L’appel: Nos filles sont des Rois

Parmi mes dernières publications dans l’appel, cet article, qui développe le thème de ma vidéo « Sur un pied », sur la paracha Choftim.

Voici le texte de l’article publié dans l’Appel:

Nos filles sont des rois !

Cette expression utilisée en titre est-elle provocatrice ? Si oui, pourquoi ? Est-ce une provocation « grammaticale » ou une provocation de « valeurs » ? Est-ce une provocation parce que « nos filles devraient être féminines » alors que les personnes au pouvoir devraient ne pas l’être ? Quelle est la part des préjugés ? Et que signifie « être féminine » ?

Si Eve est notre inspiratrice, cela signifie observer, juger, prendre des décisions et exercer son pouvoir de conviction. Mais si Eve devient un contre-exemple, la féminité consiste à s’obliger à ne pas observer, ne pas juger, ne pas prendre de décision, ne pas convaincre ! Les violences de couple se nourrissent de ce type d’idéologies. L’interprétation que nous faisons de l’histoire d’Eve, de toutes les héroïnes bibliques, de tous les textes sacrés, engage notre responsabilité. L’interprétation tue ou fait vivre. « La mort et la vie dépendent du langage. »  (Prov. 18 :21)

A l’heure du « Grenelle des violences conjugales » en France, il est essentiel de mettre en lumière les influences cachées de notre système de pensée, « sous-entendus » de nos paroles et de nos actes. Le La paracha « Des juges », dans le Deutéronome que nous lisons en ce moment, fait écho à ces questions en évoquant le pouvoir, l’exercice de la justice, la guerre. Plus la hiérarchisation intervient dans la société globale, plus elle se répand dans les foyers. L’homme dominant ou envieux de son chef transpose ce modèle vis-à-vis de sa compagne. Au contraire, l’homme libre veut une partenaire libre. La Torah est très moderne dans son appel à la méfiance contre l’autoritarisme.

Oui, la pression sociale peut convaincre le peuple d’adopter un roi (deut.17 :14s). Mais non, ce roi ne sera pas omnipotent, il devra « faire partie de ses frères », il ne creusera pas les écarts sociaux et « il n’accaparera pas trop d’argent et d’or », il ne devra pas essayer d’imposer sa force guerrière et « multiplier les chevaux », il ne devra pas agir de façon arbitraire mais il devra « écrire une copie de cet enseignement, qui sera avec lui et dans laquelle il lira tout au long de sa vie ». Un leader, oui, un oppresseur, non. La monarchie constitutionnelle de la Torah est favorable à une société relativement égalitaire entre les hommes. Entre les hommes, oui, mais avec les femmes ? pas encore.

Le langage même de cette loi d’égalité trahit la violence sexiste de l’époque. En effet, le roi ne doit pas non plus « avoir de trop nombreuses femmes ». L’intention est bonne, la formulation est offensante. A l’époque « posséder » des femmes est un moyen d’exhiber son pouvoir et d’entériner des alliances politiques. Le roi ne pense pas à « s’allier à une femme » et à « apprendre d’une relation ». Le roi doit dés cette époque être exemplaire dans sa relation à la loi, mais pas encore dans sa relation à une partenaire.

La lecture de la Torah à la synagogue se fait en présence d’un Minian, d’un quorum de dix personnes, qui prend la responsabilité de la réinterprétation de ces textes. Nous lisons, par désir de comprendre les forces progressistes de ce lointain passé ; nous réinterprétons, pour encourager les forces progressistes d’aujourd’hui. Telle est du moins ma tradition familiale, et l’approche d’étude juive dominante dans le monde.

Ce travail de compréhension et de réinterprétation est notre responsabilité à toutes et à tous. « L’inégalité des sexes unifie les religions par-delà leurs différences : les principes généreux n’ont pas fait le poids par rapport aux structures sociales déjà existantes », nous dit l’historien Ivan Jablonka.

Il est temps de dégager nos traditions de pensée de l’influence de ces « structures sociales déjà existantes » et de les rendre à leurs « principes généreux ». Le « roi hébreu » devait respecter « ses frères », les figures d’aujourd’hui doivent respecter « leurs sœurs » en égales. Les reines n’étaient que les épouses des rois. Pour que nos filles règnent directement sur leurs propres vies, c’est donc en français le mot « roi » qui est approprié. Dans la Torah, Saraï, « la petite princesse d’Abraham » a besoin du soutien de Dieu pour être rétablie dans son nom réel, « Sarah », la Ministre. A nous tous de soutenir de tout notre cœur et de tout notre pouvoir notre souveraineté personnelle, et celle de nos sœurs. Hauts les cœurs !

Yom Kipour : Abolissons nos privilèges (Discours 5780)

Voici mon discours de Yom Kipour.

Merci encore à tous les participants et à tous les bénévoles, qui ont non seulement travaillé de tout leur coeur et sans relâche pour préparer ces merveilleux offices, mais qui ont su garder calme et bienveillance dans des moments très intenses.

Compte tenu du succès, je vous propose que nous faisions à nouveau Kipour l’année prochaine 😉 ( Dimanche 27 septembre au soir et lundi 28)

Dracha de yom kipour – plaidoyer contre la tourniquette ou abolissons nos privilèges —– 

« Autrefois pour faire la cour, on parlait d’amour ! Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur ! … Aujourd’hui c’est plus pareil, ça change ça change, pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille « ah gudule, viens m’embrasser, et je te donnerai…. Une tourniquette pour faire la vinaigrette, Un bel aérateur pour bouffer les odeurs, Des draps qui chauffent, un pistolet à gaufres, Un avion pour deux et nous serons heureux!… » (Boris Vian)

Les tourniquettes à vinaigrettes sont plus faciles à acquérir qu’un cœur. On peut être tenté de s’en satisfaire. On peut croire que cela remplace. Mais la seule façon de retrouver un cœur qui sent les sentiments, consiste à renoncer aux gadgets, à séparer l’essentiel des accessoires.

Comme le dit le prophète Ezechiel : Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai la tourniquette pour faire la vinaigrette de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

C’est presque ce que dit Ezechiel, mais soyons plus précis : Ézéchiel 36:26 : 26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.

כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.

En ce jour de Kipour, nous délaissons les accessoires, nous nous concentrons sur l’essentiel : retrouver le cœur de chair derrière le cœur de pierre.

En ce jour de Kipour, nous abolissons tous nos privilèges. Mieux, même, nous abolissons nos besoins primaires. La Torah nous dit de nous affliger, la Torah orale détaille les cinq interdictions concernées :

Aujourd’hui, pour 25 heures, nous abolissons nos besoins physiques élémentaires.

Nous renonçons à boire, nous renonçons à manger. Nous ressentirons la faiblesse physique, le découragement, la douleur, que provoque la faim et la soif. (1)

Nous renonçons aux apparences, pas de bains,(2) pas de baumes, pas de parfum, pas de déodorant (3), pas de chaussures en cuir (4). Nous ressentirons notre vulnérabilité face aux autres.

Nous renonçons à l’intimité physique (5). Nous ressentirons la solitude face à notre faiblesse.

Que ces renoncements nous ouvrent à une meilleure compréhension de ce que vivent au quotidien tous ceux qui n’ont rien à boire, rien à manger, aucune possibilité de se laver, aucun lieu d’intimité.

Pourquoi agir ainsi ?

Par solidarité bien sûr. Parce que quand on arrive au niveau du cœur, tous les préjugés fondent, et nous comprenons enfin comme le dit le Talmud que « ton sang n’est pas plus rouge que le sien », toutes les vies ont la même valeur.

Et nous faisons cela pour une autre raison encore : pour aller au plus profond de nous-même, pour laisser tomber les voiles que nous érigeons autour de nos vulnérabilités, pour aller au centre de nous-mêmes, pour nous remettre dans notre centre de gravité, pour renouer avec l’essentiel, pour que nos objectifs de l’année soient les meilleurs, pour que notre façon de les accomplir soit optimale.

« les meilleurs » ? « optimale » ? oui. Pas « les bons objectifs », non, mais au contraire : « les objectifs les meilleurs possibles ». Pas « des actions parfaites », non, « des actions au mieux ». Car nous n’avons pas accès à la Vérité. Nous avons simplement accès à des chemins de vérité.

Célébrer kipour, c’est suivre la voie de la recherche de la vérité. Et c’est reconnaitre que nous n’y accéderons pas totalement.

Aujourd’hui, nous n’espérons pas devenir immortels. Nous savons que nous mourrons un jour. Ountané tokef nous met face à cette réalité : « qui vivra, qui mourra, qui en son temps, qui prématurément, qui par le feu, qui par l’eau, qui par la faim, qui par la soif, qui par le glaive ». Est-ce inéluctable ? Oui et non. Oui nous mourrons un jour. Mais il est possible de nous dégager du mal de cette mort.

La remise en question, l’introspection, l’entre-aide écartent le mal de la sentence. Téchouva, téfila, tsédaka

A la fin de ce jour de kipour, quel que soit le travail émotionnel et social que nous ferons, nous ne deviendrons pas immortels. Mais nous pouvons espérer être moins vulnérables à notre mortalité.

Ceci est important à notre époque, car, comme le dit François Sureau, « Nous nous sommes fait une idée de la perfection de l’homme, tout ce qui blesse la perfection de l’homme doit être réprimé, la perfection de chaque homme… et donc nous vivons dans le rêve d’une société de la perfection individuelle, ce rêve provoque une société de la peur, ou chacun a peur pour la perfection de sa propre vie que les journaux, tout le monde lui présente sans cesse comme qq chose de désirable cette peur génère à son tour une organisation sociale et collective de la peur »

Sur ce sujet, Woody Allen résume bien l’ecclésiaste que nous lirons lundi matin pour Soukot : La vie est une maladie lente sexuellement transmissible.

La mort entre elle-même dans la définition de la vie, la vulnérabilité est l’essence même d’un cœur, la transgression est indissociable de la loi.

Il nous faut aimer la vie malgré la mort, aimer les sentiments malgré notre fragilité, aimer la loi malgré la transgression, sans crispation, nous devons lâcher prise. La perfection de nos vies n’est pas un droit, elle n’est pas un privilège légitime. Yom Kipour est un élément fondamental de ce dispositif.

La vie et la liberté sont fragiles, et aucune tourniquette à vinaigrette n’y pourra rien changer.

Tel est donc le choix qui s’offre à nous aujourd’hui, aujourd’hui en ce jour de kipour, aujourd’hui en ce jour de kipour 5780/2019, aujourd’hui, pour l’année à venir, et pour le reste de nos vies :

Allons-nous nous accrocher à l’accessoire, ou allons-nous plonger au cœur de notre vulnérabilité qui est aussi notre pouvoir ?

Il faut choisir. On ne peut pas être Monothéiste et polythéiste à la fois. On ne peut pas idolâtrer l’accessoire et se revendiquer de la vie. Telle est la raison donnée par nos sages pour nous demander de nous priver de l’essentiel à Yom Kipour, de sorte que nous sachions nos détacher de l’accessoire et des accessoires tous les autres jours de l’année.

L’important, c’est de l’entendre :

  • Si la tourniquette pour faire la vinaigrette est un privilège, il est temps de l’abolir. (jusque là, ca va)
  • Si avoir un cœur de pierre est un privilège, il est temps d’y renoncer. (là ça demande du travail)
  • Si tirer avantage d’être un homme blanc hétérosexuel riche de 50 ans est un privilège, il faut nous en défaire. (je ne suis pas certaine d’y réussir)
  • Si tirer avantage de l’usage du plastique qui nous empoisonne est un privilège il faut nous en dessaisir. (c’est en cours)
  • Si un Ordre établi à notre avantage, au détriment des autres est un privilège, il nous faut le dénoncer. (là j’ai beaucoup de chemin à faire)

Ivan Jablonka, citant Olympe de Gouges qui nous accueille aujourd’hui, fait dans son dernier livre un plaidoyer pour le renoncement des hommes à leurs privilèges de genre. Nous pouvons également appliquer ce renoncement à tous les autres privilèges indus.

Nous ne vivons pas mieux avec ces soi-disant privilèges, qu’avons-nous besoin de tourniquettes, de cœurs de pierre, de privilèges de genre, de plastique, un ordre qui nous favorise et pénalise d’autres ?

En ce jour où nous n’avons pas besoin de manger, de boire, de nous parfumer, de nous faire « beaux », réfléchissons : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Nous finirons, dans 23h avec la déclamation solennelle du chéma israel et le son du chofar.

A ce moment, il faudra avoir décidé, cristalliser nos décisions, et utiliser les 509 760 minutes de l’année à venir pour les mettre en œuvre.

שמע ישראל יהוה אלהנו יהוה אחד

Ecoute Israël, l’Eternel infini, qui est notre force, l’Eternel infini, est un, il est le même pour tous et toutes.

Tsom Kal, jeune facile pour nous toutes et nous tous.

 

 

Roch hachana : Le jour du non jugement ! (Discours 5780)

Voici mon discours de Roch hachana… Je vous souhaite une bonne lecture, de bons préparatifs pour Kipour qui approche.

Encore Chana Tova à toutes et à toutes, et excellente année 5780!

Nous lisons dans la paracha « vois ! » (Réé, Deut. 6:11)

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Nous sommes censés nous réjouir, et cela implique une certaine réussite en termes de construction sociale. Avons-nous réussi à appliquer ce verset ?

  • Nos employés se réjouissent-ils avec nous ?
  • Les Lévi et les Cohen, les enseignants et les soignants se réjouissent-ils avec nous ?
  • L’étranger, ceux qui ne parlent pas la langue du pays, ceux qui ne savent pas où dormir pour la nuit, se réjouissent-ils ?
  • La veuve, les femmes écartées de leur pouvoir social se réjouissent-elles ?
  • Les orphelins, ceux dont les parents sont incapables de les guider, ont-ils des appuis institutionnels stables ?

Cela implique également un certain degré de réussite personnelle. Avons-nous « réussi » cette année ?

  • Sommes-nous joyeux ?
  • Nos jeunes, lorsqu’ils contemplent leur avenir économique se réjouissent-ils ? Nos filles confiantes en leurs chances égales à leurs frères ? Nos enfants ont-ils confiance dans leur avenir sur leur planète ?

Difficile de répondre oui.

Dans ce cas, la présence de l’Éternel (en présence de l’Éternel) peut-elle nous accompagner ? Le Temple (dans l’enceinte), dont nous pleurons la destruction, peut-il être reconstruit ? Évidemment non.

Ces constats sont graves. Ils pourraient nous accabler. Nous pourrions nous retrouver collés à l’étiquette de « perdants » créée par cette effarante défaite, nous pourrions nous dévaloriser nous-mêmes, et renoncer.

Que faire alors ? Noyer nos angoisses dans l’alcool ? Herschel Ostropoler, ce héros de l’humour juif d’Europe Centrale, a essayé pour nous : j’ai voulu noyer mes soucis dans l’alcool mais depuis le temps, ils ont appris à nager ! Il va falloir trouver une autre approche. Une approche exempte de résignation.

Comment nous détacher de la fatalité de nos limites ? (רוע הגזרה, voir la prière ountané tokef)

J’ai une proposition à vous faire : acceptons nos limites, et déclarons fièrement : « nous sommes tous des perdants ». 1, 2 : « ….. » non c’est une plaisanterie.

Enfin, une plaisanterie, oui et non, nous n’avons pas besoin de dire cela maintenant, mais nous le répétons tout au long des fêtes de tichri, nous disons le « vidouï », nous déclamons nos erreurs.

Bien sûr, cela ne semble pas très commercial de dire cela… et après tout tant mieux. Car le commercial nous vend tous les objets de consommation qui nous devraient nous permettre de nous sentir « gagnants ».

En faisant cela, le commercial nous vend surtout une idéologie, celle qui dit que nous devrions être des « gagnants », et qui stigmatise les soi-disant « perdants ».

Woody Allen disait : I’d never join a club that would allow a person like me to become a member. Je n’accepterais jamais de rejoindre un club qui s’abaisserait à accepter des personnes comme moi en son sein.

C’est l’idée même de club qui est illusoire. Il n’y a rien à gagner à entrer dans le « club des gagnants ». Et l’autre club, celui de « ceux qui voudraient faire partie du club des gagnants », il est encore plus illusoire. Une étiquette stérile. Rejoignez-moi plutôt dans le club des « perdants et fiers de l’être », ou mieux encore, rejoignons le club de Ruth Bebermeyer, le « club de ceux qui refusent les clubs », les définitions, les étiquettes artificielles :

Paresseux ou stupide ? – Ruth Bebermeyer

Je n’ai jamais vu d’homme paresseux ; J’ai connu quelqu’un que je n’ai jamais vu courir, Quelqu’un qui dormait parfois l’après-midi, Et préférait rester chez lui lorsqu’il pleuvait. Mais ce n’était pas un paresseux.
Avant de me traiter d’originale, réfléchis : Était-il paresseux Ou faisait-il des choses Que nous associons à la paresse ?

Je n’ai jamais vu d’enfant stupide ; J’ai vu parfois un enfant faire Des choses que je ne comprenais pas Ou que je n’avais pas prévues. J’ai vu parfois un enfant qui n’avait pas vu Les lieux que j’avais visités, Mais ce n’était pas un enfant stupide.
Avant de le dire stupide, réfléchis : Était-il stupide Ou savait-il simplement d’autres choses que toi ?

Ce que certains nomment paresse, Est pour d’autres de la fatigue ou de la détente.
Ce que certains nomment bêtise, Est pour d’autres un savoir différent.
J’en conclus que, pour échapper à la confusion, Mieux vaut ne pas mélanger Ce que nous voyons et nos opinions.
Et cela, je le sais, N’est que mon opinion.

Au-delà des étiquettes, Je n’ai jamais vu un « gagnant », j’ai vu des personnes qui posaient des étiquettes négatives sur ceux qui étaient différents.

Je n’ai jamais vu de « perdants », j’ai vu des personnes qui avaient peu d’argent, des personnes qui subissaient des affronts, des personnes qui luttaient pour leur survie, des personnes qui étaient fustigées parce qu’elles vivaient selon leurs propres règles, j’ai vu des gens devenir des boucs émissaires parce qu’ils étaient heureux dans leur propre référentiel et refusaient de se « convertir ». Je n’ai jamais vu de « sales juifs » seulement des personnes qui « suivaient leur propre route » (et parfois les « braves gens » « n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux » (Brassens)).

Nous avons vu ce type de résistance aux définitions tout au long de l’histoire. Pour aller plus loin encore, cette résistance, nous en sommes les champions, ou nous devrions en être les champions.

Car le peuple juif n’est-il pas exactement cela ? Nous « gagnons » parce que nous refusons les jeux concurrentiels, nous étudions la Torah, le reste est accessoire. Nous avançons « lichma », gratuitement, sans nous soumettre à un besoin de reconnaissance. Nous travaillons sans relâche à la définition libre de notre propre référentiel. Beaucoup de valeurs se prétendent « sacrées » et ne le sont pas. Nous ne devons pas les révérer.

Peu nous importe, d’être « des gagnants », d’être jeunes, d’être riches, d’avoir fait des études prestigieuses, d’avoir un grand appartement, d’avoir de beaux cheveux soyeux !

  • Le riche ? c’est celui qui est heureux de ce qu’il a. / Le fort ? c’est celui qui sait guider ses sentiments. (Pirké Avot 4:1)
  • La beauté ? peu importe, c’est l’instruction qui compte (, septante, prov. 31 : אישה משכלת היא תתהלל)
  • Le pauvre ? un juste peut manquer d’argent, pas de stigmatisation des « perdants » (Rabbi Yosselman de Rosheim)

S’il faut utiliser ce mot, « perdant », soyons tous des perdants, des juifs allemands, soyons tous charlie, soyons une des 343 salopes.

En adoptant cette qualification avec fierté, nous « déracinons » la culture de compétition et de stigmatisation qui nous divise pour que d’autres règnent mieux (divide et tempera, Philippe de Macédoine)

Nous enracinons au contraire notre liberté de nous définir et de nous redéfinir sans entraves.

  • Tous les jours, nous pleurons la destruction du Temple, ce lieu de rassemblement, où les étiquettes disparaissaient, où le « pêcheur » redevenait « une personne qui, comme nous tous, avait commis des erreurs dans le passé ».
  • Tous les cinquante ans, avec le Yovel, nous remettions en cause les cessions de propriété terrienne, le « perdant » devenait « une personne qui pour un temps avait dû céder sa terre ».
  • Tous les chabbat, nous nous relevons « de la vallée des larmes », nous revêtons « nos vêtements de splendeur », nous chantons « léHa dodi » ensemble, les soi-disant « perdants » et les soi-disant « gagnants » de la semaine, deviennent « des personnes qui veulent se ressourcer ensemble ».
  • Tous les Pourim, nous buvons jusqu’à une certaine confusion, les « gentils » et les « méchants » se confondent, les étiquettes lâchent leur emprise.

En ce jour de Roch Hachana, nous disons le vidoui au pluriel, « nous avons trahi », « nous avons volé », car c’est en tant qu’égaux, « sans étiquettes », que nous affirmons notre commune responsabilité à propos de l’Etat du monde.

En ce jour de Roch Hachana, en ce jour de jugement, en ce jour où nous rappelons tous nos actes de l’année, en ce jour où nous nous demandons si nous serons inscrits dans le livre de la vie, en ce jour de tremblement, j’aimerais conclure ainsi :

Aucun de nous n’est un perdant, une perdante, nous sommes des personnes libres de définir nos objectifs.

Nous ne sommes pas des perdants ou des perdantes, nous appartenons au monde juif dans lequel, réussir, c’est créer un monde de justice et de sororité.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure, et nous pleurons.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants, parce qu’en tous temps où crie une désespérance, le juif espère, nous nous efforçons d’espérer.

Nous ne sommes ni gagnants ni perdants parce que, pour Israël, l’Homme n’est pas créé : les hommes le créent, nous essayons de le recréer.

(Les passages en violets sont tiré du poème d’Edmond Fled, « Pourquoi je suis juif ».)

Nous sommes au-delà des stigmatisations qui nous cloisonnent.

Certes, nous n’avons pas réussi à rendre possible la réjouissance dont parle le Deutéronome :

Et tu te réjouiras en présence de l’Éternel, ton Dieu, toi, ton fils et ta fille, tes employés, le Lévi qui sera dans tes murs, l’étranger, l’orphelin et la veuve qui seront près de toi, dans l’enceinte que l’Éternel, ton Dieu, aura choisie pour y faire habiter son nom.

Cela fait 3000 ans que nous y travaillons, et nous continuerons avec toute l’urgence qui s’impose.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-auto-flagellation mais celui du jugement éclairé.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-stigmatisation mais le jour du jugement constructif.

Roch hachana n’est pas le jour du jugement-conformité mais celui du jugement-remise en question.

Que ce Roch hachana soit pour nous un nouveau départ, pour de nouvelles avancées. Jusqu’à ce que nous puissions réellement nous réjouir.

Réflexions sur la liberté

Ce matin, j’ai eu le privilège de passer deux heures en compagnie d’un groupe de jeunes protestants qui effectuaient une retraite d’une semaine sur le thème de la liberté.

Nos réflexions se sont portées sur l’importance des questions, la fête de PessaH   פסח (le passage) et פה סח (la bouche qui parle), les différentes façons de susciter des questions, le seder, seder de libération des femmes.

Après avoir explicité la différence entre Torah écrite et Torah orale, de Michna et de Talmud, nous avons évoqué la liberté qu’offre l’approche interprétative des textes.

Nous avons parlé de l’idée de liberté dans les dix commandements et de celle qui émerge du fait qu’ils existent en deux versions, un travail en Hévrouta (binômes d’étude amicaux) nous a permis d’approfondir le sens des différentes versions.

le « Je suis l’ETERNEL ton dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte », en tant que première des dix paroles selon la tradition juive, nous a donné l’occasion d’évoquer l’infini liberté de compréhension du tétragramme, le mot hébreu de quatre lettres que les chrétiens prononcent Yahvé ou Jéhova et qui ne se prononce pas dans la tradition juive. Ces quatre lettres י   ה   ו   ה , permettent de composer justement le passé היה, le présent הווה, et le futur יהיה, ce qui renvoie à notre liberté dans le temps. C’est l’Histoire qui interpelait Pharaon pour qu’il abolisse l’esclavage.

Ces questionnements nous ont conduit à parler du dernier paragraphe du chéma israel שמע ישראל, avec sa dernière phrase qui reprend presque mot pour mot la première des dix paroles, et les « fils de la vie » qui y sont évoqués, et qui nous font prendre conscience de la liberté que nous appliquons à chaque instant de nos vies.

Après avoir raconté l’histoire du four de AHnaï qui oppose la liberté des sages à une soi-disant autorité « du ciel », nous avons conclu avec quelques pensées partagées et ce très beau midrach tiré des pirké avot qui invite à lire le mot חרות , signifiant « gravé », comme חירות, qui signifie la liberté.

Merci à tous les participants pour cet échange riche!

télécharger ici la feuille de source

Bonus:

  • Site: cocreer.net
  • L’année où j’ai vécu selon la bible (A.J. JACOBS)
  • Les mots sont des fenêtres (ou bien ils sont des murs), (Marshall Rosenberg)
  • Des hommes justes, du patriarchat aux nouvelles masculinités (Ivan Jablonka)
  • L’ABC des émotions (Claude Steiner)

THE TEN COMMANDMENTS OF EMOTIONAL LITERACY

  1. I. Place love at the center of your emotional life. Heart-centered emotional intelligence empowers everyone it touches.
  2. Love yourself, others and truth in equal parts. Never sacrifice one to the other.

III. Stand up for how you feel and what you want. If you don’t, it is not likely that anyone else will.

  1. Respect the ideas, feelings and wishes of others as much as you do your own.Respecting ideas does not mean that you have to submit to them.
  2. Emotional Literacy requires that you not lie by omission or commission. Except where your safety or the safety of others is concerned, do not lie.
  3. Emotional Literacy requires that you do not power play others. Gently but firmly ask instead for what you want until you are satisfied.

VII. Do not allow yourself to be power played. Gently but firmly refuse to do anything you are not willing to do of your own free will.

IIX. Apologize and make amends for your mistakes. Nothing will make you grow faster.

  1. Do not accept false apologies. They are worth less than no apologies at all.
  2. Follow these commandments according to your best judgment. After all, they are not written in stone.

Réveillez-vous! Concert des Marx Sisters, Chavouot, nuit du 8 juin

Redynamisons-nous avec une aparté Yidish!

La Torah est donnée au présent, de génération en génération. Le monde de l’étude juive est vivant, nous voulons y associer l’immense univers du Yiddish, tout un monde passé d’une vie juive engagée se retrouve dans ces chansons, qui nous permettront de repartir du bon pied jusqu’au bout de la nuit d’étude.
https://www.facebook.com/events/180987962830791/?active_tab=about

Pour rappel, voici notre programme de chavouot:

18h45 – office

19h15 – Kidouch et entrées buffet

19h30 – Exposé du Rabbin: Torah personnelle, Torah d’Israël, Torah Universelle

20h45 – Pause gastronomique

21h15 – « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur… » Toutes vos questions au Rabbin, mais attention, le Rabbin également vous posera les questions qu’elle jugera appropriées !

22h – Pause gastronomique

22h15 – ateliers au choix Jacques Neuburger : Torah, liberté de l’esprit, liberté du corps, liberté politique ou chants autour de la Torah

23h – Pause gastronomique

23h15 – Le concert dansant des Marx sisters

00h30 – Pause gastronomique

1h – randonnée hévrouta : midrachim torah d’israël / Torah universelle

1h30 – arrivée entre République et Bastille, répartition vers d’autres nuits d’étude

Hag SaméaH! Bonne sortie d’Egypte!

Un petit cadeau d’Alexis Kune pour l’occasion, que je partage avec vous. Attention, ça décoiffe!

A écouter pendant la fin du nettoyage et de la cuisine, ou sur le chemin du retour du travail pour se mettre dans l’ambiance.

Pensez au Omer demain soir, à tout à l’heure!

   

 חג שמח        חג שמח                    חג שמח      חג שמח        

חג שמח        חג שמח      חג שמח      חג שמח                      חג שמח        חג שמח                      חג שמח      חג שמח

חג שמח                                חג שמח        חג שמח                        חג שמח                                                    חג שמח

Communication Non Violente et Judaïsme le 1er Avril

Ce n’est pas une plaisanterie, et c’est un rendez-vous à ne pas manquer et à diffuser auprès de tous ceux et celles qui sont intéressés par le sujet, dans un contexte inter-religieux, donc, accessible sans connaissances préalables de la tradition juive, dans une perspective de rencontre, donc, venez nombreux dans votre diversité!
Cette conférence à deux voix réunira deux intervenants, Pascale MolHo et moi-même. Pour mieux la connaitre (cela en vaut la peine) https://www.pascalemolho.fr/.

« La relation à l’autre et la relation à soi-même, Judaïsme et CNV, regards croisés »

Qu’est-ce qui caractérise l’être humain? Notre dignité infinie? Notre capacité à apprendre sans cesse? Notre besoin d’amour? Notre capacité de coopération? Ou est-ce au contraire notre crainte de manquer, un instinct de survie qui nous pousse à la concurrence, notre tendance à juger les autres, à nous juger nous-mêmes, à cultiver les préjugés?

La Communication Non Violente permet de prendre conscience des croyances transmises par notre conditionnement éducatif et culturel qui ont un caractère aliénant. Elle permet de se libérer des pensées qui génèrent séparation et violence, et de choisir consciemment les valeurs qui nous relient et contribuent à la paix.

La tradition juive remet sans cesse nos croyances sur le métier, nous enjoignant à étudier continuellement, elle nous invite à examiner nos pratiques et à en renouveler le sens. Elle insiste sur l’amour du prochain, selon l’enseignement d’Hillel et du Lévitique, et met en place des outils de pensée et des outils pratiques pour nous en approcher.

Chacune à leur façon, ces deux disciplines invitent à faire de chacun de nous des acteurs de paix conscients de l’interdépendance et contribuant à un monde dans lequel les besoins de chacun seront satisfaits.

Comment se répondent-elles ? De quelle façon peuvent-elles inspirer chacun de nous pour que nous grandissions dans notre capacité de nous exprimer librement, de telle sorte que notre propre liberté soit garante de la liberté d’autrui ? Que nos bonheurs réciproques se nourrissent mutuellement ?

Telle est la question que nous espérons contribuer à nourrir.

Pascale Molho. Docteur en médecine, ancien Interne des hôpitaux de Paris, a été Chef de Clinique Assistant des hôpitaux de Paris puis Praticien Hospitalier ; elle est formatrice certifiée en Communication Non Violente et intervient depuis plus de 20 ans dans différents contextes, familiaux, professionnels, et des milieux associatifs ou religieux. Elle a été formée directement par Marshall Rosenberg, créateur de la Communication NonViolente, et l’accompagné sur le terrain dans des zones de conflit. Elle est co auteure d’un ouvrage aux Ed Leduc sur La Communication NonViolente (collection C’est Malin)

Floriane Chinsky. Rabbin, Docteure en Droit, elle exerce actuellement son rabbinat au MJLF. Elle est formatrice certifiée en Ecoute Mutuelle et met en pratique les principes fondamentaux des approches humanistes dans sa pratique rabbinique, ses enseignements et son travail d’accompagnement. Elle est auteure du site Rabbinchinsky.fr et du site Cocreer.net, et a apporté récemment sa contribution à l’ouvrage « Les grandes figures de la Bible » aux éditions Taillandier.

Autres liens: https://www.coexister.fr/ , https://baptises.fr/

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