Yom Kipour : Abolissons nos privilèges (Discours 5780)

Voici mon discours de Yom Kipour.

Merci encore à tous les participants et à tous les bénévoles, qui ont non seulement travaillé de tout leur coeur et sans relâche pour préparer ces merveilleux offices, mais qui ont su garder calme et bienveillance dans des moments très intenses.

Compte tenu du succès, je vous propose que nous faisions à nouveau Kipour l’année prochaine 😉 ( Dimanche 27 septembre au soir et lundi 28)

Dracha de yom kipour – plaidoyer contre la tourniquette ou abolissons nos privilèges —– 

« Autrefois pour faire la cour, on parlait d’amour ! Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur ! … Aujourd’hui c’est plus pareil, ça change ça change, pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille « ah gudule, viens m’embrasser, et je te donnerai…. Une tourniquette pour faire la vinaigrette, Un bel aérateur pour bouffer les odeurs, Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, Un avion pour deux et nous serons heureux!… » (Boris Vian)

Les tourniquettes à vinaigrettes sont plus faciles à acquérir qu’un cœur. On peut être tenté de s’en satisfaire. On peut croire que cela remplace. Mais la seule façon de retrouver un cœur qui sent les sentiments, consiste à renoncer aux gadgets, à séparer l’essentiel des accessoires.

Comme le dit le prophète Ezechiel : Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai la tourniquette pour faire la vinaigrette de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

C’est presque ce que dit Ezechiel, mais soyons plus précis : Ézéchiel 36:26 : 26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.

En ce jour de Kipour, nous délaissons les accessoires, nous nous concentrons sur l’essentiel : retrouver le cœur de chair derrière le cœur de pierre.

En ce jour de Kipour, nous abolissons tous nos privilèges. Mieux, même, nous abolissons nos besoins primaires. La Torah nous dit de nous affliger, la Torah orale détaille les cinq interdictions concernées :

Aujourd’hui, pour 25 heures, nous abolissons nos besoins physiques élémentaires.

Nous renonçons à boire, nous renonçons à manger. Nous ressentirons la faiblesse physique, le découragement, la douleur, que provoque la faim et la soif. (1)

Nous renonçons aux apparences, pas de bains,(2) pas de baumes, pas de parfum, pas de déodorant (3), pas de chaussures en cuir (4). Nous ressentirons notre vulnérabilité face aux autres.

Nous renonçons à l’intimité physique (5). Nous ressentirons la solitude face à notre faiblesse.

Que ces renoncements nous ouvrent à une meilleure compréhension de ce que vivent au quotidien tous ceux qui n’ont rien à boire, rien à manger, aucune possibilité de se laver, aucun lieu d’intimité.

Pourquoi agir ainsi ?

Par solidarité bien sûr. Parce que quand on arrive au niveau du cœur, tous les préjugés fondent, et nous comprenons enfin comme le dit le Talmud que « ton sang n’est pas plus rouge que le sien », toutes les vies ont la même valeur.

Et nous faisons cela pour une autre raison encore : pour aller au plus profond de nous-même, pour laisser tomber les voiles que nous érigeons autour de nos vulnérabilités, pour aller au centre de nous-mêmes, pour nous remettre dans notre centre de gravité, pour renouer avec l’essentiel, pour que nos objectifs de l’année soient les meilleurs, pour que notre façon de les accomplir soit optimale.

« les meilleurs » ? « optimale » ? oui. Pas « les bons objectifs », non, mais au contraire : « les objectifs les meilleurs possibles ». Pas « des actions parfaites », non, « des actions au mieux ». Car nous n’avons pas accès à la Vérité. Nous avons simplement accès à des chemins de vérité.

Célébrer kipour, c’est suivre la voie de la recherche de la vérité. Et c’est reconnaitre que nous n’y accéderons pas totalement.

Aujourd’hui, nous n’espérons pas devenir immortels. Nous savons que nous mourrons un jour. Ountané tokef nous met face à cette réalité : « qui vivra, qui mourra, qui en son temps, qui prématurément, qui par le feu, qui par l’eau, qui par la faim, qui par la soif, qui par le glaive ». Est-ce inéluctable ? Oui et non. Oui nous mourrons un jour. Mais il est possible de nous dégager du mal de cette mort.

La remise en question, l’introspection, l’entre-aide écartent le mal de la sentence. Téchouva, téfila, tsédaka

A la fin de ce jour de kipour, quel que soit le travail émotionnel et social que nous ferons, nous ne deviendrons pas immortels. Mais nous pouvons espérer être moins vulnérables à notre mortalité.

Ceci est important à notre époque, car, comme le dit François Sureau, « Nous nous sommes fait une idée de la perfection de l’homme, tout ce qui blesse la perfection de l’homme doit être réprimé, la perfection de chaque homme… et donc nous vivons dans le rêve d’une société de la perfection individuelle, ce rêve provoque une société de la peur, ou chacun a peur pour la perfection de sa propre vie que les journaux, tout le monde lui présente sans cesse comme qq chose de désirable cette peur génère à son tour une organisation sociale et collective de la peur »

Sur ce sujet, Woody Allen résume bien l’ecclésiaste que nous lirons lundi matin pour Soukot : La vie est une maladie lente sexuellement transmissible.

La mort entre elle-même dans la définition de la vie, la vulnérabilité est l’essence même d’un cœur, la transgression est indissociable de la loi.

Il nous faut aimer la vie malgré la mort, aimer les sentiments malgré notre fragilité, aimer la loi malgré la transgression, sans crispation, nous devons lâcher prise. La perfection de nos vies n’est pas un droit, elle n’est pas un privilège légitime. Yom Kipour est un élément fondamental de ce dispositif.

La vie et la liberté sont fragiles, et aucune tourniquette à vinaigrette n’y pourra rien changer.

Tel est donc le choix qui s’offre à nous aujourd’hui, aujourd’hui en ce jour de kipour, aujourd’hui en ce jour de kipour 5780/2019, aujourd’hui, pour l’année à venir, et pour le reste de nos vies :

Allons-nous nous accrocher à l’accessoire, ou allons-nous plonger au cœur de notre vulnérabilité qui est aussi notre pouvoir ?

Il faut choisir. On ne peut pas être Monothéiste et polythéiste à la fois. On ne peut pas idolâtrer l’accessoire et se revendiquer de la vie. Telle est la raison donnée par nos sages pour nous demander de nous priver de l’essentiel à Yom Kipour, de sorte que nous sachions nos détacher de l’accessoire et des accessoires tous les autres jours de l’année.

L’important, c’est de l’entendre :

  • Si la tourniquette pour faire la vinaigrette est un privilège, il est temps de l’abolir. (jusque là, ca va)
  • Si avoir un cœur de pierre est un privilège, il est temps d’y renoncer. (là ça demande du travail)
  • Si tirer avantage d’être un homme blanc hétérosexuel riche de 50 ans est un privilège, il faut nous en défaire. (je ne suis pas certaine d’y réussir)
  • Si tirer avantage de l’usage du plastique qui nous empoisonne est un privilège il faut nous en dessaisir. (c’est en cours)
  • Si un Ordre établi à notre avantage, au détriment des autres est un privilège, il nous faut le dénoncer. (là j’ai beaucoup de chemin à faire)

Ivan Jablonka, citant Olympe de Gouges qui nous accueille aujourd’hui, fait dans son dernier livre un plaidoyer pour le renoncement des hommes à leurs privilèges de genre. Nous pouvons également appliquer ce renoncement à tous les autres privilèges indus.

Nous ne vivons pas mieux avec ces soi-disant privilèges, qu’avons-nous besoin de tourniquettes, de cœurs de pierre, de privilèges de genre, de plastique, un ordre qui nous favorise et pénalise d’autres ?

En ce jour où nous n’avons pas besoin de manger, de boire, de nous parfumer, de nous faire « beaux », réfléchissons : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Nous finirons, dans 23h avec la déclamation solennelle du chéma israel et le son du chofar.

A ce moment, il faudra avoir décidé, cristalliser nos décisions, et utiliser les 509 760 minutes de l’année à venir pour les mettre en œuvre.

שמע ישראל יהוה אלהנו יהוה אחד

Ecoute Israël, l’Eternel infini, qui est notre force, l’Eternel infini, est un, il est le même pour tous et toutes.

Tsom Kal, jeune facile pour nous toutes et nous tous.

 

 

Roch hachana : Le jour du non jugement ! (Discours 5780)

Voici mon discours de Roch hachana… Je vous souhaite une bonne lecture, de bons préparatifs pour Kipour qui approche.

Encore Chana Tova à toutes et à toutes, et excellente année 5780!

Nous lisons dans la paracha « vois ! » (Réé, Deut. 6:11)

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Nous sommes censés nous réjouir, et cela implique une certaine réussite en termes de construction sociale. Avons-nous réussi à appliquer ce verset ?

  • Nos employés se réjouissent-ils avec nous ?
  • Les Lévi et les Cohen, les enseignants et les soignants se réjouissent-ils avec nous ?
  • L’étranger, ceux qui ne parlent pas la langue du pays, ceux qui ne savent pas où dormir pour la nuit, se réjouissent-ils ?
  • La veuve, les femmes écartées de leur pouvoir social se réjouissent-elles ?
  • Les orphelins, ceux dont les parents sont incapables de les guider, ont-ils des appuis institutionnels stables ?

Cela implique également un certain degré de réussite personnelle. Avons-nous « réussi » cette année ?

  • Sommes-nous joyeux ?
  • Nos jeunes, lorsqu’ils contemplent leur avenir économique se réjouissent-ils ? Nos filles confiantes en leurs chances égales à leurs frères ? Nos enfants ont-ils confiance dans leur avenir sur leur planète ?

Difficile de répondre oui.

Dans ce cas, la présence de l’Éternel (en présence de l’Éternel) peut-elle nous accompagner ? Le Temple (dans l’enceinte), dont nous pleurons la destruction, peut-il être reconstruit ? Évidemment non.

Ces constats sont graves. Ils pourraient nous accabler. Nous pourrions nous retrouver collés à l’étiquette de « perdants » créée par cette effarante défaite, nous pourrions nous dévaloriser nous-mêmes, et renoncer.

Que faire alors ? Noyer nos angoisses dans l’alcool ? Herschel Ostropoler, ce héros de l’humour juif d’Europe Centrale, a essayé pour nous : j’ai voulu noyer mes soucis dans l’alcool mais depuis le temps, ils ont appris à nager ! Il va falloir trouver une autre approche. Une approche exempte de résignation.

Comment nous détacher de la fatalité de nos limites ? (רוע הגזרה, voir la prière ountané tokef)

J’ai une proposition à vous faire : acceptons nos limites, et déclarons fièrement : « nous sommes tous des perdants ». 1, 2 : « ….. » non c’est une plaisanterie.

Enfin, une plaisanterie, oui et non, nous n’avons pas besoin de dire cela maintenant, mais nous le répétons tout au long des fêtes de tichri, nous disons le « vidouï », nous déclamons nos erreurs.

Bien sûr, cela ne semble pas très commercial de dire cela… et après tout tant mieux. Car le commercial nous vend tous les objets de consommation qui nous devraient nous permettre de nous sentir « gagnants ».

En faisant cela, le commercial nous vend surtout une idéologie, celle qui dit que nous devrions être des « gagnants », et qui stigmatise les soi-disant « perdants ».

Woody Allen disait : I’d never join a club that would allow a person like me to become a member. Je n’accepterais jamais de rejoindre un club qui s’abaisserait à accepter des personnes comme moi en son sein.

C’est l’idée même de club qui est illusoire. Il n’y a rien à gagner à entrer dans le « club des gagnants ». Et l’autre club, celui de « ceux qui voudraient faire partie du club des gagnants », il est encore plus illusoire. Une étiquette stérile. Rejoignez-moi plutôt dans le club des « perdants et fiers de l’être », ou mieux encore, rejoignons le club de Ruth Bebermeyer, le « club de ceux qui refusent les clubs », les définitions, les étiquettes artificielles :

Paresseux ou stupide ? – Ruth Bebermeyer

Je n’ai jamais vu d’homme paresseux ; J’ai connu quelqu’un que je n’ai jamais vu courir, Quelqu’un qui dormait parfois l’après-midi, Et préférait rester chez lui lorsqu’il pleuvait. Mais ce n’était pas un paresseux.
Avant de me traiter d’originale, réfléchis : Était-il paresseux Ou faisait-il des choses Que nous associons à la paresse ?

Je n’ai jamais vu d’enfant stupide ; J’ai vu parfois un enfant faire Des choses que je ne comprenais pas Ou que je n’avais pas prévues. J’ai vu parfois un enfant qui n’avait pas vu Les lieux que j’avais visités, Mais ce n’était pas un enfant stupide.
Avant de le dire stupide, réfléchis : Était-il stupide Ou savait-il simplement d’autres choses que toi ?

Ce que certains nomment paresse, Est pour d’autres de la fatigue ou de la détente.
Ce que certains nomment bêtise, Est pour d’autres un savoir différent.
J’en conclus que, pour échapper à la confusion, Mieux vaut ne pas mélanger Ce que nous voyons et nos opinions.
Et cela, je le sais, N’est que mon opinion.

Au-delà des étiquettes, Je n’ai jamais vu un « gagnant », j’ai vu des personnes qui posaient des étiquettes négatives sur ceux qui étaient différents.

Je n’ai jamais vu de « perdants », j’ai vu des personnes qui avaient peu d’argent, des personnes qui subissaient des affronts, des personnes qui luttaient pour leur survie, des personnes qui étaient fustigées parce qu’elles vivaient selon leurs propres règles, j’ai vu des gens devenir des boucs émissaires parce qu’ils étaient heureux dans leur propre référentiel et refusaient de se « convertir ». Je n’ai jamais vu de « sales juifs » seulement des personnes qui « suivaient leur propre route » (et parfois les « braves gens » « n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » (Brassens)).

Nous avons vu ce type de résistance aux définitions tout au long de l’histoire. Pour aller plus loin encore, cette résistance, nous en sommes les champions, ou nous devrions en être les champions.

Car le peuple juif n’est-il pas exactement cela ? Nous « gagnons » parce que nous refusons les jeux concurrentiels, nous étudions la Torah, le reste est accessoire. Nous avançons « lichma », gratuitement, sans nous soumettre à un besoin de reconnaissance. Nous travaillons sans relâche à la définition libre de notre propre référentiel. Beaucoup de valeurs se prétendent « sacrées » et ne le sont pas. Nous ne devons pas les révérer.

Peu nous importe, d’être « des gagnants », d’être jeunes, d’être riches, d’avoir fait des études prestigieuses, d’avoir un grand appartement, d’avoir de beaux cheveux soyeux !

  • Le riche ? c’est celui qui est heureux de ce qu’il a. / Le fort ? c’est celui qui sait guider ses sentiments. (Pirké Avot 4:1)
  • La beauté ? peu importe, c’est l’instruction qui compte (, septante, prov. 31 : אישה משכלת היא תתהלל)
  • Le pauvre ? un juste peut manquer d’argent, pas de stigmatisation des « perdants » (Rabbi Yosselman de Rosheim)

S’il faut utiliser ce mot, « perdant », soyons tous des perdants, des juifs allemands, soyons tous charlie, soyons une des 343 salopes.

En adoptant cette qualification avec fierté, nous « déracinons » la culture de compétition et de stigmatisation qui nous divise pour que d’autres règnent mieux (divide et tempera, Philippe de Macédoine)

Nous enracinons au contraire notre liberté de nous définir et de nous redéfinir sans entraves.

  • Tous les jours, nous pleurons la destruction du Temple, ce lieu de rassemblement, où les étiquettes disparaissaient, où le « pêcheur » redevenait « une personne qui, comme nous tous, avait commis des erreurs dans le passé ».
  • Tous les cinquante ans, avec le Yovel, nous remettions en cause les cessions de propriété terrienne, le « perdant » devenait « une personne qui pour un temps avait dû céder sa terre ».
  • Tous les chabbat, nous nous relevons « de la vallée des larmes », nous revêtons « nos vêtements de splendeur », nous chantons « léHa dodi » ensemble, les soi-disant « perdants » et les soi-disant « gagnants » de la semaine, deviennent « des personnes qui veulent se ressourcer ensemble ».
  • Tous les Pourim, nous buvons jusqu’à une certaine confusion, les « gentils » et les « méchants » se confondent, les étiquettes lâchent leur emprise.

En ce jour de Roch Hachana, nous disons le vidoui au pluriel, « nous avons trahi », « nous avons volé », car c’est en tant qu’égaux, « sans étiquettes », que nous affirmons notre commune responsabilité à propos de l’Etat du monde.

En ce jour de Roch Hachana, en ce jour de jugement, en ce jour où nous rappelons tous nos actes de l’année, en ce jour où nous nous demandons si nous serons inscrits dans le livre de la vie, en ce jour de tremblement, j’aimerais conclure ainsi :

Aucun de nous n’est un perdant, une perdante, nous sommes des personnes libres de définir nos objectifs.

Nous ne sommes pas des perdants ou des perdantes, nous appartenons au monde juif dans lequel, réussir, c’est créer un monde de justice et de sororité.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure, et nous pleurons.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère, nous nous efforçons d’espérer.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas créé : les hommes le créent, nous essayons de le recréer.

(Les passages en violets sont tiré du poème d’Edmond Fled, « Pourquoi je suis juif ».)

Nous sommes au-delà des stigmatisations qui nous cloisonnent.

Certes, nous n’avons pas réussi à rendre possible la réjouissance dont parle le Deutéronome :

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Cela fait 3000 ans que nous y travaillons, et nous continuerons avec toute l’urgence qui s’impose.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-auto-flagellation mais celui du jugement éclairé.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-stigmatisation mais le jour du jugement constructif.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-conformité mais celui du jugement-remise en question.

Que ce Roch hachana soit pour nous un nouveau départ, pour de nouvelles avancées. Jusqu’à ce que nous puissions réellement nous réjouir.

Textes de téchouva avant Kipour

Encore 6 jours avant Kipour…

En dehors des textes traditionnels, voici quelques textes modernes qui éclairent notre période de téchouva, un par jour, si cela vous dit. A lire, et à partager…

  1. Le sens au prix de la souffrance, poème d’Edmond Fleg
  2. Sommes-nous des passagers clandestins? poème de Hava Halberstein
  3. Ne pas sacrifier les générations futures, Léonard Cohen
  4. Qui vivra? Léonard Cohen
  5. Partizanlied, Hirsch Glick
  6. Toute fin est un commencement, Léa Nahor

Le sens des offices de Roch hachana

Dernière ligne droite avant Roch hachana. Chana tova à toutes et à tous, bons derniers préparatifs, qu’ils soient matériels ou spirituels.

Que cette année qui commence soit une année pleine de douceur de la vie, de douceur de nous vers nos aimés et de nos aimés vers nous, de douceur vers les autres, encore inconnu, qui nous restent à découvrir. De douceur envers nous-mêmes quand nous sommes moins que parfaits.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore, voici un seder de roch hachana positif élaboré par mes soins, en hébreu comme en translittération: Seder roch hachana PDF seder roch hachana DOC

Pour ceux qui veulent écouter quelques extraits du disque de notre chère Hazan, Hélène Blajan, voici la possibilité d’écouter, et si vous le souhaitez, de l’acheter: disque de Hélène Blajan (il est également disponible à la synagogue)

Et voici un extrait du livret de son disque, que j’ai eu le plaisir d’écrire pour elle:

—- office du soir de Roch hachana —–

Avant de nous projeter dans l’avenir, prenons avant tout conscience des souffrances qui nous ont touchées cette année, pour nous ouvrir ensuite à la possibilité d’une année meilleure, nous sommes nous-mêmes la « petite sœur », « aHot Kétana », dont nous cherchons à panser les plaies. Cette petite sœur est à la fois chacun et chacune de nous, le collectif du peuple juif, et peut-être également l’espèce humaine dans son ensemble, et toute vie qui partage avec elle l’espace de la planète.

Nous allumons ensuite nous-même la bougie de l’entrée de la fête, nous prenons la responsabilité d’accueillir ce moment. Réjouissons-nous d’être en vie et d’avoir la pleine jouissance de notre conscience, la liberté de tirer profit de ce temps de joie et de gravité, merci à « celui qui nous a fait vivre » jusqu’à ce moment, « chéhéHéyanou ».

Qu’est-ce qui est réellement digne de louange ? Ce qui nous élève vers les valeurs éternelles. L’officiant nous interpelle, « Bénissez l’Eternel qui est seul béni ! », « BaréHou ! », et introduit ainsi les bénédictions du Chéma Israël. Nous lui répondons de même « Il est béni celui qui est bénit éternellement ! ». Ainsi commence notre dialogue avec un absolu ineffable.

Avant de nous tenir debout face à notre propre jugement au cours de la Amida, nous nous concentrons sur la particularité du jour de Rosh hashana. L’appel des Psaumes, « Tike’ou ! », « sonnez ! », nous enjoint de faire retentir dans la salle et en nous-même la voix irrésistible de notre conscience. Suite à ce moment méditatif, d’exigence personnelle, nous rappelons Dieu à ses devoirs : « Toi aussi souviens-toi de nous pour la vie, car c’est ta nature même d’aspirer à ce qu’il y ait de la vie, et inscris-nous dans le livre de la vie, juste parce que tu ne peux être que toi-même, toi, Dieu de vie ! », « ZoHrénou laHaïm ! ».

La prière du soir se termine dans la sérénité avec « Adon Olam », « Maître du monde », prière qyu nous renvoit à une image d’éternité et d’absolu, à un idéal éthique immuable et exigent mais aussi chaleureux, auquel nous nous remettons.

—- office du matin de Roch hachana —–

Si nous traduisons en actes toutes les grandes idées qui nous inspirent, ce n’est pas pour rentrer dans l’idolâtrie du rite, mais bien pour continuer à nous nourrir de leur inspiration. Si nous rappelons « l’offrande du matin » et les sacrifices du temple, ce n’est pas par regret, mais pour que son souvenir nous encourage à agir pour le bien et la justice, et que le « Juge de toute la terre », « Shofet kol haaretz », nous montre le chemin de l’exercice de notre jugement et de notre raison.

Mais l’intellect seul ne suffit pas à appréhender le monde. La force, la compassion, la bienveillance, la tempérance, la bonté, l’authenticité, la constance dans l’exercice de la bonté, la capacité à supporter les injustices, les fautes, les passages à l’acte sont également nécessaires. Telles sont les treize qualités attribuées à Dieu que nous apostrophons en utilisant le tétragramme, « Éternel, Éternel ! », « Adonaï, Adonaï ! », devant l’arche sainte ouverte.

Mais cet exemple est désormais dans nos mains et il nous appartient de rappeler cet enseignement, cette « Torah », à notre propre souvenir. Nous le reprenons à notre compte et nous affirmons : « Il est bénit celui qui a transmis son enseignement », « BarouH shénatan Torah ! ». Notre officiant proclame le « Shéma Israël », « écoute israël » et nous, assemblée en quête de grandeur, nous lui faisons écho en reprenant ses paroles. Dieu est sans doute infini dans son monde absolu, mais dans les réalités de nos vies, nous seuls pouvons suivre le chantre qui nous invite : « Grandissez pour l’Eternel avec moi », « Gadélou ».

Nous ouvrons les portes de l’arche de la Torah, cet enseignement dont nous sommes désormais les gardiens et les commentateurs, et en ces jours solennels, nous invitons les portes du monde elles-mêmes à s’ouvrir, « Ouvrez-vous portes du monde ! » « séou shéarim ! » pour laisser entrer le Roi de Gloire.

La lecture de l’enseignement est désormais terminée, et nous entrons dans une nouvelle phase méditative avec cette prière « supplémentaire », ce « moussaf » particulier aux jours de fête. Cette nouvelle Amida inclut en particulier une invitation à rentrer au plus profond de l’examen de soi. « Donnez toute sa force », « ountane tokef » à la spécificité de ce jour, car il est grave et redoutable, car le jugement y est entièrement véritable, implacable et inéluctable, où les rôles de juge, d’accusateur, d’expert et de témoin sont tous tenu par l’Éternel lui-même… à moins que notre « remise en cause », la « Téchouva », que notre « jugement sur soi-même dans la prière », la « téfila », et que nos actions d’entre-aide pour la justice sociale, la « tsédaka », ne nous permette de reprendre la main et d’obtenir une nouvelle chance.

Pour cette chance et cette liberté qu’il nous offre, « il est de notre devoir de louer » le maître du monde, « alénou léchabéaH ».

5780: partager les fêtes + réflexions sur Roch hachana

Ce soir, chabbat; dimanche soir, Roch hachana, c’est parti pour le lancement d’une nouvelle année!

Avec Roch hachana, ce sont les 10 jours du retour sur soi qui commencent, les asseret yémé hatéchouva, עשרת ימי התשובה. Nous les inaugurerons par les merveilleux offices de notre communauté, avec notre Hazan Hélène Blajan, pour les deux soirs et les deux matins. Puis l’année sera lancée, avec les trois fêtes de pèlerinage, Soukot, PessaH et chavouot.

Serez-vous présent? Si tous le savez déjà, faites-moi savoir dés à présent que nous pourrons ensemble former minian. Si vous ne le savez pas encore, vous pouvez mettre les dates des fêtes dans vos agendas pour les « pré-réserver » puis vous inscrire quand vous aurez davantage de précisions. Ainsi, je peux me réjouir à l’avance de votre présence: Doodle pour que nous sachions comment se fera le minian

Merci à toutes, merci à tous, pour cette merveilleuse année 5779. Et en avant pour la suite!

Quelques réflexions sur Roch hachana :

Cessons de croire : réfléchissons ! (dracha de Roch hachana 5779)

La Tsédaka, Changer le monde: Dracha de Roch Hachana 5778

Nous sommes le chant du monde… Dracha Tichri 5777

Pour commencer, ouvrir les yeux… Roch hachana 5776

Embrasser le passé, Chérir l’avenir – pédagogie de Roch Hachana

Bonne lecture et chabbat chalom!

 

Maîtres du temps? seliHot et cours à 10h

Vous avez juste le temps de boire un petit café et de nous rejoindre!

Nous chanterons quelques seliHot en expliquant leur sens, avant de faire un court office du matin, puis de passer une heure et demie d’étude et de partage autour du calendrier juif et de ce qu’il  nous apprend de notre structuration du temps.

Bon, nous sommes d’accord, la translittération, comme ça, c’est un peu « brut ». Mais on va tout expliquer dans quelques minutes, à 10h, à Nation, alors n’hésitez pas à nous rejoindre! Par ailleurs, il existe des programmes d’étude de l’hébreu pour rentrer directement dans l’alphabet hébraïque. A partir du moment où vous pensez passer plus de dix heures à un office dans votre vie, cela vaut la peine d’utiliser ces méthodes plutôt que de se fatiguer à « apprendre la translittération ». Je dis « apprendre » car c’est vraiment un apprentissage, alors autant prendre 10 minutes par jour pendant deux semaines et entrer dans les bases de la lecture directe. Contactez-moi en répondant à cet article si cela vous intéresse (je ne publierai pas les adresses email, numéros de téléphones et noms).

Chavoua Tov! שבוע טוב

selihot et office translittération

cours ganénou roch hachana kipour

Selihot à Ganénou

  1. Adonaï hou haélohim
  2. Adonaï MéleH adonaï MalaH adonaï YmloH léolam vaèd
  3. VésalaHta laavoni ki rav hou
  4. 13 Attributs Ex. 34 :6 (et Nb 14 :18) Adonaï Adonaï el raHoum véHanoun EreH apaim vérav Héssed véémet, notser Héssed laalafim, nossé avon vafécha véHata vénaké.
  5. Vidouï

Elohénou vélohé avoténou ana tavo léfanéHa téfilaténou veal titalam mitHinaténou chein anaHnou azé fanim oukéché orèf lomar léfanéha adonaï élohénou vélohé avoténou tsadikim anaHnou vélo Hatanou aval anaHnou Hatanou
Achamnou bagadnou gazalnou dibarnou dofi héévinou vehirchanou zadnou Hamasnou tafalnou chéker yaatsnou ra kizavnou lasnou maradnou niatsnou sararnou avinou pachanou tsararnou kichinou oref rachaanou chiHatnou tiavnou tainou titanou
Véal koulam éloha seliHot slaH lanou meHal lanou Kaper lanou

  1. Avinou malkénou

Avinou malkénou Hanénou véanénou ki ein banou maassim, assé imanou tsédaka vaHessed véhochiénou.

  1. Adon hasseliHot – Chatanu lefaneicha rachem aleinu.

Adon haselichot, bochen levavot, goleh amukot, dover tzedakot

Hadur benifla’ot, vatik benechamot, zocher b’rit amo, choker kelayot

Male zakiyut, nora tehinot, tzone’ach avonot, oneh be’etzavot

  1. Chomer Israël

((Chomer *2)  Israël  Chmor chéérit israël *2)
(veal yovad *2) Israël haomrim béHol yom chéma Israël
-((Chomer *2)  Goy éHad Chmor chéérit Goy éHad *2) (veal yovad *2) Goy éHad haomrim béHol yom adonaï élohénou adonaï éHad
-((Chomer *2)  Goy Kadoch Chmor chéérit Goy Kadoch *2)
(veal yovad *2) Goy Kadoch haomrim béHol yom kadoch kadoch kadoch
-((Chomer *2) Goy Rabba  Chmor chéérit Goy Rabba *2)
(veal yovad *2) Goy Rabba haomrim béHol yom amen yéhé chémé rabba

  1. Kadich titkabal

Ytgadal véytkadach chémé raba AMEN
Béalma di vera Hirouté véyamliH malHouté AMEN
béHayéHon ouvéyoméHon ouvHayé déHol beit Israel baagala ouvizman kariv véimérou amen AMEN
yéé chemé rabba mévaraH léalam ouléalmé almaya
ytbaraH véYchtabaH véYtpaar véYtromam véitnassé véitadar véitalé véhithallal chemé dékoudécha beriH hou
lééla oulééla mikol birHata véchirata touchbéHata vénéHémata daamiran béalma véimrou amen AMEN
Titkabak Tslotéhon ouvaoutéhou déHol beit Israel kadam avouon di vichmaya véimérou amen AMEN
yé chéléma rabba min chéémaya véHaim alénou veal kol Israel véimrou amen AMEN
ossé chalom bimromav hou yaassé chalom alénou veal kol Israel véimrou amen AMEN

 

Office du matin

  1. BIRKOT hACHAHAR Ma tovou ohaléHa yaakov michkénotéHa israel (Nb 24 :5 bilam)
  2. Adon olam acher malaH bétérem kol yétsir nivra léet naassa béHeftso kol azaï méleH chémo nikra véaHaré kiHlot hakol lévado imloH nora véhou aya véhou ové véhou yiyé bétifara véhou éHad véein chéni léhamchil lo léaHbira béli réchit béli taHlit vélo haoz véhamissra véhou éli véHaï goali vétsour Hévlit béet tsara véhou nissi oumanos li ménat kossi béyom ékra béyado afkid rouHi béet ichan véaira véim rouHi géviati adonaï li vélo ira.
  3. PSOUKE DEZIMRA Halélouya halélouyé bétsiltsélé chama haléloouya halélouya bétsiltsélé téroua kol hanechama téhalel ya hallélouya   (ps 150)
  4. CHEMA ET BENEDICTIONS    barouH adonaï hamévoraH léolam vaèd
  5. kadoch kadoch kadoch adonaï tsévaot mélo kol haaret kévodo / barouH kévod adonai mimékomo (Ezechiel 3 :11)
  6. Chéma Israël adonaï élohénou adonaï éHad
  7. Mi HamoHa baélim adonaï mi kammoHa néédar bakodech nora téhilot ossé félé / adonaï imloH léolam vaèd (Exode 15 :11)
  8. AMIDA   Lédor vador naguid godléHa oulenétsaH nétsaHim kédouchatéHa nakdich
  9. Sim chalom tova ouvraHa Haim Hen vaHessed Hen vaHessed véraHamim ki béor panéHa natata lanou adonaï elohénou torat Haim véahavat Hessed outsdaka ouvraHa véraHamim véHaim véchalom
  10. Ossé chalom bimromav hou yaassé chalom alénou véal kol israel véimérou amen
  11. FIN    Ein k élohénou Ein k adonénou Ein k émalkénou Ein k émochiénou / mi / nodé / barouH / ata hou

autres ressources: texte de seliHot (PDF)

Devenez les Maîtres du Temps! Début de l’année, Début du changement…

Roch hachana signifie « tête de l’année ».

Les années s’écoulent et se ressemblent, avec la succession perpétuelle des fêtes, qu’on nomme en hébreu « le cycle de l’année ».

Pourtant, les années s’écoulent et ne se ressemblent pas, le mot Chana, שנה « année », est proche du mot « chinouï », שינוי le changement.

La vie nous tiraille et nous sollicite, nous force à changer, nous fait vaciller comme une feuille d’automne sur un fleuve fougueux (quel lyrisme!).

 

En anticipant, nous pouvons être prêts à accueillir ces changements, à suivre son cours en toute responsabilité, comme une barque aux rameurs avertis.

Que nous apprennent Roch hachana, Kipour, et le cycle des fêtes sur nos vies et notre façon de « mener notre barque »?

Tel sera notre sujet d’étude, ce dimanche à 11h à Ganénou. Un office pédagogique accompagné de seliHot commencera à 10h, pour introduire ceux qui le souhaitent à cette merveilleuse liturgie des fêtes, qui soutient nos remises en question.

Cours pour adultes, ouvert à toutes et tous, Rabbin Floriane Chinsky

 

Cessons de croire : réfléchissons ! (dracha de Roch hachana 5779)

Croyez-vous au père Noël ? Croyez-vous au « dieu barbu du nuage », croyez-vous au « grand horloger », croyez-vous à la force de vie, croyez-vous dans le « Bien », croyez-vous que « l’homme est bon » ?

Croyez-vous que Moïse, fondateur du judaïsme, était orthodoxe ? Croyez-vous que si on met les téfilines tous les matins, dieu nous pardonne tout ? Croyez-vous que le plus important pour être un bon juif c’est d’aimer son prochain ? Croyez-vous mouvement libéral est celui qui porte l’avenir du judaïsme ? Que le mouvement libéral c’est bien mais heureusement que les loubavich gardent la vraie tradition ? Croyez-vous que la religion est l’opium du peuple ?

Croyez-vous qu’il faut obéir à la police, croyez-vous qu’il faut déclarer qu’on est juif au commissariat, croyez-vous que nous avons tellement souffert en tant que juif que nous n’avons plus de comptes à rendre à personne ? Croyez-vous que seuls les héros sont des « justes parmi les nations » ?

Croyez-vous que la France a un seuil maximum d’acceptation des réfugiés ? Croyez-vous que ce seuil soit atteint ? Croyez-vous que la venue de réfugies est négatif pour l’économie ? Croyez-vous que si les pauvres sont pauvres c’est parce qu’ils le méritent ? Croyez-vous que si vous n’avez pas beaucoup d’argent c’est parce que vous ne méritez pas plus ? Croyez-vous que si vous avez beaucoup d’argent c’est parce que vous le méritez ? Croyez-vous que vous ne méritez pas l’argent que vous avez ?

Croyez-vous que le monde va à sa perte compte tenu des problèmes écologiques ? Croyez-vous que la pression climatique va réduire l’humanité à encore plus de guerres et de violences ? Croyez-vous que l’humanité saura trouver de bonnes solutions au fur et à mesure que les problèmes se poseront ?

Croyez-vous que vous devez-être féminine ? Croyez-vous que vous devez être viril ? Croyez-vous que vous devez « accepter votre part de féminité » ou « votre part de masculinité » ? Croyez-vous que l’homosexualité est « contre-nature » ? Croyez-vous que l’homosexualité est une maladie qu’il faut soigner ? Croyez-vous qu’une femme peut être rabbin ? Croyez-vous qu’un homme peut être sage-femme ?

Croyez-vous que vous chantez faux ? Croyez-vous qu’il faut chanter juste pour chanter pendant l’office ? Croyez-vous qu’il faut dire les mots quand on chante les prières ou que « lalala » c’est bien aussi? Croyez-vous que si vous chantez juste la basse, ou une deuxième voix, cela pose un problème ?

Croyez-vous que se parler vraiment est dangereux ? Croyez-vous qu’il faut faire la bise même quand on n’a pas envie ? Croyez-vous qu’il est dangereux de dire « non » à ce producteur de cinéma ? Croyez-vous que vos enfants doivent embrasser tante Ursule ?

Croyez-vous qu’il est mal de pleurer ? croyez-vous qu’il faut toujours être fort ? Croyez-vous qu’être fort c’est être rigide ?

Croyez-vous qu’un discours de Roch hachana doit comporter autre chose que des questions ? Croyez-vous qu’il doit prouver l’érudition du rabbin ? Croyez-vous qu’il doit être court ou long ?

Croyez-vous que votre passé vous a formé ? croyez-vous qu’à votre grand âge, il faut juste accepter les choses comme elles sont ? Croyez-vous que compte tenu de votre jeune âge, vous devez attendre pour vous exprimer ?

Alors ? Vous avez combien de oui et combien de non ?

Nos croyances sont importantes, car elles conditionnent nos actions, il est important d’être conscients de nos croyances. Un discours de rabbin ne suffit pas à répondre à ces questions. Une introspection, une réflexion continue, peuvent permettre d’avancer. Comme l’indiquent les téfilines, nous sommes responsables de nos actes – on met les téfilines sur le bras -, de nos croyances – on met les téfilines sur le front -, et de nos sentiments -on met les téfilines face à notre coeur – , cela signifie que nous avons la liberté et le devoir, de prendre en charge nos actes, nos croyances, et nos sentiments.

Ces trois voies sont les voies du changement thérapeutique, les thérapies cognitives, comportementales et émotionnelles sont complémentaires.

Comme nous le disons dans la prière « ountané tokef  » que nous chanterons demain : Téchouva (le rééxamen de nos croyances), téfila ( la prière, le travail du coeur, qui s’adresse aux sentiments), tsédaka (donner de l’argent à ceux qui sont dans le besoin, faire des actes de solidarité), permettent de modifier le cours de nos vies, de « changer le décret ».

Il serait vraiment intéressant de voir quelles croyances sous-tendent nos comportements et nos actions. Ces croyances, y sommes-nous totalement attachés, ou sommes-nous capables de les examiner d’une façon critique ?

Faire Roch Hachana, c’est reprendre ces croyances et leur enlever le pouvoir pour les soumettre à notre examen critique.

Car notre dieu est le dieu de la liberté,

  • Le Dieu de la sortie d’Egypte,
  • le Dieu de la première phrase des dix paroles (commandements):  » Je suis l’Éternel ton Dieu qui t’ai fait sortir de la terre d’Egypte, de la maison des esclaves. »
  • le Dieu de la dernière phrase du chéma israël:  » Je suis l’Éternel votre Dieu qui vous ai fait sortir de la terre d’Egypte. »

Se prosterner devant nos croyances, c’est de l’idolâtrie.
Nous appuyer sur Roch hachana pour les réexaminer, c’est cela être juif.
Etre juif, c’est développer un esprit critique, comme le fait le talmud.

Le talmud pose des questions sur les enseignements des sages :

  • D’où cette idée vient-elle ?
  • Quel verset l’appuierait ?
  • Quelle est sa raison ?
  • Qui l’a enseignée ?
  • Que contredit elle ?
  • Dans quel but l’exprime-t-on ?
  • Quel est son piège ?
  • En quoi est-elle en opposition avec d’autres idées connues ?

(מנלן  ,מאי קרא, מאי טעמה , מאן תנא   מני , רומיא , צריכותא , פשיטא , מה דתימא , קא משמע לן , במאי קמיפלגי ,  ביניהו מאי  )

Chacune de nos croyances devrait passer par le tamis impitoyable des questions talmudiques.

En tant que juifs libéraux, nous avons la chance d’être fidèles à cette tradition talmudique. Nous nous sommes associés il y a deux siècles au grand mouvement d’affranchissement de la pensée en occident, la remise en cause des vieilles croyances, au développement de la pensée critique. Nous avons la chance de pouvoir clamer que dès les débuts de l’émancipation, nous étions à la jonction de deux traditions critiques : celle interne au judaïsme traditionnel, celle nourrie des outils de la pensée moderne.

En tant que juifs, et en tant que personnes modernes, nous sommes doublement outillés pour appliquer notre réflexion à nos actes.

Un discours de Rabbin ne peut pas remplacer la réflexion personnelle, alors… je vous propose… (tadada) de dépasser ce que vous croyez que doit être le discours du rabbin pour roch hachana, et de le compléter vous-mêmes : racontez à votre voisin ce que vous pensez sur les croyances, en toute liberté, puisque nous avons tous un devoir de fidélité à nous-mêmes ;

… Alors je vous proposer de prendre le temps, à deux, de compléter mon discours, de parler à votre voisin de vos croyances et réciproquement. Si vous êtes seul, levez la main pour rejoindre un partenaire, puis choisissez qui parlera en premier, pendant une minutes, je vous ferai signe à ce moment pour que vous changiez de rôle…

Merci pour cette belle participation et pour cette belle transgression et ce beau respect.

Transgression, car en principe on ne parle pas pendant le discours du rabbin et chacun reste à sa place. (pour ceux qui avaient ces croyances)

Respect, car les pirké avot nous disent : fais-toi un rabbin, et acquiers-toi un compagnon ; (Avot 1 :6)

יהושע בן פרחיה אומר עשה לך רב וקנה לך חבר והוי דן את כל האדם לכף זכות

c’est par le partage de nos pensées que nous apprenons à les affiner, à les interroger, et à poser toutes les questions. Comme le Adam primordial, nous avons besoin d’un « aide contre nous », d’une personne qui nous force à nous réexaminer.

Respect, parce que notre tradition nous demande de porter nous-mêmes le judaïsme, et de ne nous reposer sur personne pour faire le travail à notre place : Si je ne suis pas pour moi, qui le sera, si je ne suis que pour moi, que suis-je, si je n’agis pas maintenant, quand ?

Merci, car en tant que rabbin, je suis en permanence confrontée aux limites de mon action, c’est par NOTRE action que nous pouvons vraiment aller plus loin.

Le mot « foi » n’existe pas en hébreu, nous ne devons pas « croire ».

C’est le mot fidélité qui est important, émoun, אמון , le fait que j’ai confiance dans les principes qui animent ma vie, et qu’on peut me faire confiance pour que j’agisse.

Quand je dis « amen », je dis « je suis là », pour soutenir des pensées que j’ai examinées et adoptées.

Je nous souhaite cette année, de réexaminer nos croyances, pour que nous puissions ensuite leur être fidèles.

Merci chère communauté, chers administrateurs, chers membres, chers amis, chère famille, merci de m’avoir mise face à moi-même cette année, de m’avoir soutenue, de m’avoir éprouvée, de m’avoir écoutée, de m’avoir fait la sourde oreille, de m’avoir réfutée, de m’avoir dérangée, de m’avoir laissé prendre soin de moi-même,

Merci de m’avoir obligée à augmenter ma liberté.

Je compte sur nous pour faire pire l’année prochaine.

chana tova oumétouka, léchana tova tikatévou,  une année bonne et douce à vous, et que vous soyez inscrits dans le livre de la vie.

Garde ceux qui te défendent… Chomer Israël et les seliHot

Gardien d’Israël, garde ce qui reste de ton peuple Israël, et que ne disparaisse pas Israël, ceux qui disent tous les jours: « Ecoute Israël ».

Ces quelques mots retracent la crainte existentielle du peuple juif, qui a si souvent été près de disparaître. La demande n’est pas justifiée par le fait que nous serions supérieurs ou important, mais simplement par le fait que nous sommes attachés à nos responsabilités. Le peuple d’Israël doit continuer à exister pour persévérer dans son effort de tenter d’écouter, d’être ouverts à découvrir le sens du monde et à contribuer à créer ce sens.

Touchant de simplicité, chanté sur une musique qui invite à la réponse entre l’officiant et l’assemblée, ce chant est un chant d’amour et d’espoir, chanté à Roch hachana, à Kipour, et pendant les seliHot.

A utiliser sans modération….

Entendre Chomer Israël sur youtube

Shomer Israël

Ce très beau Piout est très représentatif des seliHot. Il met en place un dialogue entre l’officiant et l’assemblée, qui s’associent pour demander au Créateur de prendre soin du peuple juif et lui permettre d’exister encore pour l’année à venir.

-((Chomer *2)  Israël  Chmor chéérit israël *2)
(veal yovad *2) Israël haomrim béHol yom chéma Israël
-((Chomer *2)  Goy éHad Chmor chéérit Goy éHad *2) (veal yovad *2) Goy éHad haomrim béHol yom adonaï élohénou adonaï éHad
-((Chomer *2)  Goy Kadoch Chmor chéérit Goy Kadoch *2)
(veal yovad *2) Goy Kadoch haomrim béHol yom kadoch kadoch kadoch
-((Chomer *2) Goy Rabba  Chmor chéérit Goy Rabba *2)
(veal yovad *2) Goy Rabba haomrim béHol yom amen yéhé chémé rabba

שׁוֹמֵר יִשְׂרָאֵל שְׁמֹר שְׁאֵרִית יִשְׂרָאֵל,  וְאַל יֹאבַד יִשְׂרָאֵל הָאוֹמְרִים בְּכָל יוֹם
שְׁמַע יִשְׂרָאֵל
שׁוֹמֵר גּוֹי אֶחָד שְׁמֹר שְׁאֵרִית גּוֹי אֶחָד וְאַל יֹאבַד גּוֹי אֶחָד הָאוֹמְרִים בְּכָל יוֹם
שְׁמַע יִשְׂרָאֵל יְיָ אֱלֹהֵינוּ יְיָ אֶחָד
שׁוֹמֵר גּוֹי קָדוֹשׁ שְׁמֹר שְׁאֵרִית גּוֹי קָדוֹשׁ וְאַל יֹאבַד גּוֹי קָדוֹשׁ הָאוֹמְרִים בְּכָל יוֹם
קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ קָדוֹשׁ
שׁוֹמֵר גּוֹי רַבָּא שְׁמֹר שְׁאֵרִית גּוֹי רַבָּא וְאַל יֹאבַד גּוֹי רַבָּא הָאוֹמְרִים בְּכָל יוֹם
אָמֵן יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא

Ouvrez-vous, portes du monde! Séou chéarim à Kipour

Nous aimons joindre le geste à la parole. Lorsque nous ouvrons les portes du Aron hakodech, ארון הקודש, de l’Arche de la Torah, nous joignons à ce geste une parole tonitruante: « Ouvrez-vous, portes du monde! ».

Pendant les seliHot, à Roch hachana, à Yom Kipour, nous concentrons toute notre volonté sur le désir de changement, en nous-mêmes, et pour un monde meilleur. Et nos efforts et nos souhaits se libèrent à quelques moments phares, lorsque nous espérons la réussite de notre travail. Nous souhaitons que  » s’ouvrent les portes ». Le dernier moment concerné est celui de Néila, juste avant que Kipour ne se termine, juste avant que « les portes ne se referment ». Mais tout au long du mois de Eloul et de Tishri, nous chantons avec enthousiasme notre espoir dans le chant « séou chéarim », au moment de la sortie de la Torah, les deux matins de Roch hachana et le matin de Kipour.

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Ecouter sur you tube sur ce lien

Ouvrez-vous, Portes du monde ! Pour que le Roi de Gloire puisse entrer !

On pourrait avancer la théorie que nous sommes tous plus ou moins mégalomanes. Comme le dit l’homme éméché : « Je suis maître de moi comme de l’univers ! ». Nous ne sommes pas maîtres de l’univers, et nous devons même lutter pour être maîtres de nous-mêmes. « Qui est le fort ? -interrogent les chapitres des pères- Celui qui se conquiert lui-même ! ». C’est ce que nous tentons de faire à Kipour : Contenir nos instincts. Le jeûne est l’une des façons de pratiquer cette maitrise et d’affirmer qu’autre chose que notre propre confort peut animer nos actes. Et puisque nous ne sommes pas les maîtres du monde, nous pouvons néanmoins essayer de contribuer à la rendre meilleur. Ainsi, nous clamons : « Qu’entre le Roi de Gloire ! » Pour certains, c’est peut-être Dieu lui-même qui prend sa place parmi nous alors que nous sortons la Torah. Pour d’autres, c’est une invocation à faire entrer en nous-même les plus hautes valeurs, celles qui font notre gloire lorsque nous réussissons à les atteindre. Ouvrez-vous, portes du monde !

Sé’ou Shéarim Rasheikhem

Véhinas’ou Pit-hey Olam

Veyavo Melekh Hakavod

Veyavo Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Adonay Izouz Veguibor Adonay Guibor

Guibor Milhama

 

Sé’ou Shéarim Rasheikhem

Ousé’ou Pit-hey Olam

Veyavo Melekh Hakavod

Veyavo Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Zé Melekh Hakavod

Mi Hou Zé Melekh Hakavod

AdoNay Tsévaot Hou Mélekh

Hakavod

Hakavod Selah

Hou Mélekh Hakavod

Hou Mélekh Hakavod

Hou Mélekh Hakavod Selah

Hakavod Selah

שְׂאוּ שְׁעָרִים רָאשֵׁיכֶם

וְהִנָּשְׂאוּ, פִּתְחֵי עוֹלָם

וְיָבוֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

וְיָבוֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

אֲדֹנַי עִזּוּז וְגִבּוֹר אֲדֹנַי

גִּבּוֹר מִלְחָמָה

 

שְׂאוּ שְׁעָרִים רָאשֵׁיכֶם

וּשְׂאוּ, פִּתְחֵי עוֹלָם

וְיָבֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

וְיָבֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

אֲדֹנַי צְבָאוֹת הוּא מֶלֶךְ

הַכָּבוֹד  סֶלָה

הוּא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

הוּא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד

הוּא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד סֶלָה

הַכָּבוֹד סֶלָה

 

 

Autres liens:

Seu Shearim http://www.zemereshet.co.il/song.asp?id=3704 Séou Shéarim + phonétique

Amida Tishri Amida complète 4p 

Adon Olam http://www.piyut.org.il/tradition/132.html?currPerformance=148 Adon’ Olam, partition originale

El Nora Alila El Nora Alila

Kadich Hassidique 

Fichiers son: cliquez ici Adon Olam: Alto, ténor, basse, soprane et baryton en cliquant sur ce lien

Ainsi que: Amida: Ledor vador, oz béyadéHa, ata véHartanou et sim chalom