On ne nait pas humain, on le devient : le temps du changement (dracha Kipour 5782)

On ne nait pas humain, on le devient : le temps du changement

Rabbin Floriane Chinsky http://www.rabbinchinsky.fr

C’est la fin du monde. Les astronomes sont unanimes, dans une semaine, une météorite va s’écraser sur la terre, les banquises vont fondre, le niveau de l’eau va monter, les océans vont envahir toute la terre ferme, seuls les animaux aquatiques pourront survivre. Comment annoncer cela sans déclencher une panique générale ? Tous les médias du monde s’unissent, pour qu’un imam, un pape et un rabbin puissent s’adresser à l’humanité.

Le pape commence : Ne vous inquiétez pas, la rédemption est proche, bientôt, nous rejoindrons le père dans les cieux, nous avons une semuaine pour nous confesser, communier, et nous garantir le paradis. L’Eglise mettra tout en œuvre pour que tout le monde y ait accès, vous pouvez dés maintenant vous inscrire sur l’application « vitemaconfession ». Rendez-vous dans huit jours, aux côtés de Saint Pierre.

L’imam poursuit : Chers coreligionnaires, les cinq piliers nous soutiendrons, déclarons l’unicité de dieu, faisons nos prières, donnons l’aumône, un pèlerinage virtuel à la Mecque est disponible gratuitement sur  pelerinage3D.org, jeûnons pendant les huit prochains jours, et nous nous retrouverons dans les jardins luxuriants du Janna.

Le rabbin conclut : cher.e.s ami.e.s, oui, une météorite va percuter la terre, mais tout n’est pas perdu, nous avons survécu au déluge, nous avons survécu à l’esclavage en Égypte, nous avons survécu à quarante ans dans le désert, à la destruction de deux Temples, aux exils et aux pogroms, nous avons survécu à la choa, nous pouvons survivre, il faut nous mobiliser. Que tous les scientifiques s’associent, que toutes les ingénieures se fédèrent, que les médecins et les chirurgiennes se préparent. Les autres, préparez leurs du café, des boulou et de la soupe de kneidleH, on s’y met, on a huit jours pour inventer la greffe de branchies.

(Il y a quelques stéréotypes dans cette blague, j’espère que les personnes concernées pourront m’excuser. Ce serait utile pour moi en ce jour de kipour, alors qu’un Temple protestant nous accueille) (Vous aviez peut-être déjà entendu cette blague, et cela ne me déstabilisera pas car vous le savez, « qu’est-ce qu’un juif ? Une personne qui t’interrompt au début de ta blague pour raconter sa version qui est meilleure ».)

Cette blague a une pertinence particulière aujourd’hui, même si je tiens à vous rassurer : d’après le dernier rapport du GIEC nous avons un peu plus que huit jours pour changer (qui sera débattu à l’Assemblée Nationale le 22 septembre). Nous avons plus que huit jours, et nous avons déjà commencé au cours des deux années écoulées.

L’humanité, et en son sein le judaïsme, rencontre parfois des crises, qui nécessitent des évolutions fortes, courageuses et drastiques. La spécificité de la pandémie est qu’elle nous a touché.e.s brutalement, nous, toutes et tous, directement. D’autres crises se profilent, qui ne nous atteignent pas encore aussi violemment, les atteintes du droit à l’avortement dans de nombreux pays (et C8 diffuse ce soir même un film américain anti-avortement), la crise climatique (ce soir exactement Greenpeace fête ses 50 ans), la menace des Talibans sur la démocratie, et d’autres. Au cours des deux dernières années, nous avons été aux prises avec des réalités inconcevables, et nous nous sommes adaptés à une vitesse époustouflante. La pandémie et les mesures prises pour la juguler nous ont transformés. Des règles de vie impensables, sont devenues admissibles, nécessaires et souhaitables, nous avons fait des sacrifices inimaginables auparavant, notre perception des sacrifices que nous sommes prêt.e.s à faire ont changé. Après ces périodes d’isolement, nous vivons ce soir un retour si vibrant et si attendu, ce retour également nous transforme.

Nous avons survécu à tout cela, même si de nombreuses blessures demeurent. Qu’apprenons-nous de cette expérience ? Sur notre capacité à changer, sur ce qui nous fait souffrir dans le changement, sur ce qui nous aide, sur notre capacité de réaction et de solidarité dans les crises ? Que savons-nous des blessures qui restent et de la façon dont nous pouvons les soigner ? Pouvons-nous appliquer notre capacité de mobilisation aux autres crises, avant qu’elles ne nous frappent, ou par solidarité, sans qu’elles ne nous frappent personnellement ? Pouvons-nous recycler l’urgence de dernière minute que nous avons vécue pour en faire une urgence préventive ?

Yom kipour est un jour d’anticipation, nous nous mettons face à la perspective du pire pour trouver l’énergie des changements nécessaires. Nous examinons nos actes passés pour les modifier et nous préparer au futur. Si nous mourions demain, quels seraient nos regrets ? Projetons-nous dans l’avenir et les difficultés qui nous attendent, qu’est ce qui nous manquera ? Qu’est ce qui nous aidera ? Revenons au temps présent : que pouvons-nous faire aujourd’hui pour minimiser les difficultés futures et augmenter les ressources. Saisissons-nous de tous les outils, et de ceux de notre tradition, pour créer maintenant ce dont nous aurons besoin demain. Reprenons ces questions jusqu’à demain soir, jusqu’à soukot, jusqu’à simHat torah et tout au long de l’année, pour porter les changements nécessaires.

En tant que communauté juive JEM, nous avons réinventé une convivialité en ligne avec nos cours, certains rendez-vous quotidiens, la diffusion des offices. Que devons-nous garder des créations de cette crise, que pouvons-nous créer de plus, et en quoi voulons-nous revenir aux pratiques du passé ? Et que pouvons-nous anticiper maintenant, pour protéger le futur ?

L’une des choses fortes que nous réalisons, c’est notre rassemblement de ce soir, pour qu’ensemble nous conjuguions nos forces pour réparer le passé autant que possible, vivre intensément le présent et préparer l’avenir. Quelle joie ce soir de voir rassemblés l’AJTM, Surmelin, et de nombreux nouveaux visages pour faire exactement cela, réparer le passé, vivre le présent, et préparer l’avenir. Pour ensemble associer Téchouva, téfila et tsédaka, téchouva – nous renforcer pour repousser l’irréparable, téfila – épancher nos cœurs et harmoniser nos espoirs pour favoriser la résilience après l’irréparable, tsédaka – l’entraide pour nous soutenir et que l’irréparable ne nous mette pas à terre.

Notre tradition nous dit : Vous pouvez changer. Nos communautés MJLF et AJTM ont changé, elles ont su se séparer, se réparer, et se retrouver, nous nous retrouvons ce soir, grâce à la force de tous les créateurs de communauté, les re-créateurs, et grâce à vous présent.e.s ce soir.

Notre tradition nous encourage : oui, le changement est possible, rien n’est irréparable. La plus forte image de cette force de vie qui nous anime est exprimée dans le livre d’Ezekiel. La vision d’Ezekiel nous parle de ce qui ne disparait jamais (les os), de ce qui fait vivre la vie en nous (le souffle) de ce qui nourrit notre force (une parole d’espoir), de ce qui nous relie (les tendons), de ce qui nous protège (la peau) :

Ezekiel 37 1 La main du Seigneur se posa sur moi et le Seigneur me transporta en esprit et me déposa au milieu de la vallée, laquelle était pleine d’ossements. Il me fit avancer près d’eux, tout autour; or, il y en avait un très grand nombre à la surface de la vallée, et ils étaient tout desséchés. Il me dit: « Fils de l’homme, ces ossements peuvent-ils revivre?  » Je répondis « Seigneur Dieu, tu le sais. » Et il me dit: « Prophétise sur ces ossements et dis-leur: Ossements desséchés, écoutez la parole de l’Eternel! Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements: Voici que je vais faire passer en vous un souffle, et vous revivrez. Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître autour de vous de la chair, je vous envelopperai d’une peau; puis je mettrai en vous l’esprit, et vous vivrez; et vous reconnaîtrez que je suis l’Eternel. »

Savoir que ce qui nous fait revivre est de l’ordre du divin, du transcendant, de l’indestructible, voilà le but de l’opération, pour que ce qui semble mort puisse revivre. Ountané tokef nous dit : « Eternel tu ne veux pas la mort des morts, mais qu’ils reviennent à leur puissance de vie » (Ez 18 :32). Lorsque nous sommes morts, épuisés, éteints, kipour et ses textes nous poussent et nous incite : revenez à la vie, rien n’est jamais perdu.

Les rabbins bien sûr sont divisés sur cette question, et le talmud sanhédrin 92b nous propose différentes façons de voir le texte : Rabbi Eliézer dit : les morts que Ezékiel a fait revivre se sont levés et ont chanté un chant et sont morts à nouveau. Rabbi Yéhouda dit : en réalité c’était un exemple. Rabbi Eliézer le fils de rabbi Yossi de Galilée dit : les morts qu’Ezekiel a fait revivre sont montés en terre d’Israël, ont épousé des femmes et ont eu des enfants.

Quelle est la part de l’humour et du sérieux dans ces propos ? Je vous en laisse juges. Mais tous nous disent : il est légitime d’entretenir des visions de retour à la vie, et elles ont une part de réalité, ne nous résignons jamais.

Oui, le changement est possible, c’est ce que nous disons lorsque nous prononçons ces cinq mots que vous connaissez bien : chéma israel adonaï élohénou adonaï éHad (prononçons-les ensemble) soir et matin toute l’année, et de façon solennelle en ce jour de kipour. Ecoute Israël, l’éternel est notre guide, l’éternel est un.

La seule chose qui nous guide, c’est l’éternel, le transcendant, une chose qui nous dépasse, qui ne peut être abîmée, qui nous attend, un point de repère, que l’on peut voir de partout. La poète dit : Pour que ton sillon soit droit, attache ta charrue à une étoile. Notre seul guide est ce qui est éternel et ce qui est unique.

Lisez vos petites cartes et repérez le mot qui est le vôtre. Prononcez-le en français, maintenant. Prononcez-le en hébreu, maintenant.

  1. Ecoute – l’écoute – écouter en nous ce qui est mort, ce qui est vivant, ce qui veut renaitre
  2. Israël – l’identité en mouvement nous souvenir qu’Israël est la transformation de jacob, la réalisation de sa renaissance à lui-même
  3. Adonaï – l’aspiration infinie – rester ouverts à tous les possibles, à l’infini, à la transcendance, à la vie qui nous pousse toujours plus haut
  4. Elohénou – le chemin commun – guidés par une même aspiration, un même guide
  5. eHad – l’unité – en honorant nos différences

Ces mots sont de puissants mots de changement, ils nous tirent vers le haut, soutiennent nos ambitions. Nous les répétons sans cesse, et de ce fait ils sont aussi un socle, un ancrage, une stabilité.

Avec eux, tout est possible. Nous voyons le pire, et nous compatissons, Je suis juif, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure. Nous voyons le pire mais nous ne nous laissons pas accabler, Je suis juif parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère.  Nous ne nous détournons pas du pire, mais nous continuons inlassablement à construire le meilleur Je suis juif, parce que, pour Israël, le monde n’est pas achevé : les hommes l’achèvent. Je suis juif, parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas créé : les hommes le créent. Voici ce qu’écrivait Edmond Fleg en 1928.

Nous écoutons la réalité (chéma), nous nous souvenons de notre identité (israel), nous nous souvenons de notre liberté et de l’infini des possible (adonai), nous restons ensemble autour d’un même guide (élohénou), nous restons unis (éHad). Ainsi, l’impossible devient possible. Par exemple :

  • Refuser de rester dans un confort paradisiaque et choisir de faire face à la dure beauté du monde ? évidemment, il s’agit de ? . (Eve)
  • Faire renaitre une langue après 2 000 ans ? facile. (hébreu, Eliézer ben Yéhouda)
  • Créer une langue qu’on peut apprendre en 150 heures, qui reste vivant plus de 130 ans, et soit parlée par 2 millions de personnes dans 120 pays ? Pas de problème (Espéranto, Zamenhof).
  • Créer une forme d’expression qui permet facilement à toutes de s’exprimer sans violence et la diffuser au niveau international ? easy (CNV, Marshall Rosenberg).
  • Prouver que le rabbinat au féminin est possible, conforme à la halaHa, rester engagée et pratiquante sans s’incliner ni face à l’indifférence de ses collègues, ni face au danger nazi, ni même à Auschwitz ? mais oui. (Régia  Jonas)
  • Elever trois filles en créant un groupe de musique yiddish et en réhumanisant des jeunes de banlieue par la philosophie ? bien sûr (Mano Siri)
  • Enseigner que tout est loi ? (Moïse) tout est amour ? (Jésus) tout est sexe ? (Freud) tout est relatif ? (Einstein)

Des révolutionnaires j’en vois d’autre dans la salle… oui, ah oui, et oui… Qui sait de quoi nous sommes capables ?

Ils ont changé le monde parce qu’ils ont pu contempler la gravité des violences qui les entouraient jusqu’au moment où des solutions leur sont parvenues.

Et si comme eux nous voulons continuer à faire changer le monde, posons-nous la question : comment allons-nous cultiver une telle force? comment allons-nous regarder le désespoir sans renoncer ? et comment allons-nous tenir ce grand écart jusqu’à ce que naisse une volonté créative inégalée ?

Nous sommes ensemble pour cela.

Surmelin/l’Ajtm, les nouveaux/les anciens, les pratiquants/ celles et ceux qui pratiquent autrement, les hébraïsants/les yaourtisans, les jeunes/les jeunes dans leur tête, les juifves/les amis, j’ai oublié quelqu’un ? quelqu’une ?

Alors, à notre coucher comme à notre lever, au début comme à la fin de nos vies, nous pourrons dire sans regret : écoute israel adonai élohénou adonai éHad. Nous aurons formé les juives et juifs, citoyens et citoyennes de demain :

  • Des linguistes et des pacifistes pour créer des langages pour rendre la coopération possible,
  • Des rabbins et des créateurs culturels pour continuer à créer les textes et les célébrations juives de demain,
  • Des prophètes et prophétesses pour parler au-dessus des ossements desséchés pour ranimer l’espoir,
  • Et même des scientifique, les ingénieur.e.s, les chirurgien.e.s, les cuisinier.e.s qui nous permettront de nous greffer des branchies pour respirer dans l’océan, si nécessaire, ou simplement des personnes respectueuses des ressources de la planète, ce qui nous permettra de continuer à respirer par le nez… et à faire entendre nos voix.

Demain soir, à 20h45, nous chanterons ensemble le chéma israel solennel qui conclura cette journée.

Disons-le une dernière fois ce soir, en français, puis en hébreu : écoute israel… chéma israel…

Gmar Hatima Tova ! Kipour à la Bastille 19h30 mercredi soir

Bonne année 5782! Yom Kipour est à la Bastille, adresse trouvable au secrétariat.

Nous commencerons kol nidré à 19h45, si possible venez plus tôt pour qu’il n’y ait pas trop d’embouteillage à l’entrée.

Nous serons principalement habillé.e.s en blanc, amenez vos tallitot pour le soir pour Kol Nidré,

Vous pouvez télécharger des translittérations ici (elles seront également distribuées dans la salle)

Roch hachana est à SURMELIN (Kipour sera à la Bastille) (les liens par email fonctionnent à nouveau pour le voir en streaming)

Jeudi matin office à 10h30 (chaHarit), puis Yizkor à 18h30, Neila à 19h30 et chofar final à 20h49. Pour vous préparer au jeûne, pensez dés aujourd’hui à vous hydrater, mangez des choses simples la veille du jeûne (sucres lents, pâtes, riz…) et peut-être une pomme avant d’entrer dans la synagogue.

Si le jeûne présente un danger pour vous, vous avez le devoir de manger, faites le juste un peu discrètement.

Si vous jeûnez pour la premier fois, vous verrez, c’est intéressant.

Plus on chante, plus on est debout et actif plus c’est facile.

Pour la fin du jeûne, je vous conseille d’avoir du bouillon.

Tsom kal (jeûne facile pour vous) et gmar Hatima tova (bonne fin d’inscription dans le livre de vie)

Playlist autour des prières sur youtube

Prières de Tichri /// Moment de pensée et de prière, Boker-Tov/seliHot

Drachot des années passées par écrit:

Textes divers:

Sources diverses:

Chana Tova! toutes les ressources

Bonne année 5782! Roch hachana est à SURMELIN (Kipour sera à la Bastille) (les liens par email fonctionnent à nouveau pour le voir en streaming)

Ce soir 19h, mardi 10h: Roch hachana 1, dans la solennité de la fête

Mardi 19h, mercredi 10h: Roch hachana 2, pour poursuivre cordialement notre chemin

RV ce soir à Surmelin avant 19h, nous commencerons avec AHot Ketana…

Seder de Roch hachana à télécharger seder-roch-hachana

Playlist autour des prières sur youtube

Prières de Tichri /// Moment de pensée et de prière, Boker-Tov/seliHot

Drachot des années passées par écrit:

Textes divers:

Sources diverses:

Quelques ressources Judaïsme respectueux de toutes les tendances – Pour les enseignant.e.s, pour nous tou.te.s

Comment respecter toutes les opinions, comment respecter les opinions des enfants, les inciter à respecter la vision des autres, leur permettre de réfléchir par eux.elles-mêmes?

1 – Pendant les SeliHot, nous disons « réponds-nous ». Cela signifie-t-il qu’être juif implique nécessairement de croire en « dieu »? Que nous apprend ce document?

2 – Le livre juif par excellence, c’est l’ancien testament? Faut-il croire ce texte dans son sens littéral? Que nous apprend ce document?

3 – La période moderne propose une lecture critique des sources, comment cela fonctionne-t-il? Que nous apprend la comparaison de ces sources?

Talmud Babylonien Méguila 23 a

Les sages ont enseigné : tous montent à la Torah pour le compte des sept, même une femme, même un enfant, mais les sages ont dit : une femme ne lira pas dans la Torah en raison de l’honneur du public

Tossefta Méguila 3 :11-12

Tous montent pour le compte des sept, même une femme, même un enfant, on n’emmène pas une femme pour lire en public. Dans une synagogue où une seule personne saurait lire, il lit et s’assoit puis se relève, lit et s’assoit, même s’il doit le faire sept fois.

4 – la question de l’égalité femme-homme est essentielle. Comment la considérer aujourd’hui? Comment respecter à la fois toutes les opinions, tout en respectant toujours les femmes?

Article à lire ici: « Aime ta prochaine comme toi-même »

5 – la question de la pratique personnelle dans la classe, comment faire respecter toutes les pratiques?

Péa 1:1

https://he.wikisource.org/wiki/%D7%9E%D7%A9%D7%A0%D7%94_%D7%A4%D7%90%D7%94_%D7%90_%D7%90

אֵלּוּ דְבָרִים שֶׁאֵין לָהֶם שִׁעוּר. הַפֵּאָה, וְהַבִּכּוּרִים, וְהָרֵאָיוֹן, וּגְמִילוּת חֲסָדִים, וְתַלְמוּד תּוֹרָה. אֵלּוּ דְבָרִים שֶׁאָדָם אוֹכֵל פֵּרוֹתֵיהֶן בָּעוֹלָם הַזֶּה וְהַקֶּרֶן קַיֶּמֶת לוֹ לָעוֹלָם הַבָּא. כִּבּוּד אָב וָאֵם, וּגְמִילוּת חֲסָדִים, וַהֲבָאַת שָׁלוֹם בֵּין אָדָם לַחֲבֵרוֹ, וְתַלְמוּד תּוֹרָה כְּנֶגֶד כֻּלָּם:

6 – texte fondamental pour la question « judaïsme et existencialisme »

Je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant perdu, je l’ai senti revivre en moi, plus vivant que moi-même.
Je suis juif, parce que, né d’Israël, et l’ayant retrouvé, je veux qu’il vive après moi, plus vivant qu’en moi-même.
Je suis juif, parce que la foi d’Israël n’exige de mon esprit aucune abdication.
Je suis juif, parce que la foi d’Israël réclame de mon cœur toutes les abnégations.
Je suis juif, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure.
Je suis juif parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère.
Je suis juif, parce que la parole d’Israël est la plus ancienne et la plus nouvelle.
Je suis juif, parce que la promesse d’Israël est la promesse universelle.
Je suis juif, parce que, pour Israël, le monde n’est pas achevé : les hommes l’achèvent.
Je suis juif, parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas créé : les hommes le créent.
Je suis juif, parce qu’au-dessus des nations et d’Israël, Israël place l’Homme et son Unité.
Je suis juif, parce qu’au-dessus de l’Homme, image de la divine Unité, Israël place l’Unité divine, et sa divinité.  » Pourquoi je suis Juif, Edmond Fleg, 1928.

https://fr.scoutwiki.org/Edmond_Fleg

7 – Que consulter? Qu’éviter? Que faire de wikipedia? d’Akadem? de sefarim.fr?

8 – La paix dans l’œuvre de construction commune du judaïsme de demain

אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: תַּלְמִידֵי חֲכָמִים מַרְבִּים שָׁלוֹם בָּעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְכׇל בָּנַיִךְ לִמּוּדֵי ה׳ וְרַב שְׁלוֹם בָּנָיִךְ״. Rabbi Elazar said that Rabbi Ḥanina said: Torah scholars increase peace in the world, as it is said: “And all your children [banayikh] shall be taught of the Lord, and great shall be the peace of your children” (Isaiah 54:13). If all the children of Israel are taught of the Lord, there will be peace for all.

אַל תִּקְרֵי ״בָּנָיִךְ״ אֶלָּא ״בּוֹנָיִךְ״. ״שָׁלוֹם רָב לְאֹהֲבֵי תוֹרָתֶךָ וְאֵין לָמוֹ מִכְשׁוֹל״. ״יְהִי שָׁלוֹם בְּחֵילֵךְ שַׁלְוָה בְּאַרְמְנוֹתָיִךְ״. ״לְמַעַן אַחַי וְרֵעָי אֲדַבְּרָה נָּא שָׁלוֹם בָּךְ. לְמַעַן בֵּית ה׳ אֱלֹהֵינוּ אֲבַקְשָׁה טוֹב לָךְ״. ״ה׳ עֹז לְעַמּוֹ יִתֵּן ה׳ יְבָרֵךְ אֶת עַמּוֹ בַשָּׁלוֹם״. The Sages interpreted this verse homiletically: Do not read your children [banayikh], but your builders [bonayikh]. Torah scholars are those who build peace for their generation. As it is stated: “Those who love Your Torah have great peace; there is no stumbling block for them” (Psalms 119:165); and “May there be peace within your walls, prosperity within your palaces” (Psalms 122:7), because: “For the sake of my brothers and friends, I shall say: Peace be within you. For the sake of the House of the Lord, our God, I will seek your good” (Psalms 122:8–9), and “May the Lord give strength to His people; the Lord will bless His people with peace” (Psalms 29:11).

Ki Tavo – Chabbat Chalom!

Nous nous retrouvons ce soir pour la kabalat chabat de la rentrée!

Nous revêtirons nos vêtements de splendeur dans la joie des retrouvailles, avec cette merveilleuse paracha de ki tavo. RV à 18h30 à Surmelin ou en virtuel (on me dit que cela fonctionne sans problème maintenant ici: https://judaismeenmouvement.org/lieux/la-synagogue-virtuelle/)

Vous pouvez vous pencher sur la lecture de la Torah et de la haftara disponibles ici https://www.hebcal.com/ (en version triennale également) ou ici en version annuelle https://sefarim.fr/ (avec le français et Rachi).

Pour entendre le tout début de notre lecture de demain matin, vous pouvez écouter ce fichier: (Ki Tavo II-1 Deut. 26:12s.

Pour le cours zoom de lundi, préparez un objet qui représente pour vous l’année passée, un autre qui représente l’année à venir et inscrivez-vous ici: https://rabbinchinsky.fr/2021/08/25/kipour-cours-chinsky/

Pour vous inscrire à Roch hachana et Kipour en présentiel rendez-vous sur ce lien: Renseignements et réservations auprès de Mme Myriam Szerman au 01 40 30 18 60 ou par e-mail à m.szerman@judaismeenmouvement.org, Si vous souhaitez réserver vos places en ligne, cliquez ici pour célébrer Yom Kippour au Temple de la Bastille avec nous (choisissez l’option Temple de la Bastille).

Chabbat Chalom à toutes et tous!

Chir lachalom – de Yom hazikaron à Yom haatzmaout

Cette chanson, écrite par Yaakov Rotblit, a été chantée pour la première fois en 1969.

Est-elle encore d’actualité?

Nous en dirons quelques mots au tout début de l’office de Yom haatsmaout qui commence dans quelques minutes.

Laissez le soleil monter, le matin éclairer La force des prières ne nous fera pas revenir

Celui dont la lumière s’est éteinte et qui est étendu dans la poussière

Les pleurs amers ne le réveilleront pas, ne le ramèneront pas ici

Aucun d’entre nous ne reviendra du puits profond et noir

Ne sont d’aucune utilité

La joie de la victoire et les chants de louange

Pour cette raison, chantez un chant de paix, ne murmurez pas de prières

C’est mieux que vous chantiez des chants de paix, dans un grand cri

Laissez le soleil percer vers les fleurs

Ne regardez pas en arrière, laissez partir ceux qui partent

Portez un regard d’espoir, pas de bonnes paroles

Chantez un chant pour l’amour, pas pour la victoire

Ne dites pas “un jour viendra”, faites venir ce jour, Car il n’est pas un rêve

Et sur toute les places faites sonner le chofar pour la paix

תְּנוּ לַשֶּׁמֶשׁ לַעֲלוֹת, לַבֹּקֶר לְהָאִיר. הַזַּכָּה שֶׁבַּתְּפִלּוֹת אוֹתָנוּ לֹא תַּחֲזִיר. מִי אֲשֶׁר כָּבָה נֵרוֹ וּבֶעָפָר נִטְמַן, בֶּכִי מַר לֹא יָעִירוֹ, לֹא יַחֲזִירוֹ לְכָאן. אִישׁ אוֹתָנוּ לֹא יָשִׁיב מִבּוֹר תַּחְתִּית אָפֵל. כָּאן לֹא יוֹעִילוּ לֹא שִׂמְחַת הַנִּצָחוֹן, וְלֹא שִׁירֵי הַלֵּל. לָכֵן, רַק שִׁירוּ שִׁיר לַשָּׁלוֹם, אַל תִּלְחֲשׁוּ תְּפִלָּה. מוּטָב תָּשִׁירוּ שִׁיר לַשָּׁלוֹם, בִּצְעָקָה גְּדוֹלָה. תְּנוּ לַשֶּׁמֶשׁ לַחֲדֹר מִבַּעַד לַפְּרָחִים. אַל תַּבִּיטוּ לְאָחוֹר, הָנִיחוּ לַהוֹלְכִים. שְׂאוּ עֵינַיִם בְּתִקְוָה, לֹא דֶּרֶךְ כַּוָּנוֹת. שִׁירוּ שִׁיר לָאַהֲבָה, וְלֹא לַמִּלְחָמוֹת. אַל תַּגִּידוּ יוֹם יָבוֹא, הָבִיאוּ אֶת הַיּוֹם! כִּי לֹא חֲלוֹם הוּא, וּבְכֹל הַכִּכָּרוֹת הָרִיעוּ לַשָּׁלוֹם!

Tenu la-shèmèsh la-`alot, La-boqèr le-ha’ir.

Hazaka shè-ba-tefilot  ’Otanu lo tahzir.

Mi ’ashèr kava nero ’U-vè-`afar nitman,

Bèkhi mar lo ya`iro, Lo yahziro lekhan.

’Ish ’otanu lo yashiv Mi-bor tahtit afél.

Kan lo yo`ilu

Lo simhat ha-nitsahon, Ve-lo shiréi halél.

La-khén raq shiru Shir la-shalom, ’Al tilhashu tefila.

Mutav tashiru Shir la-shalom, Bi-tse`aqa gedola.

Tenu la-shèmèsh la-hador Mi-ba`ad la-perahim.

’Al tabitu le-’ahor, Hanihu la-holekhim.

Se’u `eynayim be-tiqva, Lo dèrèkh kavanot.

Shiru shir la-’ahava, Ve-lo la-milhamot,

’Al tagidu yom yavo, Havi’u ’èt ha-yom!

Ki lo halom hu,

U-ve-khol ha-kikarot Hari`u la-shalom!

De la libération à la responsabilité, une playlist inspirante (pour moi en tout cas)

Ce n’est pas très habituel. Je pensais partager cette playlist avec une amie, et j’ai pensé que cela pouvait intéresser peut être quelques un.e.s d’entre vous.

Ces titres sont des titres inspirants pour moi, qu’il m’arrive d’écouter énormément pour en tirer force et inspiration. Peut-être que leur écoute vous permettra également des mouvements qui vous importent?

Je les ai situé sur la « grille de valeur » que la Kabale propose pour les sept semaines de pessaH. Je souligne qu’il s’agit juste de ce que m’inspirent ces mots, je ne détiens absolument pas de transmission kabaliste mystérieuse, et vous savez toutes et tous combien je souligne l’importance de prendre de la distance avec tout ce qui est « inspiré et magique », que la torah combat d’ailleurs à chaque page, et qui fait le lit des gourous et des tyrans.

Ces chansons sont pour moi des sources de liberté intérieure et de force d’action, je les partage avec vous, bonne sortie d’Égypte.


Les auteurs: Leonard Cohen, et Libby Roderick, dont je me sens proche, Arthur H, dont j’aime cette chanson et que je connais moins bien.

Amen / Cohen / Hessed : l’ouverture, la bienveillance, « redis-le moi, encore et encore, que tu m’aimes. Quand j’aurai dépassé l’horreur, quand j’aurais pris la mesure de ma soif, quand les injustices seront finies, redis-le moi, encore et encore, que tu me désires… »

Dancing in front of the guns / Roderick / Gevoura: le courage, « une voix en moi chuchote ‘prends ton corps et enfuis-toi, laisse la vision à quelqu’un d’autre, puis je m’entends dire ‘je préfère danser même au coin de ma tombe, je préfère te tenir fort alors que nous nous avançons dans l’amour et dans le courage… »

How could anyone / Roderick/ Tiféret: la beauté de l’harmonie, « comment quiconque a bien pu te dire, que tu étais moins qu’entier »

Anthelm / Cohen/ NetsaH: l’éternité, « Les oiseaux ont dit, à la brisure du jour, recommence, ne réside pas sur ce qui est passé ou ce qui doit arriver, je ne peux plus courir avec cette foule sans loi dans laquelle les tueurs disent leurs prières à haute voix, ils ont appelé une tornade… »

Blue Moon / Roderick / Hod: la majesté,  » Je me tiens à un tournant décisif, mon coeur est dans ma main, de tous les côtés des terres immenses, une lune pleine brille sur moi, une pluie tombe comme du feu, que les couleurs de l’arc-en-ciel soient mon guide »

Show me the place / Cohen / Yessod: le fondement, « montre-moi l’endroit, aide-moi à rouler la pierre, montre-moi l’endroit, je ne peux pas faire ça seul, montre-moi l’endroit où les mots sont devenus humains, montre-moi l’endroit où la souffrance est née »

MalHout: l’absolu, à vous de voir….

Vidéo de la conférence « Seuls, ensemble, et après? »

Pour celles et ceux qui veulent reprendre certains passages, retrouver les thématiques de la conférence d’hier soir….

à 16mn – 22mn: Ce qui fait communauté – ensemble/YaHad – assez de lien pour la maHloket? – comportement de meute –

31 – 34: Cohésion entre spiritualité et matérialité, chabbat, action des 6 jours et communauté d’action – l’aspect contractuel –

52 – 57: La rencontre: par l’action engagée commune contre les oppressions, le croisement, tous  nos visages,

1h10 – 1h17   : La nécessité d’un lieu, l’importance de la rencontre physique, Temple vs Tabernacle portatif, « temple prétexte », hamakom

1h37 – 1h41 : Renoncer à nos privilèges, difficile sentiment de légitimité des femmes, aspect non-hiérarchique,

1h43 – 1h46 : Innovation dans le judaïsme

1h49 – 1h51  : Le printemps et l’espace publique

 

https://www.collegedesbernardins.fr/content/seuls-ensemble-et-apres

Seuls, ensemble, et après? web-Bernardins

Demain soir à 20h, je me réjouis de participer à une table-ronde prometteuse aux Bernardins, à suivre sur leur chaine youtube par exemple, infos ici: https://www.collegedesbernardins.fr/content/seuls-ensemble-et-apres

Aime ta prochaine comme toi-même

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, je partage cet article publié dans le tout nouvel exemplaire des Cahiers Bernard Lazare. Bravo à l’équipe des cahiers pour ce très beau numéro.

Bonne fête à toutes celles et ceux qui tiennent à leur liberté!

L’humanisme postule la liberté de chacun de se déterminer, de se définir et de se redéfinir, en mettant en œuvre sa liberté personnelle, sa capacité d’évoluer et sa capacité d’être en relation avec les autres. L’humanisme postule forcément la liberté de chacune, au même titre que celle de chacun.

Dans une conception juive, l’humanisme peut être formulé par la merveilleuse pensée de Hillel (Babylone, Terre d’Israël, -Ie s.) « Ce que tu détestes, ne le fais pas à ton prochain, ceci est absolument toute la Torah, le reste, ce sont des commentaires alors maintenant, va les étudier sérieusement. » Cette phrase n’est pas seulement édifiante. Elle est la base de tout le judaïsme rabbinique, qui repose sur deux piliers : l’action et l’étude. Ces deux piliers se déclinent en trois modes : moi, toi, nous. Cette affirmation est humaniste parce que l’étude nous encourage à être libres dans notre pensée et que la pratique nous incite à être cohérents dans nos actions.

Contexte

Les femmes, elles aussi, s’inscrivent évidemment dans le faire, l’action, le souci de se cultiver soi-même, l’enrichissement l’autre, la participation au collectif, c’est-à-dire au tikoun olam[1], c’est-à-dire au politique.

Mais est-ce bien le cas en pratique ? Les juives sont-elles pleinement intégrées dans le judaïsme culturel, yiddish, ladino, littéraire, hébraïque ? Je l’espère, les avancées comme les limitations de notre contexte social actuel s’y répercutent sans doute.

Les femmes juives sont-elles intégrées dans le judaïsme religieux ? Le côté religieux du judaïsme se développe par assimilation du judaïsme à la religion chrétienne depuis les Lumières puis par la création du Consistoire par Napoléon en 1808. Cet aspect des choses n’est pas ma spécialité, ni mon angle d’approche. La place des femmes y reste très secondaire.

Qu’en est-il du judaïsme rabbinique, qui inclut les aspects talmudique et halaHique jusqu’à nos jours ? Le Talmud s’inscrit dans le questionnement permanent, l’approche critique des sources et leur comparaison. La halaHa propose parfois un style plus occidental, une « recette de cuisine de la vie », à la codification bien classée, mais revient toujours rapidement à la contradiction et la confrontation d’opinion. Cette approche m’intéresse et m’a poussée à approfondir mes études juives, à aller étudier en Israël, à devenir Rabbin. C’est elle que je présente aux hommes, et de façon totalement égale, aux femmes. Hillel, que nous venons de citer, s’inscrit dans ce mouvement.

Ce judaïsme se passionne pour la question initiale « que nous apprend le judaïsme sur la vie ? », sur la façon de penser à ce que nous voulons faire et sur notre façon de vivre et d’agir, autant dire, sur la pensée et la pratique juive, sur l’étude et les commandements.

Ecarter les femmes

Les argumentaires de dénigrement sont les mêmes, dans la société juive comme dans la société globale : « Les femmes ne comptent pas vraiment, elles ne savent pas vraiment ce qu’elles veulent, elles ne savent pas réfléchir, elles sont prétentieuses, elles sont sales, il n’est pas digne pour nous de les inclure. »

Ils ont été largement invoqués au cours de l’histoire juive par les autorités qui voulaient faire reculer la place des femmes dans la tradition juive. Mentionnons un argument plus moderne, plus présentable, et non moins dangereux : « Les femmes sont supérieures spirituellement, telle est la raison pour laquelle elles ne doivent pas étudier et être responsable vis-à-vis de certains commandements, car elles restent proches de Dieu même lorsqu’elles font la vaisselle, qui est elle aussi une tâche spirituelle et sacrée ». Rappelons la recommandation de Rabbi YoHanan Méhamayan[2] dans ses fables : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute… ». Soulignons encore que tous ces arguments peu précis et détachés des sources ont été invoqués pour une raison simple : l’absence de justifications plus crédibles.

La place des femmes dépend de deux grands axes :

1 – Sont-elles responsables de leurs actes (face aux commandements) ?

2 – Ont-elles accès au savoir (étude de la Torah) ?

La réponse d’une façon générale est la suivante : Initialement les femmes ont une place, mais les influences patriarchales de la société globale ont pénétré le judaïsme au cours du temps. Pour toutes ces questions, mon avis est que la situation actuelle est totalement différente, l’aspect patriarchal de nos sociétés est heureusement largement remis en question, cela nous encourage à rassembler les sources historiques favorables à l’égalité et à les repositionner sur le devant de la scène. Cette nouvelle possibilité résonne d’ailleurs comme un devoir de contribution à l’évolution générale vers l’égalité.

Ce scénario s’applique schématiquement à toutes les dimensions essentielles de la vie juive (dans la lignée du judaïsme rabbinique): le droit/devoir d’étudier la Torah, l’implication des femmes dans les commandements positifs liés au temps, leur place dans les offices à la synagogue, la lecture de la Torah, la récitation du Kadich lors des cérémonies d’inhumation etc.

Pour approfondir ces questions, je vous invite à vous référer à l’ouvrage sous la direction du Rabbin Krygier, La loi juive à l’aube du XXIe siècle, à celui du Rabbin Golinkin (en hébreu) La place de la femme dans la halaHa, questions et réponses, ou au site responsafortoday (en anglais et en hébreu), par exemple ici : https://responsafortoday.com/en/vaad-halakhah/all-volumes/. Sur le passage précis du Talmud concernant l’interdiction de l’étude aux femmes, je donne quelques explications sur la vidéo suivante : Paracha Nasso : La femme abstinente et le dévot imbécile https://youtu.be/7Lk9T8DyK-o.

Au cœur du judaïsme

Le judaïsme talmudo-halaHique nous dit à travers la voix de Chimon hatsadik (avot 1 :2, -IIIe s) que le monde repose sur la Torah, le service, et les actes d’entraide. Donc sur l’étude, la discipline de nos actions dans la vie, la réalisation d’œuvres généreuses.

La question de la place des femmes dans ce cadre est donc celle de leur légitimité dans l’étude de la Torah, la discipline des commandements et l’action sociale. Nous demandons dans les textes de la Amida du chabbat « donne nous une part à ta Torah ». Les femmes juives peuvent-elles avoir une part à cette Torah, une part à l’étude et à la pratique ? Défaisons-nous de tout suspense : à mon sens, les femmes font au même titre que les hommes partie de ces deux aspect essentiels et tellement humanistes du judaïsme.

Quels arguments militent à mon sens dans cette direction ? On peut compter : l’interprétation des sources, la poursuite fidèle du mouvement naturel d’évolution de la tradition, l’application de l’approche humaniste contenue dans nos sources, l’application de l’approche humaniste qui s’impose sur le plan éthique.

Deux autres raisons s’ajoutent :

La première est que si la réponse est non, en tant que femme, je n’ai pas de légitimité à écrire cet article. C’est ce qui est paradoxal avec ce type de questionnement. Faut-il s’interroger ? Oui, car la place des femmes n’étant ni acquise, ni sécurisée, une réflexion doit être entreprise pour faire évoluer les habitudes. Mais non, car cela ne devrait même pas avoir besoin d’être discuté. Poser cette question nous remet en contact avec le risque d’exclusion qui pèserait sur chacun et chacune, nous incitant à l’auto-censure. Avoir conscience de ce paradoxe, c’est déjà le désamorcer un peu.

La deuxième raison est pragmatique. Mettre les femmes au second plan dans ce qui touche au judaïsme, c’est participer à leur exclusion en général, qui, dans sa manifestation extrême, est cause de meurtres et d’agressions. Du côté des femmes, elle implique la mort et le stress post-traumatique avec toutes les séquelles que cela suppose. Toutes les femmes expérimentent des attitudes de relégation.

Notons au passage que tous les hommes sont également victimes par ricochet de la ségrégation des femmes. Consciemment ou inconsciemment, nous sentons qu’une violence exercée contre une partie d’une population menace indirectement toutes les catégories de cette population. S’il n’est pas bon d’être femme, il n’est pas bon d’être « une femmelette », le conformisme viril des hommes est activé aux dépens de leur liberté. Des hommes justes de Yvan Jablonka peut être consulté sur la question. La violence n’est jamais compartimentée.

Le cercle vicieux de l’exclusion

Au contraire, reconnaitre l’égale légitimité des femmes dans un domaine, quel qu’il soit, renforce l’idée qu’elles ont voix au chapitre, que leur « non » est un « non », que leur « oui » est respectable.

L’idée de Culture du viol – que nous ne pouvons plus ignorer aujourd’hui – reprend cette idée : tout ce qui est de l’ordre de la dévalorisation contribue à davantage encore de dévalorisation, tout ce qui est de l’ordre du respect renforce le respect. Dans ce contexte, les détails sont importants.

L’antique parole de Ben Azaï (Avot 4 :2) est très expressive :

« Cours pour un commandement facile comme pour un commandement pesant et fuis la transgression ; car un commandement amène un commandement et une transgression amène une transgression ; la récompense d’un commandement est l’occasion d’un autre commandement et la punition d’une transgression est une transgression. »

Cette parole vise tous les commandements. L’application à la question des femmes est la suivante :

« Cours pour rétablir la justice et le respect de tes égales lorsque c’est simple comme lorsque c’est complexe et fuis la transgression de ce principe ; car un acte de respect entraîne un acte de respect et un acte de dévalorisation entraîne un acte de dévalorisation ; la récompense pour un acte féministe est l’occasion d’en faire d’autres et la punition pour un acte antiféministe est d’en accomplir d’autres. »

Adressée aux femmes, la recommandation peut être formulée ainsi : « Cours pour rétablir la justice et le respect qui t’est dû ; car un acte vers la demande de respect ouvre la porte à d’autres actes de demandes de respect… » Cette version explique très clairement ce qu’essaie de transmettre l’idée de « culture du viol ». Il est possible d’approfondir ces problématiques en lisant Présentes, de Lauren Bastide.

Une fois qu’on accepte l’idée qu’un acte banalise tout ce qui est du même ordre que lui, on comprend que le choix se présente ainsi : soit les femmes sont absolument secondaires, et tout acte qui les dévalorise est justifié, soit elles sont fondamentalement égales, et tout acte qui nuit à cette égalité, légèrement ou gravement, consciemment ou inconsciemment, dans quelque domaine que ce soit, est solidaire des pires actes commis à leur encontre.

Je réalise ici que mes propos sont pesants, mais ils le sont moins que la réalité violente du monde dans lequel nous vivons. La bonne nouvelle, c’est qu’il est bon de faire face à nos responsabilités ensemble, nos militantismes nous unissent dans notre humanité, l’action de tikoun olam nous inspire et nous rend vivants, vibrants, fiers d’être en vie. L’humanisme nous enseigne que personne n’est parfait mais que nous avons en nous la possibilité du meilleur qui est toujours en construction. Le psychologue Auber Allal résume cette idée ainsi : on a le droit d’être con, on n’a pas le droit de le rester.

Priorité à la vie

Vous savez certainement combien le principe de PikouaH néfech, « préserver activement la vie » est essentiel dans notre tradition. Le simple soupçon d’un risque de mort contraint à transgresser toutes les autres règles. Il faut « transgresser, et non pas mourir ». Quand bien-même la place des femmes dans notre tradition serait au second plan (ce qui n’est pas exact), nous savons aujourd’hui que la culture du viol coute des vies, cela devrait justifier la transgression des commandements si c’était nécessaire.

Seules trois exceptions exigent de « mourir et ne pas transgresser » : le meurtre, le viol, renier l’essentiel. Forcée à tuer quelqu’une sous peine d’être moi-même assassinée, je dois refuser. Forcée à violer, je dois refuser. Forcée à renier l’essentiel, je dois préférer ma propre mort. La protection de ma vie est secondaire face à la défense de mes valeurs.

J’aime la phrase d’Eric Fromm dans L’art d’aimer (XXe s. Allemagne/USA) selon laquelle : « L’homme religieux authentique a foi dans les principes que « Dieu » représente : il pense la vérité, vit l’amour et la justice, et il ne donne de prix à son existence que dans la mesure où il y trouve l’occasion d’épanouir au maximum ses virtualités humaines – seule chose qui importe, seul objet de « préoccupation ultime » ; en fin de compte, il ne parle pas de Dieu ni ne mentionne même son nom. »

L’  « homme religieux » qu’évoque Erich Fromm, inclut certainement la femme religieuse. Mais est-ce certain ? Dans « De génération en génération, être juif » le grand Rabbin Jacques Ouaknin parle de la nécessité du Minian, le quorum juif de dix « personnes » dit-il. Pourtant, il n’inclut certainement pas les femmes dans le quorum. L’ambigüité sert toujours la perpétuation des situations antérieures. Si elle était compréhensible à l’époque d’Eric Fromm, les temps ont changé.

S’il vous plait et merci

A ce stade, j’aimerais adresser des remerciements et une demande.

A celles et ceux qui sont très conscientes de la problématique de la culture du viol, je voudrais vous remercier de m’avoir lue jusque-là. Ayant pris conscience des enjeux éthiques, sociaux et vitaux de l’inclusion des femmes, il vous a sans doute été difficile de lire mon texte rédigé jusqu’à présent sur l’idée que « le masculin représente les femmes ».

A celles et ceux que mon écriture n’a pas choquée jusqu’à ce stade, j’aimerais demander que nous dépassions nos habitudes. Je vais essayer d’utiliser à partir de maintenant dans cet article un « féminin neutre » pour remplacer le « masculin-neutre ». Cela nous permettra de voir si nous sommes plus engagées (au féminin) dans le texte quand il est genré comme nous, ou si nous sommes moins engagés (au masculin) dans le texte lorsqu’il est genré différemment de nous.

En tant que juives (juifs inclus), nous sommes habituées (hommes inclus) plus que d’autres à entendre les idées derrières les mots, nous devrions pouvoir faire face à cette adaptation. Nos efforts ne sont pas vains, ils sont au service de l’humanisme, du respect, du respect du besoin de sécurité de chacune. Nous adorons apprendre, et cela aussi est la Torah.

Sans aucun doute la notion de pikouaH nefech devrait l’emporter sur la grammaire française de ces quelques derniers siècles. Le français est une langue toute jeune, et elle est aussi souple que son locuteur, c’est-à-dire nous. Le principe même de halaHa, de loi juive, nous enseigne que rien n’est un détail. Au nom de quoi d’ailleurs interpellerions-nous « les religions » ou « le judaïsme », si nous ne sommes pas prêtes nous même à un inconfort minimal pour réduire une injustice meurtrière ?

Ces trois exceptions s’appliquent incontestablement aux femmes : je ne peux tuer une femme ou violer une femme pour sauver ma vie. Et pas non plus renier notre essentielle égalité en contribuant à l’argumentaire qui permet aux meurtriers et aux violeurs de s’auto-justifier.

Si nous appliquons aujourd’hui le même effort de justice, de respect et de courage que celui dont nos sages ont fait preuve à leurs époques, nous sommes absolument en mesure de soutenir les changements qui s’imposent. Aujourd’hui l’argument de « réputation de la communauté juive » qui a pu être invoqué à l’encontre des droits des femmes dans une société globale patriarchale doit être renversé. La préservation de l’image du judaïsme exige le rétablissement des femmes dans leur droit initial et imprescriptible. Mais bien au-delà des questions d’image, la question de la place des femmes est une question de conscience.

Il est temps, donc, dans un esprit humaniste, de « ne pas faire à notre prochaine ce que nous détestons, c’est toute la Torah, et il est temps de nous consacrer à l’étude de ce principe et de toutes ses implications ».


[1] Réparation du monde

[2] Château-Thierry 1621- Paris 1695