Paracha Ki Tétsé : éduquer ou punir ?

Mettre au monde des enfants impose une grande responsabilité. En avons-nous vraiment conscience ? Tous les parents, dignes d’être parents, souhaitent éduquer leurs enfants le mieux possible.

Pour quelle bonne raison voulons-nous bien éduquer nos enfants ? Pour être fiers d’eux ? Pour nous éviter des tracas aujourd’hui et plus tard ? Pour satisfaire notre besoin d’autorité ? Ou tout simplement, par amour pour eux ?

Faut-il punir parfois ses enfants ? Qui peut se vanter de ne jamais l’avoir fait ? La punition, pour certains, fait partie de l’éducation; mais a-t-il été démontré que punir soit efficace ? Et qu’entend-on par punition ?

En quelques versets, qui semblent radicaux, la paracha Ki Tétsé de la Torah traite le sujet de l’éducation des enfants à problèmes.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Ki Tétsé du sefer Devarim (Deutéronome) 21:10 à 25:19, et le sort réservé aux enfants rebelles

Devarim 21:18 à 21:21. « Si un homme a un fils obstiné et rebelle, sourd à la voix de son père comme à celle de sa mère, et qui, malgré leurs corrections, persiste à leur désobéir, son père et sa mère se saisiront de lui, le traduiront devant les anciens de sa ville, au tribunal de son lieu. Et ils diront aux anciens de la ville: notre fils que voici est obstiné et rebelle, n’obéit pas à notre voix, c’est un glouton et un ivrogne. Alors, tous les hommes de la ville le feront mourir à coups de pierres. Ainsi, tu auras éliminé de chez toi ce qui est mauvais, et tout Israël l’apprendra et sera alors saisi de peur. »

Commenter ces versets de la Torah est indispensable. Quand on sait, notamment, que le terme « torah » dérive du terme « oraha » qui signifie « éducation ».

Le message délivré par la Torah n’est pas simple à comprendre. D’autant plus que la Torah a conté précédemment les grandes colères et les punitions sévères que Moïse a infligées à son peuple, en certaines situations; Moïse se trouvant alors dans le rôle de père spirituel des enfants d’Israël.

La paracha Ki Tétsé aborde l’éducation des enfants dans un contexte d’événements violents sur tous les plans : guerre, appropriation de prisonnières, jalousies tragiques…Parfois, dans la Torah, il semble qu’éduquer c’est d’abord punir ! Que faut-il en penser ?

Souvenons-nous que nous ne devons pas interpréter les versets de la Torah indépendamment de l’enseignement oral des Sages, et du Talmud en particulier.

L’interprétation des versets cités par le traité Sanhédrin du Talmud

Quand nous avons affaire à un enfant « rebelle », le traité Sanhédrin nous suggère, dans un premier temps, d’avertir l’enfant en présence de 3 témoins, en l’informant précisément des risques qu’il encoure, puis de le maintenir en observation pendant 3 jours.

Ensuite, si rien ne s’arrange, pour que la sanction demandée par la Torah puisse être appliquée, l’enfant doit être reconnu réellement débauché, glouton et ivrogne au sens propre. Etant donnée la gravité de ses vices et de son insoumission, il faut que nous soyons certains que tout ira en empirant dans le futur. En bref, que nous soyons certains que cet enfant est irrécupérable. Si c’est vraiment le cas, la sanction sera appliquée pour son salut : l’enfant mourra innocent avant de devoir mourir coupable.

Mais comment prédire l’avenir d’un enfant ? Ce serait nier sa liberté. Ici, nous nous rapprochons de la notion de « dangerosité » d’une personne : l’estimation de ses crimes futurs. Michel Foucault a dénoncé les risques de cette façon de penser, qui éveille également notre méfiance. Heureusement, le Talmud ne s’arrête pas là.

Le Talmud va plus loin. L’enfant est puni pour son odieux comportement, sous réserve qu’il ait reçu une éducation totalement cohérente de la part de ses 2 parents : dans leur éducation, les 2 parents sont apparus à l’enfant totalement égaux. Les 2 parents ont éduqué l’enfant avec « la même voix », « la même apparence » et en étant de « la même taille ».

Nous sentons une touche d’humour dans ces paroles du Talmud. Comment ces conditions d’idéale égalité pourraient-elles être satisfaites ?

Le Talmud pose une double condition supplémentaire. D’une part, l’accusé doit être un véritable « enfant » (ben, בֵּן en hébreu) comme le dit la Torah. Donc une très jeune personne. D’autre part, pour être considéré comme responsable de ses actes, l’accusé doit être « adulte ». Il doit donc être suffisamment âgé. Il est possible de punir l’enfant seulement s’il est à la fois jeune et vieux. C’est bien sûr impossible. Avec humour, ici aussi, le Talmud prend note de cela. Il indique qu’il existe peut-être une période de 3 jours entre enfance et maturité, qui seule permettrait l’application de cette loi. Avant il est trop tôt, après il est trop tard !

Toutes ces conditions rendent très difficile, voire impossible, l’application du commandement de la Torah. Le Talmud conclut en affirmant que « l’enfant rebelle » n’a jamais existé, et qu’il n’existera jamais. Nous voilà rassurés quant à la condamnation d’un enfant à la lapidation !

La leçon à tirer, de cette paracha, pour l’éducation de nos enfants et pour nous-mêmes

Commençons par nous pencher sur la remarque du Talmud : il n’y a jamais eu d’enfant rebelle, et il n’y en aura jamais.

Alors, pourquoi soulever ce problème ?

Une réponse se trouve dans une autre phrase du Talmud concernant le texte de la Torah que nous venons d’évoquer : « commente le et reçois-en un salaire ».

Quel salaire pouvons-nous tirer de l’étude de ce passage de la Torah ? Tentons de le faire : la meilleure éducation que nous pouvons fournir à nos enfants ne sera jamais sans faille. Nous devons faire au mieux et demander à nos enfants de faire, eux aussi, au mieux de leurs possibilités. Avoir un enfant rebelle, récalcitrant, au sens actuel de notre langage de parent, n’est pas forcément une catastrophe (parfois, nous avons vraiment envie de le…..lapider, mais c’est interdit). Toutefois, nous devons faire le maximum pour éviter cela car un enfant peut réellement finir par « mal tourner ». Ce risque ne doit pas être ignoré.

Le plus important est, sans doute, de réussir à maîtriser les pulsions préjudiciables de l’enfant par l’éducation que nous lui apportons. Pensons aussi que nous devons, nous-même, apprendre à dominer nos excès, notre violence, nos propres pulsions et à acquérir un minimum de sagesse. La qualité de l’éducation que nous souhaitons donner à nos enfants en dépend. La Torah et le Talmud sont là pour nous y aider.

La tentation de punition est légitime mais, en fin de compte, c’est en sollicitant l’intelligence de l’enfant que nous l’aiderons à prendre conscience de ses actes et de ses responsabilités.

Paracha Chela’h Lekha : de quoi sommes-nous coupables ?

Lorsque nous échouons à mener à bien un projet, nous risquons de tomber dans le piège sournois de la culpabilisation. Nous éprouvons alors un malaise qui bloque notre capacité de réaction. Demandons-nous de quoi nous sommes réellement coupables. De commettre des erreurs ? De ne pas savoir faire les corrections nécessaires ? Ou tout simplement de céder à nos émotions au lieu de les accueillir et de les canaliser ?

Pour approfondir ce thème une petite vidéo et un article qui la résume, sur la paracha de la semaine!

 

Paracha Chela’h Lekha du sefer Bamidbar (13:1 à 15:41) :

Après la traversée du désert, le grand projet des enfants d’Israël est mis à mal : l’entrée sur le territoire de Canaan se révèle périlleuse.

Bamidbar 13:1 à 13:2. « Et l’Eternel parla à Moïse en disant : envoie des hommes afin qu’ils explorent le pays de Canaan que je donne aux enfants d’Israël. »

Moïse envoie des éclaireurs (explorateurs) qui devront donner un avis sur le comportement et l’étendue des populations de Canaan, ainsi que sur les ressources diverses de ce territoire. A leur retour les éclaireurs rapportent leurs observations à Moïse et au peuple :

Bamidbar 13:27 à 13:32. « Nous sommes entrés au pays où tu nous as envoyés et, vraiment, il ruisselle de lait et de miel, et en voici les fruits !…Toutefois, il est indéniable que le peuple qui habite dans le pays est fort et que les villes fortifiées sont très grandes…Nous ne pouvons monter contre le peuple car il est plus fort que nous…Le pays par où nous sommes passés, pour l’explorer, dévore ses habitants… ce sont des hommes d’une taille extraordinaire… »

Le rapport des éclaireurs décourage et bloque totalement le peuple qui refuse d’aller plus loin en s’insurgeant contre Moïse et Aaron.

Bamidbar 14:4. « Ils allèrent jusqu’à se dire l’un à l’autre : donnons nous un chef et retournons en Égypte ! »

Moïse, considère les éclaireurs coupables de décourager le peuple et le peuple coupable de faiblesse. Refusant que tous cèdent à la culpabilité, il s’adresse à Dieu :

Bamidbar 14:17 à 14:19. « Et maintenant, s’il te plaît, que ta force devienne grande, ô Éternel…Éternel lent à la colère et miséricordieux, pardonnant la faute et la transgression, mais en aucune façon n’exemptant de la punition… Pardonne, s’il te plaît, la faute de ce peuple… comme tu as pardonné à ce peuple depuis l’Égypte jusqu’ici. »

L’Éternel répond à Moïse :

Bamidbar 14:20. « Je pardonne selon ta parole. »

Dieu a pardonné, à la demande de Moïse, à l’ensemble du peuple. Ils ont commis une faute, mais c’est justement à cela que sert le pardon. Il  n’y a rien à pardonner aux gens parfaits. C’est lorsqu’il y a une faute ou  une erreur que la pardon est nécessaire. Le midrach raconte que Dieu lui-même a insisté pour que le pardon soit accessible également aux « méchants ». Ce pardon vise à dépasser la faute, à aller au-delà de la punition, à traiter le problème globalement afin d’aller au plus vite vers la solution. Ceci en identifiant les personnes capables de mener à bien le projet comme Caleb de la tribu d’Issachar, et Josué.

Bamidbar 14:25. « Alors que les Amalécites et les Cananéens habitent dans la basse plaine, demain changez de direction et mettez-vous en marche pour le désert par l’itinéraire de la mer Rouge. »

Puisque l’entrée en Canaan n’est pas possible, une alternative est trouvée. Des péripéties seront surmontées et le projet des enfants d’Israël aboutira.

 Que nous apporte la tradition juive dans de telles circonstances ?

Culpabilité et punition doivent être mises au second plan. La priorité est la recherche des clés d’une réussite collective, afin que tout blocage cède et que l’action reprenne. Lorsque le but ne peut être atteint immédiatement, il faut limiter la casse, et faire en sorte que le but puisse être atteint par la suite.

Cette paracha est à mettre en relation avec Yom Kipour qui est la fête du jugement par soi-même et du pardon des erreurs pour parvenir au recommencement. La Amida, élément central des offices, nous invite à ne pas nous appesantir sur notre culpabilité. N’oublions pas la Téchouva, processus de repentance par la reconnaissance des fautes et la prise d’engagements, ainsi que notre devoir d’entre-aide collective.

Pour conclure :    Plutôt que de nous sentir coupables, essayons de devenir capables!