Yom Kipour : Abolissons nos privilèges (Discours 5780)

Voici mon discours de Yom Kipour.

Merci encore à tous les participants et à tous les bénévoles, qui ont non seulement travaillé de tout leur coeur et sans relâche pour préparer ces merveilleux offices, mais qui ont su garder calme et bienveillance dans des moments très intenses.

Compte tenu du succès, je vous propose que nous faisions à nouveau Kipour l’année prochaine 😉 ( Dimanche 27 septembre au soir et lundi 28)

Dracha de yom kipour – plaidoyer contre la tourniquette ou abolissons nos privilèges —– 

« Autrefois pour faire la cour, on parlait d’amour ! Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur ! … Aujourd’hui c’est plus pareil, ça change ça change, pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille « ah gudule, viens m’embrasser, et je te donnerai…. Une tourniquette pour faire la vinaigrette, Un bel aérateur pour bouffer les odeurs, Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, Un avion pour deux et nous serons heureux!… » (Boris Vian)

Les tourniquettes à vinaigrettes sont plus faciles à acquérir qu’un cœur. On peut être tenté de s’en satisfaire. On peut croire que cela remplace. Mais la seule façon de retrouver un cœur qui sent les sentiments, consiste à renoncer aux gadgets, à séparer l’essentiel des accessoires.

Comme le dit le prophète Ezechiel : Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai la tourniquette pour faire la vinaigrette de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

C’est presque ce que dit Ezechiel, mais soyons plus précis : Ézéchiel 36:26 : 26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.

En ce jour de Kipour, nous délaissons les accessoires, nous nous concentrons sur l’essentiel : retrouver le cœur de chair derrière le cœur de pierre.

En ce jour de Kipour, nous abolissons tous nos privilèges. Mieux, même, nous abolissons nos besoins primaires. La Torah nous dit de nous affliger, la Torah orale détaille les cinq interdictions concernées :

Aujourd’hui, pour 25 heures, nous abolissons nos besoins physiques élémentaires.

Nous renonçons à boire, nous renonçons à manger. Nous ressentirons la faiblesse physique, le découragement, la douleur, que provoque la faim et la soif. (1)

Nous renonçons aux apparences, pas de bains,(2) pas de baumes, pas de parfum, pas de déodorant (3), pas de chaussures en cuir (4). Nous ressentirons notre vulnérabilité face aux autres.

Nous renonçons à l’intimité physique (5). Nous ressentirons la solitude face à notre faiblesse.

Que ces renoncements nous ouvrent à une meilleure compréhension de ce que vivent au quotidien tous ceux qui n’ont rien à boire, rien à manger, aucune possibilité de se laver, aucun lieu d’intimité.

Pourquoi agir ainsi ?

Par solidarité bien sûr. Parce que quand on arrive au niveau du cœur, tous les préjugés fondent, et nous comprenons enfin comme le dit le Talmud que « ton sang n’est pas plus rouge que le sien », toutes les vies ont la même valeur.

Et nous faisons cela pour une autre raison encore : pour aller au plus profond de nous-même, pour laisser tomber les voiles que nous érigeons autour de nos vulnérabilités, pour aller au centre de nous-mêmes, pour nous remettre dans notre centre de gravité, pour renouer avec l’essentiel, pour que nos objectifs de l’année soient les meilleurs, pour que notre façon de les accomplir soit optimale.

« les meilleurs » ? « optimale » ? oui. Pas « les bons objectifs », non, mais au contraire : « les objectifs les meilleurs possibles ». Pas « des actions parfaites », non, « des actions au mieux ». Car nous n’avons pas accès à la Vérité. Nous avons simplement accès à des chemins de vérité.

Célébrer kipour, c’est suivre la voie de la recherche de la vérité. Et c’est reconnaitre que nous n’y accéderons pas totalement.

Aujourd’hui, nous n’espérons pas devenir immortels. Nous savons que nous mourrons un jour. Ountané tokef nous met face à cette réalité : « qui vivra, qui mourra, qui en son temps, qui prématurément, qui par le feu, qui par l’eau, qui par la faim, qui par la soif, qui par le glaive ». Est-ce inéluctable ? Oui et non. Oui nous mourrons un jour. Mais il est possible de nous dégager du mal de cette mort.

La remise en question, l’introspection, l’entre-aide écartent le mal de la sentence. Téchouva, téfila, tsédaka

A la fin de ce jour de kipour, quel que soit le travail émotionnel et social que nous ferons, nous ne deviendrons pas immortels. Mais nous pouvons espérer être moins vulnérables à notre mortalité.

Ceci est important à notre époque, car, comme le dit François Sureau, « Nous nous sommes fait une idée de la perfection de l’homme, tout ce qui blesse la perfection de l’homme doit être réprimé, la perfection de chaque homme… et donc nous vivons dans le rêve d’une société de la perfection individuelle, ce rêve provoque une société de la peur, ou chacun a peur pour la perfection de sa propre vie que les journaux, tout le monde lui présente sans cesse comme qq chose de désirable cette peur génère à son tour une organisation sociale et collective de la peur »

Sur ce sujet, Woody Allen résume bien l’ecclésiaste que nous lirons lundi matin pour Soukot : La vie est une maladie lente sexuellement transmissible.

La mort entre elle-même dans la définition de la vie, la vulnérabilité est l’essence même d’un cœur, la transgression est indissociable de la loi.

Il nous faut aimer la vie malgré la mort, aimer les sentiments malgré notre fragilité, aimer la loi malgré la transgression, sans crispation, nous devons lâcher prise. La perfection de nos vies n’est pas un droit, elle n’est pas un privilège légitime. Yom Kipour est un élément fondamental de ce dispositif.

La vie et la liberté sont fragiles, et aucune tourniquette à vinaigrette n’y pourra rien changer.

Tel est donc le choix qui s’offre à nous aujourd’hui, aujourd’hui en ce jour de kipour, aujourd’hui en ce jour de kipour 5780/2019, aujourd’hui, pour l’année à venir, et pour le reste de nos vies :

Allons-nous nous accrocher à l’accessoire, ou allons-nous plonger au cœur de notre vulnérabilité qui est aussi notre pouvoir ?

Il faut choisir. On ne peut pas être Monothéiste et polythéiste à la fois. On ne peut pas idolâtrer l’accessoire et se revendiquer de la vie. Telle est la raison donnée par nos sages pour nous demander de nous priver de l’essentiel à Yom Kipour, de sorte que nous sachions nos détacher de l’accessoire et des accessoires tous les autres jours de l’année.

L’important, c’est de l’entendre :

  • Si la tourniquette pour faire la vinaigrette est un privilège, il est temps de l’abolir. (jusque là, ca va)
  • Si avoir un cœur de pierre est un privilège, il est temps d’y renoncer. (là ça demande du travail)
  • Si tirer avantage d’être un homme blanc hétérosexuel riche de 50 ans est un privilège, il faut nous en défaire. (je ne suis pas certaine d’y réussir)
  • Si tirer avantage de l’usage du plastique qui nous empoisonne est un privilège il faut nous en dessaisir. (c’est en cours)
  • Si un Ordre établi à notre avantage, au détriment des autres est un privilège, il nous faut le dénoncer. (là j’ai beaucoup de chemin à faire)

Ivan Jablonka, citant Olympe de Gouges qui nous accueille aujourd’hui, fait dans son dernier livre un plaidoyer pour le renoncement des hommes à leurs privilèges de genre. Nous pouvons également appliquer ce renoncement à tous les autres privilèges indus.

Nous ne vivons pas mieux avec ces soi-disant privilèges, qu’avons-nous besoin de tourniquettes, de cœurs de pierre, de privilèges de genre, de plastique, un ordre qui nous favorise et pénalise d’autres ?

En ce jour où nous n’avons pas besoin de manger, de boire, de nous parfumer, de nous faire « beaux », réfléchissons : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Nous finirons, dans 23h avec la déclamation solennelle du chéma israel et le son du chofar.

A ce moment, il faudra avoir décidé, cristalliser nos décisions, et utiliser les 509 760 minutes de l’année à venir pour les mettre en œuvre.

שמע ישראל יהוה אלהנו יהוה אחד

Ecoute Israël, l’Eternel infini, qui est notre force, l’Eternel infini, est un, il est le même pour tous et toutes.

Tsom Kal, jeune facile pour nous toutes et nous tous.

 

 

Roch hachana : Le jour du non jugement ! (Discours 5780)

Voici mon discours de Roch hachana… Je vous souhaite une bonne lecture, de bons préparatifs pour Kipour qui approche.

Encore Chana Tova à toutes et à toutes, et excellente année 5780!

Nous lisons dans la paracha « vois ! » (Réé, Deut. 6:11)

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Nous sommes censés nous réjouir, et cela implique une certaine réussite en termes de construction sociale. Avons-nous réussi à appliquer ce verset ?

  • Nos employés se réjouissent-ils avec nous ?
  • Les Lévi et les Cohen, les enseignants et les soignants se réjouissent-ils avec nous ?
  • L’étranger, ceux qui ne parlent pas la langue du pays, ceux qui ne savent pas où dormir pour la nuit, se réjouissent-ils ?
  • La veuve, les femmes écartées de leur pouvoir social se réjouissent-elles ?
  • Les orphelins, ceux dont les parents sont incapables de les guider, ont-ils des appuis institutionnels stables ?

Cela implique également un certain degré de réussite personnelle. Avons-nous « réussi » cette année ?

  • Sommes-nous joyeux ?
  • Nos jeunes, lorsqu’ils contemplent leur avenir économique se réjouissent-ils ? Nos filles confiantes en leurs chances égales à leurs frères ? Nos enfants ont-ils confiance dans leur avenir sur leur planète ?

Difficile de répondre oui.

Dans ce cas, la présence de l’Éternel (en présence de l’Éternel) peut-elle nous accompagner ? Le Temple (dans l’enceinte), dont nous pleurons la destruction, peut-il être reconstruit ? Évidemment non.

Ces constats sont graves. Ils pourraient nous accabler. Nous pourrions nous retrouver collés à l’étiquette de « perdants » créée par cette effarante défaite, nous pourrions nous dévaloriser nous-mêmes, et renoncer.

Que faire alors ? Noyer nos angoisses dans l’alcool ? Herschel Ostropoler, ce héros de l’humour juif d’Europe Centrale, a essayé pour nous : j’ai voulu noyer mes soucis dans l’alcool mais depuis le temps, ils ont appris à nager ! Il va falloir trouver une autre approche. Une approche exempte de résignation.

Comment nous détacher de la fatalité de nos limites ? (רוע הגזרה, voir la prière ountané tokef)

J’ai une proposition à vous faire : acceptons nos limites, et déclarons fièrement : « nous sommes tous des perdants ». 1, 2 : « ….. » non c’est une plaisanterie.

Enfin, une plaisanterie, oui et non, nous n’avons pas besoin de dire cela maintenant, mais nous le répétons tout au long des fêtes de tichri, nous disons le « vidouï », nous déclamons nos erreurs.

Bien sûr, cela ne semble pas très commercial de dire cela… et après tout tant mieux. Car le commercial nous vend tous les objets de consommation qui nous devraient nous permettre de nous sentir « gagnants ».

En faisant cela, le commercial nous vend surtout une idéologie, celle qui dit que nous devrions être des « gagnants », et qui stigmatise les soi-disant « perdants ».

Woody Allen disait : I’d never join a club that would allow a person like me to become a member. Je n’accepterais jamais de rejoindre un club qui s’abaisserait à accepter des personnes comme moi en son sein.

C’est l’idée même de club qui est illusoire. Il n’y a rien à gagner à entrer dans le « club des gagnants ». Et l’autre club, celui de « ceux qui voudraient faire partie du club des gagnants », il est encore plus illusoire. Une étiquette stérile. Rejoignez-moi plutôt dans le club des « perdants et fiers de l’être », ou mieux encore, rejoignons le club de Ruth Bebermeyer, le « club de ceux qui refusent les clubs », les définitions, les étiquettes artificielles :

Paresseux ou stupide ? – Ruth Bebermeyer

Je n’ai jamais vu d’homme paresseux ; J’ai connu quelqu’un que je n’ai jamais vu courir, Quelqu’un qui dormait parfois l’après-midi, Et préférait rester chez lui lorsqu’il pleuvait. Mais ce n’était pas un paresseux.
Avant de me traiter d’originale, réfléchis : Était-il paresseux Ou faisait-il des choses Que nous associons à la paresse ?

Je n’ai jamais vu d’enfant stupide ; J’ai vu parfois un enfant faire Des choses que je ne comprenais pas Ou que je n’avais pas prévues. J’ai vu parfois un enfant qui n’avait pas vu Les lieux que j’avais visités, Mais ce n’était pas un enfant stupide.
Avant de le dire stupide, réfléchis : Était-il stupide Ou savait-il simplement d’autres choses que toi ?

Ce que certains nomment paresse, Est pour d’autres de la fatigue ou de la détente.
Ce que certains nomment bêtise, Est pour d’autres un savoir différent.
J’en conclus que, pour échapper à la confusion, Mieux vaut ne pas mélanger Ce que nous voyons et nos opinions.
Et cela, je le sais, N’est que mon opinion.

Au-delà des étiquettes, Je n’ai jamais vu un « gagnant », j’ai vu des personnes qui posaient des étiquettes négatives sur ceux qui étaient différents.

Je n’ai jamais vu de « perdants », j’ai vu des personnes qui avaient peu d’argent, des personnes qui subissaient des affronts, des personnes qui luttaient pour leur survie, des personnes qui étaient fustigées parce qu’elles vivaient selon leurs propres règles, j’ai vu des gens devenir des boucs émissaires parce qu’ils étaient heureux dans leur propre référentiel et refusaient de se « convertir ». Je n’ai jamais vu de « sales juifs » seulement des personnes qui « suivaient leur propre route » (et parfois les « braves gens » « n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » (Brassens)).

Nous avons vu ce type de résistance aux définitions tout au long de l’histoire. Pour aller plus loin encore, cette résistance, nous en sommes les champions, ou nous devrions en être les champions.

Car le peuple juif n’est-il pas exactement cela ? Nous « gagnons » parce que nous refusons les jeux concurrentiels, nous étudions la Torah, le reste est accessoire. Nous avançons « lichma », gratuitement, sans nous soumettre à un besoin de reconnaissance. Nous travaillons sans relâche à la définition libre de notre propre référentiel. Beaucoup de valeurs se prétendent « sacrées » et ne le sont pas. Nous ne devons pas les révérer.

Peu nous importe, d’être « des gagnants », d’être jeunes, d’être riches, d’avoir fait des études prestigieuses, d’avoir un grand appartement, d’avoir de beaux cheveux soyeux !

  • Le riche ? c’est celui qui est heureux de ce qu’il a. / Le fort ? c’est celui qui sait guider ses sentiments. (Pirké Avot 4:1)
  • La beauté ? peu importe, c’est l’instruction qui compte (, septante, prov. 31 : אישה משכלת היא תתהלל)
  • Le pauvre ? un juste peut manquer d’argent, pas de stigmatisation des « perdants » (Rabbi Yosselman de Rosheim)

S’il faut utiliser ce mot, « perdant », soyons tous des perdants, des juifs allemands, soyons tous charlie, soyons une des 343 salopes.

En adoptant cette qualification avec fierté, nous « déracinons » la culture de compétition et de stigmatisation qui nous divise pour que d’autres règnent mieux (divide et tempera, Philippe de Macédoine)

Nous enracinons au contraire notre liberté de nous définir et de nous redéfinir sans entraves.

  • Tous les jours, nous pleurons la destruction du Temple, ce lieu de rassemblement, où les étiquettes disparaissaient, où le « pêcheur » redevenait « une personne qui, comme nous tous, avait commis des erreurs dans le passé ».
  • Tous les cinquante ans, avec le Yovel, nous remettions en cause les cessions de propriété terrienne, le « perdant » devenait « une personne qui pour un temps avait dû céder sa terre ».
  • Tous les chabbat, nous nous relevons « de la vallée des larmes », nous revêtons « nos vêtements de splendeur », nous chantons « léHa dodi » ensemble, les soi-disant « perdants » et les soi-disant « gagnants » de la semaine, deviennent « des personnes qui veulent se ressourcer ensemble ».
  • Tous les Pourim, nous buvons jusqu’à une certaine confusion, les « gentils » et les « méchants » se confondent, les étiquettes lâchent leur emprise.

En ce jour de Roch Hachana, nous disons le vidoui au pluriel, « nous avons trahi », « nous avons volé », car c’est en tant qu’égaux, « sans étiquettes », que nous affirmons notre commune responsabilité à propos de l’Etat du monde.

En ce jour de Roch Hachana, en ce jour de jugement, en ce jour où nous rappelons tous nos actes de l’année, en ce jour où nous nous demandons si nous serons inscrits dans le livre de la vie, en ce jour de tremblement, j’aimerais conclure ainsi :

Aucun de nous n’est un perdant, une perdante, nous sommes des personnes libres de définir nos objectifs.

Nous ne sommes pas des perdants ou des perdantes, nous appartenons au monde juif dans lequel, réussir, c’est créer un monde de justice et de sororité.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure, et nous pleurons.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère, nous nous efforçons d’espérer.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas créé : les hommes le créent, nous essayons de le recréer.

(Les passages en violets sont tiré du poème d’Edmond Fled, « Pourquoi je suis juif ».)

Nous sommes au-delà des stigmatisations qui nous cloisonnent.

Certes, nous n’avons pas réussi à rendre possible la réjouissance dont parle le Deutéronome :

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Cela fait 3000 ans que nous y travaillons, et nous continuerons avec toute l’urgence qui s’impose.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-auto-flagellation mais celui du jugement éclairé.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-stigmatisation mais le jour du jugement constructif.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-conformité mais celui du jugement-remise en question.

Que ce Roch hachana soit pour nous un nouveau départ, pour de nouvelles avancées. Jusqu’à ce que nous puissions réellement nous réjouir.

Textes de téchouva avant Kipour

Encore 6 jours avant Kipour…

En dehors des textes traditionnels, voici quelques textes modernes qui éclairent notre période de téchouva, un par jour, si cela vous dit. A lire, et à partager…

  1. Le sens au prix de la souffrance, poème d’Edmond Fleg
  2. Sommes-nous des passagers clandestins? poème de Hava Halberstein
  3. Ne pas sacrifier les générations futures, Léonard Cohen
  4. Qui vivra? Léonard Cohen
  5. Partizanlied, Hirsch Glick
  6. Toute fin est un commencement, Léa Nahor

Le sens des offices de Roch hachana

Dernière ligne droite avant Roch hachana. Chana tova à toutes et à tous, bons derniers préparatifs, qu’ils soient matériels ou spirituels.

Que cette année qui commence soit une année pleine de douceur de la vie, de douceur de nous vers nos aimés et de nos aimés vers nous, de douceur vers les autres, encore inconnu, qui nous restent à découvrir. De douceur envers nous-mêmes quand nous sommes moins que parfaits.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore, voici un seder de roch hachana positif élaboré par mes soins, en hébreu comme en translittération: Seder roch hachana PDF seder roch hachana DOC

Pour ceux qui veulent écouter quelques extraits du disque de notre chère Hazan, Hélène Blajan, voici la possibilité d’écouter, et si vous le souhaitez, de l’acheter: disque de Hélène Blajan (il est également disponible à la synagogue)

Et voici un extrait du livret de son disque, que j’ai eu le plaisir d’écrire pour elle:

—- office du soir de Roch hachana —–

Avant de nous projeter dans l’avenir, prenons avant tout conscience des souffrances qui nous ont touchées cette année, pour nous ouvrir ensuite à la possibilité d’une année meilleure, nous sommes nous-mêmes la « petite sœur », « aHot Kétana », dont nous cherchons à panser les plaies. Cette petite sœur est à la fois chacun et chacune de nous, le collectif du peuple juif, et peut-être également l’espèce humaine dans son ensemble, et toute vie qui partage avec elle l’espace de la planète.

Nous allumons ensuite nous-même la bougie de l’entrée de la fête, nous prenons la responsabilité d’accueillir ce moment. Réjouissons-nous d’être en vie et d’avoir la pleine jouissance de notre conscience, la liberté de tirer profit de ce temps de joie et de gravité, merci à « celui qui nous a fait vivre » jusqu’à ce moment, « chéhéHéyanou ».

Qu’est-ce qui est réellement digne de louange ? Ce qui nous élève vers les valeurs éternelles. L’officiant nous interpelle, « Bénissez l’Eternel qui est seul béni ! », « BaréHou ! », et introduit ainsi les bénédictions du Chéma Israël. Nous lui répondons de même « Il est béni celui qui est bénit éternellement ! ». Ainsi commence notre dialogue avec un absolu ineffable.

Avant de nous tenir debout face à notre propre jugement au cours de la Amida, nous nous concentrons sur la particularité du jour de Rosh hashana. L’appel des Psaumes, « Tike’ou ! », « sonnez ! », nous enjoint de faire retentir dans la salle et en nous-même la voix irrésistible de notre conscience. Suite à ce moment méditatif, d’exigence personnelle, nous rappelons Dieu à ses devoirs : « Toi aussi souviens-toi de nous pour la vie, car c’est ta nature même d’aspirer à ce qu’il y ait de la vie, et inscris-nous dans le livre de la vie, juste parce que tu ne peux être que toi-même, toi, Dieu de vie ! », « ZoHrénou laHaïm ! ».

La prière du soir se termine dans la sérénité avec « Adon Olam », « Maître du monde », prière qyu nous renvoit à une image d’éternité et d’absolu, à un idéal éthique immuable et exigent mais aussi chaleureux, auquel nous nous remettons.

—- office du matin de Roch hachana —–

Si nous traduisons en actes toutes les grandes idées qui nous inspirent, ce n’est pas pour rentrer dans l’idolâtrie du rite, mais bien pour continuer à nous nourrir de leur inspiration. Si nous rappelons « l’offrande du matin » et les sacrifices du temple, ce n’est pas par regret, mais pour que son souvenir nous encourage à agir pour le bien et la justice, et que le « Juge de toute la terre », « Shofet kol haaretz », nous montre le chemin de l’exercice de notre jugement et de notre raison.

Mais l’intellect seul ne suffit pas à appréhender le monde. La force, la compassion, la bienveillance, la tempérance, la bonté, l’authenticité, la constance dans l’exercice de la bonté, la capacité à supporter les injustices, les fautes, les passages à l’acte sont également nécessaires. Telles sont les treize qualités attribuées à Dieu que nous apostrophons en utilisant le tétragramme, « Éternel, Éternel ! », « Adonaï, Adonaï ! », devant l’arche sainte ouverte.

Mais cet exemple est désormais dans nos mains et il nous appartient de rappeler cet enseignement, cette « Torah », à notre propre souvenir. Nous le reprenons à notre compte et nous affirmons : « Il est bénit celui qui a transmis son enseignement », « BarouH shénatan Torah ! ». Notre officiant proclame le « Shéma Israël », « écoute israël » et nous, assemblée en quête de grandeur, nous lui faisons écho en reprenant ses paroles. Dieu est sans doute infini dans son monde absolu, mais dans les réalités de nos vies, nous seuls pouvons suivre le chantre qui nous invite : « Grandissez pour l’Eternel avec moi », « Gadélou ».

Nous ouvrons les portes de l’arche de la Torah, cet enseignement dont nous sommes désormais les gardiens et les commentateurs, et en ces jours solennels, nous invitons les portes du monde elles-mêmes à s’ouvrir, « Ouvrez-vous portes du monde ! » « séou shéarim ! » pour laisser entrer le Roi de Gloire.

La lecture de l’enseignement est désormais terminée, et nous entrons dans une nouvelle phase méditative avec cette prière « supplémentaire », ce « moussaf » particulier aux jours de fête. Cette nouvelle Amida inclut en particulier une invitation à rentrer au plus profond de l’examen de soi. « Donnez toute sa force », « ountane tokef » à la spécificité de ce jour, car il est grave et redoutable, car le jugement y est entièrement véritable, implacable et inéluctable, où les rôles de juge, d’accusateur, d’expert et de témoin sont tous tenu par l’Éternel lui-même… à moins que notre « remise en cause », la « Téchouva », que notre « jugement sur soi-même dans la prière », la « téfila », et que nos actions d’entre-aide pour la justice sociale, la « tsédaka », ne nous permette de reprendre la main et d’obtenir une nouvelle chance.

Pour cette chance et cette liberté qu’il nous offre, « il est de notre devoir de louer » le maître du monde, « alénou léchabéaH ».

5780: partager les fêtes + réflexions sur Roch hachana

Ce soir, chabbat; dimanche soir, Roch hachana, c’est parti pour le lancement d’une nouvelle année!

Avec Roch hachana, ce sont les 10 jours du retour sur soi qui commencent, les asseret yémé hatéchouva, עשרת ימי התשובה. Nous les inaugurerons par les merveilleux offices de notre communauté, avec notre Hazan Hélène Blajan, pour les deux soirs et les deux matins. Puis l’année sera lancée, avec les trois fêtes de pèlerinage, Soukot, PessaH et chavouot.

Serez-vous présent? Si tous le savez déjà, faites-moi savoir dés à présent que nous pourrons ensemble former minian. Si vous ne le savez pas encore, vous pouvez mettre les dates des fêtes dans vos agendas pour les « pré-réserver » puis vous inscrire quand vous aurez davantage de précisions. Ainsi, je peux me réjouir à l’avance de votre présence: Doodle pour que nous sachions comment se fera le minian

Merci à toutes, merci à tous, pour cette merveilleuse année 5779. Et en avant pour la suite!

Quelques réflexions sur Roch hachana :

Cessons de croire : réfléchissons ! (dracha de Roch hachana 5779)

La Tsédaka, Changer le monde: Dracha de Roch Hachana 5778

Nous sommes le chant du monde… Dracha Tichri 5777

Pour commencer, ouvrir les yeux… Roch hachana 5776

Embrasser le passé, Chérir l’avenir – pédagogie de Roch Hachana

Bonne lecture et chabbat chalom!

 

Maîtres du temps? seliHot et cours à 10h

Vous avez juste le temps de boire un petit café et de nous rejoindre!

Nous chanterons quelques seliHot en expliquant leur sens, avant de faire un court office du matin, puis de passer une heure et demie d’étude et de partage autour du calendrier juif et de ce qu’il  nous apprend de notre structuration du temps.

Bon, nous sommes d’accord, la translittération, comme ça, c’est un peu « brut ». Mais on va tout expliquer dans quelques minutes, à 10h, à Nation, alors n’hésitez pas à nous rejoindre! Par ailleurs, il existe des programmes d’étude de l’hébreu pour rentrer directement dans l’alphabet hébraïque. A partir du moment où vous pensez passer plus de dix heures à un office dans votre vie, cela vaut la peine d’utiliser ces méthodes plutôt que de se fatiguer à « apprendre la translittération ». Je dis « apprendre » car c’est vraiment un apprentissage, alors autant prendre 10 minutes par jour pendant deux semaines et entrer dans les bases de la lecture directe. Contactez-moi en répondant à cet article si cela vous intéresse (je ne publierai pas les adresses email, numéros de téléphones et noms).

Chavoua Tov! שבוע טוב

selihot et office translittération

cours ganénou roch hachana kipour

Selihot à Ganénou

  1. Adonaï hou haélohim
  2. Adonaï MéleH adonaï MalaH adonaï YmloH léolam vaèd
  3. VésalaHta laavoni ki rav hou
  4. 13 Attributs Ex. 34 :6 (et Nb 14 :18) Adonaï Adonaï el raHoum véHanoun EreH apaim vérav Héssed véémet, notser Héssed laalafim, nossé avon vafécha véHata vénaké.
  5. Vidouï

Elohénou vélohé avoténou ana tavo léfanéHa téfilaténou veal titalam mitHinaténou chein anaHnou azé fanim oukéché orèf lomar léfanéha adonaï élohénou vélohé avoténou tsadikim anaHnou vélo Hatanou aval anaHnou Hatanou
Achamnou bagadnou gazalnou dibarnou dofi héévinou vehirchanou zadnou Hamasnou tafalnou chéker yaatsnou ra kizavnou lasnou maradnou niatsnou sararnou avinou pachanou tsararnou kichinou oref rachaanou chiHatnou tiavnou tainou titanou
Véal koulam éloha seliHot slaH lanou meHal lanou Kaper lanou

  1. Avinou malkénou

Avinou malkénou Hanénou véanénou ki ein banou maassim, assé imanou tsédaka vaHessed véhochiénou.

  1. Adon hasseliHot – Chatanu lefaneicha rachem aleinu.

Adon haselichot, bochen levavot, goleh amukot, dover tzedakot

Hadur benifla’ot, vatik benechamot, zocher b’rit amo, choker kelayot

Male zakiyut, nora tehinot, tzone’ach avonot, oneh be’etzavot

  1. Chomer Israël

((Chomer *2)  Israël  Chmor chéérit israël *2)
(veal yovad *2) Israël haomrim béHol yom chéma Israël
-((Chomer *2)  Goy éHad Chmor chéérit Goy éHad *2) (veal yovad *2) Goy éHad haomrim béHol yom adonaï élohénou adonaï éHad
-((Chomer *2)  Goy Kadoch Chmor chéérit Goy Kadoch *2)
(veal yovad *2) Goy Kadoch haomrim béHol yom kadoch kadoch kadoch
-((Chomer *2) Goy Rabba  Chmor chéérit Goy Rabba *2)
(veal yovad *2) Goy Rabba haomrim béHol yom amen yéhé chémé rabba

  1. Kadich titkabal

Ytgadal véytkadach chémé raba AMEN
Béalma di vera Hirouté véyamliH malHouté AMEN
béHayéHon ouvéyoméHon ouvHayé déHol beit Israel baagala ouvizman kariv véimérou amen AMEN
yéé chemé rabba mévaraH léalam ouléalmé almaya
ytbaraH véYchtabaH véYtpaar véYtromam véitnassé véitadar véitalé véhithallal chemé dékoudécha beriH hou
lééla oulééla mikol birHata véchirata touchbéHata vénéHémata daamiran béalma véimrou amen AMEN
Titkabak Tslotéhon ouvaoutéhou déHol beit Israel kadam avouon di vichmaya véimérou amen AMEN
yé chéléma rabba min chéémaya véHaim alénou veal kol Israel véimrou amen AMEN
ossé chalom bimromav hou yaassé chalom alénou veal kol Israel véimrou amen AMEN

 

Office du matin

  1. BIRKOT hACHAHAR Ma tovou ohaléHa yaakov michkénotéHa israel (Nb 24 :5 bilam)
  2. Adon olam acher malaH bétérem kol yétsir nivra léet naassa béHeftso kol azaï méleH chémo nikra véaHaré kiHlot hakol lévado imloH nora véhou aya véhou ové véhou yiyé bétifara véhou éHad véein chéni léhamchil lo léaHbira béli réchit béli taHlit vélo haoz véhamissra véhou éli véHaï goali vétsour Hévlit béet tsara véhou nissi oumanos li ménat kossi béyom ékra béyado afkid rouHi béet ichan véaira véim rouHi géviati adonaï li vélo ira.
  3. PSOUKE DEZIMRA Halélouya halélouyé bétsiltsélé chama haléloouya halélouya bétsiltsélé téroua kol hanechama téhalel ya hallélouya   (ps 150)
  4. CHEMA ET BENEDICTIONS    barouH adonaï hamévoraH léolam vaèd
  5. kadoch kadoch kadoch adonaï tsévaot mélo kol haaret kévodo / barouH kévod adonai mimékomo (Ezechiel 3 :11)
  6. Chéma Israël adonaï élohénou adonaï éHad
  7. Mi HamoHa baélim adonaï mi kammoHa néédar bakodech nora téhilot ossé félé / adonaï imloH léolam vaèd (Exode 15 :11)
  8. AMIDA   Lédor vador naguid godléHa oulenétsaH nétsaHim kédouchatéHa nakdich
  9. Sim chalom tova ouvraHa Haim Hen vaHessed Hen vaHessed véraHamim ki béor panéHa natata lanou adonaï elohénou torat Haim véahavat Hessed outsdaka ouvraHa véraHamim véHaim véchalom
  10. Ossé chalom bimromav hou yaassé chalom alénou véal kol israel véimérou amen
  11. FIN    Ein k élohénou Ein k adonénou Ein k émalkénou Ein k émochiénou / mi / nodé / barouH / ata hou

autres ressources: texte de seliHot (PDF)

Devenez les Maîtres du Temps! Début de l’année, Début du changement…

Roch hachana signifie « tête de l’année ».

Les années s’écoulent et se ressemblent, avec la succession perpétuelle des fêtes, qu’on nomme en hébreu « le cycle de l’année ».

Pourtant, les années s’écoulent et ne se ressemblent pas, le mot Chana, שנה « année », est proche du mot « chinouï », שינוי le changement.

La vie nous tiraille et nous sollicite, nous force à changer, nous fait vaciller comme une feuille d’automne sur un fleuve fougueux (quel lyrisme!).

 

En anticipant, nous pouvons être prêts à accueillir ces changements, à suivre son cours en toute responsabilité, comme une barque aux rameurs avertis.

Que nous apprennent Roch hachana, Kipour, et le cycle des fêtes sur nos vies et notre façon de « mener notre barque »?

Tel sera notre sujet d’étude, ce dimanche à 11h à Ganénou. Un office pédagogique accompagné de seliHot commencera à 10h, pour introduire ceux qui le souhaitent à cette merveilleuse liturgie des fêtes, qui soutient nos remises en question.

Cours pour adultes, ouvert à toutes et tous, Rabbin Floriane Chinsky