Yom Kipour : Abolissons nos privilèges (Discours 5780)

Voici mon discours de Yom Kipour.

Merci encore à tous les participants et à tous les bénévoles, qui ont non seulement travaillé de tout leur coeur et sans relâche pour préparer ces merveilleux offices, mais qui ont su garder calme et bienveillance dans des moments très intenses.

Compte tenu du succès, je vous propose que nous faisions à nouveau Kipour l’année prochaine 😉 ( Dimanche 27 septembre au soir et lundi 28)

Dracha de yom kipour – plaidoyer contre la tourniquette ou abolissons nos privilèges —– 

« Autrefois pour faire la cour, on parlait d’amour ! Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur ! … Aujourd’hui c’est plus pareil, ça change ça change, pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille « ah gudule, viens m’embrasser, et je te donnerai…. Une tourniquette pour faire la vinaigrette, Un bel aérateur pour bouffer les odeurs, Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, Un avion pour deux et nous serons heureux!… » (Boris Vian)

Les tourniquettes à vinaigrettes sont plus faciles à acquérir qu’un cœur. On peut être tenté de s’en satisfaire. On peut croire que cela remplace. Mais la seule façon de retrouver un cœur qui sent les sentiments, consiste à renoncer aux gadgets, à séparer l’essentiel des accessoires.

Comme le dit le prophète Ezechiel : Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai la tourniquette pour faire la vinaigrette de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

C’est presque ce que dit Ezechiel, mais soyons plus précis : Ézéchiel 36:26 : 26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.

En ce jour de Kipour, nous délaissons les accessoires, nous nous concentrons sur l’essentiel : retrouver le cœur de chair derrière le cœur de pierre.

En ce jour de Kipour, nous abolissons tous nos privilèges. Mieux, même, nous abolissons nos besoins primaires. La Torah nous dit de nous affliger, la Torah orale détaille les cinq interdictions concernées :

Aujourd’hui, pour 25 heures, nous abolissons nos besoins physiques élémentaires.

Nous renonçons à boire, nous renonçons à manger. Nous ressentirons la faiblesse physique, le découragement, la douleur, que provoque la faim et la soif. (1)

Nous renonçons aux apparences, pas de bains,(2) pas de baumes, pas de parfum, pas de déodorant (3), pas de chaussures en cuir (4). Nous ressentirons notre vulnérabilité face aux autres.

Nous renonçons à l’intimité physique (5). Nous ressentirons la solitude face à notre faiblesse.

Que ces renoncements nous ouvrent à une meilleure compréhension de ce que vivent au quotidien tous ceux qui n’ont rien à boire, rien à manger, aucune possibilité de se laver, aucun lieu d’intimité.

Pourquoi agir ainsi ?

Par solidarité bien sûr. Parce que quand on arrive au niveau du cœur, tous les préjugés fondent, et nous comprenons enfin comme le dit le Talmud que « ton sang n’est pas plus rouge que le sien », toutes les vies ont la même valeur.

Et nous faisons cela pour une autre raison encore : pour aller au plus profond de nous-même, pour laisser tomber les voiles que nous érigeons autour de nos vulnérabilités, pour aller au centre de nous-mêmes, pour nous remettre dans notre centre de gravité, pour renouer avec l’essentiel, pour que nos objectifs de l’année soient les meilleurs, pour que notre façon de les accomplir soit optimale.

« les meilleurs » ? « optimale » ? oui. Pas « les bons objectifs », non, mais au contraire : « les objectifs les meilleurs possibles ». Pas « des actions parfaites », non, « des actions au mieux ». Car nous n’avons pas accès à la Vérité. Nous avons simplement accès à des chemins de vérité.

Célébrer kipour, c’est suivre la voie de la recherche de la vérité. Et c’est reconnaitre que nous n’y accéderons pas totalement.

Aujourd’hui, nous n’espérons pas devenir immortels. Nous savons que nous mourrons un jour. Ountané tokef nous met face à cette réalité : « qui vivra, qui mourra, qui en son temps, qui prématurément, qui par le feu, qui par l’eau, qui par la faim, qui par la soif, qui par le glaive ». Est-ce inéluctable ? Oui et non. Oui nous mourrons un jour. Mais il est possible de nous dégager du mal de cette mort.

La remise en question, l’introspection, l’entre-aide écartent le mal de la sentence. Téchouva, téfila, tsédaka

A la fin de ce jour de kipour, quel que soit le travail émotionnel et social que nous ferons, nous ne deviendrons pas immortels. Mais nous pouvons espérer être moins vulnérables à notre mortalité.

Ceci est important à notre époque, car, comme le dit François Sureau, « Nous nous sommes fait une idée de la perfection de l’homme, tout ce qui blesse la perfection de l’homme doit être réprimé, la perfection de chaque homme… et donc nous vivons dans le rêve d’une société de la perfection individuelle, ce rêve provoque une société de la peur, ou chacun a peur pour la perfection de sa propre vie que les journaux, tout le monde lui présente sans cesse comme qq chose de désirable cette peur génère à son tour une organisation sociale et collective de la peur »

Sur ce sujet, Woody Allen résume bien l’ecclésiaste que nous lirons lundi matin pour Soukot : La vie est une maladie lente sexuellement transmissible.

La mort entre elle-même dans la définition de la vie, la vulnérabilité est l’essence même d’un cœur, la transgression est indissociable de la loi.

Il nous faut aimer la vie malgré la mort, aimer les sentiments malgré notre fragilité, aimer la loi malgré la transgression, sans crispation, nous devons lâcher prise. La perfection de nos vies n’est pas un droit, elle n’est pas un privilège légitime. Yom Kipour est un élément fondamental de ce dispositif.

La vie et la liberté sont fragiles, et aucune tourniquette à vinaigrette n’y pourra rien changer.

Tel est donc le choix qui s’offre à nous aujourd’hui, aujourd’hui en ce jour de kipour, aujourd’hui en ce jour de kipour 5780/2019, aujourd’hui, pour l’année à venir, et pour le reste de nos vies :

Allons-nous nous accrocher à l’accessoire, ou allons-nous plonger au cœur de notre vulnérabilité qui est aussi notre pouvoir ?

Il faut choisir. On ne peut pas être Monothéiste et polythéiste à la fois. On ne peut pas idolâtrer l’accessoire et se revendiquer de la vie. Telle est la raison donnée par nos sages pour nous demander de nous priver de l’essentiel à Yom Kipour, de sorte que nous sachions nos détacher de l’accessoire et des accessoires tous les autres jours de l’année.

L’important, c’est de l’entendre :

  • Si la tourniquette pour faire la vinaigrette est un privilège, il est temps de l’abolir. (jusque là, ca va)
  • Si avoir un cœur de pierre est un privilège, il est temps d’y renoncer. (là ça demande du travail)
  • Si tirer avantage d’être un homme blanc hétérosexuel riche de 50 ans est un privilège, il faut nous en défaire. (je ne suis pas certaine d’y réussir)
  • Si tirer avantage de l’usage du plastique qui nous empoisonne est un privilège il faut nous en dessaisir. (c’est en cours)
  • Si un Ordre établi à notre avantage, au détriment des autres est un privilège, il nous faut le dénoncer. (là j’ai beaucoup de chemin à faire)

Ivan Jablonka, citant Olympe de Gouges qui nous accueille aujourd’hui, fait dans son dernier livre un plaidoyer pour le renoncement des hommes à leurs privilèges de genre. Nous pouvons également appliquer ce renoncement à tous les autres privilèges indus.

Nous ne vivons pas mieux avec ces soi-disant privilèges, qu’avons-nous besoin de tourniquettes, de cœurs de pierre, de privilèges de genre, de plastique, un ordre qui nous favorise et pénalise d’autres ?

En ce jour où nous n’avons pas besoin de manger, de boire, de nous parfumer, de nous faire « beaux », réfléchissons : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Nous finirons, dans 23h avec la déclamation solennelle du chéma israel et le son du chofar.

A ce moment, il faudra avoir décidé, cristalliser nos décisions, et utiliser les 509 760 minutes de l’année à venir pour les mettre en œuvre.

שמע ישראל יהוה אלהנו יהוה אחד

Ecoute Israël, l’Eternel infini, qui est notre force, l’Eternel infini, est un, il est le même pour tous et toutes.

Tsom Kal, jeune facile pour nous toutes et nous tous.

 

 

Roch hachana : Le jour du non jugement ! (Discours 5780)

Voici mon discours de Roch hachana… Je vous souhaite une bonne lecture, de bons préparatifs pour Kipour qui approche.

Encore Chana Tova à toutes et à toutes, et excellente année 5780!

Nous lisons dans la paracha « vois ! » (Réé, Deut. 6:11)

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Nous sommes censés nous réjouir, et cela implique une certaine réussite en termes de construction sociale. Avons-nous réussi à appliquer ce verset ?

  • Nos employés se réjouissent-ils avec nous ?
  • Les Lévi et les Cohen, les enseignants et les soignants se réjouissent-ils avec nous ?
  • L’étranger, ceux qui ne parlent pas la langue du pays, ceux qui ne savent pas où dormir pour la nuit, se réjouissent-ils ?
  • La veuve, les femmes écartées de leur pouvoir social se réjouissent-elles ?
  • Les orphelins, ceux dont les parents sont incapables de les guider, ont-ils des appuis institutionnels stables ?

Cela implique également un certain degré de réussite personnelle. Avons-nous « réussi » cette année ?

  • Sommes-nous joyeux ?
  • Nos jeunes, lorsqu’ils contemplent leur avenir économique se réjouissent-ils ? Nos filles confiantes en leurs chances égales à leurs frères ? Nos enfants ont-ils confiance dans leur avenir sur leur planète ?

Difficile de répondre oui.

Dans ce cas, la présence de l’Éternel (en présence de l’Éternel) peut-elle nous accompagner ? Le Temple (dans l’enceinte), dont nous pleurons la destruction, peut-il être reconstruit ? Évidemment non.

Ces constats sont graves. Ils pourraient nous accabler. Nous pourrions nous retrouver collés à l’étiquette de « perdants » créée par cette effarante défaite, nous pourrions nous dévaloriser nous-mêmes, et renoncer.

Que faire alors ? Noyer nos angoisses dans l’alcool ? Herschel Ostropoler, ce héros de l’humour juif d’Europe Centrale, a essayé pour nous : j’ai voulu noyer mes soucis dans l’alcool mais depuis le temps, ils ont appris à nager ! Il va falloir trouver une autre approche. Une approche exempte de résignation.

Comment nous détacher de la fatalité de nos limites ? (רוע הגזרה, voir la prière ountané tokef)

J’ai une proposition à vous faire : acceptons nos limites, et déclarons fièrement : « nous sommes tous des perdants ». 1, 2 : « ….. » non c’est une plaisanterie.

Enfin, une plaisanterie, oui et non, nous n’avons pas besoin de dire cela maintenant, mais nous le répétons tout au long des fêtes de tichri, nous disons le « vidouï », nous déclamons nos erreurs.

Bien sûr, cela ne semble pas très commercial de dire cela… et après tout tant mieux. Car le commercial nous vend tous les objets de consommation qui nous devraient nous permettre de nous sentir « gagnants ».

En faisant cela, le commercial nous vend surtout une idéologie, celle qui dit que nous devrions être des « gagnants », et qui stigmatise les soi-disant « perdants ».

Woody Allen disait : I’d never join a club that would allow a person like me to become a member. Je n’accepterais jamais de rejoindre un club qui s’abaisserait à accepter des personnes comme moi en son sein.

C’est l’idée même de club qui est illusoire. Il n’y a rien à gagner à entrer dans le « club des gagnants ». Et l’autre club, celui de « ceux qui voudraient faire partie du club des gagnants », il est encore plus illusoire. Une étiquette stérile. Rejoignez-moi plutôt dans le club des « perdants et fiers de l’être », ou mieux encore, rejoignons le club de Ruth Bebermeyer, le « club de ceux qui refusent les clubs », les définitions, les étiquettes artificielles :

Paresseux ou stupide ? – Ruth Bebermeyer

Je n’ai jamais vu d’homme paresseux ; J’ai connu quelqu’un que je n’ai jamais vu courir, Quelqu’un qui dormait parfois l’après-midi, Et préférait rester chez lui lorsqu’il pleuvait. Mais ce n’était pas un paresseux.
Avant de me traiter d’originale, réfléchis : Était-il paresseux Ou faisait-il des choses Que nous associons à la paresse ?

Je n’ai jamais vu d’enfant stupide ; J’ai vu parfois un enfant faire Des choses que je ne comprenais pas Ou que je n’avais pas prévues. J’ai vu parfois un enfant qui n’avait pas vu Les lieux que j’avais visités, Mais ce n’était pas un enfant stupide.
Avant de le dire stupide, réfléchis : Était-il stupide Ou savait-il simplement d’autres choses que toi ?

Ce que certains nomment paresse, Est pour d’autres de la fatigue ou de la détente.
Ce que certains nomment bêtise, Est pour d’autres un savoir différent.
J’en conclus que, pour échapper à la confusion, Mieux vaut ne pas mélanger Ce que nous voyons et nos opinions.
Et cela, je le sais, N’est que mon opinion.

Au-delà des étiquettes, Je n’ai jamais vu un « gagnant », j’ai vu des personnes qui posaient des étiquettes négatives sur ceux qui étaient différents.

Je n’ai jamais vu de « perdants », j’ai vu des personnes qui avaient peu d’argent, des personnes qui subissaient des affronts, des personnes qui luttaient pour leur survie, des personnes qui étaient fustigées parce qu’elles vivaient selon leurs propres règles, j’ai vu des gens devenir des boucs émissaires parce qu’ils étaient heureux dans leur propre référentiel et refusaient de se « convertir ». Je n’ai jamais vu de « sales juifs » seulement des personnes qui « suivaient leur propre route » (et parfois les « braves gens » « n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » (Brassens)).

Nous avons vu ce type de résistance aux définitions tout au long de l’histoire. Pour aller plus loin encore, cette résistance, nous en sommes les champions, ou nous devrions en être les champions.

Car le peuple juif n’est-il pas exactement cela ? Nous « gagnons » parce que nous refusons les jeux concurrentiels, nous étudions la Torah, le reste est accessoire. Nous avançons « lichma », gratuitement, sans nous soumettre à un besoin de reconnaissance. Nous travaillons sans relâche à la définition libre de notre propre référentiel. Beaucoup de valeurs se prétendent « sacrées » et ne le sont pas. Nous ne devons pas les révérer.

Peu nous importe, d’être « des gagnants », d’être jeunes, d’être riches, d’avoir fait des études prestigieuses, d’avoir un grand appartement, d’avoir de beaux cheveux soyeux !

  • Le riche ? c’est celui qui est heureux de ce qu’il a. / Le fort ? c’est celui qui sait guider ses sentiments. (Pirké Avot 4:1)
  • La beauté ? peu importe, c’est l’instruction qui compte (, septante, prov. 31 : אישה משכלת היא תתהלל)
  • Le pauvre ? un juste peut manquer d’argent, pas de stigmatisation des « perdants » (Rabbi Yosselman de Rosheim)

S’il faut utiliser ce mot, « perdant », soyons tous des perdants, des juifs allemands, soyons tous charlie, soyons une des 343 salopes.

En adoptant cette qualification avec fierté, nous « déracinons » la culture de compétition et de stigmatisation qui nous divise pour que d’autres règnent mieux (divide et tempera, Philippe de Macédoine)

Nous enracinons au contraire notre liberté de nous définir et de nous redéfinir sans entraves.

  • Tous les jours, nous pleurons la destruction du Temple, ce lieu de rassemblement, où les étiquettes disparaissaient, où le « pêcheur » redevenait « une personne qui, comme nous tous, avait commis des erreurs dans le passé ».
  • Tous les cinquante ans, avec le Yovel, nous remettions en cause les cessions de propriété terrienne, le « perdant » devenait « une personne qui pour un temps avait dû céder sa terre ».
  • Tous les chabbat, nous nous relevons « de la vallée des larmes », nous revêtons « nos vêtements de splendeur », nous chantons « léHa dodi » ensemble, les soi-disant « perdants » et les soi-disant « gagnants » de la semaine, deviennent « des personnes qui veulent se ressourcer ensemble ».
  • Tous les Pourim, nous buvons jusqu’à une certaine confusion, les « gentils » et les « méchants » se confondent, les étiquettes lâchent leur emprise.

En ce jour de Roch Hachana, nous disons le vidoui au pluriel, « nous avons trahi », « nous avons volé », car c’est en tant qu’égaux, « sans étiquettes », que nous affirmons notre commune responsabilité à propos de l’Etat du monde.

En ce jour de Roch Hachana, en ce jour de jugement, en ce jour où nous rappelons tous nos actes de l’année, en ce jour où nous nous demandons si nous serons inscrits dans le livre de la vie, en ce jour de tremblement, j’aimerais conclure ainsi :

Aucun de nous n’est un perdant, une perdante, nous sommes des personnes libres de définir nos objectifs.

Nous ne sommes pas des perdants ou des perdantes, nous appartenons au monde juif dans lequel, réussir, c’est créer un monde de justice et de sororité.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure, et nous pleurons.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère, nous nous efforçons d’espérer.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas créé : les hommes le créent, nous essayons de le recréer.

(Les passages en violets sont tiré du poème d’Edmond Fled, « Pourquoi je suis juif ».)

Nous sommes au-delà des stigmatisations qui nous cloisonnent.

Certes, nous n’avons pas réussi à rendre possible la réjouissance dont parle le Deutéronome :

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Cela fait 3000 ans que nous y travaillons, et nous continuerons avec toute l’urgence qui s’impose.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-auto-flagellation mais celui du jugement éclairé.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-stigmatisation mais le jour du jugement constructif.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-conformité mais celui du jugement-remise en question.

Que ce Roch hachana soit pour nous un nouveau départ, pour de nouvelles avancées. Jusqu’à ce que nous puissions réellement nous réjouir.

Maîtres du temps? seliHot et cours à 10h

Vous avez juste le temps de boire un petit café et de nous rejoindre!

Nous chanterons quelques seliHot en expliquant leur sens, avant de faire un court office du matin, puis de passer une heure et demie d’étude et de partage autour du calendrier juif et de ce qu’il  nous apprend de notre structuration du temps.

Bon, nous sommes d’accord, la translittération, comme ça, c’est un peu « brut ». Mais on va tout expliquer dans quelques minutes, à 10h, à Nation, alors n’hésitez pas à nous rejoindre! Par ailleurs, il existe des programmes d’étude de l’hébreu pour rentrer directement dans l’alphabet hébraïque. A partir du moment où vous pensez passer plus de dix heures à un office dans votre vie, cela vaut la peine d’utiliser ces méthodes plutôt que de se fatiguer à « apprendre la translittération ». Je dis « apprendre » car c’est vraiment un apprentissage, alors autant prendre 10 minutes par jour pendant deux semaines et entrer dans les bases de la lecture directe. Contactez-moi en répondant à cet article si cela vous intéresse (je ne publierai pas les adresses email, numéros de téléphones et noms).

Chavoua Tov! שבוע טוב

selihot et office translittération

cours ganénou roch hachana kipour

Selihot à Ganénou

  1. Adonaï hou haélohim
  2. Adonaï MéleH adonaï MalaH adonaï YmloH léolam vaèd
  3. VésalaHta laavoni ki rav hou
  4. 13 Attributs Ex. 34 :6 (et Nb 14 :18) Adonaï Adonaï el raHoum véHanoun EreH apaim vérav Héssed véémet, notser Héssed laalafim, nossé avon vafécha véHata vénaké.
  5. Vidouï

Elohénou vélohé avoténou ana tavo léfanéHa téfilaténou veal titalam mitHinaténou chein anaHnou azé fanim oukéché orèf lomar léfanéha adonaï élohénou vélohé avoténou tsadikim anaHnou vélo Hatanou aval anaHnou Hatanou
Achamnou bagadnou gazalnou dibarnou dofi héévinou vehirchanou zadnou Hamasnou tafalnou chéker yaatsnou ra kizavnou lasnou maradnou niatsnou sararnou avinou pachanou tsararnou kichinou oref rachaanou chiHatnou tiavnou tainou titanou
Véal koulam éloha seliHot slaH lanou meHal lanou Kaper lanou

  1. Avinou malkénou

Avinou malkénou Hanénou véanénou ki ein banou maassim, assé imanou tsédaka vaHessed véhochiénou.

  1. Adon hasseliHot – Chatanu lefaneicha rachem aleinu.

Adon haselichot, bochen levavot, goleh amukot, dover tzedakot

Hadur benifla’ot, vatik benechamot, zocher b’rit amo, choker kelayot

Male zakiyut, nora tehinot, tzone’ach avonot, oneh be’etzavot

  1. Chomer Israël

((Chomer *2)  Israël  Chmor chéérit israël *2)
(veal yovad *2) Israël haomrim béHol yom chéma Israël
-((Chomer *2)  Goy éHad Chmor chéérit Goy éHad *2) (veal yovad *2) Goy éHad haomrim béHol yom adonaï élohénou adonaï éHad
-((Chomer *2)  Goy Kadoch Chmor chéérit Goy Kadoch *2)
(veal yovad *2) Goy Kadoch haomrim béHol yom kadoch kadoch kadoch
-((Chomer *2) Goy Rabba  Chmor chéérit Goy Rabba *2)
(veal yovad *2) Goy Rabba haomrim béHol yom amen yéhé chémé rabba

  1. Kadich titkabal

Ytgadal véytkadach chémé raba AMEN
Béalma di vera Hirouté véyamliH malHouté AMEN
béHayéHon ouvéyoméHon ouvHayé déHol beit Israel baagala ouvizman kariv véimérou amen AMEN
yéé chemé rabba mévaraH léalam ouléalmé almaya
ytbaraH véYchtabaH véYtpaar véYtromam véitnassé véitadar véitalé véhithallal chemé dékoudécha beriH hou
lééla oulééla mikol birHata véchirata touchbéHata vénéHémata daamiran béalma véimrou amen AMEN
Titkabak Tslotéhon ouvaoutéhou déHol beit Israel kadam avouon di vichmaya véimérou amen AMEN
yé chéléma rabba min chéémaya véHaim alénou veal kol Israel véimrou amen AMEN
ossé chalom bimromav hou yaassé chalom alénou veal kol Israel véimrou amen AMEN

 

Office du matin

  1. BIRKOT hACHAHAR Ma tovou ohaléHa yaakov michkénotéHa israel (Nb 24 :5 bilam)
  2. Adon olam acher malaH bétérem kol yétsir nivra léet naassa béHeftso kol azaï méleH chémo nikra véaHaré kiHlot hakol lévado imloH nora véhou aya véhou ové véhou yiyé bétifara véhou éHad véein chéni léhamchil lo léaHbira béli réchit béli taHlit vélo haoz véhamissra véhou éli véHaï goali vétsour Hévlit béet tsara véhou nissi oumanos li ménat kossi béyom ékra béyado afkid rouHi béet ichan véaira véim rouHi géviati adonaï li vélo ira.
  3. PSOUKE DEZIMRA Halélouya halélouyé bétsiltsélé chama haléloouya halélouya bétsiltsélé téroua kol hanechama téhalel ya hallélouya   (ps 150)
  4. CHEMA ET BENEDICTIONS    barouH adonaï hamévoraH léolam vaèd
  5. kadoch kadoch kadoch adonaï tsévaot mélo kol haaret kévodo / barouH kévod adonai mimékomo (Ezechiel 3 :11)
  6. Chéma Israël adonaï élohénou adonaï éHad
  7. Mi HamoHa baélim adonaï mi kammoHa néédar bakodech nora téhilot ossé félé / adonaï imloH léolam vaèd (Exode 15 :11)
  8. AMIDA   Lédor vador naguid godléHa oulenétsaH nétsaHim kédouchatéHa nakdich
  9. Sim chalom tova ouvraHa Haim Hen vaHessed Hen vaHessed véraHamim ki béor panéHa natata lanou adonaï elohénou torat Haim véahavat Hessed outsdaka ouvraHa véraHamim véHaim véchalom
  10. Ossé chalom bimromav hou yaassé chalom alénou véal kol israel véimérou amen
  11. FIN    Ein k élohénou Ein k adonénou Ein k émalkénou Ein k émochiénou / mi / nodé / barouH / ata hou

autres ressources: texte de seliHot (PDF)

Devenez les Maîtres du Temps! Début de l’année, Début du changement…

Roch hachana signifie « tête de l’année ».

Les années s’écoulent et se ressemblent, avec la succession perpétuelle des fêtes, qu’on nomme en hébreu « le cycle de l’année ».

Pourtant, les années s’écoulent et ne se ressemblent pas, le mot Chana, שנה « année », est proche du mot « chinouï », שינוי le changement.

La vie nous tiraille et nous sollicite, nous force à changer, nous fait vaciller comme une feuille d’automne sur un fleuve fougueux (quel lyrisme!).

 

En anticipant, nous pouvons être prêts à accueillir ces changements, à suivre son cours en toute responsabilité, comme une barque aux rameurs avertis.

Que nous apprennent Roch hachana, Kipour, et le cycle des fêtes sur nos vies et notre façon de « mener notre barque »?

Tel sera notre sujet d’étude, ce dimanche à 11h à Ganénou. Un office pédagogique accompagné de seliHot commencera à 10h, pour introduire ceux qui le souhaitent à cette merveilleuse liturgie des fêtes, qui soutient nos remises en question.

Cours pour adultes, ouvert à toutes et tous, Rabbin Floriane Chinsky

 

Edith Stein et Esther – réécouter la table ronde aux bernardins

Ce dimanche, Table ronde autour de Edith Stein et Esther au Collège des Bernardins. Pour retrouver le contenu des conférences, quelques liens disponibles dans cet article.

Eléments Biographique de Edith Stein et notions abordées lors de la conférences disponibles en cliquant ici.

 

Emmanuelle Pastore

Sophie Binggeli

Floriane Chinsky

Notions juives pour comprendre Edith Stein

Qu’aurait fait Edith Stein dans un monde où le judaïsme n’aurait pas été isolé, stigmatisé, divisé ?

Quelle aurait été sa vie si elle avait évolué dans un monde qui la respectait en tant que femme ?

On ne peut pas luter toutes les luttes, on ne peut pas s’engager dans tous les combats.

La qualité de femme et la qualité de juive d’Edith Stein on fait d’elle une marginale. Elle a cependant réussi à laisser un héritage encore vibrant aujourd’hui, ainsi que l’atteste cette journée qui lui est consacrée. C’est en tant que femme et en tant que juive qu’elle ne peut accéder d’abord à l’habilitation. Exclue de la société, comment peut-elle malgré tout s’y intégrer ? Elle le fera en renversant la situation. En entrant dans les ordres elle accepte cette exclusion et en fait un point d’appui, un levier. En allant à l’extrême de l’exclusion, elle se protège de la force d’exclusion et peut rebondir. Est-ce un choix conscient de sa part? Un choix inconscient? Un « glissement » qui l’entraîne presque par gravitation jusqu’au premier pallier ou prendre appui dans un monde qui laisse peu de place à l’expression de son génie? Nous évoquerons cette hypothèse, et d’autres, dans quelques heures. Voici déjà quelques notions qui seront utiles.

NB: cet article sera remanié dans les prochaines heures, en fonction de la conférence.

Biographie, quelques éléments :

  1. Naissance: 12 octobre 1891, Breslau, jour de Kippour
  2. 1893: décès de son père
  3. 1904: commence à jeûner à Kipour
  4. Investissement dans une association d’éducation populaire et dans une association pour les droits des femmes
  5. 1911: baccalauréat (parmi les premières femmes)
  6. Première guerre mondiale: infirmière (étudie et pratique)
  7. 1916: baptême de son ami Reinach
  8. 1917: Thèse « Sur le problème de l’empathie », avec Husserl, l’une des premières femmes
  9. Refus de Husserl de la soumettre à l’habilitation
  10. 1917: « Deux choses seulement me maintiennent la curiosité en éveil : la curiosité de voir ce qui va sortir de l’Europe, et l’espoir d’apporter ma contribution en philosophie »
  11. 1917: mort de son ami Adophe Reinach
  12. 1919: engagement au « DDP », le Parti démocrate allemand, un parti de centre-gauche qui abrite des féministes ainsi que des personnalités juives
  13. 1920: échec de sa lutte pour obtenir l’habilitation, fonde une académie privée, 30 étudiants chez elle.
  14. 1921: conversion au catholicisme « la cause décisive de sa conversion au christianisme fut la manière dont son amie accomplit par la force du mystère de la Croix le sacrifice qui lui était imposé par la mort de son mari », « C’était pour moi quelque chose de tout à fait nouveau. Dans les synagogues et les temples que je connaissais, quand on s’y rendait c’était pour l’office. Ici, au beau milieu des affaires du quotidien, quelqu’un pénétrait dans une église comme pour un échange confidentiel. Cela, je n’ai jamais pu l’oublier »
  15. 1928: Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, édité par Martin Heidegger, sans juste reconnaissance de son travail
  16. conférence en 1930sur « L’éthique des métiers féminins ». Seule femme à prendre la parole au cours du Congrès, elle parle des métiers féminins et refuse la misogynie de l’époque en affirmant qu’« aucune femme n’est seulement femme, chacune présente des traits individuels et des dispositions propres, tout comme l’homme, par l’aptitude à exercer telle ou telle profession dans un domaine artistique, scientifique ou technique »
  17. 1933: début de la rédaction de « vie d’une famille juive », qui sera interrompue par sa déportation, entrée au monastère
  18. Étude sur l’État, où elle décrit les différentes notions d’individu, de communauté, de masse et d’État. Elle s’oppose donc à l’idéologie du national socialisme allemand, ainsi qu’aux idéologies marxistes.
  19. 1936 renouvellement de ses voeux et mort de sa mère « « Quand mon tour est arrivé, de renouveler mes vœux, j’ai senti que ma mère était près de moi, j’ai expérimenté clairement qu’elle était proche de moi »G 4,34. Elle apprendra quelques jours plus tard que sa mère mourait au même moment. Ce fut pour Edith Stein une profonde consolation. »
  20. 2 aout 1942 – arrestation dans un carmel aux pays-bas 9 août 1942  – extermination à Auschwitz

 

  1. 1987 – béatification Jean-Paul II, « une fille d’Israël, qui pendant les persécutions des nazis est demeurée unie avec foi et amour au Seigneur Crucifié, Jésus Christ, telle une catholique, et à son peuple telle une Juive»
  2. 1998 – canonisation
  3. 1999 – nommée « co-patronne de l’europe »

Élément de perplexité: 

 » Enfin sa mort, qu’elle veut vivre comme un holocauste pour « son peuple », montre son attachement profond à ce lien entre christianisme et judaïsme62. Elle ne renie pas sa foi catholique, mais s’identifie au Christ, qui meurt pour ses disciples. Édith Stein fait donc de même, en partant aux camps en tant que juive. Le pape Jean-Paul II dans l’homélie de sa béatification affirmera qu’il n’y a pas de contradiction pour Édith Stein dans sa foi : « Pour Édith Stein, le baptême chrétien n’était pas une façon de rompre avec son héritage juif. Tout au contraire elle déclara : « J’avais abandonné la pratique de la religion juive dès l’âge de quatorze ans. Mon retour à Dieu me permit de me sentir à nouveau juive ». Elle a toujours été consciente du fait qu’elle était liée au Christ « non seulement par la spiritualité, mais aussi par le sang. » (…) Dans les camps d’extermination, elle mourut en fille d’Israël « pour la gloire du Très Saint Nom et, à la fois, en tant que sœur Térésa Benedicta de la Croix, c’est-à-dire, « bénie par la Croix » » (tiré de wikipedia)

Quelques notions juives:

holocauste – Ola עולה –  « montée » – « montée de désir de donner » = pardon de petites fautes ou du fait d’envisager de commettre une faute, OU offrande à l’occasion des fêtes, OU offrande de la femme qui vient d’accoucher, OU offrande du grand-prêtre le jour de Yom Kipour, OU pour retour à la vie (conversion, lépreux, ascète, celui-celle qui a eu un écoulement)

Choa – génocide juif pendant la IIe guerre mondiale – Appeler la Choa « holocauste » revient à lui donner un caractère volontaire de la part de ceux qui en auraient fait l’ « offrande » et donner un caractère sacré à ce qui est le comble de la désacralisation

Esther / hadassa 

Midrach = commentaire rabbinique pour expliquer une particularité du texte biblique, sous forme de déduction ou d’histoire

Talmud = livre essentiel du judaïsme, mise à l’écrit de la tradition orale fin du Ve siècle (pour le Talmud de Babylone), 23 exemplaires brûlés en place de grêve en 1242 (L IX)

Pourim – Képourim – Kipourim – Kipour

Midrach sur les proverbes:

אמרו חכמינו: “כל המועדים עתידים להתבטל, וימי הפורים אינם בטלים לעולם, שנאמר: ‘וימי הפורים האלה לא יעברו מתוך היהודים’ (אסתר ט’, כח). אמר רבי אליעזר: אף יום הכיפורים אינו בטל לעולם, שנאמר: ‘והייתה זאת לכם לחֻקת עולם’… (ויקרא ט”ז, לד)”. מדרש משלי.

Les sages ont dit « toutes les fêtes sont destinées à disparaitre et les jours de Pourim ne disparaitront jamais comme il est dit  » et ces jours de Pourim ne disparaitront pas de chez les juifs » (Esther 9:28) Rabbi Eliezer a dit: de même le jour de « est-ce qu’il est une chose comme Pourim » = « Yom Ha Ké Pourim » = Kipour ne sera jamais annulé comme il est dit « et ce sera une loi éternelle » Lévitique 16:34  » Pour approfondir, voir par exemple « sur Pourim et le jour de Yom hakipourim » (heb)

Yoma, « Le Jour », traité du Talmud qui traite de Yom Kipour et qui mentionne la notion de PIKOUAH NEFECH, le fait de tout faire pour protéger sa vie. פיקוח נפש

BeraHot 55b « Le rêve suit la bouche », le rêve prend le sens de la façon dont on l’interprète

Yoma 29a Esther et la promesse de l’aube texte en hébreu ici: http://kodesh.snunit.k12.il/b/l/l2503_029a.htm

 

Table ronde sur Esther aux Bernardins

Regards croisés sur Esther, selon la Bible juive, selon la vision chrétienne et selon l’approche d’Edith Stein.

Ce jour-là, nous ne resterons pas « cachés » derrière notre image, mais nous nous dévoilerons, pour confronter la richesse, pas toujours uniforme, de nos traditions.

Inscriptions pour la journée ici:
https://www.collegedesbernardins.fr/content/journee-edith-stein-edith-stein-et-la-bible