Droit à l’avortement – Manon Garcia et Contribution du Rabbin Chinsky

Communication au congrès de l’ANCIC, le 13 octobre 2017 à Caen, je poste aujourd’hui ma contribution d’alors dans le cadre de la remise en cause du droit à l’avortement aux USA. Vous trouverez mes notes sur l’interview de Manon Garcia sur France Culture ce matin, suivi de ma contribution au congrès. Partagez votre avis…

Notes sur l’interview de Manon Garcia de ce matin :
Aujourd’hui sur CNews Eugénie Bastié considère que l’avortement est un homicide, les députés RN au parlement européen ont voté contre l’inscription du droit à l’avortement dans les textes européens. Retirer un droit est une volonté active, abortion en anglais n’est pas seulement l’IVG mais aussi le fait d’extraire un foetus mort de façon naturelle, soigner une grossesse extra-utérine, il va y avoir une augmentation de 20 à 30% des femmes qui meurent à cause d’une grossesse, certains considèrent qu’en cas de grossesse extra-utérine, « certes les trompes vont éclater mais peut-être que la grossesse va se déplacer au bon endroit » ce qui est totalement faux sur le plan médical. Ce n’est pas un retour en arrière mais pire, dire que de nombreuses femmes majoritairement pauvres et racisées vont mourir et tant pis pour elles. La justification juridique est qu’on aurait mal interprété le 14e amendement qui garantit le droit à la vie privée et qui était la base juridique, c’est une mauvaise lecture car au moment où cela a été pris les législateurs n’avaient pas l’avortement en tête or les père fondateurs n’avaient effectivement en tête que les hommes blancs, donc cette lecture originaliste revient à dire qu’on excluait les femmes et qu’il est normal de continuer, cela peut sembler être une question technique: on a mal lu ou politique: c’est aux états de décider cependant la veille ils ont considéré comme anticonstitutionnel l’état de New York n’a pas le droit de décider qu’on n’a pas le droit d’avoir des armes. C’est donc non pas technique mais un argument idéologique de la droite évangéliste réactionnaire. Un juge rédige l’avis majoritaire, les autres comme Clarence Thomas peuvent voter pour mais pour d’autres raisons, il a été nommé alors même qu’il était accusé de harcèlement sexuel au moment de sa nomination par Anita Hill, il dit: on a mal interprété le 14e amendement, or cette interprétation est la base de la contraception, du mariage pour tous, de la dépénalisation de l’homosexualité, donc tous ces éléments sont en danger. Samuel Alito sort de Princeton en 72 et rejoint immédiatement une association dont le but est d’empêcher les femmes d’étudier à Princeton, « cela va faire baisser le niveau », « le savoir c’est pour les hommes »…, les femmes doivent être des mères à la maison. Il parle des petites mains du foetus et ne dit pas un mot sur le corps des femmes, leurs droits, leur liberté, leur droit à ne pas mener à terme une grossesse dont elles ne veulent pas. Il y a 50 ans en 73 Roe v. wade passe à la cour suprême et les républicains, les anti avortement et the federal list s’allient pour lutter contre Roe v. wade. Les républicains qui ont besoin de financer leur campagne sont obligés d’être anti-avortement. les républicains ont redessiné les circonscriptions dans les états du sud et du centre pour assurer leur prépondérance, ils ne risquent pas grand chose. Être non favorable à l’avortement pour des raisons religieuses est une chose, vouloir priver les femmes de ce choix en est une autre. L’argument des républicains disant qu’on peut juste abandonner l’enfant à la naissance ne prend pas en compte la réalité de l’état d’une personne enceinte, de nombreux états empêchent l’avortement même en cas de viol ou d’inceste, donc des petites filles vont devoir mener leurs grossesses à terme. Même lorsque c’est une relation sexuelles heureuse à lorigine de la grossesse ne doit pas empêcher d’y mettre fin si nécessaire. Ce qu’on appelle le libéralisme politique, les droits de l’individu doivent être protégés et l’état ne doit pas l’empêcher nous vient des USA et telle est la mission de la cour suprême normalement. Noa Feldman professeur à Harward dit que c’est un suicide institutionnel de la cour suprême car elle fait le contraire de sa mission. Au nom de ces libertés individuelles le port d’arme est autorisé justement, c’est là qu’on voit que c’est idéologique et que l’originalisme ne fonctionne pas, car les pères fondateurs en 1787 il y avait des armes à feu mais pas d’avortement, mais il n’y avait pas d’armes semi-automatiques…quelle lecture de la constitution originelle concernant l’homosexualité, le 14e amendement 1868, le législateur ne pense pas qu’il l’autorise, Clarence Thomas est noir et à l’époque les pères fondateurs sont racistes en plus d’être sexistes, les noirs ne sont pas des êtres humains pour eux. Les juges sont nommés à vie et pas révocables, il est possible d’augmenter le nombre de juges à la cour suprême mais Roosevelt s’y est cassé les dents, il y a l’idée qu’il faut respecter une continuité, les juges Kavanaugh et Gorsuch, avaient promis à la sénatrice Collins de ne pas faire basculer Roe V. Wade et n’a pas tenu sa promesse.

La seule option de Biden serait de faire reconnaitre la pilule abortive par la FDA, l’autorité du médicament, de telle sorte qu’elle ne puisse pas être interdite dans les états. Le stérilet est en danger car la conception est possible. La fécondation in vitro est aussi en risque « mais c’est pas dans le corps d’une femme donc ça va ». Il faudrait que Biden s’investisse totalement la dedans mais il n’a pas la majorité au sénat. Théologiens progressistes? oui, ils sont nombreux, également chez les juifs et les musulmans, tous les chrétiens ne pensent pas comme Amy Coney Barrett, ils sont simplement démocrates, cette question est devenue la mesure au sujet duquel se fait le débat gauche-droite. Il y a une réalité qui est que cote ouest et nord usa est différent de ruralité, les campus sont globalisés mondialisés pas représentatif. Ami trumpiste pense que tout ce qu’on lit dans le NY times est faux, que Trump est un vrai bon père de famille, pas intéressé par le sexe mais uniquement par la famille même si 11 femmes ont porté plainte contre lui, ses commentaires à lui sont eux mêmes significatifs, quand on regarde fox news, on ne vit pas dans le même pays.

– – – – – – – –

CONTRIBUTION DU RABBIN FLORIANE CHINSKY

Après son brillant exposé, Marie-Rose Moro nous laisse sur ce mot fragile de « vulnérabilité », qui reflète mon sentiment devant vous aujourd’hui. En effet, dans le cadre de vos activités médicales, vous êtes sans cesse confrontés à des situations humaines délicates. Il me fait penser à ce poème de Louis Aragon que je chéri particulièrement : « Ce qu’on fait de vous, hommes, femmes, oh, pierres tendres tôt usées, et vos apparences brisées, vous regarder m’arrache l’âme. » Aragon poursuit avec cet espoir qui est également le nôtre lorsque nous accompagnons des personnes en situation sensible : « J’aurais tant voulu vous aider, vous qui semblez autres moi-même », dit le poète. Les questions relatives à l’avortement touchent les domaines les plus intimes, le corps, la sexualité, l’engendrement.

Pourquoi une intervention rabbinique à l’ANCIC ?

Votre invitation, qui me touche et dont je vous remercie, est à la fois un honneur et une lourde responsabilité. Que signifie la présence d’un Rabbin dans cette assemblée médicale, à l’Association Nationale des Centres d’IVG et de Contraception ?

A mon sens, votre sollicitation représente un désir de partage, et d’ouverture vers le vaste domaine des sagesses humaines. Je salue cette initiative qui contribue à un décloisonnement, à une remise en cause des préjugés, à un renforcement de la capacité de collaboration d’acteurs sociaux très divers, tous au service de la démocratie et des droits des femmes. En tant que « femme Rabbin », je symbolise d’une certaine façon cette ouverture, et je suis effectivement au cœur de cette défense de la dignité des femmes, au titre de la dignité égale de tous les êtres humains.

Je tiens à expliciter le fait que mes propos n’ont évidemment pas d’objectif prosélyte ou apologétique, et que l’objectif de mon intervention est de partager avec vous l’une des approches parmi les nombreux systèmes de pensée qui existent dans les civilisations humaines. Passer quelques minutes ensemble permet de nourrir sa pensée à de nouvelles sources. Cela nous permet également de mettre en avant un mode de collaboration dans lequel les « pensées religieuses » ne cherchent pas plus à « convertir » les institutions laïques que le contraire mais où toutes collaborent à affiner leurs pensées mutuelles et à affirmer leur attachement à la neutralité de L’État. Ce glissement nous invite à passer du « vivre et laisser vivre » au « collaborer activement », et est sans doute appelé à se développer.

Mes origines identitaires sont multiples et complémentaires puisque j’exerce en tant que Rabbin, mais j’ai également une formation de juriste et que je reste en contact avec l’évolution de la recherche scientifique. Je suis d’ailleurs particulièrement émue de parler aujourd’hui à quelques mètres de la rue Moïse Ohayon, mon oncle, qui était chercheur au Ganil.

Ainsi je suis attachée à une vision dans laquelle la science n’est pas inféodée à un dogme. C’est également le cas de mon mouvement, le Mouvement Juif Libéral de France, et également du judaïsme dans sa globalité, même si rien dans le judaïsme n’est totalement univoque et que d’autres tendances au sein du monde juif peuvent défendre des visions différentes.

J’appartiens à une communauté libérale et il est important de le souligner pour comprendre ce que je représente et également ce que je ne représente pas. Au milieu du 19e siècle les mouvements libéraux et orthodoxes ont émergé de la réalité sociale de l’émancipation des juifs et des lumières. Ce phénomène n’est pas dérogatoire au regard de l’histoire globale du judaïsme, et effectivement des mouvements de pensée et de pratique divers ont existé de façon concomitante au cours de l’histoire.

La synagogue dans laquelle j’exerce s’inscrit dans l’idée que la raison est essentielle à l’appréhension de la question du rôle de l’être humain dans le monde. Elle est en cela fidèle à Abraham et Moïse, qui interpellent Dieu et osent questionner son sens de la justice, à Philon (Ie s., Alexandrie), Saadia Gaon (Xe s., Bagdad), Maïmonide (XIIe s., Espagne et Égypte), Mendelssohn (XVIIIe s., Allemagne) et KroHmal (XIXe s., Galicie), et à bien d’autres, sans oublier les penseurs modernes. En ce sens, l’importance accordée à la Raison n’est pas un phénomène nouveau ou « libéral » dans le monde juif.

D’un point de vue sociologique, le judaïsme non dogmatique est très dominant, dans un spectre qui inclut les juifs et juives assimilé.es et éloigné.es de leur identité (qui sont nombreux), les juifs libéraux dans leur variété (majoritaires dans le monde) et ceux que l’on appelle « modern orthodoxe ». Pour toute cette catégorie de juifs, je suis respectée en tant que femme et en tant que Rabbin. Ce n’est pas le cas dans le monde orthodoxe et ultra-orthodoxe qui reste un phénomène minoritaire bien que très visible médiatiquement et très présent dans les instances « politico-administratives » du judaïsme.

L’avortement et ses problématiques connexes

Pour évaluer une idée, il faut comprendre son contexte. La thématique de l’avortement est à la croisée de plusieurs questions : Que représente le corps ? Quelle liberté chacun et chacune ont-elles sur leur corps ? La logique sociale, les prescriptions divines, peuvent-elles prendre le pas sur cette liberté ? Qu’est-ce que la vie en général et comment devons-nous la protéger ? Qu’est-ce que la vie humaine, qu’est-ce qui définit l’humain, et quelle est sa valeur ?

On voit que ces questions sont très puissantes et très poignantes. Elles sont le cadre général duquel émergent les postions concernant l’avortement.

Le titre de mon intervention est « quand le mot ment », et effectivement, comme le dirait Marshall Rosenberg, « les mots sont des murs ou bien des fenêtres ». Les mots et les moments ont une influence sur notre perception de la question.

Présenter le judaïsme à travers la question de l’avortement est un réel défi car cette question est difficile pour l’ensemble des religions d’une façon générale, ce n’est certainement pas l’angle d’approche le plus simple pour commencer à s’intéresser au judaïsme. Par ailleurs, la question est encore compliquée par le fait que chacun a sa propre idée sur la nature des religions, et le risque est grand de projeter sur le judaïsme des conceptions religieuses qui lui sont étrangères. L’approche autant que le contenu de mon intervention est donc susceptible de vous surprendre, il vous appartiendra de décider de ce que vous ferez de ces éclairages.

Le droit à l’avortement est évidemment très dépendant de la façon dont on considère les femmes. Sont-elles considérées comme des citoyennes de seconde zone ou sont-elles respectées dans leur intelligence et leur capacité de décision ? Les sources de la Torah écrites sont partagées sur la question, puisque Dieu s’adresse autant à Eve qu’à Adam, qu’il enjoint à Abraham d’obéir à la voix de Sarah, et que le récit biblique fait une grande place aux femmes courageuses qui ont su résister à Pharaon permettant la sortie d’Egypte, de Myriam la prophétesse à Batya la fille de Pharaon et particulièrement aux sages-femmes qui ont su protéger les mamans hébreues. Malheureusement, le texte de la Torah inclut également des passages problématiques, comme par exemple la pratique de l’exposition du drap tâché censé prouver la virginité de l’épouse en cas de contestation. Le texte oscille donc entre reconnaissance de l’importance des femmes et patriarcat. Il en est de même pour l’enseignement oral. A la période de la rédaction de la michna, au IIe siècle, les femmes faisaient partie du même cadre juridique que les hommes. Cette situation a subi un glissement le long de l’histoire, sur lequel certains décisionnaires se sont laissés entrainer. Avec l’époque talmudique, certains ont « dispensé » les femmes de nombreux commandements, d’autres ont poursuivi en accusant « d’être prétentieuses » au cas où elles voudraient néanmoins appliquer ces commandements devenus facultatifs, avant d’aller (pour certains d’entre eux) jusqu’à l’interdiction de les pratiquer. Pour la majorité des décisionnaires orthodoxes, cependant, les femmes ont des dispenses mais pas de réelles interdictions, elles sont souvent contraintes à n’en pas faire usage, et si elles le font, leur acte est souvent considéré comme possédant une valeur moindre que celui d’un homme. Les rabbin.e.s libéraux ou progressistes considèrent pour leur part que l’égalité doit s’appliquer en tout point.

En ce qui concerne les questions de sexualité, l’opinion des sages est pourtant que les femmes sont investies d’une responsabilité qui échappe aux hommes, celle du « timing sexuel ». Ce sont elles qui communiquent à leurs époux si la période qui suit les règles est écoulée, permettant ainsi la reprise des relations d’intimité physique. Ainsi que nous l’avons vu dans notre exposé relatif à la relation au corps et au plaisir, il est hors de question d’imposer à une femme un mariage ou des relations sexuelles non désirées.

Par ailleurs, contrairement à une erreur trop répandue, le corps d’une femme ayant ses règles n’est pas plus « impur » que celui d’un homme qui aurait eu un écoulement séminal, ou de toute personne ayant été en contact avec un cadavre. Toutes ces personnes devaient également attendre le moment d’aller s’immerger dans un bassin spécifique, le mikvé, avant de pouvoir participer au culte du Temple, du temps où il existait.

D’une façon générale la question du statut du corps, de la sexualité et du plaisir est essentielle. Le Talmud (compilation de la Torah Orale terminé au VIe s. à Babylone) enseigne la chose suivante : « Il est interdit de passer à côté d’un plaisir sans en profiter » et le texte poursuit : « Celui qui profite de ce monde sans en tirer gratitude et énergie pour le bien est considéré comme ayant dépossédé le transcendant et le collectif ». Les plaisirs du goût, de la vision, de l’ouïe, ou des grands événements de la vie, sont tous concernés par cette injonction. Ainsi la sexualité est non seulement légitime, mais elle est même souhaitable, elle est considérée comme l’une des obligations du mari envers sa femme. La procréation n’est ici aucunement liée à un pêché de chair, et il n’y a pas de péché originel à racheter. Le corps est donc valorisé, et en tant que tel il doit être respecté. Les interventions nécessaires à la bonne santé du corps sont des obligations, toutes les autres sont au contraire interdites puisqu’elles présentent un risque pour la santé. Ceci porte à conséquence dans notre cas puisque nous verrons que le fœtus est considéré à certains stades comme faisant partie du corps de la mère.

La valeur relative des désirs de l’individu et des exigences de la collectivité joue également un rôle dans les prises de positions concernant l’avortement. L’Etat peut souhaiter la production de nombreux garçons, futurs soldats, et de nombreuses filles, futures mamans de soldats. Les religions peuvent également favorable à la natalité. La tradition juive la valorise effectivement, dans une prescription exposée directement à Adam-Eve : « Fructifiez et multipliez et remplissez la terre ».

Le fait que la « personne » de Dieu soit à l’origine de ce commandement ne lui donne pas de puissance particulière. En effet, l’idée que l’individu devrait se soumettre à Dieu n’est pas dominante dans la tradition juive, et une certaine capacité d’opposition à Dieu peut même être valorisée. Abraham représente cette vision lorsqu’il défend les justes de Sodome et Gomorrhe en interpelant dieu sur son sens de la justice. Moïse, le talmud, la tradition rabbinique soutiennent cette vision qui voit dans l’être humain un partenaire de Dieu plus qu’un servant. Effectivement, en fin de compte, pour le collectif juif, c’est la loi d’Israël telle qu’elle est fixée par les rabbins qui a force de loi.

Or justement, la tradition rabbinique considère que l’obligation de procréer repose sur les hommes et non les femmes, et qu’elle consiste à donner naissance à un garçon et une fille. Ainsi, les femmes ne sont concernées que de façon indirecte ce qui leur laisse une marge décisionnelle, et les hommes eux-mêmes ont un devoir limité.

Ajoutons que bien évidemment, les femmes sont considérées au même titre que les hommes dans toutes les communautés libérales, et qu’en aucun cas elles ne sont considérées comme pècheresses ou sorcières par nature.

Les textes-source concernant les décisions en matière d’avortement

La position « juridique » juive est déterminée par différentes sources. D’une façon générale, Torah écrite, le pentateuque, adopte une approche tantôt légaliste et tantôt casuistique. La Torah orale, pour sa part, regroupe toutes les sources des sages depuis la période du second temple. Parmi ces sources, le Talmud de Babylone fait plus particulièrement autorité. Il s’exprime en citant des opinions des sages et en les commentant. Les autres sources se présentent comme des commentaires de la Torah écrite – elles sont alors organisées selon l’ordre du pentateuque, en fonction des sections lues chaque semaine, ou comme des commentaires de la michna ou du Talmud – elles sont alors organisées en fonction de six grandes thématiques regroupant trente-sept livres. Deux autres types de littératures juridiques viennent compléter ce tableau : les codifications juridiques, qui se présentent davantage comme le code civil par exemple, et les cheelot outéchouvot, questions et réponses des rabbins aux questions qui leur sont adressées. Ces deux derniers types littéraires sont organisés en quatre grandes catégories selon une classification pratique mise en place au XIVe siècle par Rabbi Yaakov ben Acher.

Avant de citer les sources spécifiques qui se rapportent à l’avortement, prenons la peine de souligner encore une fois que la seule lecture juive autorisée de la torah écrite est celle qui adopte le filtre de la torah orale et de la tradition de génération en génération. Cette lecture n’est pas la seule possible, mais elle est la seule à constituer une lecture juive au sens de cette expression depuis la naissance du Talmud.

Evidemment, ni la Torah écrite, ni la Torah orale n’évoquent l’interruption volontaire de grossesse de façon directe (sauf peut-être la mention d’une potion bloquant la fertilité qui aurait également pu provoquer les avortements). A travers les différentes sources nous pouvons cependant nous faire une idée du statut du fœtus.

Sources anciennes : La vie du fœtus est-elle une vie humaine ?

Nous allons commencer par examiner les sources anciennes, toraïques et talmudiques, qui sont le terreau dont se nourriront les opinions ultérieures. Nous détaillerons également les chaînes de pensée qui s’appuieront sur ces différentes positions.

Commençons par la source la plus défavorable, mais gardons à l’esprit qu’elle est minoritaire.

La Torah écrite stipule au tout début du livre de la Genèse (9 :6) « Celui qui verse le sang de l’homme par/dans l’homme son sang sera versé ». En hébreu, le mot « par » et le mot « dans » se disent de la même façon.

Rachi (Troyes, XIe s.), le plus grand des commentateurs, lit cette phrase ainsi : « Celui qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. » Rachi rattache ce principe aux lois concernant l’application de la peine de mort pour un meurtre (peine de mort dont les conditions procédurales sont en réalité si exigeantes qu’elles sont impossibles à remplir).

Cependant, l’un des Rabbins du Talmud de Babylone (Sanhédrin 57b), Rabbi Ichmaël (Israël, Ie s.), comprend ce verset de la façon suivante : « Celui qui verse le sang de l’homme dans l’homme, son sang sera versé. ». Selon lui, « l’homme dans l’homme » se rapporte au fœtus dans le ventre de la femme, impliquant que le fœticide serait puni de mort, selon les lois données par Dieu à Noé, le père de toute l’humanité.

Le Talmud rassemble des opinions très diverses dont beaucoup n’ont pas force de loi, et l’opinion de Rabbi Ichmaël n’est qu’une opinion parmi d’autres. La chercheuse Tirzah Meachem souligne que cette opinion s’inscrit dans la lignée de la vision platonicienne et aristotélicienne (par opposition à l’approche stoïcienne), approche qui a influencé la pensée juive, reprise dans la Septante, dans le Contre Apion de Philon d’Alexandrie (par opposition à l’analyse développée dans Les Antiquités), puis dans le christianisme autour de la question de la faute originelle et de la nécessité de la naissance et du baptême seuls susceptibles de racheter l’âme du fœtus. Les Tossafot sur Sanhédrin 59a, (bien qu’ils expriment une opinion différente dans Nida 44b) reprennent cette vision en application d’un principe qu’ils énoncent pour l’occasion : « Ce qui est interdit à des non juifs l’est à fortiori pour des juifs », étendant aux juifs une opinion restrictive face à l’avortement. Ce principe prend une coloration particulière puisque « les non-juifs » pour les tossafot sont représentés par un monde catholique dont la position sur la question est très tranchée et qui règne sur la réalité politique et sociale de leur époque.

Cette ligne de pensée, cette famille de sources, de la Torah aux décisionnaires, est donc clairement défavorable à l’avortement. Elle repose sur une lecture contestée d’un verset de la Génèse, une opinion talmudique minoritaire, des prises de position contradictoires, influencées par certains courants de la pensée grecque puis de la vision chrétienne.

Les deux sources suivantes se ressemblent du fait qu’elles trouvent toutes deux leur origine dans la michna, qu’elles sont toutes deux extrêmement crues, et qu’elles dénient toutes deux le statut d’être indépendant au fœtus.

La première de ces sources est la Michna Ohalot (6 :7) et en voici les termes :

« Si une femme a un travail très difficile, on coupe l’être dans son utérus et on le sort membre par membre, car sa vie (à elle) passe avant la vie de son fœtus. Mais si la partie principale (la tête du bébé) est sortie, on ne peut pas mettre de côté une personne pour en sauver une autre. »

Il est absolument interdit de sacrifier une personne pour en sauver une autre. Dans ce cas, quelle est la raison qui justifierait de privilégier la vie de la mère ? Deux hypothèses sont possibles :

  • Soit le fœtus a un statut inférieur, et on peut donc en déduire qu’il n’a pas de statut de personne à part entière.
  • Soit le fœtus a un statut égal à celui de la mère mais dans le cas qui nous occupe, c’est lui qui la met en danger, or la loi juive autorise à privilégier la vie d’une victime à celle de son agresseur.

Une autre source michnique, araHin 1 :7, bien que très cruelle, appuie cette première hypothèse. Elle prévoit le cas d’une femme condamnée à mort, cas purement théorique puisque, ainsi que nous l’avons souligné plus haut, les conditions procédurales de l’application de la peine de mort sont impossibles à rassembler. Bien que cela ne doive pas avoir d’implication pratique, le Talmud se préoccupe pourtant de chercher les cas limites d’application des différentes lois, de façon à pousser les concepts et à les affiner, il nous apporte ainsi indirectement des informations sur le statut du fœtus. Voici le texte :

« Si une femme est sur le point d’être exécutée, on n’attend pas qu’elle accouche. Mais si elle est déjà sur la chaise de naissance, on attend qu’elle ait accouché. »

Il est évident que si le fœtus avait le statut d’être humain il serait hors de question de le punir pour un crime commis par sa mère. Mais puisqu’il est considéré comme une partie du corps de sa mère, il reçoit le même statut que n’importe lequel de ses organes. C’est seulement lorsque le moment de l’expulsion a commencé qu’il prend une certaine autonomie, repoussant la mise à mort de sa mère condamnée.

Ces deux sources conjuguées prouvent que le fœtus n’a pas de statut humain, et que sa destruction ne constitue pas un homicide.

La dernière source ancienne que nous allons citer évoque une interruption involontaire de grossesse.

Le livre de l’Exode (21 :22-25) parle d’accident survenant pendant la grossesse en ces termes :

« 22 « Si, des hommes ayant une rixe, l’un d’eux heurte une femme enceinte et que son fruit sort sans autre malheur, il sera condamné à l’amende que lui fera infliger l’époux de cette femme et il la paiera à dire d’experts. 23 Mais si un malheur s’ensuit, tu feras payer vie pour vie ; 24 œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied … »

Le sens de ce texte n’est pas évident en première lecture. Les termes « Son fruit sort », se rapportent clairement au fœtus, mais sort-il vivant, blessé ou mort ? Par ailleurs, que se passe-t-il pour la femme, est-elle elle-même blessée voire décédée ? Le cas « sans autre malheur », veut-il dire que ni la mère ni le fœtus ne subissent de dommage ? Mais dans ce cas, à quoi pourrait correspondre une compensation ? Pour « si un malheur s’ensuite », qui exige de donner « vie pour vie », est-il question de la mort de la mère ou de celle du fœtus ?

En deuxième lecture cependant, la situation s’éclaircit.

Pour rappel, la Torah écrite exclut totalement la vengeance et l’atteinte au corps, si bien que l’expression « vie pour vie, œil pour œil… » renvoie exclusivement à une compensation financière pour une blessure causée à un être humain (Talmud Babylonien Baba Kama 84a), compensation qui comprend cinq volets : l’invalidité, la douleur, les soins, l’arrêt de travail, le préjudice moral (michna Baba Kama 8 :1).

Pour reprendre de façon schématique :

Accident + fœtus sort + pas de catastrophe —> « compensation » financière du verset 22.

Accident + fœtus sort + catastrophe —> « vie pour vie, œil pour œil » du verset 23 = compensation financière prévue dans la Michna et le Talmud pour un dommage causé à un être humain.

La mère est un être humain, donc le verset 23 s’applique à un dommage qui lui serait causé, ce qui serait défini comme une « catastrophe », et donc, par opposition, le verset 22 s’applique à un dommage causé au fœtus ou à sa mort, qui est considéré comme une perte d’un autre ordre, potentiellement au même titre qu’une atteinte au bien d’autrui. En principe, donc, cette source également soutient l’idée que la vie du fœtus n’est pas du même ordre que celle d’une vie humaine. Cependant, la septante, suivant les positions de Platon et d’Aristote, rapportera l’idée de catastrophe à la mort du fœtus, lecture sur laquelle pourront s’appuyer ceux qui voudront dramatiser l’interruption volontaire de grossesse.

Nous voyons donc que d’une façon globale, les sources juives ne considèrent pas le fœtus comme un être humain et sa destruction n’est pas considérée comme un homicide. Mais alors, quel est son statut ?

Quel est le statut du fœtus ?

La conception platonicienne reprise par la suite par la pensée hellénistique ainsi que par le monde chrétien a considéré le fœtus comme un être humain dès qu’il était formé puis dès même sa conception. La tradition rabbinique n’a pas suivi ce cheminement mais a néanmoins pris en considération les différents stades de développement de l’embryon.

Nous apprenons de Rav Hisda dans le traité Yébamot (69b) qu’avant 40 jours (5,6 semaines à partir de la conception) l’embryon est considéré « comme de l’eau ». Rabbi Méir dans le traité Nida (8b) enseigne qu’on commence à voir des signes de grossesse au troisième mois. Dans le traité Houlin (58a) Rabbi Eliezer pose le principe selon lequel « le fœtus est une partie de la mère ». Nous avons vu dans la michna AraHin et la michna Michna Ohalot que le début du travail donne au fœtus un statut suffisant pour reporter l’exécution de la mère coupable mais insuffisant pour l’autoriser à mettre en danger la vie de la mère. La sortie de la tête fait de lui un bébé humain à part entière.

Les premiers décisionnaires

Parmi les premiers décisionnaires Rachi et Maïmonide sont les plus centraux.

Rachi explique l’autorisation de sauver la mère au prix de celle du fœtus en posant le principe que « Tant qu’il n’est pas sorti à l’air du monde il n’est pas vivant ». Cette position est la base juridique de toutes les décisions favorables à l’avortement.

La position de Maïmonide (Andalousie, Egypte, XIIe s.), prête à confusion. Il explique cette même autorisation par le fait que le fœtus est comme une personne qui en menace une autre et ajoute qu’une fois la tête sortie on ne peut plus porter atteinte au fœtus car on n’écarte pas une vie au profit d’une autre. Les décisionnaires réfractaires à l’avortement comprendront de la première partie de la position de Maïmonide que le fœtus in utero est une personne puisqu’il est un poursuivant, ce sera le cas de nombreux sages postérieurs au XVe s. Au contraire, les décisionnaires souples sur la question de l’avortement se référeront à la seconde partie pour énoncer que c’est seulement au moment où la tête du fœtus est sortie que sa vie ne peut être écartée, mais qu’auparavant, il n’est pas considéré comme pleinement vivant.

Parmi les opposants à l’avortement, retenons l’argument des Tossafot selon lesquels ce qui est interdit aux non-juifs (c’est-à-dire dans leur contexte historique, l’interdiction chrétienne de l’avortement) l’est également pour les juifs, ou l’argument selon lequel le fœtus étant une partie du corps de la mère, avorter revient à amputer la mère, ce qui doit être justifié par des raisons très sérieuses.

Les arguments utilisés par les décisionnaires

Parmi les arguments qui s’opposent à l’avortement, nous avons mentionné l’interprétation de Rabbi Ichmaël sur Genèse 9 :6, associée à l’idée que le peuple juif ne doit pas s’autoriser ce que d’autres religions s’interdisent. A cet argument s’ajoute l’interprétation restrictive de l’opinion de Maïmonide.

Le fœtus étant considéré comme un organe de la mère, l’interdiction de porter atteinte à son propre corps est également invoquée en défaveur de l’avortement, de même que l’interdiction de « perdre de la semence », liée à l’obligation « fructifiez et multipliez » qui enjoint à l’homme de ne pas gaspiller son sperme. Ces arguments soutiennent la circonspection dans l’exercice de l’avortement sans s’y opposer formellement, compte tenu du fait que cette obligation repose avant tout sur l’homme et qu’un avortement peut permettre à une femme de se reconstruire et d’élever ensuite plusieurs enfants après avoir mis en place les éléments matériels d’une bonne situation. Le Rabbin Eliott Dorf souligne l’importance de faire exister le peuple juif également sur le plan démographique après la destruction massive qu’il a subi dans la Shoa. Tous ces éléments jouent en défaveur de l’avortement sans y mettre d’obstacle juridique majeur.

Parmi les arguments qui autorisent l’avortement, nous pouvons recenser l’opinion de Rachi pour laquelle le fœtus n’est pas « une vie », la façon initiale de comprendre l’opinion de Maïmonide, la michna AraHin pour laquelle le fœtus ne justifie pas de retarder l’exécution de la mère, la michna Ohalot qui autorise à démanteler le fœtus, même au moment du travail, pour sauver la mère, la parole talmudique selon laquelle l’embryon est considéré « comme de l’eau » avant le quarantième jour. Certains arguments sont assez forts même s’ils n’ont pas tous de valeur clairement juridique et que les indications qu’ils donnent manquent de précision.

Au cours de l’histoire juridique concernant l’avortement, ces éléments ont permis à des rabbins de tous les temps de justifier des avortements en cas de danger direct et immédiat pour la mère. Ces cas ont été étendus lorsque le danger pour la mère n’est plus directement causé par le fœtus mais lié à la condition de femme enceinte, lorsque le danger pour la santé pour la mère n’est pas encore réel mais se traduira au moment de la naissance, lorsque le risque ne porte pas directement sur la vie de la mère mais sur ses capacités futures ou lorsque le danger est lié à la situation de conception du fœtus. Cela a pu être le cas pour des fœtus issus d’adultère, en mettant en avant la menace sur la vie de la mère ou sur l’équilibre de la famille, et autour d’autres cas qui, sans être réellement des dangers physiques sont des situations de « grand besoin ». Certains incluent dans ce grand besoin, au-delà de la vie de la mère, la protection de l’enfant ainé dont l’allaitement serait menacé par la grossesse de la mère. On a pu décider également que même une fois la tête du bébé sorti, dans le cas où l’inaction aboutirait de façon certaine à la mort à la fois du bébé et de la mère, il fallait privilégier cette dernière. L’avortement en cas de viol a pu être autorisé par la pilule du lendemain, et également dans la suite de la grossesse. L’ouverture des rabbins concernant l’avortement sera en fin de compte intimement liée à la façon dont ils définiront le « danger » pour la mère, à leur volonté d’étendre cette notion au-delà de sa survie, à la conservation de ses capacités physiques, et même à son équilibre psychique ou à son équilibre familial.

Responsabiliser

Après toutes ces mises en perspectives et ces réflexions, j’aimerais partager avec vous quelques idées personnelles.

Nous sommes tous et toutes « pro-life », en ce sens que nous sommes en faveur de la vie. Et pour revenir au titre de cette présentation, c’est précisément sur ce point que le « Mot Ment ».

L’approche talmudique nous invite à questionner et à contextualiser, ce qui est fort utile dans le débat qui nous occupe, car de quelle vie parlons-nous, celle du fœtus ? Celle de la mère ? De quel type de conception de la vie humaine parlons-nous, d’une vision où l’on contraint ? D’une vision où on ouvre des portes ?

Si la vie du fœtus est prioritaire, dans une vision de contrainte, l’interdiction de l’avortement est envisageable. Les femmes pourraient alors être forcées et infantilisées. L’idée que certains peuvent décider pour d’autre serait en promotion et s’étendrait rapidement à d’autres catégories de personnes. Vous comprenez bien que je ne partage pas cette vision. Ceci est clairement contraire au message du judaïsme qui invite sans cesse à la responsabilité.

Si au contraire la vie de la mère est prioritaire, dans une vision de liberté, il est nécessaire d’autoriser l’avortement.

Dans cette vision, l’avortement doit être une option, un choix possible et respecté par l’ensemble du corps social, car engendrer n’est pas un acte technique mais un acte d’amour, de responsabilité, d’engagement éducatif, qui ne peut être réalisé que dans la liberté et le respect de soi, essentiels au respect de l’autre à naître. Donner naissance n’est pas un acte « par défaut », ce n’est pas un acte du corps, mais un acte de la conscience.

Il va de soi que dans ce contexte, l’avortement ne doit pas être la seule possibilité. En amont, la contraception doit être une évidence accessible à toutes et à tous. En aval, donner naissance doit également être une option enviable.

S’il faut lutter contre l’avortement, c’est alors uniquement par une action radicale en faveur de la liberté des femmes. Comme le Talmud le fait parfois pour les règles de la Torah écrite, on peut déraciner les mauvaises raisons de l’avortement, sans porter atteinte à ce droit fondamental des femmes de disposer de leur corps.

Élever ses enfants ne doit pas entrer en concurrence avec le désir légitime de poursuivre ses études, de mener une carrière, d’exister pour soi-même. Beaucoup de femmes paient leur maternité d’un prix qui n’est pas acceptable. J’adorerais vivre dans une société qui encouragerait la parentalité, qui proposerait des places de crèche, des aides familiales, qui soutiendrait les mamans seules, qui favoriserait les papas engagés dans des congés de paternité. Le choix d’engendrer exige du parent toute son énergie éducative, il se met au service de l’émergence d’une nouvelle personnalité dans notre belle espèce humaine. Dans une telle société les mauvaises raisons de l’avortement auraient disparu.

Si l’on veut développer une politique nataliste, elle doit être une politique de soutien aux femmes – qui portent le poids physiologique et bien souvent le poids financier de l’engendrement, et une politique de soutien à l’implication éducatif des hommes – que les habitudes, les stéréotypes sociaux et les employeurs incitent à se désengager.

Donner le choix aux femmes, c’est également responsabiliser les pouvoirs publics sur leur politique de soutien à l’égalité femmes-hommes et leur soutien aux parents qui prennent leurs responsabilités. Contraindre les femmes, c’est ouvrir la porte à toutes les dérives.

A travers nos choix concernant l’avortement, c’est notre vision de la société et notre vision de la vie qui est en jeu. Aliéner la liberté des femmes, c’est aliéner notre liberté à tous. Protéger la vie humaine, c’est protéger la dignité de toutes et tous. C’est en cela, pour revenir à Aragon, que « la femme est l’avenir de l’homme ».

Réflexion – Humanité, animalité, PessaH, Chavouot

Voici l’article que je viens d’écrire pour le magazine « L’Appel ».

Vos remarques et vos idées m’intéressent, partagez-les!

Le sacré est de nos jours communément exprimé par le mot « spiritualité ». L’esprit est évanescent et s’élève. Le corps jeune et fin, retouché, des publicités, n’est plus un corps mais un avatar.
Il existe une autre façon de concevoir le sacré. On peut le concevoir comme l’ancrage, la profondeur, la matière, le lien avec la vie dans ce qu’elle a de plus concret, nos corps, leurs limites et leur souffrance, leur imperfection, leur mortalité. La première vision défie la pesanteur, la deuxième l’assume et l’investit. La première voudrait que l’humain ne soit que pensée et nous place au-dessus de l’animalité, la deuxième nous associe au naturel et au sauvage.

Nos corps sont-ils à l’image d’un dieu abstrait ou à l’image d’animaux faits de matière ? Reprenons le récit biblique : D’une part, les humains sont créés « à la ressemblance » (Gen.1 :26) du Créateur invisible. Donc, peut-être, abstraits.
Mais d’autre part, les premiers alter-egos de l’humain premier sont faits de matière. Lorsque l’Eternel comprend qu’il lui faut des compagnons, il décide de les façonner avec de la terre (Gen.2 :18, le terme employé est עֵזֶר, ézer, un aide), il crée les animaux et les lui présente (Gen. 2 :19).
C’est uniquement après l’échec de cette stratégie que le Créateur divise l’humain initial en ses deux parties, qui se tiendront réciproquement compagnie (Gen. 2 :21). Cette histoire invite à reconnaitre la nature animale de l’humanité, ainsi, peut-être, que son désir d’y échapper en n’acceptant de compagnon autre qu’issu de lui-même.

Le corps humain est-il alors plus « spirituel » que le corps animal ? L’un est élevé, l’autre vil ? Cela ne semble pas être le cas puisque de nombreuses associations et comparaisons existent. La vision d’Ezéchiel présente des créatures célestes à quatre côtés, des créatures cubiques, ayant face d’humain, de lion, de taureau et d’aigle (Ez. 1 :8). Près de huit siècles plus tard, dans la Michna, Rabi Yéhouda ben Téma nous compare aux animaux en demandant « sois fort.e comme le tigre, et léger comme l’aigle, et rapide comme la gazelle, et courageux comme le lion, pour faire la volonté de ton père qui es aux cieux. » (Avot 5 :20). L’incitation sera encore d’actualité pour Rabbi Yossef Karo, au XVIe siècle, et il introduira ainsi le plus célèbre recueil de loi du judaïsme : « Il saisira son courage comme le lion pour se lever le matin pour le service de son Créateur… » (ChouHan ArouH O »H 1 :1). Ces exemples valorisent la nature et trouvent des qualités au sauvage.

L’association entre le sauvage et le cultivé se retrouve à cette période l’année qui nous mène la liberté de la fête de PessaH à la responsabilité de Chavouot. Le temps de la sortie d’Egypte est en efffet le temps de la nature. Le livre biblique associé, lu spécialement à la fête de PessaH, fête de la libération, est le cantique des cantiques, « Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, qui repose sur mon sein. Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troène dans les vignes d’En-Ghedi. Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont ceux d’une colombe. Que tues beau, mon bien-aimé, et combien aimable! Notre couche est un lit de verdure. Les solives de nos maisons sont de cèdre, nos lambris sont de cyprès. ».
Une errance libre y permet de renouer avec les rythmes oubliés dans l’oppression. Le ressourcement dans la nature, la reconnexion à soi-même après l’esclavage, apparait comme une nécessité.

Quarante-neuf jours après, le judaïsme célèbre la fête de Chavouot qui signifie à la fois promesses et semaines. Promesse, parce que le temps de la responsabilité est venu, les hébreux reçoivent l’enseignement, la Torah, un cadre d’étude et de comportement qui les engage. Semaines, parce que cet engagement suit nécessairement le respect du cycle naturel, le temps des sept jours correspondant aux phases de la lune.

Ainsi, la « loi » juive ne s’oppose pas à l’ « amour » chrétien. Le cadre de l’engagement juif prend en compte la réalité naturelle dans sa puissance sauvage dans un dialogue et une co-action nécessaires.

Prochain Atelier Humaniste: 12 juin – Embrasser le sacré de chaque instant

Les religions sont-elles LGBT-phobes?

In extremis avant Chabbat, parce que c’est important, je vous informe de ma participation à une conférence interreligieuse, qui sera une prise de position en faveur de la défense des libertés fondamentales de chacune et chacun, indépendamment de ses préférences ou identifications sexuelles.  Le texte suivant est celui des organisateurs.

Nous vous invitons le Mardi 25 juin à la Mairie du IIIème arrondissement à la table ronde « Les religions sont-elles LGBT-phobes ? ».
La condamnation religieuse de ce que nous appelons de nos jours « homosexualité » (masculine et féminine) est fondée sur des textes sacrés qui doivent être compris avec discernement au regard de leur contexte culturel d’écriture et de leur message actuel : une condamnation des rapports entre hommes dans le Lévitique (Ancien Testament), la mention des femmes et des hommes se livrant à « des rapports contre nature » parmi les comportements dénoncés par l’apôtre Paul dans deux épîtres (lettres) du Nouveau Testament, des interdictions proches du Lévitique dans certaines sourates du Coran.
Le but de cette rencontre est d’engager ou de poursuivre un dialogue entre les instances religieuses et les associations qui luttent pour les droits humains.
La frontière entre condamnation des LGBT et les LGBTphobies est tenue. Quelles actions concrètes mènent les religions pour éviter le glissement vers la haine de leurs fidèles ? Quels outils pédagogiques utilisent elles pour donner un éclairage nouveau de leurs textes ? Quel accueil réservent-elles aux jeunes mariés de même sexe, à leurs enfants et aux trans ? Comment concilient-elles droits civiques et droits religieux ? Quelles positions adoptent-elles sur la transidentité ?
Cette conférence est organisée par les associations LGBT confessionnelles, David et Jonathan (LGBT Chrétien, le Beit-Haverim (Groupe juif LGBT), Shams France (Association LGBT pour les personnes du Maghreb et du Moyen-Orient) et également La Montagne Sans Sommet (Communauté bouddhiste)
Pour assister, il faut réserver obligatoirement sur l’un des mails suivants :
• contact@shams-France.org
→ RDV à 19h, Mairie du IIIème arrondissement de Paris.

Questions fondamentales pour le judaïsme de demain…

Savons-nous expliquer notre conception du judaïsme d’aujourd’hui? Tous les juifs sont-ils d’accord avec notre vision? Comment défendre nos idées dans le « débat public juif »? Comment expliquer nos conceptions à nos enfants? Comment discuter dans le respect?

Le judaïsme d’aujourd’hui soulève des questions, parfois difficiles, qui nous concernent tous.

Nous en parlerons ensemble ce dimanche, à Ganénou.

Evènement facebook ici: https://www.facebook.com/events/2154962864616859/

 

Nous ne sommes rien! Dracha de Yom Kipour

Qui êtes-vous ? Qui voulez-vous devenir ?
En ce rendez-vous solennel de Yom Kipour, il est temps de nous reposer cette question traditionnelle.
En vous la posant, je me la pose également à moi-même.
Qui suis-je ? Vers quelle version de moi-même suis-je en chemin ?

Le temple de Delphes portait l’inscription « connais-toi, toi-même ».
La difficulté de cette formulation, c’est qu’elle prétend que nous « sommes » quelque chose, que nous aurions une « essence », une « nature ».

Or, nous ne sommes rien. Nous ne sommes rien de figé.
Nous voudrions savoir, et parfois nous le demandons aux autres, à nos amis, à nos psy, à nos rabbins, à nos gourous, à notre horoscope, nous voulons entendre : « tu es gentil », « tu es forte », « tu es beau » « tu es intelligente ». Nous voudrions « être ».

Dans cette recherche de réponse, nous nous tournons vers des dieux de toute sorte, vers le religieux, l’économie ou la biologie, comme s’ils avaient des réponses.  Les hommes de pouvoir et les industries technologiques l’ont compris. Les publicités fleurissent pour des tests ADN qui nous permettraient de savoir « qui nous sommes ». Nous aimons les films dans lesquels le héros change d’identité par magie, comme superman, Gigi ou les Winx. Nous passons parfois par les produits miracles ou la chirurgie esthétique.

Et nous démasquons cette tendance par l’humour. J’avais acheté il y a quelques années, un « spray » de conversion, il suffisait de l’aspirer pour devenir juif.
Nous savons que ce n’est pas aussi simple, alors nous luttons pour ne pas nous laisser tenter.

Comment définir l’identité alors qu’elle est sans cesse en mouvement ?
Sommes-nous juifs parce que nos parents étaient juifs ? Ou parce que nos enfants reçoivent un enseignement juif ? Ou parce que nous en renouvelons ce choix aujourd’hui ?

Héraclite disait que nous ne pouvons pas nous baigner deux fois dans le même fleuve. Lorsque nous nous baignons dans l’eau, elle ne doit justement pas être statique, pour que cette eau soit un mikvé, מקווה et nous aide à évoluer, elle doit être en mouvement.

Comme le disait Hillel : « N’aie pas confiance en toi jusqu’au jour de ta mort » ( ואל תאמן בעצמך עד יום מותך )ou plutôt : « ne crois pas que tu es ce que tu es, jusqu’au jour de ta mort, car tu ne sais pas ce que tu peux devenir ». (avot 2 :4)

En ce jour de Kipour, comme Hillel, nous sommes ouverts aux possibles qui s’offrent à nous pour l’année à venir.

La rencontre de Rabbi Yohanan et Rech lakich évoque l’infini des possibles.
Ils se sont justement rencontrés au bord d’un fleuve, en ce lieu de traversée, de passage et d’ouverture.

Rabbi YoHanan, le grand sage de notre tradition, s’y baignait. Rabbi YoHanan était d’une grande beauté, qui émut Rech lakich, ce terrible bandit. Rech lakich se mit alors à sauter d’une rive à l’autre, pour l’impressionner. Il lui dit « ta beauté conviendrait mieux à une femme » et rabbi YoHanan lui répondit « ta force conviendrait mieux à… l’étude de la torah ».

Rech Lakich décida de suivre la recommandation de rabbi YoHanan, il devint un grand sage, tous deux devinrent des amis « à la vie, à la mort », des compagnons d’étude indispensables l’un à l’autre. Des années plus tard, un jour de colère, Rabbi YoHanan dira à Rech laKich avec cynisme : bien sûr que tu as raison, tu t’y connais en banditisme, toi qui était brigand. Blessés, les deux amis se séparèrent et moururent de chagrin. (baba metsia 84a)

Cette histoire est peut-être encore plus importante qu’il n’y parait.
Elle parle d’amitié, d’amour, et de leur caractère vital, sans eux, nous mourons.

Comment naît l’amour ?
L’amour, nait dans une recherche de soi-même, dans un projet de transformation.

Rech Lakich saute d’une rive à l’autre, il hésite, quel chemin prendra-t-il ?
Rabbi YoHanan se baigne dans le fleuve, il se ressource, il fait un mikvé, il « se baigne dans l’espoir », il prépare une renaissance.
Tous les deux sont dans un processus de transformation qui changera leur vie. Jamais plus Rabbi YoHanan ne se baignera à nouveau dans ce même fleuve, car tout aura changé, pour lui, pour son ami, et pour les juifs de tsipori du IIIe s, et le monde juif jusqu’à aujourd’hui.

L’amour naît dans le projet de transformation, et meurt dans le retour vers le passé.
Dans un moment de colère Rabbi YoHanan a transgressé un interdit fondamental : on ne doit pas rappeler à quelqu’un ses transgressions ou ses erreurs passées ; on ne peut pas le forcer à regarder en arrière. Sinon, comme la femme de Loth, on se change en statue de sel, éternelle, mais morte.

En ce jour de kipour, comme Rech Lakich et Rabbi YoHanan, nous prenons conscience des chemins qui s’offrent à nous, des rives du fleuve que nous devons choisir, des eaux dans lesquels nous pourrions nous immerger.

Apollinaire dit cela merveilleusement avec beaucoup de nostalgie : « Passent les jours et passent les semaines, Ni temps passé, Ni les amours reviennent, Sous le pont Mirabeau coule la Seine, Vienne la nuit sonne l’heure, Les jours s’en vont je demeure »

Ce qui est écoulé, ne reviendra plus, il faut le laisser partir, il faut faire le « tachliH », תשליך le « renvoi », la cérémonie au cours de laquelle on laisse les erreurs et les regrets du passé s’écouler dans l’eau des fleuves.

En ce jour de Kipour nous prenons le temps de faire le deuil de ce qui ne reviendra pas, dans nos vies, dans le judaïsme, et dans le monde pour renoncer à attendre vainement le retour du passé.

Mais Yom Kipour ne s’arrête pas là. Il nous incite à la mobilisation : la téchouva תשובה, la téfila תפילה, la tsédaka צדקה lèvent la malédiction du passé, et nous ouvrent les portes de l’avenir.
Apollinaire continuait « l’espérance est violente » !  Et Ernst Bloch nous guide : Il faut faire un pas vers l’espoir, transformer l’espoir passif en espérance active. « L’affect de l’espoir sort de lui-même, agrandit les hommes au lieu de les diminuer. »

Comme le disent Francis Blanche et Pierre Dac, nous avons l’avenir devant nous, et il sera derrière nous chaque fois que nous ferons demi-tour. A nous de choisir dans quelle direction regarder.

Si « je demeure », je meurs. Mais si je dévie, je vis.
C’est paradoxal, mais cela fonctionne. L’intelligence, c’est la souplesse de savoir s’adapter de façon créative.

En ce jour de Kipour, nous envisageons ce qui nous aide à nous tourner vers l’avenir, à changer de chemin, à exercer notre intelligence, à « choisir la vie ».

Ainsi le hasard perd son pouvoir. Nous pouvons cesser de souhaiter une année pleine de bonheur et commencer à souhaiter une année pleine de force et de détermination.

Edgar Morin, avec d’autres, est un penseur du « réechantement du monde », son nom de naissance n’est pas Morin mais NaHoum, qui signifie consolation. Pour lui, la pensée doit quitter l’espoir d’obtenir des réponses définitives et s’ouvrir à la complexité du monde.

En ce jour de Kipour, comme Edgar Morin, nous pensons aux changements de pensée qui sont nécessaires pour que notre monde se réenchante pour nous-mêmes, pour la sagesse juive, pour le monde dans lequel nous vivons.

La philosophe féministe et anarchiste Emma Goldman avait rencontré Durruti au moment de la guerre d’Espagne. Il disait de ses soldats qu’il ne leur donnait pas d’ordres : « Ils sont venus à moi de leur plein gré, ils sont disposés à donner leur vie pour notre lutte antifasciste. Je crois, comme j’ai toujours cru, en la liberté. Une liberté qui repose sur le sens de la responsabilité. »

Le chef militaire lui-même ne considère pas qu’il a les réponses pour les autres, mais que chacun doit faire son chemin et chercher.

Publié après la mort de Durruti, L’article d’Emma Goldman, s’appelle : « Durruti n’est pas mort ». De la même façon, des siècles après la mort de Jacob, rabbi YoHanan disait « le patriarche Jacob n’est pas mort ». (taanit 5a) Car les idées que nous continuons à porter restent en vie, en changement, et en devenir.

En ce jour de Kipour, comme Emma Goldman et rabbi YoHanan, nous pensons à tous ceux « qui ne sont pas mort » et dont la pensée continue à nous mettre en mouvement.

Nous pouvons renoncer à chercher « qui nous sommes » et nous engager à décider « de quoi nous sommes capables ».
Nous pouvons renoncer à nous appuyer sur « la réponse scientifique » et rechercher « ce que disent les sciences de la complexité du monde ».

La réalité n’est pas une terre solide sur lequel nous pouvons marcher. Elle est une eau fluide dans laquelle nous pouvons nager. Elle s’écoule, tout en nous maintenant hors de l’eau.

Le travail de téchouva et de aHrayout de notre tradition, le réexamen et la responsabilité, correspondent au travail d’espérance d’Ernst Bloch, au travail de réechantement d’Edgar Morin, au travail d’action directe d’Emma Goldman.

Marc Twain disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait »

Au cours de nos vies, nous avons appris que certaines choses étaient impossibles. Il est temps de l’oublier.

Kipour est ce moment où on oublie ce qu’on croit impossible, de façon à pouvoir le réaliser.
Ce moment où l’on cesse de se connaitre, pour commencer à se découvrir,
ce moment où l’on quitte l’illusion des réponses pour le développement des questions.

Nous sommes plus que ce que nous sommes, nous sommes ce que nous pouvons devenir.

Gmar Hatima tova.

Rayonner et contribuer

Chers amis et amies, chers membres,

La synagogue que nous construisons au jour le jour ensemble est un lieu d’accueil qui nous permet de vivre nos valeurs au quotidien.

Il faut souligner qu’elle est également un havre de paix, ou un port d’attache, pour que ces valeurs rayonnent vers l’extérieur.

Par ce rayonnement, nous apportons nos contributions à l’humanisme et à l’égalité des genres.

Par ce rayonnement, nous donnons également l’occasion à d’autres de nous rejoindre pour que nous soyons plus forts encore dans l’accueil et la transmission.

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, hier, j’ai eu la chance de pouvoir en dire quelques mots sur judaïques FM et d’être également présente sur i24.

Tout ceci fait sens, au delà des idées, par la réalité concrète que nous arrivons à leur donner ensemble.

Je les partage donc avec vous, en nous souhaitant un chemin toujours plus large et passionnant ensemble.

Shabbat Shalom, שבת שלום

https://www.i24news.tv/fr/tv/revoir/i24newsroom/x6fw8jl

http://www.judaiquesfm.com/emissions/59/presentation.html#podcasts

 

Obéir ou Contester ? Le Non-sacrifice d’Isaac (CultureJ1)

La tradition juive nous demande-t-elle d’obéir ou de contester? Les commandements sont, certes, centraux dans la pensée juive. Et par ailleurs, les juifs sont plutôt de caractère contestataire, « à la nuque raide ». Que penser de cette apparente contradiction? L’obéissance serait-elle toujours antinomique de la liberté ou au contraire, ces deux attitudes pourraient-elles parfois être complémentaires?

La Akéda d’Isaac est l’un des exemples les plus poignants de soumission (mais à quoi exactement?), central dans la pensée juive aussi bien que dans la liturgie.

Comment expliquer cet étrange « ordre » divin? Que s’est-il vraiment passé? Comment comprendre cet épisode aujourd’hui?

Telle sera la thématique de notre première rencontre culture J de l’année, mardi 14 novembre, de 20h à 21h30, à surmelin.

Autres dates à retenir (les thématiques seront affinées par la suite):

Culture J 5778

Cette année, Brigitte et Élisabeth interpellent notre Rabbin sur une question qui préoccupe le monde occidental depuis les débuts de la modernité : « Obéissance et liberté : est-ce antinomique ou complémentaire ? »

Cycle d’automne : Soumission ou liberté au niveau individuel

14 novembre 2017: La akéda d’Isaac et nos pré-déterminations : un exemple de soumission ou de libération ? L’obéissance est-elle un facteur de liberté (moussa nabati). La Téchouva.

28 novembre 2017: Grandes figures d’évolution et de révolution dans la tradition juive.

12 décembre 2017: Eve, le choix de la connaissance, le choix du savoir à travers les générations.

Cycle de printemps : Soumission ou liberté au niveau social

15 mai 2018 Que dit le judaïsme de la hiérarchie ? Qu’est-ce qu’un rabbin ?

29 mai 2018 Que dit le judaïsme de l’indépendance de l’enfant dans la hiérarchie familiale ?

12 juin 2018 Qu’est-ce qu’un fonctionnement démocratique d’un point de vue juif ?

Réformer la religion aujourd’hui, en judaïsme, en christianisme, en islam

Centre culturel des Terreaux
Centre culturel des Terreaux

En 1517, Luther appose les 95 thèses contre les indulgences sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg. C’était il y à 500 ans. A l’occasion de cet anniversaire, le monde protestant organise différentes manifestations et festivités. A Lausanne, la série de rencontre prévues a été inaugurée ce soir dans une perspective plus large, permettant d’intégrer les réflexions de l’Islam à travers l’intervention de Haoues Seniguer, de la sociologie avec Philippe Gonzalez, et du judaïsme que j’ai eu la chance de représenter.

Les rencontres extérieures sont une occasion de retravailler nos idées et notre vision, elles permettent de garder le lien entre notre communauté et le monde extérieur. Ainsi, les enseignements que nous développons ne tournent pas en vase clos, au contraire, ils se frottent et s’affutent, s’enrichissent et se développent dans la discussion. Une maHloquèt à grande échelle, qui nous permet de préserver l’articulation entre d’une part notre particularisme, notre identité propre et d’autre part notre sensibilité universelle.

Pierre Gisel, Théologien, chercheur et auteur était le modérateur des débats. Il a introduit le propos en distinguant les réformes internes, mises en oeuvre par l’un ou l’autre groupe, des réformes externes, celles qui peuvent lui être imposées de l’extérieur. Il nous a invité à relire notre propre histoire, à parler des réformes qui ont eu lieu au sein des différentes familles religieuses, et réfléchir à « l’articulation d’une tradition au présent historique » ainsi qu’à l’ « articulation au monde, au social et à la culture de tous ».

Dans ce cadre, j’ai eu l’occasion de prendre la parole pour une vingtaine de minutes et d’évoquer la signification du mot « réforme » et de souligner le caractère drastique de cette notion, par comparaison à d’autres concepts comme le changement ou l’évolution organique. J’ai souligné qu’une réforme entame généralement le début d’une religion nouvelle, comme le christianisme a pu se revendiquer d’une réforme du judaïsme, créant un « nouveau testament » initialement prévu pour remplacer l' »ancien ». De la même façon, la réforme protestante a été le commencement d’une nouvelle façon d’aborder le christianisme. Par opposition, on peut s’interroger sur les évolutions vécues par la tradition juive au cours de son histoire. Il est intéressant de rechercher factuellement quels ont été les grands points d’évolution, il est également important de noter ce que le judaïsme dit de ces changements, la façon dont il les raconte.

D’un point de vue de l’histoire antique d’Israël, qui se confond avec une histoire symbolique, nous parlons sans cesse de voyages et d’évolutions. TéraH quitte Ur, Abram et Saraï quittent Haran, ils changent eux-mêmes de nom pour devenir Abraham et Sarah. Les changements identitaires sont intégrés dans l’histoire mythologique du peuple juif.

Nous passons ainsi d’une tradition patriarcale-nomade à une identité d’esclave et d’oppression en Egypte, puis un voyage dans le désert, puis une rencontre avec une loi, puis une période de 40 ans de construction et de confrontation avec cette loi autour d’un temple portatif, puis une période sous la conduite des juges, puis des rois, puis seulement une époque de centralisation religieuse autour du temple, permettant les grands rassemblements des fêtes de pèlerinage. L’exil en Assyrie met fin à la centralité du culte du Temple, dont la destruction est un terrible choc. C’est la prière et l’étude qui prennent le relais avec l’époque des scribes. Ezra et Néhémie reconstruisent le second temple, qui sera à son tour détruit redonnant un rôle renouvelés à l’étude et à la prière comme points focaux de substitution.

Avec la diaspora et les déplacements des juifs au fil des remous de l’histoire, les influences extérieures seront diverses et créeront des branches légèrement différentes au sein du judaïsme, avec l’influence de l’islam en Afrique du nord pour les juifs séfarades et cette du christianisme en Europe pour les juifs achkénazes. A chaque fois, sans qu’il y ait toujours de « réforme » au sens brutal du terme, il y a des adaptations et des formations renouvelées et créatives des modalités de la pratique juive.

L’émancipation des juifs achkénazes suite aux développements de la révolution française et l’intégration des juifs à la société globale a un défi très difficile. Elle a entrainé des évolutions d’abord assez brutales des modalités de l’être juif au XIXe s. La première de ces modalités a été la disparition pure et simple avec l’assimilation et la perte identitaire, dans une société globale peu ouverte à la diversité. D’une façon très schématique, on pourrait dire également qu’un courant libéral a œuvré pour une adaptation express du judaïsme alors qu’un courant orthodoxe en a pris un contre-pied drastique. Ces courants se sont globalement rapprochés aujourd’hui, tout en gardant leurs différences. La re-création de l’État d’Israël et la Choa ont également été des tournants majeurs dans la façon dont les juifs définissent leur identité.

On voit ainsi que l’histoire du judaïsme, autant son histoire « historique » que son histoire « mythique », intègre des évolutions et des métamorphoses, toutes raccordées par le fil rouge d’une revendication de continuité et par la fidélité à des textes qui restent centraux même lorsque leur interprétation varie.

Il aurait été intéressant de détailler ensuite les outils que le judaïsme a pu utiliser pour intégrer ces changements, de parler de l’installation de YoHanan Ben Zakaï ou des Makabim, de mentionner la rédaction de la Torah orale et ses implications, de noter les outils hilHatiques qui permettent de prendre en considération les évolutions du temps. J’aurais aimé également faire le point sur le judaïsme actuel et sur ce qui faisait la vitalité mais aussi parfois la rigidité du judaïsme en France.

Il était temps d’entendre  le sociologue Philippe Gonzalez. Il a entre autre souligné que les fondamentalismes étaient des réformes « modernes et anti-modernes », fondées sur le rejet de la critique historique qu’ils considèrent comme la cause de la perdition de la famille et par conséquent l’affaiblissement général du groupe, qui doit retourner à sa grandeur en conformité avec un grand destin qu’il doit accomplir en tant que groupe « élu ». Pour lui, le désinvestissement de l’Etat dans le religieux entraîne une baisse des moyens et rend difficile la formation de personnes qui ont réellement le temps de penser, favorisant l’émergence de visions rentables à court termes, d’une simple continuation du passé sans projection vers l’avenir. C’est ainsi une « religion de marché » qui apparait, et qui doit être plus concurrentielle qu’inspirante, ceci étant vrai dans les différentes familles religieuses comme dans la recherche fondamentale et l’université. Pour finir, il a rappelé les différents moteurs de la réflexivité: 1 – la tradition fait face à ses réalités historiques et à sa diversité interne; 2 – elle accepte d’être confrontée à la critique historique; 3 – le débat interreligieux contribue à sa prise de recul; 4 – le contact avec l’Etat et 5 – avec la société civile l’invitent à se remettre en question. Selon lui, les religions ont un rôle fondamental à jouer du fait de leur préoccupation du bien commun qui est trop souvent délaissé au profit de visions purement individuelles.

Haoues Seniguer a ensuite pris la parole. Il a brièvement retracé l’histoire des réformateurs de l’islam. Il a noté que la réforme de l’islam était souvent présentée comme la solution ultime de tous les problèmes en France, ce qui est bien sur illusoire. La violence des attentats ne devrait pas pousser à une pression de réforme sur l’islam, qui ne peut évoluer que de l’intérieur. La radicalisation a pour sens premier le fait de « revenir à la racine », ce qui n’est pas intrinsèquement problématique. Pour lui, le Djihadisme est un problème en soi mais reflète surtout l’absence de réflexivité en islam. Se pose la question du statut du texte coranique. Depuis le 7e siècle existe la possibilité d’une prise de recul qui est réactivable, permettant une historicisation et donc une relativisation, une avancée éthique qui peut permettre à chacun une plus grande liberté. Différents courants de réforme coexistent dans l’islam, un courant qui intègre la critique historique, un courant qui distingue ce qui est évolutif de ce qui est immuable avec toute la difficulté de la définition de cet immuable, un courant qui reviendrait à remettre en cause la parole de Dieu, des courants qui veulent revenir aux débuts de l’islam, soit pour les reproduire à l’identique, soit pour les retraduire au présent.

La discussion a pu continuer, à la fois entre les intervenants et avec le public, permettant de donner diverses précisions et de poursuivre notre réflexion concernant notre capacité à prendre du recul vis-à-vis de nos croyances pour pouvoir les examiner non seulement avec notre propre regard, mais aussi pour comprendre ce qu’elles signifient pour autrui.

 

 

Les religions dans la tourmente – Nous étions à l’ENM ce vendredi

ENMCe vendredi 7 octobre, l’École Nationale de la Magistrature concluait une session de formation d’une semaine avec une table ronde « Les religions dans la tourmente en France après l’été 2016 ». Cette formation portait sur les monothéismes dans leurs histoires et leurs relations au monde contemporain, qu’elle était organisée par l’IESR pour le service de formation continue de l’ENM. J’ai eu la chance de pouvoir y participer avec différents intervenants passionnants.

La table ronde était menée par Philippe Gaudin, qui est agrégé de Philosophie et Directeur adjoint de l’IESR (EPHE).
La formation réunissait des magistrats et d’une façon plus générale des personnes travaillant au Ministère de la Justice.
La terreur nous confronte à des situations de dilemme, puisque nous devons à la fois prendre des mesures contre des terroristes (alors qu’il n’est pas toujours facile de les identifier) et protéger l’État de Droit qu’est la France (en évitant de se fonder sur une « dangerosité présumée » et en restant proche des infractions réelles et objectives commises).
Le Ministère de la Justice dans ses différentes branches est au cœur de cette double responsabilité. C’est donc avec un sentiment de profond respect pour l’institution et ses participants que j’ai eu la possibilité d’ouvrir le débat.

Ainsi que l’avait demandé Philippe Gaudin, les intervenants se sont d’abord présentés avant de partager l’expérience de leurs coreligionnaires dans les troubles qui nous agitent.

Parmi les grands défis des religions aujourd’hui, j’ai mentionné plusieurs questions fondamentales:
– La relation Tradition/Modernité et de façon connexe la question Croyance/Raison.
– Le défi d’exister en tant que minorité qui refuse à la fois l’assimilation et la communautarisation-fermeture, et qui cultive à la fois son identité humaniste et française et son identité particulière. (Défendre des spécificités culturelles étant également une façon de contribuer à la pérennité de la liberté de penser et de la liberté religieuse, qui comme la liberté de la presse « ne s’usent que quand on ne s’en sert pas ».)
– Notre besoin de contribuer à une limitation de l’impact du terrorisme: comment aider à « réparer » au moins dans la mesure du possible les traumatismes liés à la violence et à la peur? Quels outils les religions peuvent-elles apporter pour limiter la violence? Et en particulier, notre violence intérieure en réaction à ces violences insupportables, la violence liée au risque du repli communautaire, et la violence de l’exclusion, du racisme et de la fracture sur des critères « identitaires » qui menacent au niveau national. Les communautés religieuses ont un rôle à jouer sur ces questions, aux côtés des autorités nationales et des associations de défense des droits de l’homme ou des autres groupes porteurs d’engagement humaniste.

J’ai pu raconter de quelle façon notre mouvement mène des actions de grande ampleur comme les voix de la paix,  et comment nos synagogues s’impliquent dans des actions de terrain comme les dîners chabbatiques « identités multiples » que nous organisons au MJLF-est pour mettre en relation des individus de différentes origines et tradition autour de thématiques transversales (Qu’est-ce que le temps sacré? La culpabilité: oui? non? pourquoi?…) et autour d’associations (Les bâtisseuses de paix, Cordoba, la LICRA….).

Les trois heures que nous avons pu partager ont été très intenses et instructives. Les participants ont partagés quelques unes de leurs actions pour lutter contre l’effet du terrorisme sur leur pratique, que ce soit par une sensibilité accrue aux besoins des justiciables, un travail personnel pour rester impartial ou un effort de formation permanente.

Il est bon d’appartenir à des « communautés » qui partagent nos valeurs. Le séminaire de formation de l’ENM était sans aucun doute la preuve que nous sommes capables de créer des « communautés d’étude et de soutien » qui transcendent les communautés religieuses (si je peux m’exprimer ainsi!), qui défendent les particularismes culturels et religieux en reconnaissant à la fois les spécificités et les ressemblances, et en particulier notre attachement commun et essentiel aux valeurs humanistes.

Pour beaucoup d’entre-nous, le meilleur rempart contre la peur, c’est l’action, merci donc à toutes celles et ceux qui d’une façon directe ou indirecte, en tant que membres, bénévoles ou permanents, permettent à nos communautés de s’exprimer et d’apporter leur soutien aux forces de la démocratie.

Table ronde : les religions dans la tourmente en France après l’été 2016
– Madame Bariza KHIARI, sénatrice, directrice de l’institut des cultures d’islam
– Monsieur Nicolas de BREMOND D’ARS, prêtre catholique du diocèse de PARIS,sociologue au CESOR.
– Monsieur Marc BOSS, théologien et philosophe, Institut protestant de théologie de PARIS
– Madame Floriane CHINSKY, rabbin du Mouvement juif libéral de France

Pourquoi Dieu n’utilise-t-il pas la violence contre les « fausses religions » ?

Avoda zara 54b

Dieu semble se compliquer la vie. S’il n’aime pas les cultes idolâtres, pourquoi ne pas tout simplement les détruire ? Pourquoi ne pas détruire ceux qui le défient ouvertement ? Telle est la question posée par les sages des nations à Israël d’après le Talmud.

C’est une bonne question. Pourquoi Dieu n’utilise pas lui-même la violence ? La violence peut-elle résoudre les conflits religieux ? Est-il légitime de s’approprier la « volonté de dieu » pour défendre l’un ou l’autre culte ?

Pour les sages du Talmud, Dieu lui-même s’interdit la violence, et respecte la liberté de croyance de chacun. Le monde poursuit son cours, à charge pour nous de le rendre aussi bien que possible. Voilà en tout cas l’une des réponses apportées par notre sougia ce mercredi.

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

Pour nous rejoindre au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h , contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.

On enseigne dans la michna on a demandé aux anciens à Rome s’il n’aime pas le service des étoiles pourquoi ne l’annule-t-il pas ils leur ont dit si ils servaient des choses dont le monde n’a pas besoin il l’annulerait voici qu’ils servent le soleil et la lune et les étoiles et les constellations il va détruire son monde à cause des fous ils leur dirent si c’est ainsi qu’il détruire les choses dont le monde n’a pas besoin et qu’il laisse les choses dont le monde a besoin ils leur dirent et aussi nous soutenons les mains de ceux qui disent ce sont des divinités puisque elles n’ont pas été détruites

 

Guémara les sages ont enseigné les sages des nations ont demandé aux anciens à Rome si leurs dieu ne désire pas le service des étoiles pour quelle raison ne l’annule-t-il pas ils leur dire si ils servaient une chose une chose dont le monde n’a pas besoin il l’annulerait or ils servent le soleil et la lune et les étoiles et les constellations il va détruire le monde à cause des fous mais le monde se conduit selon sa conduite et les fous qui le détruisent finiront par être jugés autre chose voici qu’il a volé un séa de blé et l’a planté dans le sol est-ce justice qu’il ne pousse pas mais le monde se conduit selon sa conduite et continue et les fous qui le détruisent finiront par être jugés autre chose voici celui qui a des relations avec la femme de son prochain est-ce justice qu’elle ne tombe pas enceinte mais le monde se conduit selon sa conduite et continue et les fous qui le détruisent finiront par être jugés et c’est ce qu’a dit rech lakich le saint béni soit-il a dit je ne juge pas les méchants qui rendent mon effigie sans valeur mais qui m’oppressent et s’attribuent ma signature sans mon accord.

מתני’ שאלו את הזקנים ברומי אם אין רצונו בעבודת כוכבים למה אינו מבטלה אמרו להן אילו לדבר שאין צורך לעולם בו היו עובדין היה מבטלו הרי הן עובדין לחמה וללבנה ולכוכבים ולמזלות יאבד עולמו מפני השוטים אמרו להן א »כ יאבד דבר שאין צורך לעולם בו ויניח דבר שצורך העולם בו אמרו להן אף אנו מחזיקין ידי עובדיהן של אלו שאומרים תדעו שהן אלוהות שהרי הן לא בטלו:

גמ ת »ר שאלו פלוסופין את הזקנים ברומי אם אלהיכם אין רצונו בעבודת כוכבים מפני מה אינו מבטלה אמרו להם אילו לדבר שאין העולם צורך לו היו עובדין הרי הוא מבטלה הרי הן עובדין לחמה וללבנה ולכוכבים ולמזלות יאבד עולם מפני השוטים אלא עולם כמנהגו נוהג ושוטים שקלקלו עתידין ליתן את הדין דבר אחר הרי שגזל סאה של חטים [והלך] וזרעה בקרקע דין הוא שלא תצמח אלא עולם כמנהגו נוהג והולך ושוטים שקלקלו עתידין ליתן את הדין דבר אחר הרי שבא על אשת חבירו דין הוא שלא תתעבר אלא עולם כמנהגו נוהג והולך ושוטים שקלקלו עתידין ליתן את הדין והיינו דאמר ריש לקיש אמר הקב »ה לא דיין לרשעים שעושין סלע שלי פומבי אלא שמטריחין אותי ומחתימין אותי בעל כרחי

 

 

Quelle vision a-t-on ici du « miracle » ? Qu’apprenons-nous sur la liberté de croyance de l’homme ? Sur l’intervention de dieu ou non dans le quotidien humain ? La violence est-elle un moyen légitime de faire avancer une cause ?

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 -1 Avoda zara 54b