Judaïsme et économie – Quelques sources

A l’occasion de mon intervention de ce soir aux 4 vents des religions, voici quelques sources à partager.

Quelques sources bibliques:

Lévitique / Kedochim / 19:35

35 Ne commettez pas d’iniquité en fait de jugements, de poids et de mesures. 36 Ayez des balances exactes, des poids exacts, une épha exacte, un men exact: Je suis l’Éternel votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Egypte. 37 Observez donc toutes mes lois et tous mes statuts, et accomplissez-les: je suis l’Éternel.

לֹא-תַעֲשׂוּ עָוֶל, בַּמִּשְׁפָּט, בַּמִּדָּה, בַּמִּשְׁקָל וּבַמְּשׂוּרָה. לו מֹאזְנֵי צֶדֶק אַבְנֵי-צֶדֶק, אֵיפַת צֶדֶק וְהִין צֶדֶק–יִהְיֶה לָכֶם: אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם, אֲשֶׁר-הוֹצֵאתִי אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. לז וּשְׁמַרְתֶּם אֶת-כָּל-חֻקֹּתַי וְאֶת-כָּל-מִשְׁפָּטַי, וַעֲשִׂיתֶם אֹתָם: אֲנִי, יְהוָה

Deutéronome / ki tetsé / 25:13

13 N’aie point dans ta bourse deux poids inégaux, un grand et un petit. 14 N’aie point dans ta maison deux mesures inégales, une grande et une petite. 15 Des poids exacts et loyaux, des mesures exactes et loyales, doivent seuls être en ta possession, si tu veux avoir une longue existence dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. 16 Car l’Éternel, ton Dieu, a en horreur quiconque agit ainsi, quiconque fait une chose déloyale.

יג לֹא-יִהְיֶה לְךָ בְּכִיסְךָ, אֶבֶן וָאָבֶן: גְּדוֹלָה, וּקְטַנָּה. יד לֹא-יִהְיֶה לְךָ בְּבֵיתְךָ, אֵיפָה וְאֵיפָה: גְּדוֹלָה, וּקְטַנָּה. טו אֶבֶן שְׁלֵמָה וָצֶדֶק יִהְיֶה-לָּךְ, אֵיפָה שְׁלֵמָה וָצֶדֶק יִהְיֶה-לָּךְ–לְמַעַן, יַאֲרִיכוּ יָמֶיךָ, עַל הָאֲדָמָה, אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ. טז כִּי תוֹעֲבַת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, כָּל-עֹשֵׂה אֵלֶּה: כֹּל, עֹשֵׂה עָוֶל

Rachi : Une grande et une petite Une grande qui annule la petite : On ne doit pas prendre avec une grande et rendre avec une petite (Sifri).

Quelques notions:

  1. tsedek צדק
  2. tsedaka צדקה
  3. maasser מעשר
  4. chmita שמיטה
  5. prozbul פרוזבול
  6. Guemilout Hassadim גמילות חסדים
  7. Lifnim michourat hadin לפנים משורת הדין

Quelques passages michnaïques et talmudiques:

Avot 4:1 Ben Zoma a dit: Qui est le riche? Celui qui est heureux de ce qu’il a.

Gittin 45a : La rançon raisonnable et l’incitation

Baba Kama 89a : Fixer les prix ou laisser la loi de l’offre et de la demande agir?

Kétoubot 15a : La viande trouvée est-elle cachère? Statistiques et aléa moral

Prozboul deutéronome 15/ michna chéviit 10:4

Ouvrir les questions… Les courants dans le judaïsme

Nous étudierons l’histoire des courants modernes du judaïsme ce dimanche à Ganénou.
Ce sujet central nous entrainera dans les questions fondamentales du judaïsme moderne, que nous comprendrons mieux grâce au prisme de l’histoire.

Pour vous préparer à notre étude, je vous invite à prendre connaissance de ces questions et à faire le point sur vos connaissances.
Si ces questions vous semblent compliquées: pas de panique. L’idée est de préparer notre étude, pas de faire un test de vos connaissances! En les lisant, vous vous préparerez simplement à mieux tirer parti de ce temps partagé.

A télécharger ici: questions courant judaïsme

Courants et pensées modernes dans le judaïsme

  1. Qu’est-ce qu’une מחלוקת ? Quel rôle ce concept joue-t-on dans l’identité juive ?
  2. Quels grands courants se sont-ils opposés dans l’histoire du judaïsme ?
  3. En quoi les lumières ont-elles révolutionné le monde juif ? et l’émancipation?
  4. Quelles ont été les réponses des juifs allemands et français à ces bouleversements ?
  5. Qui était Moïse Mendelssohn ?
  6. Qu’est-ce que la Wissenschaft des Judentums, la השכלה?
  7. Qu’est-ce que la gueniza du Caire ? En quoi est-elle importante ?
  8. Quand le courant libéral est-il né ? Quand le courant orthodoxe est-il né ? Citez deux tendances « progressistes » et deux tendances « orthodoxes ».
  9. Parmi Léopold Zunz, Samuel David Luzzato, NaHmal Krochmal, Zecharia Frankel, Salomon Munk, choisir l’une de ces personnalités et présenter son œuvre en quelques phrases.
  10. En quoi la pensée de Abraham Geiger et Samuel Holdheim fait-elle sens aujourd’hui ? A quelles parties vous identifiez-vous ? De quelle partie vous démarquez-vous ?
  11. Qui étaient Moché Sofer et Samson Raphaël Hirsch ? Leurs approches sont-elles encore représentées aujourd’hui ?
  12. En quoi les phrase « נעשה ונשמע» est-elle significative d’une différence de lecture entre les tendances modernes du judaïsme ?
  13. Sur quels sujets le monde orthodoxe a­­-t-il rejoint le monde libéral ? Et sur quels sujets les libéraux d’aujourd’hui se sont-ils parfois rapprochés des orthodoxes d’alors ?
  14. Qui sont les néologues ?
  15. Que savez-vous de l’histoire du développement des différents courants aux USA ?
  16. Quand le « Cercle Libéral » a-t-il été créé en France ?
  17. En quoi le judaïsme consistorial a-t-il évolué au cours des dernières années ?
  18. En quoi la division « orthodoxe/libéraux » concerne-t-elle le monde séfarade ?
  19. Quels sont les enjeux politiques qui animent la dynamique entre les courants aujourd’hui ?
  20. Les courants modernes du judaïsme sont-ils voués à se développer ? Est-ce souhaitable ? Quel est votre place dans cette opposition ou cette collaboration ?

Cours ce Dimanche à Nation: comprendre les mouvements du Judaïsme

Le judaïsme est-il unique ou pluriel? Qu’en était-il dans le passé? Quelles sont les différences entre les courants du judaïsme d’aujourd’hui?

Ce dimanche, de 10h45 à 12h45, nous étudierons cela ensemble, avec les parents du talmud torah, les participants du cours « devenir/redevenir juif », et tous ceux qui veulent travailler sur cette question fondamentale.

Au plaisir de vous retrouver à cette occasion pour un travail intense et passionnant, au cœur des questions de l’identité juive actuelle.

Si vous pensez participer, merci de mettre un commentaire à ce message pour que nous puissions nous organiser en conséquence.

Chabbat chalom!

Nous, nos enfants et le judaïsme libéral – ce matin, 11h, à Ganénou

Bonjour à toutes et à tous,

Que vous soyez parents ou simplement intéressés par le sujet, il est encore temps de vous préparer pour notre réflexion de ce matin sur le judaïsme libéral. Chavoua tov, .שבוע טוב לכלם

Vous pouvez télécharger ici : pourquoi je suis juif

Voici les grandes étapes de notre réflexion:

I Historique du Judaïsme libéral dans le monde et en France

II Quelques questions fondamentales

  1. Peuple élu et universalisme
  2. Science et sources
  3. halaHa et conscience personnelle
  4. halaHa et éthique

III Quelques notions et leur sens pour nous

  1. Commandements
  2. Liturgie
  3. Égalité femmes-hommes
  4. Mariages mixtes et place du conjoint non juif
  5. Patrilinéarité

 

Travail du groupe :

  • Confiance dans notre chemin
  • Edmond Fleg, pourquoi je suis juif
  • En tant que juif, et que juif ou juive libérale, quelles sont les prochaines étapes importantes pour moi ?

Obéir ou Contester ? Le Non-sacrifice d’Isaac (CultureJ1)

La tradition juive nous demande-t-elle d’obéir ou de contester? Les commandements sont, certes, centraux dans la pensée juive. Et par ailleurs, les juifs sont plutôt de caractère contestataire, « à la nuque raide ». Que penser de cette apparente contradiction? L’obéissance serait-elle toujours antinomique de la liberté ou au contraire, ces deux attitudes pourraient-elles parfois être complémentaires?

La Akéda d’Isaac est l’un des exemples les plus poignants de soumission (mais à quoi exactement?), central dans la pensée juive aussi bien que dans la liturgie.

Comment expliquer cet étrange « ordre » divin? Que s’est-il vraiment passé? Comment comprendre cet épisode aujourd’hui?

Telle sera la thématique de notre première rencontre culture J de l’année, mardi 14 novembre, de 20h à 21h30, à surmelin.

Autres dates à retenir (les thématiques seront affinées par la suite):

Culture J 5778

Cette année, Brigitte et Élisabeth interpellent notre Rabbin sur une question qui préoccupe le monde occidental depuis les débuts de la modernité : « Obéissance et liberté : est-ce antinomique ou complémentaire ? »

Cycle d’automne : Soumission ou liberté au niveau individuel

14 novembre 2017: La akéda d’Isaac et nos pré-déterminations : un exemple de soumission ou de libération ? L’obéissance est-elle un facteur de liberté (moussa nabati). La Téchouva.

28 novembre 2017: Grandes figures d’évolution et de révolution dans la tradition juive.

12 décembre 2017: Eve, le choix de la connaissance, le choix du savoir à travers les générations.

Cycle de printemps : Soumission ou liberté au niveau social

15 mai 2018 Que dit le judaïsme de la hiérarchie ? Qu’est-ce qu’un rabbin ?

29 mai 2018 Que dit le judaïsme de l’indépendance de l’enfant dans la hiérarchie familiale ?

12 juin 2018 Qu’est-ce qu’un fonctionnement démocratique d’un point de vue juif ?

Le commentaire est-il tout puissant? Étude de Shavouot 5777

Commenter, remanier, « déraciner » le texte révélé, n’est-ce pas un acte sacrilège?
Notre tradition se fonde sur une conception très particulière du texte vivant et de son élaboration.
Remanier et commenter, provoquer et contredire, deviennent pour nous des actes fondateurs. Désacraliser un texte qui risquerait de devenir porteur d’idolâtrie, c’est lui restituer son statut réel. Nos questions sont le fondement de l’éternité du texte de la Torah.
Alors que nous commémorons le « don de la Torah au mont Sinaï » à Shavouot, nous commémorons également le don sans cesse renouvelé de la Torah, à chaque instant de nos vies.

 Office du soir : mardi 30 mai       18h45-19h15
Dîner et soirée d’étude               19h30-2h
Office du matin : mercredi 31 mai 10h-12h30
Inscription au dîner obligatoire auprès de Catherine Klein

(thématiques: mets lactés, gâteaux de légumes et tartes salées à grignoter, fruits et gâteaux au fromage, merci de prévoir avec Catherine pour convenir d’une participation adaptée).
Inscription à l’office du mercredi matin souhaitée, faites–nous savoir que nous pouvons compter sur vous pour le minian ! http://doodle.com/poll/renriqr9uzcq2uxu

19h30   Ouverture : Rabbin Chinsky                                                 Le commentaire est-il tout puissant?

Que Dieu a-t-il donné exactement sur le mont Sinaï? Tout le monde s’accorde pour dire qu’il a donné la Torah, mais quelle torah? Le pentateuque, repris par l’ensemble des traditions monothéistes? La torah orale, qui est au coeur de l’étude juive? Laquelle de ces deux torot devrait-elle avoir la préséance? Par quelle impertinence les rabbins de tous temps se permettent-ils de renouveler les commentaires ? Quelle est la légitimité de ces interprétations ? A travers cette petite séance introductive, nous présenterons les questions fondamentales qui s’alimenteront des conférences suivantes.                                                                                                     Début du repas

20h30   Jacques Neuburger                                                           Quand la Bible se commente elle-même!

Nous connaissons bien les  grands ouvrages classiques de commentaires du texte biblique  comme les midrashim ou les textes majeurs de discussion fondés sur la bible comme le Talmud de Babylone ou celui de Jérusalem. Mais dans quelle mesure les textes constituant notre Tanakh se répondent-ils les uns aux autres, instituant ainsi un dialogue au sein même de l’édifice biblique ? Dans quelle mesure pourrait-on dire que la Bible se commente elle-même ?                                                                                                                          Repas – suite

21h30   SimHa Neuburger                                    Talmud: La faute des pères retombe-t-elle sur les  fils?

La torah nous dit: les parents ont mangé du verjus et les enfants ont les dents agacées. Cela signifie-t-il que la faute des parents retombe systématiquement sur leurs enfants? Ce serait scandaleux, et fort heureusement, tel n’est pas le propos de la torah ni de la tradition juive. Nous étudierons au cours de cette séance les différentes sources de la torah et du talmud qui éclairent cette question.                                                  Sucré

22h30  Ann-Gael Attias                               Moyen-âge : La faute des mères retombe-t-elle sur les filles ?  

Les femmes sont-elles des tentatrices ? Sont-elles des épouses vertueuses ? Comment la femme s’est-elle transformée en « reine du foyer »? Le commentaire de la torah a longtemps eu un regard dur sur la femme « tentatrice ». Au moyen âge, l’interprétation rend sa place aux femmes! Les sages du moyen-âge ont une influence fondamentale sur cette évolution.

23h30  Conclusion:                                                                             Quel commentaire pour aujourd’hui?
Après cette présentation générale et ces quelques exemples, nous avons une vision plus claire de ce qu’est le commentaire de la Torah. Nous pouvons alors nous adresser à cette question fondamentale: Quelle est notre part personnelle dans la construction de la Torah? Comment, à travers-nous, ses valeurs peuvent-elles prendre leur essor? Quelle est la part juste et légitime de notre vision personnelle qui peut venir nourrir la réflexion bimillénaire autour de nos textes?                                                                         Thé, café, gâteaux
00h30   Hevroutot                                                    Etudes de textes divers proposés par les intervenants

« Sur un pied » a besoin de votre avis!

Chers amis lecteurs,

Vous recevez régulièrement nos articles du blog « Poursurmelin » reprenant et commentant les vidéos « Sur un pied ».
Ces articles vont bientôt terminer leur premier cycle, et à l’occasion de leur premier anniversaire, nous souhaitons leur donner un nouveau souffle.
Pour cela, nous aimerions en savoir plus sur vous, chers lecteurs, car c’est pour vous que nous écrivons!
Nous souhaitons en savoir plus sur la façon dont vous utilisez notre contribution.
Prenez 2 minutes pour remplir ce petit formulaire, nous avons hâte de vous lire!
C’est vraiment important pour nous, alors merci d’avance et à très bientôt.

Roger Weil, membre du MJLF-est et rédacteur des articles
Rabbin Floriane Chinsky, rédactrice des vidéos

Tou Bishevat : l’occasion de rencontrer la nature et la terre d’Israël

A l’occasion de tou bishevat, le MJLF-est Surmelin vous propose un tou bichevat en collaboration avec Arzenou, avancé à ce vendredi, le 3 février.
Nous voyagerons dans l’histoire de tou bichevat, le nouvel an des arbres, pour mieux comprendre les racines et nourrir les branches et les fleurs de notre compréhension de l’identité juive et de celle de notre lien à Israël.
Ce voyage se fera en texte et en chanson, voici quelques vidéos pour vous préparer, avec des chants anciens, et des chants nouveaux…

Pour participer, merci de vous inscrire auprès de Catherine Klein et de lui communiquer quel plat vous amènerez (cacher, sans viande, si possible à base de fruits et des fruits de la terre d’Israël, raisons, dates, orge, froment, figue, grenade, olives).

Quand? Office:18h45, dîner : 19h45
où? à Surmelin

A très bientôt!

la hatikva, avec hébreu, traduction et translittération https://www.youtube.com/watch?v=1DPqNHkm1bM

Tsadik katamar IfraH https://www.youtube.com/watch?v=F0HDKA3IaKs

Réformer la religion aujourd’hui, en judaïsme, en christianisme, en islam

Centre culturel des Terreaux
Centre culturel des Terreaux

En 1517, Luther appose les 95 thèses contre les indulgences sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg. C’était il y à 500 ans. A l’occasion de cet anniversaire, le monde protestant organise différentes manifestations et festivités. A Lausanne, la série de rencontre prévues a été inaugurée ce soir dans une perspective plus large, permettant d’intégrer les réflexions de l’Islam à travers l’intervention de Haoues Seniguer, de la sociologie avec Philippe Gonzalez, et du judaïsme que j’ai eu la chance de représenter.

Les rencontres extérieures sont une occasion de retravailler nos idées et notre vision, elles permettent de garder le lien entre notre communauté et le monde extérieur. Ainsi, les enseignements que nous développons ne tournent pas en vase clos, au contraire, ils se frottent et s’affutent, s’enrichissent et se développent dans la discussion. Une maHloquèt à grande échelle, qui nous permet de préserver l’articulation entre d’une part notre particularisme, notre identité propre et d’autre part notre sensibilité universelle.

Pierre Gisel, Théologien, chercheur et auteur était le modérateur des débats. Il a introduit le propos en distinguant les réformes internes, mises en oeuvre par l’un ou l’autre groupe, des réformes externes, celles qui peuvent lui être imposées de l’extérieur. Il nous a invité à relire notre propre histoire, à parler des réformes qui ont eu lieu au sein des différentes familles religieuses, et réfléchir à « l’articulation d’une tradition au présent historique » ainsi qu’à l’ « articulation au monde, au social et à la culture de tous ».

Dans ce cadre, j’ai eu l’occasion de prendre la parole pour une vingtaine de minutes et d’évoquer la signification du mot « réforme » et de souligner le caractère drastique de cette notion, par comparaison à d’autres concepts comme le changement ou l’évolution organique. J’ai souligné qu’une réforme entame généralement le début d’une religion nouvelle, comme le christianisme a pu se revendiquer d’une réforme du judaïsme, créant un « nouveau testament » initialement prévu pour remplacer l' »ancien ». De la même façon, la réforme protestante a été le commencement d’une nouvelle façon d’aborder le christianisme. Par opposition, on peut s’interroger sur les évolutions vécues par la tradition juive au cours de son histoire. Il est intéressant de rechercher factuellement quels ont été les grands points d’évolution, il est également important de noter ce que le judaïsme dit de ces changements, la façon dont il les raconte.

D’un point de vue de l’histoire antique d’Israël, qui se confond avec une histoire symbolique, nous parlons sans cesse de voyages et d’évolutions. TéraH quitte Ur, Abram et Saraï quittent Haran, ils changent eux-mêmes de nom pour devenir Abraham et Sarah. Les changements identitaires sont intégrés dans l’histoire mythologique du peuple juif.

Nous passons ainsi d’une tradition patriarcale-nomade à une identité d’esclave et d’oppression en Egypte, puis un voyage dans le désert, puis une rencontre avec une loi, puis une période de 40 ans de construction et de confrontation avec cette loi autour d’un temple portatif, puis une période sous la conduite des juges, puis des rois, puis seulement une époque de centralisation religieuse autour du temple, permettant les grands rassemblements des fêtes de pèlerinage. L’exil en Assyrie met fin à la centralité du culte du Temple, dont la destruction est un terrible choc. C’est la prière et l’étude qui prennent le relais avec l’époque des scribes. Ezra et Néhémie reconstruisent le second temple, qui sera à son tour détruit redonnant un rôle renouvelés à l’étude et à la prière comme points focaux de substitution.

Avec la diaspora et les déplacements des juifs au fil des remous de l’histoire, les influences extérieures seront diverses et créeront des branches légèrement différentes au sein du judaïsme, avec l’influence de l’islam en Afrique du nord pour les juifs séfarades et cette du christianisme en Europe pour les juifs achkénazes. A chaque fois, sans qu’il y ait toujours de « réforme » au sens brutal du terme, il y a des adaptations et des formations renouvelées et créatives des modalités de la pratique juive.

L’émancipation des juifs achkénazes suite aux développements de la révolution française et l’intégration des juifs à la société globale a un défi très difficile. Elle a entrainé des évolutions d’abord assez brutales des modalités de l’être juif au XIXe s. La première de ces modalités a été la disparition pure et simple avec l’assimilation et la perte identitaire, dans une société globale peu ouverte à la diversité. D’une façon très schématique, on pourrait dire également qu’un courant libéral a œuvré pour une adaptation express du judaïsme alors qu’un courant orthodoxe en a pris un contre-pied drastique. Ces courants se sont globalement rapprochés aujourd’hui, tout en gardant leurs différences. La re-création de l’État d’Israël et la Choa ont également été des tournants majeurs dans la façon dont les juifs définissent leur identité.

On voit ainsi que l’histoire du judaïsme, autant son histoire « historique » que son histoire « mythique », intègre des évolutions et des métamorphoses, toutes raccordées par le fil rouge d’une revendication de continuité et par la fidélité à des textes qui restent centraux même lorsque leur interprétation varie.

Il aurait été intéressant de détailler ensuite les outils que le judaïsme a pu utiliser pour intégrer ces changements, de parler de l’installation de YoHanan Ben Zakaï ou des Makabim, de mentionner la rédaction de la Torah orale et ses implications, de noter les outils hilHatiques qui permettent de prendre en considération les évolutions du temps. J’aurais aimé également faire le point sur le judaïsme actuel et sur ce qui faisait la vitalité mais aussi parfois la rigidité du judaïsme en France.

Il était temps d’entendre  le sociologue Philippe Gonzalez. Il a entre autre souligné que les fondamentalismes étaient des réformes « modernes et anti-modernes », fondées sur le rejet de la critique historique qu’ils considèrent comme la cause de la perdition de la famille et par conséquent l’affaiblissement général du groupe, qui doit retourner à sa grandeur en conformité avec un grand destin qu’il doit accomplir en tant que groupe « élu ». Pour lui, le désinvestissement de l’Etat dans le religieux entraîne une baisse des moyens et rend difficile la formation de personnes qui ont réellement le temps de penser, favorisant l’émergence de visions rentables à court termes, d’une simple continuation du passé sans projection vers l’avenir. C’est ainsi une « religion de marché » qui apparait, et qui doit être plus concurrentielle qu’inspirante, ceci étant vrai dans les différentes familles religieuses comme dans la recherche fondamentale et l’université. Pour finir, il a rappelé les différents moteurs de la réflexivité: 1 – la tradition fait face à ses réalités historiques et à sa diversité interne; 2 – elle accepte d’être confrontée à la critique historique; 3 – le débat interreligieux contribue à sa prise de recul; 4 – le contact avec l’Etat et 5 – avec la société civile l’invitent à se remettre en question. Selon lui, les religions ont un rôle fondamental à jouer du fait de leur préoccupation du bien commun qui est trop souvent délaissé au profit de visions purement individuelles.

Haoues Seniguer a ensuite pris la parole. Il a brièvement retracé l’histoire des réformateurs de l’islam. Il a noté que la réforme de l’islam était souvent présentée comme la solution ultime de tous les problèmes en France, ce qui est bien sur illusoire. La violence des attentats ne devrait pas pousser à une pression de réforme sur l’islam, qui ne peut évoluer que de l’intérieur. La radicalisation a pour sens premier le fait de « revenir à la racine », ce qui n’est pas intrinsèquement problématique. Pour lui, le Djihadisme est un problème en soi mais reflète surtout l’absence de réflexivité en islam. Se pose la question du statut du texte coranique. Depuis le 7e siècle existe la possibilité d’une prise de recul qui est réactivable, permettant une historicisation et donc une relativisation, une avancée éthique qui peut permettre à chacun une plus grande liberté. Différents courants de réforme coexistent dans l’islam, un courant qui intègre la critique historique, un courant qui distingue ce qui est évolutif de ce qui est immuable avec toute la difficulté de la définition de cet immuable, un courant qui reviendrait à remettre en cause la parole de Dieu, des courants qui veulent revenir aux débuts de l’islam, soit pour les reproduire à l’identique, soit pour les retraduire au présent.

La discussion a pu continuer, à la fois entre les intervenants et avec le public, permettant de donner diverses précisions et de poursuivre notre réflexion concernant notre capacité à prendre du recul vis-à-vis de nos croyances pour pouvoir les examiner non seulement avec notre propre regard, mais aussi pour comprendre ce qu’elles signifient pour autrui.

 

 

Les religions dans la tourmente – Nous étions à l’ENM ce vendredi

ENMCe vendredi 7 octobre, l’École Nationale de la Magistrature concluait une session de formation d’une semaine avec une table ronde « Les religions dans la tourmente en France après l’été 2016 ». Cette formation portait sur les monothéismes dans leurs histoires et leurs relations au monde contemporain, qu’elle était organisée par l’IESR pour le service de formation continue de l’ENM. J’ai eu la chance de pouvoir y participer avec différents intervenants passionnants.

La table ronde était menée par Philippe Gaudin, qui est agrégé de Philosophie et Directeur adjoint de l’IESR (EPHE).
La formation réunissait des magistrats et d’une façon plus générale des personnes travaillant au Ministère de la Justice.
La terreur nous confronte à des situations de dilemme, puisque nous devons à la fois prendre des mesures contre des terroristes (alors qu’il n’est pas toujours facile de les identifier) et protéger l’État de Droit qu’est la France (en évitant de se fonder sur une « dangerosité présumée » et en restant proche des infractions réelles et objectives commises).
Le Ministère de la Justice dans ses différentes branches est au cœur de cette double responsabilité. C’est donc avec un sentiment de profond respect pour l’institution et ses participants que j’ai eu la possibilité d’ouvrir le débat.

Ainsi que l’avait demandé Philippe Gaudin, les intervenants se sont d’abord présentés avant de partager l’expérience de leurs coreligionnaires dans les troubles qui nous agitent.

Parmi les grands défis des religions aujourd’hui, j’ai mentionné plusieurs questions fondamentales:
– La relation Tradition/Modernité et de façon connexe la question Croyance/Raison.
– Le défi d’exister en tant que minorité qui refuse à la fois l’assimilation et la communautarisation-fermeture, et qui cultive à la fois son identité humaniste et française et son identité particulière. (Défendre des spécificités culturelles étant également une façon de contribuer à la pérennité de la liberté de penser et de la liberté religieuse, qui comme la liberté de la presse « ne s’usent que quand on ne s’en sert pas ».)
– Notre besoin de contribuer à une limitation de l’impact du terrorisme: comment aider à « réparer » au moins dans la mesure du possible les traumatismes liés à la violence et à la peur? Quels outils les religions peuvent-elles apporter pour limiter la violence? Et en particulier, notre violence intérieure en réaction à ces violences insupportables, la violence liée au risque du repli communautaire, et la violence de l’exclusion, du racisme et de la fracture sur des critères « identitaires » qui menacent au niveau national. Les communautés religieuses ont un rôle à jouer sur ces questions, aux côtés des autorités nationales et des associations de défense des droits de l’homme ou des autres groupes porteurs d’engagement humaniste.

J’ai pu raconter de quelle façon notre mouvement mène des actions de grande ampleur comme les voix de la paix,  et comment nos synagogues s’impliquent dans des actions de terrain comme les dîners chabbatiques « identités multiples » que nous organisons au MJLF-est pour mettre en relation des individus de différentes origines et tradition autour de thématiques transversales (Qu’est-ce que le temps sacré? La culpabilité: oui? non? pourquoi?…) et autour d’associations (Les bâtisseuses de paix, Cordoba, la LICRA….).

Les trois heures que nous avons pu partager ont été très intenses et instructives. Les participants ont partagés quelques unes de leurs actions pour lutter contre l’effet du terrorisme sur leur pratique, que ce soit par une sensibilité accrue aux besoins des justiciables, un travail personnel pour rester impartial ou un effort de formation permanente.

Il est bon d’appartenir à des « communautés » qui partagent nos valeurs. Le séminaire de formation de l’ENM était sans aucun doute la preuve que nous sommes capables de créer des « communautés d’étude et de soutien » qui transcendent les communautés religieuses (si je peux m’exprimer ainsi!), qui défendent les particularismes culturels et religieux en reconnaissant à la fois les spécificités et les ressemblances, et en particulier notre attachement commun et essentiel aux valeurs humanistes.

Pour beaucoup d’entre-nous, le meilleur rempart contre la peur, c’est l’action, merci donc à toutes celles et ceux qui d’une façon directe ou indirecte, en tant que membres, bénévoles ou permanents, permettent à nos communautés de s’exprimer et d’apporter leur soutien aux forces de la démocratie.

Table ronde : les religions dans la tourmente en France après l’été 2016
– Madame Bariza KHIARI, sénatrice, directrice de l’institut des cultures d’islam
– Monsieur Nicolas de BREMOND D’ARS, prêtre catholique du diocèse de PARIS,sociologue au CESOR.
– Monsieur Marc BOSS, théologien et philosophe, Institut protestant de théologie de PARIS
– Madame Floriane CHINSKY, rabbin du Mouvement juif libéral de France