Talmud, Lévinas et nous – Se faire pardonner à tout prix ?

Jusqu’à où faut-il aller pour nous faire pardonner? Parfois, trop de bonne volonté nuit aux relations. Nous verrons ce mercredi au café des Psaumes, l’éclairage du Talmud sur ces questions.

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Yoma 87a et b

Rabbi Yérémia avait quelque chose de la part de Rabbi Aba contre lui il alla et il s’installa sur le porche de Rabbi Aba quand sa servante a versé l’eau le flux arriva sur sa tête il dit j’ai été rendu semblable à des détritus et dit sur lui-même des détritus il élèvera le misérable il a entendu Rabbi Aba et il est sorti à sa rencontre il a dit à cette heure je dois être diligent à ton égard comme il est écrit va, insiste avec énergie et livre un assaut à ton prochain

Rabbi Zéira quand il avait quelque chose avec quelqu’un passait et répétait de la michna devant lui et inventait quelque chose pour venir et le sortir de sa contenance

Rav avait quelque chose contre un cuisinier il n’est pas venu devant lui la veille du jour de kipour il a dit je vais aller moi-même l’apaiser Rav houna est tombé sur lui il lui a dit où va monsieur il lui a dit apaiser untel il lui a dit Aba va tuer quelqu’un, il est allé et venu le voir il était assis et frappait sur une tête il leva les yeux et le vit il lui dit Aba tu te lèves et tu t’en vas je n’ai rien à faire avec toi au moment où il frappait la tête un os se détacha le frappa au cou et le tua

 

Rav lisait la paracha devant Rabi, arriva alors Rabbi Hiya il revint en tête vint Bar Kapara il revint un tête vint Rabbi Chimon fils de Rabbi il revint en tête vint Rabbi Hanina fils de Hama il dit toutes ces fois je vais revenir et recommencer il ne revînt pas Rabbi Hanina lui en tint rigueur Rav alla vers lui treize veilles de kipour et il ne s’apaisa pas comment a-t-il pu agir ainsi et Rabbi Yosso fils de Hanina a dit celui qui demande pardon à son ami ne lui demandera pas plus que trois fois pour Rav c’est différent et Rabbi Hanina comment a-t-il pu agir ainsi Rava a dit celui qui laisse passer ses mesures on lui laisse passer ses fautes mais Rabbi Hanina a rêvé une vision au sujet de Rav qu’on l’avait suspendu à un palmier et on a enseigné que celui qui est suspendu à un palmier devient tête cela veut dire que tu dois entendre de cela qu’il était destiné à servir comme institution et ne s’est pas apaisé pour qu’il aille et apprenne la Torah à Babel.

 

ר’ ירמיה הוה ליה מילתא לר’ אבא בהדיה אזל איתיב אדשא דר’ אבא בהדי דשדיא אמתיה מיא מטא זרזיפי דמיא ארישא אמר עשאוני כאשפה קרא אנפשיה (תהילים קיג) מאשפות ירים אביון שמע ר’ אבא ונפיק לאפיה אמר ליה השתא צריכנא למיפק אדעתך דכתיב לֵ֥ךְ הִ֝תְרַפֵּ֗ס וּרְהַ֥ב רֵעֶֽיךָ

ר’ זירא כי הוה ליה מילתא בהדי איניש הוה חליף ותני לקמיה וממציא ליה כי היכי דניתי וניפוק ליה מדעתיה

רב הוה ליה מילתא בהדי ההוא טבחא לא אתא לקמיה במעלי יומא דכפורי אמר איהו איזיל אנא לפיוסי ליה פגע ביה רב הונא אמר ליה להיכא קא אזיל מר אמר ליה לפיוסי לפלניא אמר אזיל אבא למיקטל נפשא אזל וקם עילויה הוה יתיב וקא פלי רישא דלי עיניה וחזייה אמר ליה אבא את זיל לית לי מילתא בהדך בהדי דקא פלי רישא אישתמיט גרמא ומחייה בקועיה וקטליה

 

רב הוה פסיק סידרא קמיה דרבי עייל

אתא ר’ חייא הדר לרישא עייל בר קפרא הדר לרישא אתא ר »ש ברבי הדר לרישא אתא ר’ חנינא <בר> [בר’] חמא אמר כולי האי נהדר וניזיל לא הדר איקפיד ר’ חנינא אזל רב לגביה תליסר מעלי יומי דכפורי ולא איפייס והיכי עביד הכי והאמר ר’ יוסי בר חנינא כל המבקש מטו מחבירו אל יבקש ממנו יותר משלש פעמים רב שאני ורבי חנינא היכי עביד הכי והאמר רבא כל המעביר על מדותיו מעבירין לו על כל פשעיו אלא ר’ חנינא חלמא חזי ליה לרב דזקפוהו בדיקלא וגמירי דכל דזקפוהו בדיקלא רישא הוי אמר שמע מינה בעי למעבד רשותא ולא איפייס כי היכי דליזיל ולגמר אורייתא בבבל

La création du masculin-féminin – Talmudiques

Quel Adam choisirez-vous?

Le mot « Adam » désigne l’espèce humaine, cette question renvoie à notre choix: Quel type d’humanité choisirez-vous? Quelle façon d’être humain choisirons-nous?

En nous présentant deux versions de la création de l’être humain, le texte biblique nous « impose » ce choix, nous ne pouvons échapper à notre responsabilité.

La dernière « talmudiques » m’a permis de faire le point, vous pouvez réécouter quelques réflexions à ce sujet sur ce lecteur et partager vos commentaires.

 

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Talmud, Lévinas et nous – Quel arbitre pour un nouveau départ ?

A côté du Talmud, nous suivrons les raisonnements des pages 40 à 45 des Lectures Talmudiques.

Téléchargez le texte ici pour obtenir également quelques photos des pages concernées dans le livre d’Emmanuel Lévinas:

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Talmud Yoma 87a

Rabbi Yosef bar Habo a objecté à Rabi Abahou les fautes qui sont entre l’adam et son ami YOH »K ne recouvre pas et c’est ce qui est écrit si un homme faute envers un homme élohim intercède qu’est-ce que c’est élohim un juge si c’est ainsi je dis lis la fin et si un homme faute envers élohim qui intercèdera pour lui comme il est dit si un homme faute envers un homme et elohim intercède pour lui il lui pardonnera et si c’est vers l’Eternel que l’homme faute qui intercédera pour lui la téchouva et les bonnes actions

Rabbi ItsHak a dit toute personne qui provoque son ami même en paroles doit l’apaiser comme il est dit mon fils 1 Mon fils, si tu t’es porté garant pour ton prochain, si tu as engagé ta parole pour un étranger, 2 tu es pris au piège de tes promesses; tu es devenu le prisonnier de ta parole. 3 Fais donc ceci, mon fils, pour recouvrer ta liberté, puisque tu es tombé au pouvoir d’autrui: va, insiste avec énergie et livre un assaut à ton prochain si tu as de l’argent délie pour lui ta main et si non multiplie sur lui les amis.

 

Rav Hisda a dit et il faut l’apaiser avec trois rangs de trois fils d’Adam comme il est dit

Celui-ci promène ses regards sur les hommes et dit: « J’avais péché, violé le droit, et cela n’était pas bien de ma part. »

Rabbi Yossi Bar Hanina a dit tout qui demande pardon de son ami ne lui demandera pas plus de trois fois comme il est dit je te prie porte je te prie et maintenant porte je te prie et si il est mort il amène dix fils d’Adam et les fait se tenir sur sa tombe et dit j’ai fauté envers l’Eternel la force d’Israël et devant untel et je l’ai blessé.

רמי ליה רב יוסף בר חבו לרבי אבהו עבירות שבין אדם לחבירו אין יוה »כ מכפר והא כתיב (שמואל א ב) אם יחטא איש לאיש ופללו אלהים מאן אלהים דיינא אי הכי אימא סיפא ואם לה’ יחטא איש מי יתפלל לו הכי קאמר אם יחטא איש לאיש ופללו אלהים ימחול לו ואם לה’ יחטא איש מי יתפלל בעדו תשובה ומעשים טובים

אמר ר’ יצחק כל המקניט את חבירו אפילו בדברים צריך לפייסו שנאמר (משלי ו) בְּנִי אִם עָרַבְתָּ לְרֵעֶךָ תָּקַעְתָּ לַזָּר כַּפֶּיךָ נוֹקַשְׁתָּ בְאִמְרֵי פִיךָ נִלְכַּדְתָּ בְּאִמְרֵי פִיךָ עֲשֵׂה זֹאת אֵפוֹא בְּנִי וְהִנָּצֵל כִּי בָאתָ בְכַף רֵעֶךָ לֵךְ הִתְרַפֵּס וּרְהַב רֵעֶיךָ אם ממון יש בידך התר לו פסת יד ואם לאו הרבה עליו ריעים

[אמר] רב חסדא וצריך לפייסו בשלש שורות של שלשה בני אדם שנאמר (איוב לג)   יָשֹׁר, עַל-אֲנָשִׁים, וַיֹּאמֶר, חָטָאתִי וְיָשָׁר הֶעֱוֵיתִי; וְלֹא-שָׁוָה לִי

 [אמר] ר’ יוסי בר חנינא כל המבקש מטו מחבירו אל יבקש ממנו יותר משלש פעמים שנאמר (בראשית נ) אנא שא נא ועתה שא נא ואם מת מביא עשרה בני אדם ומעמידן על קברו ואומר חטאתי לה’ אלהי ישראל ולפלוני שחבלתי בו

Talmud, Lévinas et nous – A-t-on besoin de Dieu ?

Nos prochaines rencontres « talmudez-moi » seront consacrées aux passages du Talmud utilisés par Emmanuel Lévinas dans ses « Quatre lectures talmudiques ». Ce premier rendez-vous nous permettra d’évoquer la michna Yoma, le « retour- téchouva », les conditions nécessaires au fait de modifier notre comportement. Nos sources seront donc la michna Yoma ainsi que les pages 29 à 40 des Lectures Talmudiques.

cours-talmud-5779-1 à télécharger

RV le 17 octobre à 12h20 au café des Psaumes, http://cafedespsaumes.org/informations-pratiques.

Michna Yoma 8 :9

Celui qui dit je fauterai et je reviendrai je fauterai et je reviendrai on ne donne pas dans sa main de revenir je fauterai et le jour de Kipour recouvrira le jour de kipour ne recouvre pas les fautes qui sont entre l’Adam et le lieu le jour de kipour recouvre et entre l’Adam et son ami le jour de kipour ne recouvre pas jusqu’à ce qu’il satisfasse son prochain c’est ce qu’a demandé Rabbi Eléazar fils d’Azaria de toutes vos fautes devant dieu vous serez purifiés les fautes qui sont entre l’Adam et le lieu le jour de kipour recouvre les fautes qui sont entre l’Adam et son ami le jour de kipour ne recouvre pas jusqu’à ce qu’il satisfasse son prochain Rabbi Akiva a dit tu es heureux Israël devant qui vous vous purifiez et qui vous purifie votre père qui est dans les cieux comme il est dit je jetterai sur vous des eaux pures et il est dit l’Eternel est le mikvé d’Israël quoi le mikvé purifie les fautes aussi le saint béni soit-il purifie Israël

משנה ט הָאוֹמֵר: « אֶחֱטֵא וְאָשׁוּב, אֶחֱטֵא וְאָשׁוּב », אֵין מַסְפִּיקִים בְּיָדוֹ לַעֲשׁוֹת תְּשׁוּבָה. « אֶחֱטֵא, וְיוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר », אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר. עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם, יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, וְשֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵרוֹ. אֶת זוֹ דָרַשׁ רְבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה: « מִכּל חַטֹּאתֵיכֶם לִפְנֵי יי תִּטְהָרוּ », (וַיִּקְרָא טז,ל) עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם, יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר; עֲבֵרוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, אֵין יוֹם הַכִּפּוּרִים מְכַפֵּר, עַד שֶׁיְּרַצֶּה אֶת חֲבֵרוֹ. אָמַר רְבִּי עֲקִיבָא: אַשְׁרֵיכֶם יִשְׂרָאֵל! לִפְנֵי מִי אַתֶּם מִטַּהֲרִין, וּמִי מְטַהֵר אֶתְכֶם? אֲבִיכֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: (יחזקאל לו,כה) « וְזָרַקְתִּי עֲלֵיכֶם מַיִם טְהוֹרִים וּטְהַרְתֶּם »; וְאוֹמֵר: (ירמיה יז,יג) « מִקְוֵה יִשְׂרָאֵל יי », מָה מִקְוֶה מְטַהֵר אֶת הַטְּמֵאִים, אַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְטַהֵר אֶת יִשְׂרָאֵל.

Nous ne sommes rien! Dracha de Yom Kipour

Qui êtes-vous ? Qui voulez-vous devenir ?
En ce rendez-vous solennel de Yom Kipour, il est temps de nous reposer cette question traditionnelle.
En vous la posant, je me la pose également à moi-même.
Qui suis-je ? Vers quelle version de moi-même suis-je en chemin ?

Le temple de Delphes portait l’inscription « connais-toi, toi-même ».
La difficulté de cette formulation, c’est qu’elle prétend que nous « sommes » quelque chose, que nous aurions une « essence », une « nature ».

Or, nous ne sommes rien. Nous ne sommes rien de figé.
Nous voudrions savoir, et parfois nous le demandons aux autres, à nos amis, à nos psy, à nos rabbins, à nos gourous, à notre horoscope, nous voulons entendre : « tu es gentil », « tu es forte », « tu es beau » « tu es intelligente ». Nous voudrions « être ».

Dans cette recherche de réponse, nous nous tournons vers des dieux de toute sorte, vers le religieux, l’économie ou la biologie, comme s’ils avaient des réponses.  Les hommes de pouvoir et les industries technologiques l’ont compris. Les publicités fleurissent pour des tests ADN qui nous permettraient de savoir « qui nous sommes ». Nous aimons les films dans lesquels le héros change d’identité par magie, comme superman, Gigi ou les Winx. Nous passons parfois par les produits miracles ou la chirurgie esthétique.

Et nous démasquons cette tendance par l’humour. J’avais acheté il y a quelques années, un « spray » de conversion, il suffisait de l’aspirer pour devenir juif.
Nous savons que ce n’est pas aussi simple, alors nous luttons pour ne pas nous laisser tenter.

Comment définir l’identité alors qu’elle est sans cesse en mouvement ?
Sommes-nous juifs parce que nos parents étaient juifs ? Ou parce que nos enfants reçoivent un enseignement juif ? Ou parce que nous en renouvelons ce choix aujourd’hui ?

Héraclite disait que nous ne pouvons pas nous baigner deux fois dans le même fleuve. Lorsque nous nous baignons dans l’eau, elle ne doit justement pas être statique, pour que cette eau soit un mikvé, מקווה et nous aide à évoluer, elle doit être en mouvement.

Comme le disait Hillel : « N’aie pas confiance en toi jusqu’au jour de ta mort » ( ואל תאמן בעצמך עד יום מותך )ou plutôt : « ne crois pas que tu es ce que tu es, jusqu’au jour de ta mort, car tu ne sais pas ce que tu peux devenir ». (avot 2 :4)

En ce jour de Kipour, comme Hillel, nous sommes ouverts aux possibles qui s’offrent à nous pour l’année à venir.

La rencontre de Rabbi Yohanan et Rech lakich évoque l’infini des possibles.
Ils se sont justement rencontrés au bord d’un fleuve, en ce lieu de traversée, de passage et d’ouverture.

Rabbi YoHanan, le grand sage de notre tradition, s’y baignait. Rabbi YoHanan était d’une grande beauté, qui émut Rech lakich, ce terrible bandit. Rech lakich se mit alors à sauter d’une rive à l’autre, pour l’impressionner. Il lui dit « ta beauté conviendrait mieux à une femme » et rabbi YoHanan lui répondit « ta force conviendrait mieux à… l’étude de la torah ».

Rech Lakich décida de suivre la recommandation de rabbi YoHanan, il devint un grand sage, tous deux devinrent des amis « à la vie, à la mort », des compagnons d’étude indispensables l’un à l’autre. Des années plus tard, un jour de colère, Rabbi YoHanan dira à Rech laKich avec cynisme : bien sûr que tu as raison, tu t’y connais en banditisme, toi qui était brigand. Blessés, les deux amis se séparèrent et moururent de chagrin. (baba metsia 84a)

Cette histoire est peut-être encore plus importante qu’il n’y parait.
Elle parle d’amitié, d’amour, et de leur caractère vital, sans eux, nous mourons.

Comment naît l’amour ?
L’amour, nait dans une recherche de soi-même, dans un projet de transformation.

Rech Lakich saute d’une rive à l’autre, il hésite, quel chemin prendra-t-il ?
Rabbi YoHanan se baigne dans le fleuve, il se ressource, il fait un mikvé, il « se baigne dans l’espoir », il prépare une renaissance.
Tous les deux sont dans un processus de transformation qui changera leur vie. Jamais plus Rabbi YoHanan ne se baignera à nouveau dans ce même fleuve, car tout aura changé, pour lui, pour son ami, et pour les juifs de tsipori du IIIe s, et le monde juif jusqu’à aujourd’hui.

L’amour naît dans le projet de transformation, et meurt dans le retour vers le passé.
Dans un moment de colère Rabbi YoHanan a transgressé un interdit fondamental : on ne doit pas rappeler à quelqu’un ses transgressions ou ses erreurs passées ; on ne peut pas le forcer à regarder en arrière. Sinon, comme la femme de Loth, on se change en statue de sel, éternelle, mais morte.

En ce jour de kipour, comme Rech Lakich et Rabbi YoHanan, nous prenons conscience des chemins qui s’offrent à nous, des rives du fleuve que nous devons choisir, des eaux dans lesquels nous pourrions nous immerger.

Apollinaire dit cela merveilleusement avec beaucoup de nostalgie : « Passent les jours et passent les semaines, Ni temps passé, Ni les amours reviennent, Sous le pont Mirabeau coule la Seine, Vienne la nuit sonne l’heure, Les jours s’en vont je demeure »

Ce qui est écoulé, ne reviendra plus, il faut le laisser partir, il faut faire le « tachliH », תשליך le « renvoi », la cérémonie au cours de laquelle on laisse les erreurs et les regrets du passé s’écouler dans l’eau des fleuves.

En ce jour de Kipour nous prenons le temps de faire le deuil de ce qui ne reviendra pas, dans nos vies, dans le judaïsme, et dans le monde pour renoncer à attendre vainement le retour du passé.

Mais Yom Kipour ne s’arrête pas là. Il nous incite à la mobilisation : la téchouva תשובה, la téfila תפילה, la tsédaka צדקה lèvent la malédiction du passé, et nous ouvrent les portes de l’avenir.
Apollinaire continuait « l’espérance est violente » !  Et Ernst Bloch nous guide : Il faut faire un pas vers l’espoir, transformer l’espoir passif en espérance active. « L’affect de l’espoir sort de lui-même, agrandit les hommes au lieu de les diminuer. »

Comme le disent Francis Blanche et Pierre Dac, nous avons l’avenir devant nous, et il sera derrière nous chaque fois que nous ferons demi-tour. A nous de choisir dans quelle direction regarder.

Si « je demeure », je meurs. Mais si je dévie, je vis.
C’est paradoxal, mais cela fonctionne. L’intelligence, c’est la souplesse de savoir s’adapter de façon créative.

En ce jour de Kipour, nous envisageons ce qui nous aide à nous tourner vers l’avenir, à changer de chemin, à exercer notre intelligence, à « choisir la vie ».

Ainsi le hasard perd son pouvoir. Nous pouvons cesser de souhaiter une année pleine de bonheur et commencer à souhaiter une année pleine de force et de détermination.

Edgar Morin, avec d’autres, est un penseur du « réechantement du monde », son nom de naissance n’est pas Morin mais NaHoum, qui signifie consolation. Pour lui, la pensée doit quitter l’espoir d’obtenir des réponses définitives et s’ouvrir à la complexité du monde.

En ce jour de Kipour, comme Edgar Morin, nous pensons aux changements de pensée qui sont nécessaires pour que notre monde se réenchante pour nous-mêmes, pour la sagesse juive, pour le monde dans lequel nous vivons.

La philosophe féministe et anarchiste Emma Goldman avait rencontré Durruti au moment de la guerre d’Espagne. Il disait de ses soldats qu’il ne leur donnait pas d’ordres : « Ils sont venus à moi de leur plein gré, ils sont disposés à donner leur vie pour notre lutte antifasciste. Je crois, comme j’ai toujours cru, en la liberté. Une liberté qui repose sur le sens de la responsabilité. »

Le chef militaire lui-même ne considère pas qu’il a les réponses pour les autres, mais que chacun doit faire son chemin et chercher.

Publié après la mort de Durruti, L’article d’Emma Goldman, s’appelle : « Durruti n’est pas mort ». De la même façon, des siècles après la mort de Jacob, rabbi YoHanan disait « le patriarche Jacob n’est pas mort ». (taanit 5a) Car les idées que nous continuons à porter restent en vie, en changement, et en devenir.

En ce jour de Kipour, comme Emma Goldman et rabbi YoHanan, nous pensons à tous ceux « qui ne sont pas mort » et dont la pensée continue à nous mettre en mouvement.

Nous pouvons renoncer à chercher « qui nous sommes » et nous engager à décider « de quoi nous sommes capables ».
Nous pouvons renoncer à nous appuyer sur « la réponse scientifique » et rechercher « ce que disent les sciences de la complexité du monde ».

La réalité n’est pas une terre solide sur lequel nous pouvons marcher. Elle est une eau fluide dans laquelle nous pouvons nager. Elle s’écoule, tout en nous maintenant hors de l’eau.

Le travail de téchouva et de aHrayout de notre tradition, le réexamen et la responsabilité, correspondent au travail d’espérance d’Ernst Bloch, au travail de réechantement d’Edgar Morin, au travail d’action directe d’Emma Goldman.

Marc Twain disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait »

Au cours de nos vies, nous avons appris que certaines choses étaient impossibles. Il est temps de l’oublier.

Kipour est ce moment où on oublie ce qu’on croit impossible, de façon à pouvoir le réaliser.
Ce moment où l’on cesse de se connaitre, pour commencer à se découvrir,
ce moment où l’on quitte l’illusion des réponses pour le développement des questions.

Nous sommes plus que ce que nous sommes, nous sommes ce que nous pouvons devenir.

Gmar Hatima tova.

Être juif aujourd’hui: « Le Chabbat » ce dimanche à Ganénou

Sommes-nous réellement les « bâtisseurs du temps », comme le disait Abraham Joshua Heshel? Le chabbat est « le premier des rendez-vous ». C’est à travers lui que nous bâtissons une continuité. Mais qu’est-ce que le chabbat? Quand et où est-il né? Que signifie-t-il pour nous aujourd’hui? Les parents de Bar et Bat Mitsva et toute personne intéressée peuvent se joindre à notre étude de dimanche matin, à Ganénou, de 10h45 à 12h45.

La Bar et la Bat mitsva de nos enfants se déroule principalement le chabbat, penchons-nous sur ce qu’il signifie.

Le cours intégrera des éléments magistraux et un travail en groupe.

Pour ceux qui le désirent:

 

Cherchez la faute… Réservez!

Cherchez la faute…    Avec le Rabbin Floriane Chinsky le mercredi 10 janvier,

Pour réserver:        Cliquez ici   Les membres du MJLF bénéficient du tarif « groupe »

Plus d’infos:          Cliquez ici