Partizanlied – accompagner les moments difficiles (Hirsch Glick)

Vivre est en soi un héroïsme. Tant de peurs, de difficultés, de préjugés, de nœuds émotionnels et organisationnels à dépasser et à dénouer. Une fois par an, pendant les fêtes de Tichri, à travers les seliHot, Roch hachana, Yom kipour, nous faisons se travail en nous appuyant sur la tradition, sur le collectif, sur tous les éléments qui peuvent nous soutenir. Car si nous n’influons pas le cours de nos vies à Roch hachana, quand le ferons-nous? Quel moment est plus propice?

Pour cela, la courage et l’espoir sont essentiels. Le chant des partisans juifs est une inspiration que je vous invite à partager. La dignité de ceux qui se sont battus nous interpelle et nous donne la force de faire plus que notre mieux, pour nous mêmes, pour nos proches, et pour ceux que nous ne connaissons pas.

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La traduction de Charles Dobzynski, « Le miroir d’un peuple, anthologie de la poésie yiddish »

Nous sommes là, chant du ghetto de Varsovie

Ne dis jamais que tu vas de ton dernier pas,
Quand les jours bleus sont écrasés sous un ciel bas,
L’heure viendra, que nous avons tant espérée,
Frappant le sol, nos pas diront: Nous sommes là!

Des palmiers verts jusqu’aus lointains pays neigeux,
Nous sommes là! Le coeur en peine et douloureux,
Où notre sang, goutte après goutte, fut semé,
Notre courage et notre force vont germer.

Soleil futur tu embellis le jour présent,
Hier est l’ombre où disparaîtront nos tyrans,
Si le soleil se perd avant le jour levant,
Tel un appel d’âge en âge soit notre chant.

Il fut écrit, ce chant, par le sang, par le feu,
Ce n’est pas le chant d’un oiseau dans le ciel bleu,
Quand tout brûlait, parmi les murs qui s’écroulaient,
Fusil en main mon peuple a chanté ces couplets.

Ne dis jamais que tu vas de ton dernier pas,
QUand les jours bleus sont écrasés sous un ciel bas,
L’heure viendra que nous avons tant espérée,
Frappant le sol nos pas diront: Nous sommes là!

(Hirsh Glik: Né à Wilno (Lituanie) en 1922, mort au combat en Estonie pendant l’été 1944. Sous l’influence de son voisin, Leiser Wolf, se mit à écrire en yiddish en 1936. Publia en 1939 la revue éphémère Jeune Forêt, organe du groupe littéraire du même nom. Ses poèmes acquirent une immense popularité dans le ghetto de Wilno et le plus fameux d’entre eux « Ne dis jamais… » devint l’hymne de l’organe de protestation armée de la résistance juive dans les ghettos de Wilno, et de Varsovie. Il fut traduit dans toutes les langues et inspira des oeuvres de Markish et de Sutzkever.) Oeuvres: Chants et Poèmes, New York, 1953)

Lien vers différentes versions musicales bien faites ici.

Zog nit keynmol az du
gayst dem
letzten veg,
Ven himlen blayene farshteln bloye
teg;
Vayl kumen vet noch undzer
oysgebenkte shuh,
Es vet a poyk tun undzer trot – mir
zaynen do!

Fun grinem palmenland biz land fun
vaysen shney,
Mir kumen un mit undzer payn, mit
undzer vey;
Un voo gefalen iz a shpritz fun
undzer blut,
Shpritzen vet dort undzer gvure,
undzer mut.

Es vet di morgenzun bagilden undz
dem haynt,
Un der nechten vet farshvinden mitn
faynt;
Nor oyb farzamen vet di zun in dem
ka-yor,
Vi a parol zol geyn dos leed fun
door tzu door.

Geshriben iz dos leed mit blut
und nit mit bly,
S’iz nit keyn leedl fun a foygel
oyf der fry;
Dos hut a folk tzvishen falendi-ke
vent,
Dos leed gezungen mit naganes in di
hent.

Zog nit keyn mol az du gayst dem
letzten veg,
Ven himlen blayene farshteln bloye
teg;
Kumen vet noch undzer oysgebenkte
shuh,
Es vet a poyk tun undzer trot — mir
zaynen do!

Traduction parfois utilisée en Belgique:

Le chant des partisans juifs, Hirsch Glick et Dmitry Pokrass

Ne dis jamais que c’est ton dernier chemin
Quand les jours bleus sont écrasés sous un ciel bas
L’heure que nous avons tant espérée
Frappant le sol nos pas diront: « Nous sommes là! »

Des palmiers verts jusqu’aux pays blancs neigeux
Nous arrivons avec notre peine et notre douleur
et là où est tombé notre sang
là se manifestera notre courage et notre force

L’aube à venir embellira notre présent
Et nos tyrans disparaîtront dans les ténèbres
Si le soleil se perd avant l’aube
Puisse notre chant tel un appel se transmettre de génération en génération

Ce chant a été écrit avec du sang pas avec du plomb
Ce n’est pas le chant d’un oiseau libre
Il a été écrit par un peuple parmi les murs qui s’écroulaient
Cet appel chanté par mon peuple, le fusil à la main

Ne dis jamais que c’est ton dernier chemin
Quand les jours bleus sont écrasés sous un ciel bas
L’heure que nous avons tant espérée
Frappant le sol nos pas diront: « Nous sommes là! »

http://www.lastfm.fr/music/Cipe+Lincovsky/_/Sog+nit+kejnmol+(Partisaner+Lied)+Partizan+1961

Une version en hébreu, intéressante musicalement: http://www.zemer.co.il/song.asp?id=162

http://www.youtube.com/watch?v=x9UPgdOeBnM&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=-wgYnYSg3Zs&feature=related

Une interview de celle qui a composé la musique du chant des partisans français (le sujet est un peu éloigné, mais cette archive INA est intéressante): http://www.ina.fr/art-et-culture/musique/video/CAC00034282/anna-marly-et-le-chant-des-partisans.fr.html

http://www.ina.fr/video/AFE00001971/le-chant-des-partisans.fr.html

Un site bien fait, avec texte et partitions mais, me dit-on, quelques imprécisions:

http://www.diasporim-zinger.com/index.php?chorale=musiques&musique=Zog+nisht+kein+mol+::+MP3,+partitions+et+paroles&partitions=instrumental/zog/

Strophes pour se souvenir (Aragon)

Lorsque nous faisons le bilan du monde, nous pouvons nous appuyer sur la force de ceux qui l’aiment si fort qu’ils sont prêts à tout pour garder leur dignité.
Au cours des « fêtes solennelles », des yamim noraim, ימים נטוראים, nous faisons le bilan de nos vies et recherchons ce qui fait leur valeur. Sommes-nous au meilleur de nous-mêmes, de notre capacité à augmenter la solidarité et la paix dans le monde, très largement, et plus particulièrement autour de nous?
Raconter les actes d’héroïsme de nos grands maîtres nous encourage au militantisme. Loin dans le passé, mais également à une période récente, il y a eu des justes, des héros, juifs ou non, dont la capacité de ne pas renoncer à leur dignité et à leur amour pour le monde nous inspire.
Parmi les textes non juifs qui nous accompagnent dans cette quête, le texte « Strophes pour se souvenir » d’Aragon, est un incroyable chant d’espoir, que nous lisons à plusieurs moments de la liturgie de Kipour.

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Strophes pour se souvenir
Louis Aragon

Vous n´aviez réclamé la gloire, ni les larmes
Ni l´orgue, ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà, que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos ames
La mort n´éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit, hirsutes, menaçants
L´affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu´à prononcer, vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient, sans yeux pour vous, le jour durant
Mais à l´heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c´est alors que l´un de vous dit calmement
Bonheur à tous ! Bonheur à ceux qui vont survivre !
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand !

Adieu la peine et le plaisir, Adieu les roses
Adieu la vie, adieu la lumière et le vent
Marie-toi, sois heureuse, et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d´hiver éclaire la colline
Que la nature est belle, et que le cœur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants !
Ma Mélinée, ô mon amour, mon orpheline
Et je te dis de vivre et d´avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s´abattant

http://fr.wikipedia.org/wiki/Affiche_rouge

http://www.youtube.com/watch?v=fXLKTjcgJVE – témoignage d’un résitant

http://www.youtube.com/watch?v=6HLB_EVtJK4&feature=related – entendre l’affiche rouge, Léo Ferré

Le sens au prix de la souffrance ? (Edmond Fleg)

Edmond Fleg est un grand personnage de la pensée juive. Ses recueils de poèmes, « Ecoute Israël », « L’Eternel est notre Dieu », « L’Eternel est un », sont une interprétation profonde des grands événements de la Bible.
La ligature d’Isaac, son « non-sacrifice », est l’un des épisodes les plus complexes de la Torah, au centre de la fête de Roch Hachaha.
Comment comprendre cette soi-disant « demande » de Dieu, et alors que nous soulignons comme le fait le midrach la leçon de « non-sacrifice », la question de cette demande inacceptable reste puissante.
Chaque année, le deuxième matin de Roch hachana, nous relisons l’histoire et la commentons à nouveau à la synagogue pour en tirer des conclusions qu’il serait difficile de retranscrire ici en quelques mots.
Le courage retracé dans ce poème nous rappelle également ce que les achkénazes appellent « martyrologie », ces passages qui retracent les actes de dignité de nos sages au cours des pogroms, qui sont traditionnellement lus pendant la journée de Kipour.
Il convient néanmoins de partager la « vision d’Isaac », d’Edmond Fleg, la « vision d’Edmond Fleg » concernant cet épisode. Serions-nous prêts à renoncer au confort et à l’innocence au profit de la douleur de la lucidité? Telle est la question que se posent les philosophes, telle est la question que soulève Edmond Fleg à travers ce magnifique – et difficile – poème. Il ne répond pas à toutes les questions, mais il sait les ouvrir, il nous touche.

 

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Isaac bénit Jacob, ses fils et leur semence,
Puis se tourna vers le mur, en silence;
Et faible sur sa couche, aveugle et sourd.
Ayant connu pour Dieu des maux très lourds,
II attendit la mort, rassasié de jours.

Or, l’Ange d’Élohim vint, à l’heure dernière,
Toucher sa tempe et sa paupière,
Et, rendue un instant à ses forces premières,
Son âme retrouva les sons et la lumière.
Et le mur s’entrouvrit, plein d’esprits et de cris ;

Et le Père mourant vit tous ceux de sa race,
Dispersés et meurtris dans le temps et l’espace.
Et sur les bords des mers et sur les fleuves clairs
Sur les monts et les plaines et les villes lointaines,

Et tout le long des ans sur les jours ondoyants,
et tout le long des âges, sur les siècles sauvages
Le Père se penchait, — pour écouter
La plainte qui montait de sa postérité :

« Isaac ! Isaac ! Pourquoi nous as-tu mis au monde ?
Nous allons, sans abri ;
Nous n’avons point de part à la terre féconde,
Et sur le sol natal nous sommes des proscrits.
Le faible nous insulte, le poltron nous brave,
L’enfant siffle contre nous ;
Et nous avons pris des âmes d’esclaves,
à force d’user nos genoux.
Au long des chemins nous cherchons des frères ;
Mais nos cœurs, en lambeaux,
Dans la nuit sans fin n’ont d’autres lumières
Que les bûchers en flamme et l’éclair
des couteaux.
Et nous levons au ciel nos mains épouvantées,
Sans qu’une main d’en haut nous vienne secourir ;
Et sans vivre les joies que d’autres ont chantées,
Nous tombons au sépulcre avant que de mourir. »

Ainsi montait la plainte, sans trêve.
Et le Père gémit dans la voix de son rêve :

« Tu leur avais promis, Seigneur, après ma mort,
Un pays de palmiers où coule l’huile d’or.
L’ont-ils déjà perdu ? Le cherchent-ils encore ?
Comme ils ont dû pécher, pour mériter leur sort.
Lorsqu’au mont Morïah, victime volontaire,
Sous l’angoisse plié,
J’offrais ma gorge au couteau de mon père,
Par ton ange, Élohim, mon corps fut délié;
Mais regarde mes fils ! A quoi bon ta clémence,
S’il faut que mon supplice, après moi, recommence? »

Alors Dieu dit au moribond:

« Isaac, si pour tes fils ta douleur le demande,
Je puis, t’épargnant l’épreuve trop grande,
choisir une autre chair pour y marquer mon Nom,
Et tes enfants seront ce que les heureux sont.
Ils posséderont un coin de la terre,
Et d’autres marcheront exilés du soleil;
Ils se rassasieront au froment salutaire,
Et d’autres souffriront le jeûne sans sommeil.
Ils ne seront point mangés par l’épée,
D’autres nourriront la flamme et le fer ;
Ils auront l’âme claire, au feu d’orgueil trempée,
D’autres paraîtront vils à l’univers.
Ils ne connaîtront rien des tristesses profondes
Qui les pouvaient rendre immortels,
Mais d’autres feront sonner au monde,
La voix de l’Éternel! »

Ainsi tonnait dans l’étendue
La parole du Dieu fort.
Mais, montrant ses fils de sa main tendue,
Isaac supplia dans la mort :

« Élohim! Élohim! ne change pas leur sort!
Qu’ils vivent, s’il le faut, condamnés au servage ;
Qu’ils errent en sanglots par les lieux et les âges,
Mais qu’ils te louent, Dieu juste, et qu’ils voient ton visage! »
Et Dieu ferma les yeux du Père des souffrants,
Et Jacob mit ses os dans la tombe, en pleurant. »

Sommes-nous tous des passagers clandestins? (Hava Alberstein)

Qu’elle se décline au passé ou au présent, la question des réfugiés est lourde et douloureuse dans nos cœurs, elle nous questionne en tant qu’humanité sur notre capacité de solidarité et en tant que juifs sur notre capacité à  » Connaitre le cœur de l’étranger car nous avons été étrangers en pays d’Egypte ».
Les fêtes de Tichri sont celles de la solidarité, nous considérons que nous sommes jugés individuellement mais aussi collectivement, les ressources d’humanité de l’Humanité seront-elles suffisantes pour que nous puissions garder un espoir de grandir, pour que nous ayons une chance de repousser le cercle vicieux de la misère et de l’égoïsme et enclencher au contraire des cycles collaboratifs dans lesquels les intérêts des uns et des autres se rejoignent dans l’intérêt collectif?
La très belle chanson de Hava Halberstein nous accompagne dans ces questions, et nous connecte à notre besoin de sécurité et de solidarité qui fait notre condition humaine.
Il fait écho à la fois à la prière « ountané tokef » que nous disons les matins de Roch Hachana et de Kipour, aux séliHot que nous disons le matin et qui nous font prendre conscience de notre fragilité, et bien évidemment à l’histoire de Jonas, réfugié dans le ventre du poisson, qui est la haftara de l’après-midi de Kipour.

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Voyageur clandestin – Hava Halberstein/Yéhoudit Ravitz …    écoutez cette belle chanson sur you tube
נוסע סמוי
לחן: יהודית רביץ
מילים: חוה אלברשטיין

Profond dans le ventre du bateau
Dans la chaleur pesante, l’obscurité
Un homme très abattu a trouvé refuge
Rescapé d’un grand danger
En voyage vers l’inconnu
Y a-t-il un port qui l’accueillerait ?
Passant des nuits sans sommeil
Sans sourire, sans un mot
Que sera sa destinée ?Être un visage sans nom
Vivre toujours dans l’ombre
Qu’il est dur de fuir dans ce monde
S’il est découvert il sera jeté à la mer
Qu’il est dur de fuir dans ce monde

Et si toi aussi tu étais
Capitaine d’un grand navire
T’approcherais-tu de l’Etranger
Lui donnerais-tu nourriture et boisson
Un lit, quelque chose qui le couvre
Toutes ces choses interdites, mais possibles

L’être humain n’est-il pas une bête traquée
L’être humain n’est-il pas une feuille balayée par le vent
Que sera sa destinée ?

עמוק בבטן הספינה
בחום כבד בחשכה
אדם נואש מאוד מצא מחבוא
נמלט מסכנה גדולה
נוסע אל הלא נודע
היש נמל גם בשבילו
עושה לילות ללא שינה
ללא חיוך ללא מילה
מה יעלה בגורלו

להיות פרצוף בלי שם
לחיות תמיד בצל
קשה לברוח בעולם
אם יתגלה יושלך לים

קשה לברוח בעולם
ולו היית גם אתה
קברניט של אוניה גדולה
האם היית מתקרב לזר
נותן לו אוכל ומשקה
נותן מיטה ומחסה

את כל מה שאסור אבל אפשר

הלא האיש אדם נירדף
הלא האיש עלה נידף
מה יעלה בגורלו

Isaac – Ne pas sacrifier les générations futures! (Léonard Cohen)

On ne rappelle jamais assez combien le mot Korban, קורבן, devrait être traduit par le mot « offrande de rapprochement (le mot karov veut dire proche en hébreu) et non pas par le mot sacrifice.
Le non sacrifice d’Isaac est l’un des fondements de la pensée et de la pratique juive.
Le premier matin de Roch hachana, on lit dans la Torah l’histoire d’Ismaël et de Agar, le deuxième matin, on lit l’épisode de la ligature d’Isaac, et pendant ces deux jours, comme pendant la période des seliHot et à la conclusion de Kipour, on sonne du Chofar qui rappelle cet épisode.

Léonard Cohen a écrit un chant militant sur la question des sacrifices, que nous associons à nos prières lors des fêtes. Je partage avec vous aujourd’hui ce midrach moderne.
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Ecouter Léonard Cohen: https://www.youtube.com/watch?v=tr0HCqiD1C8

The door it opened slowly,
My father he came in,
I was nine years old.
And he stood so tall above me,
His blue eyes they were shining
And his voice was very cold.
He said, « I’ve had a vision
And you know I’m strong and holy,
I must do what I’ve been told. »
So he started up the mountain,
I was running, he was walking,
And his axe was made of gold.Well, the trees they got much smaller,
The lake a lady’s mirror,
We stopped to drink some wine.
Then he threw the bottle over.
Broke a minute later
And he put his hand on mine.
Thought I saw an eagle
But it might have been a vulture,
I never could decide.
Then my father built an altar,
He looked once behind his shoulder,
He knew I would not hide.You who build these altars now
To sacrifice these children,
You must not do it anymore.
A scheme is not a vision
And you never have been tempted
By a demon or a god.
You who stand above them now,
Your hatchets blunt and bloody,
You were not there before,
When I lay upon a mountain
And my father’s hand was trembling
With the beauty of the world.And if you call me brother now,
Forgive me if I inquire,
« Just according to whose plan? »
When it all comes down to dust
I will kill you if I must,
I will help you if I can.
When it all comes down to dust
I will help you if I must,
I will kill you if I can.
And mercy on our uniform,
Man of peace or man of war,
The peacock spreads his fan.

Lentement la porte s’ouvrit
Mon père fit son entrée
J’avais neuf ans alors
Et devant moi il était si grand
Ses yeux bleus étaient brillants
Et sa voix était glaciale.
Il dit :  » J’ai eu une vision
Et tu sais que je suis saint et fort
Je dois obéir aux ordres.  »
Il se mit donc à gravir la montagne
Moi je courais et lui marchait
Et sa hache était en or.

Les arbres se firent tout rabougris
Le lac Lin miroir de dame
Nous fîmes halte pour boire du vin.
Puis il jeta la bouteille
Qui se brisa une minute ‘ après
Et sur la mienne il mit sa main.
Il me sembla Voir Lin aigle
Mais peut-être était-ce un vautour
Jamais je ne pus discerner.
Puis mon père bâtit un autel
Il regarda une fois derrière son épaule
Sûr que je n’irais pas me cacher.

Vous qui bâtissez les autels à présent
Pour sacrifier ces enfants
Vous ne devez plus jamais le faire.
Un projet n’est pas une vision
Et jamais vous n’avez eu de tentation
Ni par le ciel ni par l’enfer.
Vous qui êtes debout devant eux maintenant
Vos hachettes émoussées et sanglantes
Vous n’étiez pas là hier.
Lorsque je gisais sur une montagne
Et que la main de mon père était tremblante
De la beauté du verbe.

Et si maintenant vous m’appelez frère
Pardonnez-moi si je m’enquiers
En vertu de quelle volonté ?
Quand tout cela tombera en poussière
S’il le faut je vous tuerai
Si je le peux je vous aiderai.
Quand tout cela tombera en poussière
S’il le faut je vous aiderai
Si je le peux je vous tuerai.
Et pitié pour notre uniforme
Homme de paix ou homme de guerre
Le paon fait la roue.

Toute fin est un commencement (Léa Naor)

Est-ce un poème? Est-ce un chant pour enfant? Ce texte de Léa Naor nous parle des changements.
Un joli poème à lire pour soi-même ou en famille, en préparation des changements des vacances, du renouveau de l’année scolaire, et du renouveau de l’année juive.
Ce texte est également lu chez nous entre Yzkor et Néila, à la fin de l’office de Kipour, si vous souhaitez le lire avec nous à la synagogue, vous aurez l’occasion de l’entendre dans le renouveau solennel des fêtes de Tichri…

Une fin, c’est toujours un commencement
Pour un mieux ? pour un pire ?
Je n’en sais plus rien
Quelque chose de différent

Quand le chemin se termine, un sentier commence
Quand la nuit se finit c’est le jour qui s’avance
Quand se termine une heure, arrive une nouvelle heure
Quand s’arrête le savoir, alors survient l’erreur

La fin est toujours le début d’autre chose

Il y a un lendemain à chaque jour qui passe
A chaque vieux rêve succède un rêve nouveau
Quand une année prend fin, une autre la remplace
Les réponses commencent à la fin des questions

Car la fin est toujours le début d’autre chose

Quand le film se termine, on reprend notre vie
Quand c’est la fin des mots, alors les chants s’élèvent
Quand une musique s’arrête, une nouvelle s’épanouit
Quand les chants cesseront, parler prend la relève

Une fin, c’est toujours un commencement
Pour un mieux ? pour un pire ?
Je n’en sais plus rien
Quelque chose de différent (Traduction Floriane Chinsky)

סוף זה תמיד התחלה
הופה היי
מילים: לאה נאור
לחן: יורם צדוק

סוף זה תמיד התחלה של משהו אחר.
– טוב יותר?
– רע יותר?
– לא יודעת מה יותר.
משהו אחר.
כשהדרך נגמרת מתחיל איזה שביל,
כשהלילה נגמר אז הבוקר מתחיל,
כשנגמרת שעה, עוד שעה מגיעה,
רק בסוף הידיעה מתחילה השגיאה.
סוף זה תמיד התחלה של משהו אחר.
יש תמיד יום מחר לכל יום שעובר,
כל חלום משומש מחליפים באחר.
כשנגמרת שנה, עוד שנה מתחילה,
כל תשובה מתחילה רק בסוף שאלה.
כי סוף זה תמיד התחלה של משהו אחר.
כשהסרט נגמר החיים מתחילים,
הצלילים מתחילים כשאין כבר מלים.
כשנגמור את הצלילי אז נתחיל צליל אחר.
כשנגמור את השיר אז נתחיל לדבר.
סוף זה תמיד התחלה של משהו אחר.
– טוב יותר? רע יותר?
– לא יודעת מה יותר.
משהו אחר.

http://www.youtube.com/watch?v=ACa74tJVWm0

Nous ne ferons pas « Téchouva » ! Dracha de Yom Kipour

Là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir (braHot 34b).

« Les justes parfaits » ? Mais de quoi s’agit-il ? Pour m’aider à comprendre, je propose une petite expérience, j’aimerais que les justes parfaits de l’auditoire se lèvent : oh, il n’y en a pas ! Alors à quoi sert cette phrase ?

Nous voyons que la perfection n’existe pas. Et que même si elle existait, ce n’est pas elle qui aurait les honneurs. C’est au contraire le désir de nous améliorer qui est mis en valeur. L’essentiel, comme le dit Rabbi NaHman de bratslav, c’est la question, la chééla, et non pas la réponse, la téchouva.

« Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend? »

Voici les questions que le philosophe Ernst Bloch pose à l’ouverture même de son livre, « le principe espérance » en 1954.

La chanteuse-compositrice Barbara, qui nous a quittée cette année en dit autant dans l’une de ses chansons, choisie pour l’hommage national aux victimes de l’attentat du Bataclan : « pour qui, comment quand et pourquoi, contre qui comment contre quoi, c’en est assez de vos violences ! ».

Le vidouï de la prière de Néila, que nous dirons demain soir pose les mêmes questions :

Que sommes-nous, qu’est-ce que notre vie, qu’est-ce que notre bonté, notre force ?

Nous parlions à Roch Hachana de l’équilibre entre l’individu et le groupe, nous avons parlé de la tsédaka qui implique la société, nous nous tournons aujourd’hui vers l’individu.

Qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ?

Yom Kipour nous met face à cette douloureuse question. Il peut-être tentant de la fuir.

Ernst Bloch poursuit :

Qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? ou allons-nous ? Qu’attendons-nous ? Qu’est-ce qui nous attend ?

« Beaucoup en restent perplexes. Le sol vacille, ils ne savent ni pourquoi ni comment. Leur état est angoisse ; s’il se précise il devient crainte… »

Comment faire face à cette crainte ? Les antidépresseurs, les drogues, les addictions, y compris aux écrans, à l’ordinateur ou au travail prennent leur essor. De la même façon, les sectes et les extrémismes se tiennent en embuscade comme le meurtre et la jalousie étaient tapis à la porte de Caïn.

Le judaïsme de superstition  risque alors de s’emparer du judaïsme de courage.

Nous serions tentés de « faire téchouva », d’adopter des réponses toutes prêtes, au lieu de faire vraiment téchouva, de faire retour, de réfléchir, pour accéder à de nouvelles compréhensions.

Nous risquons nous tourner vers une pratique obsessionnelle au lieu nous ouvrir à des pratiques et à des sens renouvelés, en toute conscience.

« Il a fait téchouva » signifie souvent de nos jours « la table de ses parents n’est plus assez cacher, il ne fait plus la bise à sa sœur ».

Faire téchouva n’est pas se rattacher frénétiquement à un cadre solide, extérieur, dicté.

Le cadre de la sagesse juive ne doit pas nous enfermer mais nous porter.

Et dans ce chemin-là également, Ernst Bloch nous accompagne :

« Mais maintenant, sans plus tenir compte des artisans de la peur, c’est un sentiment plus digne de nous qu’il est temps d’apprendre. Il s’agit d’apprendre à espérer. »

Espérer, c’est prendre un risque, et c’est se mettre en danger, nos espoirs peuvent se réaliser, mais ils peuvent échouer, et comment affronterons-nous la déception ?

Deux histoires illustrent deux façons d’affronter le danger.

Une histoire zen, et une histoire juive.

C’est l’histoire d’un moine boudhiste qui se promène sereinement, immergé dans ses méditations, lorsqu’il entend un rugissement, il se retourne, c’est un tigre, il court vers lui ! il le poursuit ! le moine se met à courir pour échapper au tigre, qui pourtant gagner du terrain, se rapproche, l’attrape presque mais là… Le moine sent la terre se dérober sous ses pieds, il tombe au fond d’un gouffre, essaie de se raccrocher, saisit une branche qui dépasse, c’est une vigne, elle est en train de se déraciner, elle va bientôt lâcher sous le poids du moine, il regarde, il y a du raisin, le raisin est mûr, il tend la main, admire le raisin, le porte à sa bouche, et s’écrie : « quel délicieux grain de raisin ! »

Dans l’histoire juive, c’est juste un juif lambda qui tombe dans le puits, il se raccroche à la branche et crie « à l’aide ! à l’aide » et, miracle, une voix lui répond ! « C’est moi, l’Eternel ton dieu, j’ai entendu ta voix mon fils, je suis là. Lâche la branche, je vais te rattraper ! » Alors le juif regarde vers le haut du puits et s’écrie : « y a pas quelqu’un d’autre ? »

Ces deux histoires sont des histoires juives. La première parce qu’elle met en avant la gratitude. Nous devons profiter de ce monde et de ses bénédictions. La deuxième parce qu’elle est décalée, humoristique, qu’elle cherche la survie à tout prix, et qu’elle ne croit pas aux miracles abstraits mais à l’action concrète.

Face aux questions existentielles, le puits du vide pourrait nous engloutir. Si nous sommes jetés sans préparation dans l’arène des interrogations et des craintes, nous courrons le risque qu’elles nous dévorent.

Mais jeté dans la fournaise de Nemrod, Abraham ne s’est pas consumé, balancé dans la fosse aux lions, Daniel n’a pas été dévoré, et nous de même, nous ne serons pas consumés ni dévorés par ces questions, nous leur ferons face, et nous en sortirons vainqueurs à la fin de cette journée.  Cet espace nous soutiendra, la présence bienveillante de la communauté nous portera, nos chants nous embrasseront.

Tel est le sens de toutes ces prières, de toutes ces cérémonies qui nous accompagnent dans le voyage de 25 heures que l’on nomme Yom Kipour.

Le texte des prières évoque les qualités de dieu. Pas pour le flatter ou pour nous rabaisser, mais pour appeler en nous-mêmes ces qualités ! Pour nous en saisir et nous appuyer sur elles pour remonter du puits, comme le dit rabbi yéhouda halévi.

Le texte des prières évoque nos fautes. Pas pour nous humilier, mais pour affirmer l’humanité de nos sentiments, et pour permettre l’expression émotionnelle nécessaire au changement, comme le dit le rav Soloveitchik.

La téchouva n’est pas une invitation à rentrer dans le rang, mais un encouragement à oser être nous-mêmes, briser les entraves et les limitations, comme le dit le rav Kook.

Le vidoui, l’aveu des fautes ne prouve pas que nous sommes coupables, mais que nous sommes courageux et déterminés à nous rendre meilleurs comme le dit Rech Lakich : la téchouva nous permet de transformer nos erreurs en mérites.

Ce courage nous délivre de la chape des apparences qui nous oblige à toujours faire semblant, à toujours nous justifier, à ne jamais être aimés pour ce que nous sommes réellement. Ce courage contribue à délivrer le monde du dictat de la perfection, cette illusion qui nous rend passifs et fait de nous des robots.

Cette année, nous avons été courageux. Nous sommes montés sur la téva pour célébrer notre Bar ou Bat Mitsva, et pris des risques. Nous sommes montés sur la téva pour dire le Kadish à la mémoire de nos proches disparus. Nous nous sommes engagés dans des démarches de conversion et de régularisation d’identité et pris le risque d’être rejetés. Nous avons décidé de nous marier, ou de mettre un enfant au monde. Nous avons changé de carrière, ou mobilisé le courage de rester dans notre métier. Nous avons pris toutes sortes de risques qui nous ont obligés à murir, à évoluer, à faire téchouva, à répondre à l’appel de la vie. Prenons un petit instant pour y penser, puis un petit instant pour partager l’un de ces défis dont nous sommes fier.e.s avec notre voisin ou notre voisine.

Selon Rabbi Abahou, Dieu a créé la téchouva avant d’avoir créé le monde, il a créé le principe espérance, le potentiel de la liberté et c’est cela qui donne un sens à nos existences.

Cette liberté n’a pas de limites, et lorsque nous aurons fait téchouva, nous aurons gagné l’occasion… de faire téchouva à nouveau. Lorsque nous aurons de nouveaux outils de liberté, nous comprendrons quels autres outils nous pourrons mettre en œuvre, et nous irons, à nouveau, les chercher, ajoutant indéfiniment des qualités et des courages futurs à nos qualités et à nos courages présents, la téchouva est un processus permanent, comme le dit rabbi naHman de Bratslav, et nous pouvons être fiers de partir cette année encore à la recherche du meilleur de nous-mêmes.

 

La relation entre nous et le transcendant devrait être une relation d’amour et de passion. L’amour a besoin de surprise. Faisons téchouva.

La téchouva n’est pas la réponse, mais la question.

La téchouva n’est pas la soumission, mais la responsabilité.

La téchouva n’est pas le retour au rituel, mais l’accès, à travers le rituel, à des dimensions imprévues.

Faire téchouva, c’est surprendre Dieu et plus important encore peut-être, c’est me surprendre moi-même.

Alors que tous ceux et toutes celles qui ont fait téchouva cette année, qui ont fait face aux défis de leur vie, de leur mieux, se lèvent en cet instant.

Et répétons-le : là où ceux qui ont fait téchouva se tiennent, même les justes parfaits ne sauraient se tenir.

Nous avons fait de nombreuses téchouvot. Soyons-en fiers aujourd’hui. Et puissions-nous avoir la chance de nous tenir ici, l’année prochaine, grandis encore davantage par les défis que nous aurons relevés cette année.

Gmar Hatima tova à chacun et à chacune.