Paracha Mikets : comment façonner la réalité ?

Semer des graines d’où germeront les événements futurs, est une façon d’essayer de façonner la réalité. Il nous vient à l’esprit un autre type de tentative, d’ordre scientifique, pour y parvenir.

Des recherches portent actuellement sur une question complexe : nos pensées, focalisées de façon intense sur un objectif très précis, ont un impact sur des événements en relation avec cet objectif. Lynne McTaggart (1951 -), journaliste scientifique américaine, a publié récemment un ouvrage sur ce sujet. Il est intitulé « La science de l’intention. » Cet ouvrage a pour but, données scientifiques à l’appui, de répondre par l’affirmative à cette hypothèse.

En lisant la paracha Mikets, nous sommes en admiration. Un prisonnier hébreu, Joseph, a réussi à façonner la réalité. Il a acquis le pouvoir de maîtriser l’économie de toute une nation, l’Égypte. Comment Joseph a-t-il pu y parvenir ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Mikets du sefer Béréchit (Genèse) 41:1 à 44:17 et la gloire de Joseph

Au tout début de la paracha, Joseph est en prison en Égypte, depuis deux ans; mais il a semé les graines d’événements à venir.

En prison, Joseph a rencontré le Grand Échanson de Pharaon. Joseph a même interprété le rêve du grand échanson, et plaidé sa cause auprès de lui, puisqu’il est emprisonnée sur la base d’une erreur judiciaire. Il lui a demandé de ne pas l’oublier au moment de sa libération. Dans un premier temps, il semblerait que le Grand Échanson ait effacé Joseph de sa mémoire, et Joseph continue à croupir en prison.

Cependant, se produit un événement qui va tout changer.

Béréchit 41:1. Il advint, au bout de deux années, que Pharaon eut un rêve. Il se trouvait debout au bord du Nil.

Après deux années de stagnation, Joseph va être libéré. Rapidement, il parviendra au summum du pouvoir, ce qui lui permettra de gérer la réalité qu’il a anticipée et en partie façonnée. C’est à nouveau un rêve qui change le cours des choses, il s’agit cette fois du rêve de Pharaon. Comme déjà évoqué avec le Traité BraHot, le rêve suivra son interprétation.

Joseph, qui a interprété avec justesse les rêves du Grand Échanson et du Maître Panetier, est appelé auprès de Pharaon pour interpréter son rêve. Le Grand Échanson, qui a fini par se souvenir de lui, le considère comme le seul interprète crédible et suggère à Pharaon de le consulter.

Béréchit 41:9 à 41:14. Alors, le Grand Échanson parla avec Pharaon en ces termes: « Je rappelle, en cette occasion, mes fautes…Un jour, Pharaon était irrité contre ses serviteurs et il nous fit enfermer dans la prison du chef des gardes, moi et le Maître Panetier…Nous eûmes un rêve la même nuit, lui et moi, avant d’avoir l’interprétation de nos rêve…Était avec nous un jeune Hébreu, esclave du chef des gardes. Nous lui racontâmes nos rêves et il les interpréta…Et il advint ce qu’il avait interprété. Moi, je fus rétabli dans mon poste et le Maître Panetier fut pendu »…Alors, Pharaon envoya chercher Joseph qu’on fit sur le champ sortir du cachot. Joseph se rasa, changea de vêtements puis parut devant Pharaon.

Par son interprétation du rêve de Pharaon, Joseph dépeint 14 années d’avenir de l’Égypte. Il prédit à Pharaon 7 années d’abondance pour l’Égypte, suivies par 7 années de misère et de famine.

Béréchit 41:25 à 41:28. Joseph dit à Pharaon: « Le rêve de Pharaon ne fait qu’un: ce que Dieu prépare, il l’annonce à Pharaon…Les sept belles vaches, sont sept années et les sept beaux épis, sept années aussi. C’est un même songe…Et les sept vaches maigres et laides qui sont sorties ensuite, sont sept années, de même que les sept épis vides, desséchés par le vent d’est. Ce seront sept années de famine…C’est ce que j’ai dit à Pharaon. Ce que Dieu a prévu de faire a été révélé à Pharaon. »

Joseph fait ensuite la proposition suivante à Pharaon : qu’il soit fait en sorte, pendant les 7 années d’abondance, que soit prélevé et stocké le cinquième des ressources alimentaires du pays. Ce stock de ressources devra être redistribué, dans tout le pays, pendant les 7 années de famine.

Joseph aurait-il, non seulement la capacité d’anticiper l’avenir, mais aussi la capacité de le modéliser ? Il propose des solutions concrètes à la résolution de problèmes qui se poseront dans le futur. Joseph ne serait-il pas en train de façonner la réalité ?

La proposition de Joseph à Pharaon nous fait penser à la « prophétie d’auto-réalisation ».

Cette notion d’auto-réalisation est importante. Donnons-en un exemple : En « prophétisant » la pénurie de carburant, on peut induire un sentiment d’inquiétude auprès des automobilistes. Ces derniers, alertés et inquiets vont vite faire le plein de leurs de réservoirs. D’habitude, lorsque les automobilistes sont confiants, il font le plein lorsque le réservoir est presque vide. Compte tenu de leur inquiétude, ils font le plein beaucoup plus tôt. La quantité d’essence demandée est alors bien supérieure à celle qui est habituellement nécessaire. De ce fait, la pénurie de carburant s’accroît fortement et s’auto-entretien au gré des approvisionneurs. La prophétie initiale s’est donc réalisée, bien qu’elle n’ait pas été particulièrement justifiée par la situation réelle.)

L’auto-réalisation, ne s’applique pas seulement aux questions économiques. Claude Steiner (1935 -), psychothérapeute adepte de l’Analyse Transactionelle, nous le rappelle avec le conte des Chaudoudoux (à voir sur le lien suivant, cliquez ici ). Le thème de ce conte est le partage généreux de ressources émotionnelles et les conséquences liées à l’idée de pénurie de ces ressources.

Revenons à Joseph. La proposition qu’il a faite à Pharaon va dans le sens de sa prise en main de l’économie Égyptienne. Pharaon, convaincu du bien-fondé de cette proposition, décide de prendre Joseph à ses côtés pour gouverner l’Égypte :

Béréchit 41:39 à 41:42…Puis Pharaon dit à Joseph: « Puisque Dieu t’a révélé tout cela, nul ne peut être aussi sage et avisé que toi…C’est toi qui sera le chef de ma maison; tout mon peuple sera gouverné par ta parole et je n’aurai sur toi que la prééminence du trône »… Pharaon dit encore à Joseph: « Vois! je te mets à la tête de tout le pays d’Égypte »…Et Pharaon ôta sa bague de sa main et la passa à celle de Joseph. Il le fit habiller de vêtements en fin lin et mit un collier d’or à son cou.  

(Le rapprochement est à faire avec la Méguila d’Esther, quand Mardochée reçoit les pleins pouvoirs de la part du souverain de l’empire Perse, Assuérus.)

Joseph aux prises avec ses blessures d’enfance

C’est la gloire pour Joseph, cependant ses blessures d’enfance n’ont pas cicatrisé. L’objectif de sa fulgurante ascension en Égypte est, consciemment ou inconsciemment, de réunir toute sa famille, en particulier ses frères, auprès de lui. Mais ce n’est plus comme avant, en terre de Canaan, quand il n’avait que 17 ans. Maintenant, c’est en position de force, en position de « vice-roi » d’une nation puissante, capable de nourrir son peuple et tous les pays alentour, qu’il les recevra.

Justement, la famine règne en terre de Canaan et, à la demande de Jacob, les frères de Joseph, excepté Benjamin, descendent en Égypte pour se procurer de la nourriture. Joseph les reçoit sans se faire reconnaître d’eux. Lui, il les reconnaît très bien. Il exerce une terrible pression sur eux pour les dominer et mettre à l’épreuve leur sens de la fraternité. Il va jusqu’à les maltraiter verbalement, retenir Siméon et exiger que Benjamin, l’autre fils de Rachel, sa propre mère, lui soit livré en échange de sa clémence.

Mais à ce stade rien n’est réglé. Joseph n’est pas maître du dénouement. Les frères de Joseph vont-ils revenir avec Benjamin ?

Il en sera ainsi. La réalité façonnée par Joseph est conforme à ses vœux. Cependant, Joseph n’a pas encore révélé sa véritable identité. Le rassemblement des 12 fils d’Israël aura-t-il vraiment lieu ? La prochaine paracha nous donnera la réponse.

Paracha Ekev : à quoi ça nous sert d’être honnête ?

Selon Jean Piaget (1896-1980), théoricien de la psychologie du développement, l’enfant se développe en explorant le monde. L’enfant se livre spontanément à des tentatives qui réussissent ou échouent. Il en déduit de lui-même ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Il en est de même pour nous. Parfois, notre réussite relève de circonstances hasardeuses. Nous nous posons alors une question déterminante pour l’avenir : à quels actes, à quels facteurs devons-nous attribuer cette réussite ?

D’autres questions s’enchaînent : en pratique, comment faut-il s’y prendre pour être sûr de réussir ? Bien agir ou bien se comporter permet-il de toujours réussir ? Faut-il être parfaitement honnête pour réussir ? Ne peut-on pas tricher un peu ? Comment faire pour pérenniser notre réussite ? Comment faire pour que la réussite se transforme en bonheur ?

Notre paracha semble nous promettre la réussite si nous obéissons aux injonctions divines. Qu’est-ce que cela peut bien signifier?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Ekev du sefer Devarim (7:12 à 11:25) nous parles des principes du bien agir et de la recherche du bonheur 

Ekev (עקב), second mot de la paracha, signifie « en raison de » et indique une causalité.

Devarim 7:12 à 7:15. « En raison de votre obéissance à ces lois et de votre fidélité à les accomplir, l’Éternel, votre Dieu, sera fidèle au pacte de bienveillance qu’il a juré à vos pères… Il t’aimera, te bénira, te multipliera, il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol…dans le pays qu’il a juré à tes pères de te donner. Tu seras béni entre tous les peuples…L’Éternel écartera de toi tout fléau… »

Moïse poursuit ses déclarations aux enfants d’Israël : ceux-ci doivent être totalement et à jamais fidèles à l’alliance contractée avec Dieu. En conséquence de cela, tout se passera bien pour eux et leur avenir sera assuré.

Le fait que tout acte ait des conséquences est une notion capitale. Cette notion est en relation avec l’idée de justice immanente : si nous agissons bien ou mal, nous sommes récompensés ou punis à coup sûr. Elle est également en relation avec le concept du karma, le karma étant constitué à travers l’ensemble de nos actes prêtant à conséquences, actes passés, actuels et futurs.

Sur ce plan, tout n’est pas aussi simple. Parfois, nous nous comportons bien moralement, nous accomplissons de notre mieux certains actes, et les conséquences positives de nos actes ne sont pas au rendez-vous. Pourquoi en est-il ainsi ?

Nous sommes en droit de nous poser cette question. Moïse l’a posée à l’Éternel (Elle est citée dans un midrach du Traité BraHot du talmud) :  » Comment se fait-il que des personnes justes échouent alors que des personnes se comportant mal réussissent ?  » Cette anomalie apparente se retrouve dans le Livre de Job : Job est une personne juste et il lui arrive néanmoins les pires ennuis.

Afin de clarifier ce problème, analysons le principe de récompense du « bien agir ». Raisonnons de façon statistique : les conséquences de nos bonnes actions ne sont pas positives en permanence, dans certains cas elles sont négatives (la justice n’est pas totalement immanente). C’est la tendance moyenne qui est à prendre en considération. Si de façon constante nous agissons bien, la moyenne des conséquences à long terme est nettement positive et le bonheur commence à transparaître. Des fruits commencent à naître de ce que nous avons planté et, en un temps ultérieur, le bonheur durable s’établit.

Le thème de la continuité (fidélité) dans la conduite à tenir, est traité dans la paracha :

Devarim 8:6. « Et tu devras toujours garder les commandements de l’Éternel, ton Dieu, en marchant dans ses voies et en le révérant. »

En pratique, comment assurer cette continuité ?

Devarim 8:18. « C’est de l’Éternel, ton Dieu, que tu dois te souvenir, car c’est lui qui t’aura donné la force d’arriver [dans la continuité] à cette prospérité. »

Pour réussir véritablement, il nous faut respecter en permanence la ligne de conduite dans laquelle nous nous sommes engagés. Malgré tout, des échecs occasionnels surviendront, les aléas de la vie nous feront douter.

Nous ne devons pas tomber dans le piège des succès occasionnels qui nous feront magnifier des qualités superficielles ou factices, ne croire qu’en nous, et nous pousseront à abandonner nos engagements.

(Un exemple très prosaïque : nous commettons un petit vol dans un supermarché sans nous faire arrêter. Nous avons ainsi réussi à gagner quelque chose en nous étant mal conduits. Dans ce cas, allons-nous attribuer cette réussite à notre maigre talent de voleur à la sauvette, ou bien allons nous faire amende honorable et vite revenir sur la ligne du véritable succès ?)

La paracha nous met en garde en évoquant l’idolâtrie :

Devarim 8:19. « Et, si jamais vous oubliez l’Éternel, votre Dieu, si vous vous attachez à des dieux étrangers, que vous les servez et que vous leur rendez hommage, je vous le déclare en ce jour, vous périrez! »

Question cruciale : en pratique, comment rester fidèles à nos engagements à long terme ? Comment surmonter les accidents de parcours ?

Il est nécessaire d’appartenir à un groupe humain soudé pour permettre au long terme d’exister. C’est notre cas : nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes membres d’un peuple dont nous partageons les valeurs fondamentales. De génération en génération, nous restons intégrés à ce peuple.

Si la réalité des événements n’est pas à même de nous montrer que nous sommes sur la bonne voie, la tradition de solidarité et d’entraide  de notre peuple se charge, sur le moment, de nous le montrer à sa place. De la sorte, cela nous aura servi d’être honnête aux yeux de notre peuple.

Que notre recherche éthique nous soit au maximum source de bonheur!