Paracha Balak : comment devenir invincible?

Que dire de l’invincibilité ? N’est-elle qu’un rêve, une utopie, un idéal que nous partageons tous ? Distinguons l’invincibilité physique, concrète et matérielle de l’invincibilité des idées, morale et spirituelle. Elles sont très différentes par leur forme et leurs conséquences. « Invincibilité » signifie quasiment « réussite assurée ». Développons ce thème en nous référant à l’histoire et aux traditions du peuple juif.

Pour approfondir ce thème une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine!

La paracha Balak du sefer Bamidbar (22:2 à 25:9)

Les hébreux commencent leur entrée en terre de Canaan occupée par plusieurs petits royaumes. Pour y parvenir ils doivent traverser le royaume des Amoréens. Les enfants d’Israël demandent de pouvoir passer. Ils promettent de ne pas utiliser les ressources du pays. Leur roi, SiHon, refuse et envoie son armée pour les détruire. Son armée essuie une cuisante défaite. Les hébreux décident ensuite de s’emparer du royaume de Basan. Le roi de Basan, Og, fait de même que SiHon et est vaincu à son tour. Les hébreux continuent leur pénétration inexorable en direction du royaume de Moab. Balak, roi de Moab, est très inquiet et cherche à trouver le moyen d’empêcher l’avancée des enfants d’Israël.

Bamidbar 22:2 à 22:7. « Alors, Balak, fils de Zippor, vit tout ce que Israël avait fait aux Amoréens…Moab commença à ressentir…un effroi mêlé d’aversion…Et Balak…envoya des messagers à Balhaam, fils de Béor, à Péthor…pour lui dire : Voici qu’un peuple est sorti d’Égypte. Il a couvert la terre aussi loin qu’on peut voir et il habite juste en face de moi…Maintenant viens, maudis-moi ce peuple car il est plus puissant que moi…car je sais que celui que tu bénis est béni et celui que tu maudis est maudit…Les anciens de Moab et les anciens de Midian firent route…et ils allèrent chez Balhaam et lui dirent les paroles de Balak. »

Balak, roi de Moab, voyant que les enfants d’Israël sont invincibles militairement décide de les attaquer autrement : moralement. L’arme nouvelle est la malédiction prononcée par le prophète Balhaam. Celle-ci est censée briser l’alliance des enfants d’Israël avec Dieu. Après avoir reçu les messagers du roi Balak, le prophète Balhaam consulte l’Éternel qui lui interdit de maudire Israël.

Bamidbar 22:12. « Dieu dit à Balhaam : Tu ne dois pas aller avec eux. Tu ne dois pas maudire ce peuple car il est béni. »

Balhaam commence par refuser la requête de Balak puis il se laisse convaincre malgré l’interdiction divine. A trois reprises Balhaam gravit la montagne pour accomplir sa mission. Chaque fois, Balhaam est touché par l’inspiration divine et les malédictions qu’il tente de prononcer sont transformées en bénédictions.

Bamidbar 24:2 à 24:9. « Quand Balhaam leva les yeux et vit les enfants d’Israël qui résidaient selon leurs tribus, l’esprit de Dieu fut sur lui…il dit : …que tes tentes sont belles, ô Jacob, tes demeures, ô Israël !…Ceux qui te bénissent sont les bénis, et ceux qui te maudissent sont les maudits. »

Les hébreux sont donc demeurés invaincus dans leur puissance morale.

Le Talmud Baba Batra explique ce qu’avait remarqué le prophète Balhaam : les tentes des enfants d’Israël ne se faisaient pas face. L’intimité de chacune était préservée par leur disposition. Cette intimité, propre à la réflexion et à l’étude, renforçait l’individu et le groupe. Chaque individu prenait conscience de ses particularités ainsi que de son rôle et de ses responsabilités au sein du groupe.

Les particularités du peuple juif étendues à l’invincibilité individuelle

Le peuple juif a survécu à toutes les épreuves du temps et de l’histoire. Il a toujours surmonté les agressions dont il a été l’objet. Il est résistant aux invectives, aux attaques morales, aux menaces diverses et aux tentatives de déstabilisation. Il arrive toujours à se relever après un événement cruel. Il ne s’avoue jamais vaincu.

Par ailleurs, donnons un aperçu de sa capacité d’évolution et d’adaptation : la Torah dit que « les descendants de Moab ou de Amon n’entreront pas dans le peuple d’Israël ». Pourtant une femme de Moab nommée Ruth, du fait de sa loyauté exemplaire, a été acceptée. Elle est devenue la mère (arrière-grand-mère pour être exact) du roi David et de toute la lignée messianique. Au sein du peuple juif, elle représente toujours l’espoir et le renouveau.

Abordons à présent l’invincibilité (ou la réussite assurée) dans notre vie personnelle, en tant qu’individu mais aussi en tant que membre d’un groupe. La réussite assurée nécessite, au delà de facultés indispensables, la sauvegarde de moments de retrait sur nous-mêmes. Ces moments nous permeteant de prendre conscience de nos forces, de nos faiblesses, de nos particularités, et aussi d’identifier les attentes du groupe dont nous faisons partie.

Tout en appartenant à un groupe dont nous partageons la vocation, nous restons des individus porteurs de particularités. Ces particularités doivent être jugées de façon positive. Elles enrichissent l’ensemble du groupe.

Notre réussite au sein du groupe, pour ne pas dire notre invincibilité, exige la reconnaissance, le respect et l’estime de ces particularités. 

 

 

Paracha Beha’aloteHa : d’autres façons de faire bien.

Le don de la Torah se renouvelle chaque année. A partir de chavouot 2016, vous retrouverez sur notre site un petit commentaire actuel, une reinterprétation des vidéos « sur un pied ». N’hésitez pas à vous replonger dans le texte éternel de la Torah et de son commentaire sur le site sefarim, et à revoir les vidéos correspondantes sur notre chaine youtube…

Bonne étude!

Dans notre vie d’enfants d’Israël nous nous heurtons souvent à des obstacles pour bien faire ce que nous voulons, pour réaliser nos projets, pour être ce que nous sommes; mais ces obstacles ne nous arrêtent pas. Nous trouvons toujours des solutions que nous pensons bonnes pour nous en accommoder. Nous trouvons D’autres façons de faire bien.

Deux événements, parmi d’autres, de l’histoire juive illustrent ce sujet :

  • La célébration de Pessah – paracha Beha’aloteHa du sefer Bamidbar (chapitre 9)

Nous sommes à l’époque du tabernacle. Moïse doit répondre à une question délicate posée par des membres du peuple qui, se trouvant en état d’impureté, comprennent qu’ils ne sont pas en état de réaliser l’offrande de l’agneau pascal pour célébrer Pessah.

Ces personnes demandent à Moïse de leur trouver le moyen d’y parvenir quand même. Moïse réfléchit et voit qu’il ne sait pas. Moïse leur répond :  » Tenez vous ici et je vais écouter ce que l’Eternel vous prescrira ». La réponse de l’Éternel à Moïse est : « Dis aux enfants d’Israël que même si un homme…se trouve impur…il devra lui aussi procéder au sacrifice… Au deuxième mois, le quatorzième jour, entre les deux soirs, il devra sacrifier l’agneau, le manger avec des pains non fermentés et des légumes verts amers… » Une personne impure ne peut procéder à l’offrande sur le moment mais doit retrouver son état de pureté et y procéder le mois suivant. Elle fête PessaH avec un mois de retard. Moïse délivre cette réponse aux solliciteurs et à l’ensemble du peuple.

Et c’est ainsi que fut instauré Pessah chéni (le second Pessah) sans renoncement, en recherchant une solution adaptée à la situation. Une autre façon de faire bien fut trouvée.

  • La reconquête du Temple par les Maccabim

Après avoir reconquis le Temple de Jérusalem, les Maccabim désirent organiser une grande fête. Le Temple a été restauré. Les Maccabim pensent à la fête de Soukot (la fête des tabernacles) qu’ils n’ont pas pu célébrer comme il se doit, quelque temps avant la reconquête du Temple. Ils décident quand même de célébrer une fête de la même dimension et de la même intensité que Soukot.

Le deuxième livre des Maccabées de la bible catholique (livre non canonisé par la bible hébraïque) décrit une fête de huit jours au cours des mois de novembre ou décembre. Il s’agit tout simplement de la fête de Soukot reportée dans le temps, devenue la fête de Hanouka.

Soukot (la fête des tabernacles) perdurera et restera célébrée à la bonne date. Hanouka (la fête des lumières) deviendra une fête à part entière en fin d’année civile. Encore une fois, lorsque les nécessités de l’heure l’imposent, on trouve une autre façon de bien faire, qui perdure à travers l’histoire.

Que dire de la pratique actuelle des traditions juives ? 

Au fil du temps, l’exercice des traditions a évolué de pair avec la spiritualité.

Autrefois, l’inspiration spirituelle était concentrée au niveau des Prophètes. Ensuite elle a été transmise aux Sages du peuple d’Israël. (D’après le Talmud Baba Batra.)

Peu à peu l’étude de la Torah, l’étude des autres textes et la prise en compte de la situation du peuple Juif (quelquefois critique) se sont trouvées à la base des décisions concernant la bonne pratique des traditions. De la sorte, comme nous ne sommes plus en mesure de faire des offrandes sur l’autel du Temple aujourd’hui, l’exercice des traditions s’est retrouvé autour de la table familiale. (Selon le Talmud MenaHot.)

Afin de continuer à exister, les enfants d’Israël ont dû franchir tous les obstacles rencontrés depuis plus de trois mille ans. Ils ont dû s’adapter et être créatifs. Ainsi des créations telles que les fête de Hanouka, de Yom Hashoah et de Yom Haatsmaout sont entrées, ou commencent leur entrée, dans l’histoire du peuple Juif.

Nous ne voulons pas renoncer. Lorsque surgissent des obstacles, nous voulons agir le mieux possible. Lorsque nous ne pouvons pas simplement appliquer les règles du passé, nous savons être créatifs et nous adapter tout en restant fidèles aux valeurs et aux traditions qui sont les nôtres.