir!

     

    Nous avons accompli notre mission.

    Merci à Rachi, merci à la maison Rachi, merci à ceux qui ont ouvert le chemin.

    Merci à vous toutes et à vous tous, car nous pouvons le dire en cette heure de conclusion: nous avons accompli notre mission, nos missions.

    Tout d’abord, nous avons accompli notre mission d’étude et de transmission, le sérieux et l’intensité des textes et des expériences que nous avons partagés en témoigne. Nous avons revendiqué notre héritage et nous l’avons cultivé, nous sommes à ce titre de dignes héritières des filles de Tsélofrad, צלפחד, nous pouvons prendre l’une d’entre-elles pour figure de proue, peut-être Noa, dont le nom signifie « celle qui est en mouvement ». Nous sommes les filles de Noa, נוע, celle qui est en mouvement. Nous avons revendiqué notre héritage. Nous avons accompli notre mission d’étudier et de transmettre: Yarach, ירש.

    Nous avons également atteint notre objectif de paix et de diversité. L’intensité de chaque office dans sa spécificité, les offices orthodoxe, massorti et libéral, mis en place par des femmes dans l’absolu respect de leur diversité, ce rassemblement de femmes érudites et de nombreuse rabbins, nous a permis de légitimer les différentes façons d’être femme, d’être leader, d’être humaines. Nous avons certainement représenté les 70 facettes de la Torah. Certes, nous n’étions que 20 intervenantes, cela représente quand-même 3,5 facettes par oratrice, mais heureusement, nous avons pu compter sur la belle participation de toutes les personnes présentes. Nous avons fait entendre un chant harmonieux, à plusieurs voix, plusieurs modalités d’expressions, à plusieurs voies, à plusieurs chemin, nous avons pu faire entendre le chant nouveau dont parlent les Psaumes et Edmond Fleg. Oui, nous sommes les dignes descendantes de Myriam, מרים nous avons réalisé notre objectif d’enthousiasme et de diversité: Chir, שיר

    Incontestablement, nous avons accompli notre devoir de courage et de droiture. Alors que les femmes ont été si longtemps cantonnées au second plan de l’écriture de l’histoire, contraintes à suivre des chemins tortueux et détournés comme notre ancêtre, le Jacob originel,  nous avons brillamment démontré que nous savons nous tenir droites, beAmida, dés que cela devient possible, comme le Jacob redressé devenu Israël. Nous pouvons prendre Déborah comme élégie, cette juge, étalon de la droiture, championne de la stratégie de combat. Nous sommes les continuatrices de Devorah, דבורה nous avons accompli notre devoir d’aplanir le chemin: Yachar, ישר

    Evidemment, nous avons répondu à notre vocation de développement de leadership. Comme Esther, nous nous sommes revêtues de royauté, de malHout, מלכות, et nous pourrions mieux encore utiliser le mot sarout, שרות, et faire ainsi référence à Sarah, שרה, notre mère, passée du domaine privé auquel son entourage l’avait réduite, celui de son surnom, שרי, ma princesse, à la sphère publique réaffirmée par l’Éternel comme son domaine naturel, à travers son nom réelle, שרה, LA princesse, la ministre, la leader. Sarah, prophétesse, visionnaire, continuera à nous inspirer au futur: Issar, ישר.

    Enfin, nous avons mené à bien notre mission de pédagogie, d’ouverture inter-religieuse, nous avons sauvé le bébé, tout en jetant l’eau du bain, nous sommes les héritières de Batya, בתיה, femme étrangère issue d’un peuple oppresseur, femme courageuse issue des nations, qui a sauvé Moïse et avec lui le peuple hébreu entier. Nous sommes les disciples de Rachi, le pédagogue et ses commentaires précieux sur la Torah et le Talmud, Rachi et son héritage inter-religieux adopté par le monde chrétien. Rachi, רשי.

    Nous pouvons donc prononcer joyeusement ces paroles de célébration:

    Tu es une source de bénédiction Éternel notre Force et Force de nos mères, Force de Sarah, Batya, Myriam, Noa et Devorah.

    Tu es une source de bénédiction Éternel notre Force et Force de nos ancêtres, qui nous a créé Israël, ישראל car nous avons vaincu « Dieu et les hommes », qui nous a créées Yachar-El, Yachar ישר : droit, El אל: au but.

    Nombreux sont les hommes qui nous soutiennent dans ces missions:

    Aragon et Ferrat nous disent: « Votre liberté est l’avenir de l’homme »

    Kipling nous dit: « Tu seras un homme, ma fille »

    Gamzon, le fondateur des Éclaireurs et Éclaireuses Israélites de France en 1923 nous dit: « Je veux que tu sois une bâtisseuse »

    Isaïe nous dit: « Toutes tes filles sont des étudiantes de la Torah, grande est la paix de tes filles »

    Le Talmud BeraHot ברכות nous dit:  » Ne dites pas « tes filles », בנותיך, dites « tes bâtisseuses », בונותיך. », « grande est la paix de tes bâtisseuses ».

    Nous avons accompli nos missions, ainsi se clôture le seder nachim סדר נשים, de même que nous avons eu la chance et le mérite de le vivre aujourd’hui, puissions-nous le vivre à nouveau à l’avenir.

    Nous avons accompli nos missions, puisse leur esprit se diffuser, dans un esprit de dialogue:

    Inter ET intra – religieux
    dans l’harmonie ET la diversité
    dans le respect de la tradition et termes de fidélité au passé ET de l’audace nécessaire pour l’avenir

    Nous avons accompli nos missions, restons des constructrices, des bâtisseuses, bâtisseuses de Rachi, bâtisseuses de paix, bâtisseuses de l’étude juive de demain.

    Nous avons accompli nos missions, nous ne lâcherons pas, « mir zeinen do ».

    Que nous ayons les moyens de poursuivre nos actions, une longue vie, et tout ce qu’il faut à manger, et que soit agrandi le nom de dieu, disons ensemble le kadich dérabanan, le kadich des rabbins, qui conclut toute étude….

    [Kadich, Ossé chalom]